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Entre orthodoxie hindoue et cultes tribaux / Between Hindu Orthodoxy and Tribal Cults - article ; n°1 ; vol.99, pg 9-32

De
26 pages
Archives des sciences sociales des religions - Année 1997 - Volume 99 - Numéro 1 - Pages 9-32
Numerous tribal features can be observed in the State religion of Nepal, a Hindu kingdom which, on the other hand, does not tolerate any interaction with Islam or Christianism. This article examines the participation of the Magar tribal group to the foremost founding rites of the royal dynasty. It deals with the problem of the origin of this phenomenon which can be interpreted whether as a tribal filiation of the royal family or as a ritual integration of the Magar group into the government of their conquerors. An analysis of the Nepalese chronicles provides the political reasons for the magarisation of the Thakur kings.
Au sein du royaume hindou du Népal qui rejette sévèrement tout contact avec l'islam et le christianisme, de nombreux traits tribaux caractérisent la religion d'Etat. L'article examine la participation du groupe tribal Magar aux rites les plus fondateurs de la dynastie régnante et tente de penser l'origine de ce phénomène. S'agit-il de la marque d'une filiation tribale de la famille royale ou de l'intégration rituelle d'un groupe conquis dans le gouvernement des vainqueurs ? Un examen des chroniques népalaises met en lumière les raisons politiques de la magarisation des rois Thakur.
24 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Marie Lecomte-Tilouine
Entre orthodoxie hindoue et cultes tribaux / Between Hindu
Orthodoxy and Tribal Cults
In: Archives des sciences sociales des religions. N. 99, 1997. pp. 9-32.
Citer ce document / Cite this document :
Lecomte-Tilouine Marie. Entre orthodoxie hindoue et cultes tribaux / Between Hindu Orthodoxy and Tribal Cults. In: Archives
des sciences sociales des religions. N. 99, 1997. pp. 9-32.
doi : 10.3406/assr.1997.1130
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/assr_0335-5985_1997_num_99_1_1130Resumen
En el interior del reino hindú de Nepal, que se opone firmemente a todo contacto con el islam y con el
cristianismo, numerosas caracteristicas tribales caracterizan a la religión de Estado. El artículo examina
la participación del grupo tribal Magar a los ritos fundamentales de la dinastía reinante e intenta pensar
el origen de ese fenómeno. ¿ Se trata de la huella de una filiación tribal de la familia real o de la
imprengnación ritual de un grupo incorporado al campo de los vencedores ? Un examen de las
crónicas nepalesas pone en evidencia las razones politicas de la « marginalización » de los reyes
Thakur.
Abstract
Numerous tribal features can be observed in the State religion of Nepal, a Hindu kingdom which, on the
other hand, does not tolerate any interaction with Islam or Christianism. This article examines the
participation of the Magar tribal group to the foremost founding rites of the royal dynasty. It deals with
the problem of the origin of this phenomenon which can be interpreted whether as a tribal filiation of the
royal family or as a ritual integration of the Magar group into the government of their conquerors. An
analysis of the Nepalese chronicles provides the political reasons for the "magarisation" of the Thakur
kings.
Résumé
Au sein du royaume hindou du Népal qui rejette sévèrement tout contact avec l'islam et le christianisme,
de nombreux traits tribaux caractérisent la religion d'Etat. L'article examine la participation du groupe
tribal Magar aux rites les plus fondateurs de la dynastie régnante et tente de penser l'origine de ce
phénomène. S'agit-il de la marque d'une filiation tribale de la famille royale ou de l'intégration rituelle
d'un groupe conquis dans le gouvernement des vainqueurs ? Un examen des chroniques népalaises
met en lumière les raisons politiques de la "magarisation" des rois Thakur.Arch de Sc soc des Rei 1997 99 juillet-septembre 9-32
Marie LECOMTE-TILOUINE
ENTRE ORTHODOXIE HINDOUE
ET CULTES TRIBAUX
LA RELIGION TAT AU PAL
Au XIXe siècle un népalais hindou épousait un fidèle une autre
religion musulmane ou chrétienne tout le royaume en trouvait souillé et
le souverain en personne devait accomplir de coûteuses procédures rituelles
afin de purifier ensemble du pays Hamilton été témoin une de ces cé
rémonies en 1803 et le roi nous dit-il dépensé une somme exorbitante
pour occasion Bien Hamilton soit ma connaissance le seul mentionner
cette pratique 1) sa portée symbolique est exemplaire et nous laisse entrevoir
quel point hindouisme était une religion tat au Népal
Dès sa création en 1768 le royaume du Népal fut institué hindou thvî
Nârâyan son fondateur le décrit ainsi dans ses Conseils divins notre jardin
sera un vrai royaume hindou pour les quatre classes varna hautes ou basses
et les trente-six castes jät Ce trait fondateur perduré nos jours
et il fut objet de débat dans la période qui suivit la révolution de 1990 le
Népal en resta pas moins défini dans la nouvelle constitution comme un
royaume pluriethnique plurilinguistique démocratique libre indivisible sou
verain hindou et régi par la monarchie constitutionnelle De même selon
ce texte le roi doit être de culture arya de religion hindoue de la dynastie
de Gorkha et de la lignée de Prthvî Nârâyan Souverain hindou un
HAMILTON 1986 rééd. 20 Cela était vrai quelque basse que fut la caste des fautifs
En outre homme était passible de la peine capitale
Texte édité par le yogi Naraharinath 2009 VS)
Une traduction anglaise de la constitution paru dans Himalayan Research Bulletin
vol XI no 1-3 1991
Dans cette définition il semble il faille lier les quatre termes deux deux de
culture arya et de religion hindoue une part de la dynastie de Gorkha et de la lignée de
thvî Nârâyan de autre On voit assez mal sur quels critères le roi pourrait se voir reprocher
de ne pas être de culture arya il est hindou De même il est de la lignée de thvî Nârâyan
il appartient également nécessairement la dynastie de Gorkha et on doit comprendre les
termes arya et de Gorkha comme des redondances des affirmations identité plus que comme
des conditions Cette notion ïärya demanderait cependant être creusée et vient peut être rem
placer le vide laisser par abolition de la caste ARCHIVES DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS
royaume hindou le roi du Népal longtemps été tout-puissant et la religion
était pas le moindre de ses instruments politiques pour cultiver son jardin
UN ROYAUME HINDOU
Dès origine hindouisme fut utilisé comme ciment des nombreux
royaumes et populations soudainement unifiés dans le Grand Népal Le
rite le plus frappant tant par son ampleur que par son efficacité symbolique
est sans conteste le Dasaî cette occasion obligation était faite tous les
chefs non seulement de célébrer la déesse mais surtout de prêter allégeance
leur supérieur immédiat en 1963 toute forme autorité était déléguée
du centre du souverain et devait remonter sous forme offrandes prasâd
lors de la fête La naissance de Etat centralisé du Népal relié de la sorte
tous les anciens sites de pouvoir la nouvelle capitale par la construction du
gigantesque réseau rituel pyramidal de Dasaî La délégation du pouvoir
royal aux fonctionnaires était clairement indiquée par le port une couronne
de fonctionnaire symbole royal Ce pouvoir était toutefois extrêmement pré
caire et susceptible être retiré chaque année lors de assemblée des fonc
tionnaires devant le roi le pajani qui se tenait durant cette fête Tous les
postes trouvaient renouvelés pour année venir et ceux qui voyaient
limogés devaient humblement remettre leur couronne aux pieds du roi Le
caractère contractuel et annuel du pouvoir est ainsi une des armes que la
religion hindoue fournit au souverain lui permettant de se débarrasser aisé
ment des incapables ou des indésirables
Il utilise une autre conception hindoue pour renforcer sa toute puissance
celle qui justifie sa propriété de la terre source essentielle de richesse au
XXe siècle Celle-ci échoit au roi comme exprime de fa on claire et concise
Ram Säh dans ses edits De fait toute personne résidant dans le royaume
était emblée placée dans un état de dépendance Les terres étaient gérées
par un complexe système de tenures Si les tenanciers des raikar jouissaient
de droits proches de la propriété les fonctionnaires de tat en revanche
étaient étroitement attachés au roi par le système de jagir terres allouées en
échange un service Etat et retirées en même temps que la fonction Les
personnes influentes et notamment les brahmanes recevaient elles des pro
priétés foncières birta de la part du roi et en trouvaient également être ses
obligées
Notons toutefois que cette toute-puissance été usurpée de la moitié du XIXe au milieu
du XXe par la lignée des Premiers ministres Rana
Voir ce sujet KRAUSKOPFF LECOMTE-TILOUINE éds. 1996
Comme le raconte K.P MALLA dans un entretien il accorda Gellner European
Bulletin of Himalayan Research vol 11 1996
Par un long proverbe il spécifie ce qui échoit aux différents membres du gouvernement
commen ant par la terre est au roi srirâjâko bhûmî Gorkhâ vam avalî NARAHARINATH
ed 2021) 23
10 ENTRE ORTHODOXIE HINDOUE ET CULTES TRIBAUX
Burghart montré comment cette prérogative pla ait le roi en dispen
sateur suprême En particulier le souverain offrait des terres aux sanc
tuaires et figurait ainsi comme le patron de tous les grands temples et des
rituels rendus en son pays Par ces dons le roi aliénait une partie de ses
droits au profit des dieux qui devenaient alors comme des rois Burghart
1987 260 Peut-être devons-nous comprendre ce procédé comme une ré
affirmation de étroite parenté qui unit le roi et la divinité Il est certain
une partie du territoire était dévolue aux dieux et il est même des cas où
un roi abdique en leur faveur comme Gor Samaran où selon la légende
Si vai Singha aurait cédé son royaume sa divinité tutélaire Kangkali ap
proche des ennemis musulmans lui-même se retirant du monde Ce fut alors
la déesse elle-même qui prit les rênes et repoussa ennemi 10 inverse
le caractère divin du roi est amplement souligné au Népal ne serait-ce que
par le culte rendu épouse de Ram Säh tenue pour une déesse Ces deux
cas de figures se rejoignent sans doute quant leur portée éclairant le sens
des procédures aliénation des prérogatives royales au profit des dieux qui
visaient probablement abord souligner la nature unique du souverain et
de la divinité tous deux propriétaires du sol et dispensateurs de richesses
montrer en somme que le roi est semblable aux dieux
Nous avons dit nombreux furent les brahmanes qui se virent offrir des
terres or celles-ci provenaient surtout de territoires nouvellement conquis
lors de guerres contre les tribaux Bouillier 1995 Le souverain se pré
sentait en cela comme un roi hindou idéal dont le devoir est de protéger les
brahmanes et les vaches La mise en place de brahmanes dans les territoires
nouvellement conquis lui assurait également une propagation de hindouisme
et le respect de Etat hindou Plus encore le roi tel un joueur échec dis
posait les brahmanes comme des pions susceptibles de jouer littéralement le
rôle de bouclier humain en situation de crise est ainsi que des brahmanes
furent constitués en garde rapprochée des rois Malla et autres dépêchés par
le roi auprès des pères jésuites pour assurer leur sécurité lors la prise de la
vallée de Katmandou 11 est que la loi hindoue définit le brahmanicide
comme un des pires crimes Pour cette même raison ce sont des émissaires
et des espions idéaux Cependant il est clair là encore que les brahmanes ne
se trouvaient avantagés par le roi que dans la mesure où ils servaient ses
intérêts Dans le cas inverse ils étaient pas privilégiés comme le montre
le cas des brahmanes attachés au service des souverains Malla dont les pro
priétés hirtä furent confisquées par les Gorkhâlî qui les distribuèrent leurs
soldats après la conquête de la vallée 12)
Le don de terre était réservé au roi sauf autorisation spéciale du roi Les brahmanes
recevaient des dons de terre en des occasions spécifiques comme les éclipses lunaires ou solaires
pour la restauration de ordre ou la fin des funérailles pour la paix de âme du défunt
Deuxième motivation désir de prospérité de santé de victoire du roi Les ascètes ne recevaient
pas des terres mais des revenus de la part des maîtres de maison BURGHART 1987 260)
10 HAMILTON 1986 rééd. 48)
11 Selon le récit du père Da Rovata qui par ailleurs très bien per le rôle agent
de Etat attribué aux brahmanes ... it seems to me he the king of Gorkha thinks that we
do for the English what the Brahmins do for him STILLER 1970 10
12 Hodgson Papers vol 14 folio 94
11 ARCHIVES DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS
Cependant il faut garder esprit que les groupes indo-népalais ont
pris le pouvoir que tardivement entre le XVe et la fin du XVIIIe et dans
des régions occupées par des populations tribales Celles-ci pour la plupart
ne formaient pas de sociétés étatiques ne possédaient pas de forme écriture
et adhéraient pas une grande religion nommée est leur détriment que
le roi accorda ses faveurs aux brahmanes et aux vaches tout en adoptant
une politique intégration leur égard qui consista leur octroyer un certain
nombre de postes politiques importants et se concilier leurs dieux
IMPOSITION DE LA LOI HINDOUE
Cet encouragement de implantation des brahmanes et institution de
hindouisme comme religion nationale conduit tat prendre certaines
mesures pour faire respecter ses principes parmi les tribaux Outre les dons
de terre qui on vu relèvent directement de la religion tat deux prin
cipes hindous ont été particulièrement difficiles accepter pour les tribaux
le respect de la vache et les interdits indo-népalais relatifs au mariage
La vache était couramment consommée par les populations tibéto-bir-
manes qui se virent obligées de renoncer son abattage très sévèrement pu
ni 13 union sexuelle avec cet animal délit visiblement courant il
existe une législation son égard est aussi très gravement sanctionnée La
castration est également interdite et ceux qui la pratiquaient se voyaient couper
la main 14)
Le code népalais de 1854 condamnait entre autre hypogamie définie
par les règles de hiérarchie entre groupe donneur et receveur propres aux
indo-népalais les premiers sont inférieurs aux seconds et on ne peut épou
ser une femme issue un groupe inférieur au sien sans quoi on aboutirait situation paradoxale Or ces règles avèrent être exactement inverse
de celles un certain nombre de groupes tribaux est ainsi que les donneurs
de femmes sont des supérieurs hiérarchiques pour les Magar 15 De ce fait
hypergamie est elle aussi inversée et nombreux furent les Magar moisir
dans des geôles pour avoir respecté leur propre idée de la parenté
LE ROI HORS-LA-LOI
Le roi du Népal le devoir de faire respecter la loi mais peut tout
instant la modifier aussi enracinée soit-elle On le voit bouleverser
certains 13 clans abandon de Magar du sacrifice du nord de comme la vache les Budhathoki ou du taureau de Maikot été particulièrement qui prétendent difficile en sacrifier pour
clandestinement de nos jours encore
14 Selon un edit datant de 1856 VS dans NARAHARINATH luhas Prakas vol part
15 Les Magar forment la plus vaste minorité ethnique du Népal comptant un million et
demi individus au recensement de 1991 origine tibéto-birmane ils sont principalement re
groupés dans le centre-ouest du pays
12 ENTRE ORTHODOXIE HINDOUE ET CULTES TRIBAUX
ordre socio-cosmique des castes quand il rehausse un groupe intouchable
au rang de caste pure en gratitude un service rendu 16 Lui-même est
placé hors-la-loi non seulement parce il peut la modifier mais plus gé
néralement parce il administre sans plier Elle ne lui est pas appli
cable Dès lors les crimes il commandite ou il commet ne sont pas
jugés par les hommes mais par les dieux Les chroniques rapportent ainsi
épouvantable crime de Pratap Malia qui fit mourir une enfant en unissant
elle et expia sa faute que par quelques rites
De par sa nature divine paradoxalement le roi hindou est pas tenu
une observance religieuse sourcilleuse et la lignée des Sah principalement
en la personne de son héros Prthvî Nârâyan est montrée plusieurs reprises
choquante pour les hindous orthodoxes Changeant de lignée de chapelain il
provoqua la rage des anciens il adopta également un nouveau gotra afin
unifier les Sah 17) et après la tradition orale fit raser le temple de la
déesse de Beikot place forte il eut grand mal conquérir 18 Son pe
tit-fils quant lui eut aplomb organiser les funérailles de la divinité tu-
télaire du Grand Népal Taleju il fit mener en procession funéraire Il
entendait ainsi châtier la déesse tenait pour responsable de la mort de
son épouse Or union même il avait contractée avec cette dernière jeune
veuve de caste brahmane représentait déjà un double sacrilège notable en
freignant la fois interdit du remariage des femmes brahmanes et celui
des unions hypogamiques
est que le souverain hindou affiche un orgueil démesuré même face
aux dieux dont il refuse parfois absorber les prasad ces offrandes ceremo
nielles restes de la nourriture qui leur est offerte et qui comme tout reste
peuvent être vus comme souillés Cette vision de la chose est présentée de
fa on outrancière dans épisode de la chronique de Gorkha où le prasad est
16 Le roi est en quelque sorte le maître des affaires relatives la caste une vaste
échelle est ainsi on le voit rehausser des groupes intouchables comme certains Néwar ou
encore les Tharu selon un passage des Hodgson papers De même un des châtiments couram
ment infligé par le roi est une dégradation publique sommaire pour trahison par exemple Enfin
le roi possède également le pouvoir de purifier les souillures entraînant la perte de la caste
est ainsi que la délégation des 27 personnes qui devaient chaque année porter un tribu
empereur de Chine ne pouvaient réintégrer leur caste de retour chez elles après avoir re
du roi un peu eau contenue dans son propre pot personnel Iota CAVENAGH 1851 69)
17 Les gotra sont des clans mythiques qui regroupent normalement la descendance des
disciples de différents sages Dans Inde ancienne seuls les brahmanes qui suivaient un tel
enseignement avaient des gotra Depuis toutes les castes pures tout du moins possèdent un
nom de gotra qui contribue définir identité de chaque groupe Il est normalement tout
fait impossible de changer son nom de gotra dont on hérite au même titre que son nom de
caste ou de lignée Ce fait unique notre connaissance montre que rien est impossible au
roi Plus mystérieuses restent ses motivations Dans la chronique de Gorkha thvî Nârâyan
répond ses frères surpris un tel acte que son désir est de regrouper les huit tika de leur
clan en une seule soit unifier les sections de lignage Shah Pour M.S Thapa si ithvî
Nârâyann changé de gotra est parce que le sien avait rien de fameux il était Magar
Cependant aussi séduisante soit elle cette idée ne peut être retenue étant donné que les
ont adopté tardivement de tels noms en les empruntant aux gens de hautes castes et que rien
ne distingue donc un nom de gotra magar un autre Cet épisode étonnant de histoire du
Népal peut aussi plus simplement expliquer par une acception particulière du terme gotra dans
ce contexte que nous ne comprenons pas hui épisode du changement de figure
125 de la Gorkha vamsâvalî éditée par NARAHARINATH et le clandestin de guru
pp 105-106 de ce texte
18 Selon un article de Joanna PFAFF en cours de publication consacré la fête de Dasaî
13 DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS ARCHIVES
un véritable vomis 19 Le jeune thvî Nârâyan refuse donc de manger le
lait caillé recraché par le dieu Gorakhnath comme ce dernier le lui avait
pourtant ordonné et perd cause de cela une partie des dons formidables
qui lui étaient destinés
Somme toute il semble que le roi hindou et les dieux se livrent un
duel assez équitable Si plus nombreux sont les souverains défaits par les
dieux courroucés de leur arrogance il en est aussi qui parviennent soumettre
la divinité 20 Le-conflit qui les oppose exprime également par une rivalité
structurelle entre le roi et ses prêtres Omniprésente elle ressort en maintes
occasions histoire de Matsyendranath en est une belle illustration Il agit
de faire venir ce dieu au Népal qui seul pourra ramener la pluie Assis
devant un pot le roi et un prêtre attendent la venue du dieu sous forme de
bourdon afin de le capturer Par deux fois le dieu se présente et le roi qui
seul peut enfermer le laisse repartir car il succombé au sommeil Le prêtre
lui veille et il voit le dieu revenir pour la troisième fois il réveille
le roi un coup de genou Celui-ci peut ainsi capturer le dieu rédempteur
mais con oit en même temps une violente rancune envers ce prêtre qui lui
manqué de respect et se promet de le châtier sévèrement
antagonisme du roi et du prêtre manifesté clairement dans cette anec
dote est souvent origine de formes contradictoires coexistant dans la re
ligion tat et sans doute empêché élaboration un canon de orthodoxie
hindoue Historiquement une politique religieuse univoque menée de concert
par ces fraternels rivaux émergé au contact une religion allogène
vue comme porteuse une puissance subversive étrangère et nuisible Ce
est pas par hasard me semble-t-il que tat centralisé qui naquit la fin
du XVII se construisit entre autre par le rejet des religions étrangères et
des formes de pouvoirs qui leur étaient associées marqué par une fermeture
totale du royaume jusque dans les années 1950 Cette réunion des groupes
rivaux ou ennemis provoquée par ingérence une religion étrangère est re
marquablement illustrée dans la chronique rajbhogmälä où les Néwar et les
Khas élèvent une même voix contre leur roi il prend des mesures
en faveur des musulmans
trangement côté de ses marques irrespect envers son chapelain Prthvî
Nârâyan Säh raconte dans ses mémoires comment il est allé humblement prier
une déesse il décrit lui-même comme la fille un Rana Magar 21
Or est cette dernière nous dit-il qui lui octroya en quelque sorte son pouvoir
exceptionnel lorsque incarnée dans une petite fille elle lui remit un sabre
en chaque main 22 Il est intéressant de noter que dans ses propres mémoires
Prthvî Nârâyan Säh ne mentionne que ce don-ci et ne parle guère entrevue
19 Gorkhâ vamsâvalî NARAHARINATH éd. 95
20 Par exemple Arghakot la légende raconte comment le roi soumis la déesse Kal
afin de fonder son royaume RAM REZ 1996)
21 Les différents traducteurs des divya upades notent que cette expression signifie que
ce Magar tient seulement office de prêtre auprès de ce temple mais vois pour ma part un
degré de parenté plus fort entre la déesse et cet homme car ma connaissance expression
est inhabituelle On peut légitimement aussi comprendre que Prthvî Nârâyan considère cette
déesse comme identité Magar
22 Pour le symbolisme de la royauté qui est attaché au sabre cf LECOMTE-TILOUINE
1996
14 ENTRE ORTHODOXIE HINDOUE ET CULTES TRIBAUX
avec Gorâkhnâth contrairement la chronique de Gorkha qui elle évoque
pas cette déesse et appesantit sur le saint patron éponyme du royaume
Ce premier indice nous laisse entrevoir combien les Magar et leurs dieux
sont étroitement liés histoire ancienne de la dynastie de Gorkha et de fait
la religion tat de nos jours encore 23)
LES POPULATIONS TRIBALES ET LA RAISON ETAT
Une des particularités de la société népalaise telle elle fut codifiée
par Jarig Bahâdur Rana au milieu du XIXe siècle est la place élevée dans la
hiérarchie des castes qui est accordée aux populations tribales 24 Cette
situation contraste avec celle de Inde où ces groupes sont intégrés au plus
bas de échelle sociale Ce privilège est le fruit une histoire politique et
religieuse que nous allons éclairer partir de exemple des Magar
Les plus anciennes informations que nous possédons propos de ce groupe
se trouvent dans les chroniques Dans celles de la vallée de Katmandou ils
apparaissent peu de reprises et toujours associés aux Khas conquérant
la vallée au XVIe ils se livrèrent des pillages des massacres et toutes sortes
de sacrilèges La victoire leur fut assurée par la dévotion toute spéciale de
leur roi Mukunda Sen envers le dieu patron de la vallée Alors il était
la tête de son armée encerclant les villes de la du Népal Mukunda
Sen vit passer la procession de Matsyendranath apercevant tous les dévots
enfuirent et le roi étranger se retrouva seul en face face avec le dieu Il
ôta alors la chaîne argent que portait son cheval au collier et la jeta au
dieu Celui-ci inclina la tête pour recevoir le présent autour du cou et conserve
toujours hui non seulement ce bijou mais aussi la tête penchée
comme pour marquer tout jamais la lâcheté de ses dévots et son acceptation
du pouvoir khas magar La dévotion du roi barbare fit entrer ses armées dans
les villes Mais les méfaits ils commirent et notamment envers les dieux
et les temples furent si nombreux ils déclenchèrent la colère de Pasupa-
tinath qui les extermina tous hormis leur roi par une épidémie 25 Dans
cet épisode Magar et Khas sont dits être sans dharma droit 26)
23 idée que la dynastie royale et ses urs religieuses forment le ur de la religion
tat ne doit pas étonner dans un pays où le même terme sorkar désigne également le roi et
le gouvernement
24 Les Magar par exemple sont considérés comme une caste pure de buveurs alcool
non réductibles en esclavage Cette position est cependant moins haute que celle qui leur est
réservée dans la tradition du Népal central où ils sont considérés comme anciens Kshatriya
dégradés supérieurs aux autres tribaux
25 Râjbhogmâlâ vamsâvalî Nepalko itihäs partie III
26 Sans être Magar lui-même Mukunda Sen est souvent assimilé ce groupe qui formait
essentiel de ses sujets avec lequel ses ancêtres ont conclu au moins une alliance matrimoniale
Lui-même eu trois fils de sa seconde femme fille un roi magar Sen vamsâvalî On
apprend également dans ce passage de la Rajbhogm lä vamsâvalî que Mukunda Sen aurait fait
enlever imposant et très puissant masque de Bhairav du chariot de Matsyendranath et fait
envoyer dans son royaume de Palpa Butvaul où il se trouve toujours Le vol des dieux de
ennemi plus que leur destruction est souvent attesté on en un autre exemple dar cette
chronique partie IV
15 DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS ARCHIVES
Dans les chroniques de Gorkha les Magar apparaissent régulièrement dans
enumeration des groupes placés derrière les Brahmanes et les Khas ils
sont les seuls tribaux être mentionnés Ces textes nous apprennent existence
un pays magar Magarât anéanti par les ancêtres des Säh leur entrée
au Népal Ce groupe soumis semble avoir été associé très vite aux nouveaux
gouvernements de leurs conquérants ainsi le père de Prthvî Narayan Nara-
bhûpâl Säh avait des ministres cautariya Magar 27 Cependant cet état de
fait avait visiblement pas appui des brahmanes puisque un deux
Mahe var Pant tient deux reprises un discours au roi afin il retire ces
charges aux Magar qui selon ses termes sont sans caste ajat) de caste
basse ou vile nic jat) se mettent en colère ne sont pas forts et
intelligents se liguent entre eux et enfin ne sont guère capables de
travailler ou de faire prospérer le pays Dans un épisode plus tardif les
Magar se firent chasser du royaume de Gorkha la suite un affront que
un eux occupant le poste important de dvariya 28) fit subir au jeune
Prthvî Narayan Un jour il était baigné dans la rivière le prince exprima
envie de manger de la canne sucre et envoya ses gens en chercher or
ceux-ci en trouvèrent que dans la propriété un dvariya que la suite de
histoire nous fait supposer magar et osèrent en couper Prthvî Narayan
rendit alors en personne et une altercation ensuivit entre le prince et le
dvariya issue de laquelle tous les Magar hormis le clan Gyanmi furent
chassés de Gorkha
Par la suite pourtant Prthvî Narayan appuya largement sur les Magar
qui formèrent le gros de ses troupes si on en juge par la liste de noms des
guerriers gorkhalî dans les différentes attaques relatées Il leur marqua éga
lement sa confiance de fa on démonstrative il destitua de sa charge
de porteur de épée royale un Chetri peu attentif pour confier ce rôle un
Magar
Dans ses mémoires Prthvî Narayan évoque son doda magar homme qui
fut chargé de veiller sur lui durant son enfance et se déclare sans vergogne
être le roi du pays des Magar
Le plus célèbre saint homme du royaume de Gorkha fut de surcroît issu
de ce groupe fait surprenant tant il est rare de nos jours un Magar adopte
la voie du renoncement Ce saint Lakhan Thâpâ fut un guide spirituel pour
Ram Sah et entretint des relations intimes avec la reine présentée comme
une incarnation de la déesse Son existence et sa reconnaissance forment un
nouvel indice de la forte participation des Magar dans la religion du royaume
de Gorkha
des rois 27 Thakuri Les Magar Les ne rois sont Sen pas de les est seuls nous tribaux dit HAMILTON se voir confier pp 7-8) des rôles avaient de des ministres par
kirant afin de se faire obéir par ce groupe ... the Kirats formed the principal strength of
these Rajput chiefs their hereditary chief held the second office in the state Chautariya and
the Rajputs who were united with them did not presume to act as masters to invade their
lands or violate their customs
28 Cet épisode figure 116 de la Gorkha vamsavalï éditée par le Yogi NARAHARINATH
les discours sur les Magar qui précèdent 100 et 103 du même texte
16

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