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La Sociologie de la religion et le domaine public dans la société socialiste / Sociology of Religion and the Public Field in Socialist Society. - article ; n°1 ; vol.65, pg 55-65

De
12 pages
Archives des sciences sociales des religions - Année 1988 - Volume 65 - Numéro 1 - Pages 55-65
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Marko Kersevan
Metka Zupancic
La Sociologie de la religion et le domaine public dans la société
socialiste / Sociology of Religion and the Public Field in Socialist
Society.
In: Archives des sciences sociales des religions. N. 65/1, 1988. pp. 55-65.
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Kersevan Marko, Zupancic Metka. La Sociologie de la religion et le domaine public dans la société socialiste / Sociology of
Religion and the Public Field in Socialist Society. In: Archives des sciences sociales des religions. N. 65/1, 1988. pp. 55-65.
doi : 10.3406/assr.1988.2458
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/assr_0335-5985_1988_num_65_1_2458Sc soc des Rel. 1988 65/1 janvier-mars) 55-65 Arch
Marko KERS EVAN
LA SOCIOLOGIE DE LA RELIGION ET LE DOMAINE
PUBLIC DANS LA SOCI SOCIALISTE
La sociologie de la religion comment et pourquoi
The article deals with the socio-political conditions and effects of the
formation and development of the sociology religion following the
example of the marxist sociology of religion in Yugoslavia For this
purpose the account of the political importance of the empirical
research of religion of the distinction between being religious and
being member of Church and the distinction between the
official religion and the popular religion is given The socio-political
initiatives and the implications of the adoption of the theory of
secularisation are specially dwelled upon The negative political
effects of the classic marxist conception of religion in the socialist
societies are shown as well as the efforts that have been made to nd
the solution in three topical trends in the Yugoslav marxist theory of
religion The article is to be understood as contribution to the
sociology of the sociology of religion
vais citer La sociologie plus bas marxiste ne peut définir de la religion sa raison en être Yougoslavie ainsi que pour ses des tâches raisons premières que je
par la simple orientation vers approfondissement du processus de éducation
athée de même elle accepte pas la position selon laquelle la question de
avenir de la religion identifie pour nous avec celle des influences sur la religion
dans le sens de son dépérissement 2)
Il est évidemment hors de question que la sociologie de la religion puisse
passer en Yougoslavie pour quelque chose de purement académique dans Le sens
une mise épreuve gratuite des différentes hypothèses sociologiques concer
nant un objet curieux la religion En Yougoslavie la question de la religion
toujours été considérée comme une affaire politique il est donc pas dépourvu
de sens de considérer que la sociologie de la religion elle-même formée et
articulée dans interaction avec le domaine public politique Ici le domaine
politique ne représente pas mes yeux uniquement les institutions politiques et
55 ARCHIVES DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS
étatiques les organisations politiques et leurs dirigeants mais plus largement le
domaine de la responsabilité publique envers les conditions existence des
membres une société donnée De ce point de vue la sociologie de la religion
entre automatiquement dans le domaine public/politique La question des
rapports entre la sociologie de la religion et la politique devient pour le sociologue
la question de sa responsabilité envers orientation et les résultats de son travail
ou encore la question du caractère confidentiel de son travail La prise en
considération acceptation et la réflexion sur ce caractère confidentiel poli
tique représentent pour un sociologue surtout pour un marxiste un compor
tement assez masochiste Je tiens tout homme qui veut accommoder la science
une position qui ne provient pas elle-même tout erronée elle puisse être
pour vulgaire gemein ce sont là des mots de Marx lui-même dans sa critique
de Malthus Mais ce qui passerait pour plus vulgaire encore ce serait
ignorer interaction du contexte politique et du contexte de la formation et de
articulation de la sociologie de la religion depuis époque de Marx En outre
cette influence ne se manifeste pas seulement par la discrétion opportuniste des
conclusions mais aussi par le choix des thèmes et des hypothèses par affinité
avec la distance par rapport certaines orientations théoriques par la relation
entre les approches théorique et empirico-descriptive etc
En Yougoslavie la question de la religion reste une affaire plus politique que
dans autres pays il suffit de quelques rappels
dans certains milieux nationaux yougoslaves la religion est par tradition
fortement ancrée dans les idéologies nationales est en effet partir des
différences religieuses et culturelles plus que linguistiques et culturelles que les
nations yougoslaves modernes se sont constituées ainsi les Serbes les Croates
les Musulmans Le souvenir des abus nationalistes dus aux différences reli
gieuses qui ont donné lieu des règlements de comptes sanglants pendant la
deuxième guerre mondiale est toujours cuisant
la grande force et même la suprématie des partis cléricaux politiques dans la
période précédant la révolution en Slovénie en Croatie en Bosnie
le lien traditionnel de glise nationale autocéphale et de tat dans les
régions orthodoxes la Serbie le Monténégro plus tard la Macédoine
le manque de confiance les tensions et les malentendus qui caractérisent les
rapports entre le Vatican et la Yougoslavie depuis sa constitution après la
première guerre mondiale époque actuelle de après-guerre
le conflit entre le mouvement ouvrier socialiste et glise catholique avant et
après la révolution qui vaut pour tous les pays socialistes
la politique une partie des dirigeants ecclésiastiques pendant la lutte pour la
libération nationale et pendant la révolution le rôle des glises dans la lutte de des peuples ainsi que dans les rapports entre peuples
orientation conservatrice de la religion dominante qui est imposée prin
cipalement dans les milieux ruraux
la place de la religion traditionnelle dans les couches populaires rurales
surtout qui ont donné naissance aux premières générations ouvriers aliéna
tion des couches supérieures celles des cadres surtout par rapport la religion et
glise
laves incompatibilité et une confession entre religieuse appartenance la Ligue des communistes yougos
56 SOCIOLOGIE DES RELIGIONS ET DOMAINE PUBLIC
Nous voyons il agit là une concentration et une combinaison de
raisons dont certaines sont caractéristiques de tous les pays socialistes et dont
quelques-unes caractérisent plus spécifiquement le milieu multinational et multi-
religieux yougoslave alors que autres encore résultent des liaisons historiques
particulières dans la Yougoslavie contemporaine
Une telle situation met en évidence actualité politique de la question
élémentaire en est-il de appartenance et de la conscience religieuses quelles
sont les tendances qui manifestent En dehors de toutes les autres implications
possibles longue portée actualité constante de cette question suscité examen
empirique et sociologique de la religion sous appellation de sociologie de la
religion Dans sa première phase la sociologie de la religion repris la
conception marxiste classique de la religion dans le cadre de orientation
philosophique yougoslave dominante de cette époque le marxisme humaniste
ou praxis-marxisme Pour ce qui concerne son approche de la religion elle
était tout fait conforme au point de vue du marxisme Elle considérait la religion
dans le cadre de la théorie de aliénation en liant son sort au processus de
désaliénation mis en uvre par le socialisme Bien que très abstraite elle était
orientée vers examen empirique de la religion Comme elle voyait dans la
religion la manifestation des rapports sociaux aliénés elle liait la popularité ou le
déclin de cette dernière mis en évidence par les recherches empiriques au
développement de la société yougoslave celui-ci devant en constituer la vérifi
cation
La première recherche complexe sur la religion effectuée en Bosnie Herce
govin dès 1964 essayait de vérifier sur place hypothèse selon laquelle orienta
tion de activité vers autogestion processus de désaliénation diminuait la
présence ou intensité de la religiosité forme aliénation Les résultats de cette
recherche ont démontré que premièrement il était pas simple de rassembler des
faits sous appellation de religion que les niveaux descriptif et empirique
exigeaient une réflexion théorique et méthodique il fallait se munir de
concepts appropriés la religion glise la religiosité appartenance glise
etc Deuxièmement que le cadre hypothétique de la philosophie marxiste de la
religion était trop lâche pour pouvoir directement orienter une recherche empi
rique aussi bien pour la collecte que pour analyse des données La recherche
tout en confirmant statistiquement hypothèse de interdépendance entre activité
autogestionnaire et non religiosité était bloquée les disparités sociales révélées
par échantillonnage entre croyants et non-croyants ne tenaient pas compte du
pluralisme national et religieux de la Bosnie Hercegovin le blocage tenait aussi
au fait on ne savait pas ce on devait considérer comme la cause ou comme
la conséquence 5)
Dès ses débuts la sociologie yougoslave de la religion était intéressée aux
approches théoriques et méthodologiques des pays occidentaux ceux-là même
qui avaient donné le jour la sociologie de la religion
Il est remarquer que dès ses débuts la sociologie yougoslave de la religion
faisait la différence implicite entre la religiosité et appartenance glise elle
opposait surtout identification entre et participation au culte ce
qui caractérisait comme on le sait une partie de la sociologie religieuse catho
lique est avec complaisance elle acceptait les remarques méthodologiques
sur la nécessité une telle différenciation Dans les recherches concernant
opinion publique elle insistait sur la différence entre la pratique religieuse et les
déclarations de religiosité ou de non-religiosité Elle supposait il avait des
57 ARCHIVES DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS
pratiquants non-croyants de même il avait des croyants non-pratiquants
Cette position cachait deux attentes contradictoires un côté espoir que le
nombre des croyants conscients soit moins élevé que le nombre des pratiquants
puisque le développement socialiste autogestionnaire devait pouvoir abolir le
besoin de religion tandis que la pratique se perpétuait pour des raisons relevant
surtout de la tradition nationale et familiale De autre côté attente une
tendance des croyants la distanciation par rapport glise qui devait se
manifester entre autre par la non-participation au culte Cette différence entre
croyants etrn-atiquants devait exprimer notamment insatisfaction des croyants
égard de glise tout en attestant le fait que glise ne pouvait pas parler au nom
de tous les croyants Il est pas difficile de comprendre la portée politique de ces
données dans la confrontation entre organismes ecclésiastiques et tat Les
raisons politiques étaient dans le contexte yougoslave la base une certaine
différenciation théorique et méthodologique dont il fallait tenir compte
La différenciation entre appartenance glise exprimée par la participa
tion au culte et la religiosité était déjà un fait acquis pour la sociologie de la
religion mondiale lorsque la discipline commen se développer en Yougos
lavie Il est tout de même intéressant de constater que la sociologie yougoslave de
la religion insistait dès ses débuts également sur la différence entre la religion
officielle ecclésiastique et la religion populaire Comme nous le savons la
religion populaire vu son importance reconnue dans la recherche empirique
européenne partir des années soixante-dix La différenciation entre la et la religion populaire était soutenue par expérience
politique de époque récente Malgré anti-socialisme dogmatiquement légitimé
de la majorité des dirigeants ecclésiastiques pendant la lutte pour la libération
nationale et dans les premières années qui ont suivi la révolution cette lutte fut
largement soutenue par les croyants de même opposition de glise au
nouveau pouvoir pas été plus largement suivie Bref si les croyants acceptaient
alternative soit la religionsoit la collaboration avec le communisme athée
dans la lutte pour la libération nationale et la révolution la lutte et la révolution
auraient pas été couronnées de succès ou bien le recensement de la population
de 1953 aurait pas constaté 85 de croyants comme ce fut le cas en Slovénie Il
est toutefois possible avancer que les ont refusé de suivre la position de
glise pour la simple raison ils la considéraient comme politique donc en
dehors de ses compétences Mais il est plus probable que cette prise de distance
exprime une différence bien plus profonde entre la religion des prêtres celle des
instances supérieures de la hiérarchie ecclésiastique et la religion des autres
couches sociales Cette explication est soutenue par le fait que la position
antisocialiste et collaborationniste de la hiérarchie ecclésiastique était contestée
notamment en Slovénie par les socialistes chrétiens ainsi que par des groupes de
prêtres et intelligentsia croyante autres régions de la Yougoslavie ce qui ne
manquait pas de susciter des échos dans des couches plus larges de croyants
Le caractère éminemment sélectif de acceptation des diverses positions et
attitudes ecclésiastiques et de la participation au culte telle elle est démontrée
par les recherches empiriques peut être expliquée comme étant la conséquence
de attitude consommatrice des croyants égard de institution ecclésias
tique dans le sens des thèses de Berger et de Luckmann Mais cette
sélectivité peut tout aussi bien être considérée comme une forme moderne de la
divergence entre la religion des prêtres et la religiosité populaire sur laquelle dans
le contexte marxiste Granisci attirait déjà attention
58 SOCIOLOGIE DES RELIGIONS ET DOMAINE PUBLIC
Le problème des croyances différentes et de la manière différente de
concevoir et de réaliser les devoirs religieux dans le cadre une seule religion et
dans des couches différentes surtout dans le clergé intelligentsia et le peuple
devrait être analysé du point de vue général il est plus ou moins général.
La différence est très importante dans des pays catholiques mais elle apparaît
des degrés différents ... La portée du phénomène va croissant dans les pays
orthodoxes où il faudrait parler de trois niveaux une même religion la religion
du haut clergé et des moines la religion du clergé paroissial et la
populaire.
Toute religion la catholique compuse celle-ci surtout vu ses efforts pour
la sauvegarde de unité extérieure qui ne permet pas la scission en glises
nationales ou par catégories sociales consiste en fait en une foule de religions
particulières et souvent antagonistes il existe le catholicisme des paysans le
catholicisme de la petite bourgeoisie et du prolétariat urbain le catholicisme des
femmes et de intelligentsia qui est encore très varié et dispersé 7)
époque des conflits entre la hiérarchie ecclésiastique et les forces socialis
tes organisées la différenciation entre religion et religion populaire
représentait un outil politique Elle facilitait la confrontation avec les Eglises en
présumant que cela affectait pas les sentiments religieux réels des foules
accent principal toutefois était mis sur le fait il agissait de la confrontation
avec activité politique et non pas religieuse des glises Mais cette explication
était pas toujours crédible vu insistance des cercles religieux mise sur la nature
essentiellement religieuse et morale de leurs positions La différence entre la
religion ecclésiastique et la religion populaire servait en outre freiner attitude
sectaire des ultra-gauchiste vis-à-vis des croyants considérés par eux comme les
ennemis du socialisme dont argument principal était orientation anti
socialiste de la hiérarchie religieuse
II
Les raisons de cette actualité politique et de la valorisation des distinctions
entre appartenance glise et religiosité et entre religion populaire et religion
ecclésiastique remontent en fait une époque antérieure celle de la reprise de
la thèse de la sécularisation qui coïncide avec époque des débuts de la sociologie
de la religion en Yougoslavie Cette thèse été acceptée en Yougoslavie dans une
formulation assez floue il agissait de la libération ou de autonomisation des
différents domaines de la vie sociale par rapport aux cadres ecclésiastiques et
religieux et ceci sous influence de industrialisation de urbanisation de la
laïcisation de tat et de la politique de la rationalisation de la pensée et du
comportement humain La conséquence en serait la diminution du rôle social de
glise dans les domaines sécularisés et sa concentration dans le domaine privé
Les recherches empiriques recourant ces catégories ont produit des résultats
analogues ceux connus en Europe occidentale
La thèse de la sécularisation devrait démontrer deux choses .premièrement
que les conditions de la domination cléricale sur la vie sociale sont en train de
disparaître et un phénomène est en train de se développer un domaine public
laïcisé sécularisé libéré des confrontations et des tensions religieuses deuxième
ment ce double résulte de processus sociaux objectifs et inéluctables
59 DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS ARCHIVES
sans activisme antireligieux et anti-ecclésiastique particulier ce qui peut être
abondamment illustré par exemple des pays occidentaux
La thèse de objectivité et de la spontanéité du processus de sécularisation
été particulièrement importante Indépendamment de la thèse marxiste orthodoxe
sur la nécessité de la lutte antireligieuse les forces socialistes organisées en
Yougoslavie ont été en permanence obligées de combattre la possible influence
des différences religieuses et de leurs tensions ainsi que celle du conservatisme
religieux dominant dans les domaines-clé de la vie sociale Ces efforts se sont
déployés dans la lutte politique contre les abus de la religion en vue objectifs
politiques pris dans le sens large ou étroit ainsi que dans la lutte contre les
préjugés religieux et autres comme le formule le programme de la Ligue des
communistes Malgré les accents mis surla nature idéologique de cette lutte surla
lutte politique contre les abus de la religion et non pas contre la religion et encore
moins contre les croyants cela se transformait facilement en lutte contre la
religion elle-même surtout au sein des couches inférieures Ces accusations
lancées par les glises suscitaient des tensions préjudiciables avec les croyants
La thèse de la sécularisation depuis démontré que le seul but portée sociale et
politique pouvait être atteint sans intervention de athéisation programmée
industrialisation urbanisation la laïcisation ayant eu lieu dans le contexte
yougoslave de sous-développement époque socialiste cela pouvait être
expliqué dans le cadre de la conception marxiste traditionnelle du dépérisse
ment de la religion dans le socialisme ou de la victoire du socialisme sur la
religion
La thèse de la sécularisation était donc fonctionnelle plusieurs égards Elle
servait explication aux événements et orientation de (non)action Une
certaine différence avec les pays occidentaux est néanmoins visible Les processus
de sécularisation ont lieu intérieur une religion déclarée ou une appar-
tenance formelle glise de ce fait dans la plupart de ces pays le taux des non-
croyants est assez bas En Yougoslavie le pourcentage des individus qui se
déclarent non-croyants est assez élevé en Slovénie dans la république la plus
développée il élève 40 Cette image illustre pourtant une autre thèse
sociologique sur la situation de la religion dans la société contemporaine la
thèse du pluralisme religieux
La Yougoslavie vit depuis toujours une situation de pluralisme religieux
Mais ce en était pas un intérieur un seul peuple une seule
nation Les peuples yougoslaves étaient traditionnellement homogènes sur le
plan religieux ce qui explique la place de la religion ainsi que celle de glise dans
idéologie nationale Avec une non-adhésion religieuse massive côté un
nombre assez important de petites communautés religieuses protestantes qui se
sont épanouies époque socialiste identité et nationale est pour
la première fois écroulée massivement Ce fait ou mieux la conscience qui en
émane fortifiée par la sociologie de la religion et ses recherches entraîne un
effet politique ambivalent un côté il incite les glises se dénationaliser se
dé-politiser puisque la religiosité et appartenance glise ne sont plus le
dénominateur commun un peuple une nation de autre côté on impres
sion que les glises ne peuvent assumer leur fonction même pour la partie non-
croyante du peuple en tant institutions nationales et non as religieus es
la première alternative induit un réajustement de la fonction des glises dans le
sens un retrait vis-à-vis des questions la deuxième alternative
renforce ce rôle national qui toujours été traditionnellement caractéristique des
glises balkaniques
60 SOCIOLOGIE DES RELIGIONS ET DOMAINE PUBLIC
Quoi il en soit dans les années soixante et soixante-dix les recherches
sociologiques sur la sécularisation ont prouvé que la Yougoslavie connaissait les
mêmes processus que les sociétés dites modernes Mais ces recherches ont très
clairement indiqué que la société socialiste yougoslave était massivement reli
gieuse et attachée glise elles ont également montré que ces caractéristiques
se perpétuaient il est avéré que les changements ou la sauvegarde de la religion
dépendaient surtout de processus objectifs ou spontanés et non pas une activité
particulière organisée ou encore de campagnes antireligieuses de courte durée
Dans ce contexte les régions les plus développées ont fait preuve une stabilité
dans les rapports établis entre croyants et non-croyants Il est avéré que la
religiosité ainsi que la non-religiosité représentaient vraisemblablement une
réalité de longue date pour les individus dans les sociétés dites socialistes
compris la Yougoslavie 8)
Cela souligne la nécessité de prendre conscience de la capacité du système
autogestionnaire socialiste yougoslave et des forces socialistes organisées vivre
et uvrer dans des conditions de pluralisme religieux et de liberté de pratique
ou de non-pratique religieuse Le fondement une telle conception devrait se
trouver dans la dépolitisation des différences non)religieuses les clivages
religieux compris entre croyants et non-croyants ne devraient pas représenter
une base de rassemblement ou de division dans la vie ou dans le domaine
publics Cette position été renforcée par les résultats des analyses Ceux-ci ont
démontré il existait côté de identification traditionnelle du caractère
national et confessionnel typique de certains milieux une identification sociale
et religieuse ne serait-ce que sous la forme une tendance ou une potentialité
La détermination religieuse et attachement glise sont caractéristiques des
couches populaires inférieures les paysans et assez souvent les ouvriers
surtout les moins qualifiés Par contre les cadres surtout ceux des couches
supérieures sont dans la grande majorité non-croyants et éloignés de glise Ce
type de situations de tendances créent incontestablement une obligation pour le
pouvoir socialiste dépolitiser autant que possible la religion ou les détermina
tions religieuses ou athées faire en sorte que les clivages religieux aient plus
implication dans les déterminations socio-politiques fondamentales
III
Je voudrais brièvement analyser maintenant les conséquences de ce qui
précède pour la théorie de la religion elle-même et pour interaction entre cet
impératif et la marxiste de la religion
La théorie marxiste traditionnelle de la religion contribué la politisation de
la religion Conformément aux définitions des classiques du marxisme 9) cette
théorie considère la religion comme une forme aliénation comme le reflet de
conditions et de rapports sociaux limités ou aliénés le rôle social de la religion se
trouverait valorisé par la définition de Marx qui voit opium du peuple
Directement ou indirectement la religion est caractérisée négativement ne serait-
ce que dans le fait que ses débuts sont rattachés des conditions négatives savoir
la faiblesse ignorance exploitation le fétichisme de la marchandise qui
doivent toutes être abolies Le développement du socialisme devrait favoriser la
disparition de la religion en tant élément ou conséquence de ces conditions
Dans une société socialiste et communiste développée il aurait plus de place
pour la religion..
61 ARCHIVES DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS
On connaît la conclusion tirer de cette analyse les forces socialistes
organisées les partis communistes doivent lutter contre la religion au nom et
dans intérêt du socialisme Ici les limites et les garanties sont toujours précisées
la lutte contre la religion ne doit pas signifier la lutte contre les individus
croyants les croyants ne doivent pas être victimes une discrimination du fait de
la religion ni dans leurs droits ni dans leurs obligations la lutte contre la religion
est une lutte idées et non une lutte politique et administrative cette lutte est en
fin de compte la lutte pour la libération des individus eux-mêmes La religion est
traitée comme une maladie les individus ne sont pas pénalisés cause de leur
maladie mais il faut lutter contre la maladie Cela implique au contraire des soins
particuliers aux malades et surtout des soins pour que la maladie ne se propage
pas Le parallèle avec alcool(isme est pas fortuit alcool est permis les
individus sont autorisés le vendre mais il ne faut pas faire de publicité autour
surtout pas parmi les jeunes il ne faut pas confier certaines tâches aux alcooliques
bien ils aient les mêmes droits en tant que citoyens il faut les aider se libérer
de alcool et permettre on les soigne
Ces limites et garanties politisent forcément la question religieuse Les
croyants ne doivent pas subir de discrimination mais il ne faut pas leur confier les
fonctions sociales les plus exposées dans oeuvre édification socialiste adhé
sion au parti attribution de certains emplois dans appareil de tat ou dans
éducation tout en ayant les mêmes droits les croyants disposent en fait de
moyens réduits
La disqualification théorique aprioriste de la religion se manifeste forcément
par le biais de la disqualification et de la discrimination des personnes croyantes
et des communautés religieuses surtout si elle est liée des clivages et des
intérêts politiques Cela suscite une réaction politique de la part des croyants et
des glises pourquoi donc engager dans la lutte pour le socialisme si ce dernier
dans sa forme future ne fait pas de place la religion et si dans la situation
actuelle il pratique une discrimination ou témoigne de son manque de confiance
envers les croyants
Cette politisation mène exactement ce qui est inacceptable pour le mou
vement ouvrier socialiste la désunion du prolétariat face des questions
matérielles par suite de la face des questions métaphysiques
Ce est pas un hasard si les communistes yougoslaves se méfient depuis
toujours des positions militantes envers la religion bien ils aient plus que les
autres partis respecté le principe de incompatibilité entre adhésion au parti et
attitude religieuse Dans les régions catholiques de ouest ils ont toutefois été
plus sensibles aux arguments des croyants et des groupes religieux orientation
socialiste En Slovénie surtout il existait avant la révolution pendant la lutte pour
la libération nationale et après elle un groupement intellectuel important de
socio-chrétiens qui contredisait la thèse de incompatibilité du socialisme et de
la religion par ses opinions et par son activité dans la théorie ainsi que dans la
pratique Nous pourrions dire ils sont les précurseurs de la théologie contem
poraine de la révolution et de la théologie de la libération 10)
La conception marxiste traditionnelle de la religion est vue confrontée
trois questions relevant du domaine socio-politique Comment éviter la politisa
tion négative de la religion comment assimiler du point de vue théorique
expérience historique de la politisation positive et comment réussir expli
quer la persistance de la religion dans la société socialiste
62 SOCIOLOGIE DES RELIGIONS ET DOMAINE PUBLIC
intérieur du marxisme yougoslave nous pouvons trouver trois orienta
tions théoriques qui représentent les réponses ce genre de défis
La première envisage une application plus radicale et conséquente de la
conception de Marx concernant la religion Celle-ci considérée en tant expres
sion/reflet des rapports sociaux aliénés expression de la misère terrestre et de la
révolte garde toute son actualité compris dans les pays socialistes Ce est
pas vraiment une critique de la religion mais cela tend une analyse sans
compromis et la critique du socialisme réel compris du socialisme
yougoslave existence de la religion dans les pays qui se réclament du
est pas un scandale pour la théorie marxiste de la religion mais pour la pratique
sociale marxiste et la réalité de ces sociétés 11 Le point faible de cette
orientation consiste dans le fait elle valorise la une fa on priori
négative On pourrait dire elle diffère moins de la théorie de la religion en
Union soviétique dans sa conception de la religion que dans son attitude envers
la réalité des sociétés socialistes Dans les deux cas la religion est traitée comme
une forme aliénation liée des conditions aliénation sauf que pour la théorie
soviétique dominante ces ne sont que marginales dans la société ou dépassées dans leur fond ce qui amène considérer la religion
comme marginale elle aussi moins elle ne serve instrument politique
entre les mains des forces ennemies du socialisme comme ce serait le cas en
Pologne)
La deuxième orientation essaye elle aussi de radicaliser la théorie marxiste de
la religion mais en approfondissant et en élargissant les notions proposées par
Marx par contre elle néglige et refuse les définitions explicites de Marx touchant
la religion et son rôle Dans sa propre définition elle considère la religion
comme une forme particulière de la production spirituelle une forme particulière
de la fa on dont homme approprie le monde une pratique sociale
et non pas une forme priori aliénation En accord avec la logique ou la
dialectique de toute production sociale la religion elle-même peut dépasser les
conditions et les raisons qui ont engendrée et se mettre satisfaire de nouveaux
besoins ou même les engendrer 12)
Cela ne répond pas la question de existence et des fonctions de la religion
dans les sociétés socialistes la elle-même est toutefois placée dans un
nouveau contexte elle est plus objet de scandale la valorisation priori
négative de la religion ainsi abolie existence et le développement de la
religion dans le socialisme dépendent des croyants eux-mêmes de leurs besoins
et de leur créativité religieuse La théorie de la religion perd ainsi sa pointe priori
critique envers la société tout en rendant possible analyse critique de la religion
et de ses fonctions dans la société
Cette dernière constatation est encore plus valable pour orientation qui
essaye de répondre aux questions concernant existence de la religion dans une
société socialiste aide des acquis et des thèses formulées par anthropologie la
sociologie la psychologie et la psychanalyse est-à-dire en dehors de la tradition
marxiste Dans les sociétés socialistes aussi la religion représente une réponse
aux questions existentielles éternelles la mort le caractère éphémère de
homme les questions sociales ne sont un aspect partiel et secondaire de la
religion 13)
Il semble première vue que compte tenu de la nécessité pratique de
dépolitiser le domaine de la religion les deux solutions citées en dernier seraient
les plus efficaces les plus fonctionnelles Mais une telle conclusion serait trop
63

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