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Farhad Khosrokhavar
La Vision communautaire du pouvoir et la révolution iranienne /
The Community Approach of Power and the Iranian Revolution
In: Archives des sciences sociales des religions. N. 93, 1996. pp. 81-98.
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Khosrokhavar Farhad. La Vision communautaire du pouvoir et la révolution iranienne / The Community Approach of Power and
the Iranian Revolution. In: Archives des sciences sociales des religions. N. 93, 1996. pp. 81-98.
doi : 10.3406/assr.1996.1016
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/assr_0335-5985_1996_num_93_1_1016Résumé
En la revolución iraní, la ideologia de la movilización de la juventud urbana modernizante y la de la
generación de los padres de los jóvenes provenientes de universo campesino están diferentemente
estructuradas. En la generación de los padres, ya sean de origen urbano o rural, encontramos diversas
configuraciones de una visión ciclica en la que lo sagrado y el poder se encuentan unificados bajo una
forma específica en un esquema organizado a partir de tres momentos. El presente artículo intenta
describir este ciclo ternario en el que la « carismatización » y la « descarismatización » del Jerarca se
explican en su relación con temáticas comunitarias tales como la justicia jerárquica, el orgullo y el
clientelismo. El presente trabajo se organiza a partir de entrevistas y de investigaciones de campo
llevadas a cabo en Iran entre 1978 y 1990.
Resumen
En la revolución iraní, la ideologia de la movilización de la juventud urbana modernizante y la de la
generación de los padres de los jóvenes provenientes de universo campesino están diferentemente
estructuradas. En la generación de los padres, ya sean de origen urbano o rural, encontramos diversas
configuraciones de una visión ciclica en la que lo sagrado y el poder se encuentan unificados bajo una
forma específica en un esquema organizado a partir de tres momentos. El presente artículo intenta
describir este ciclo ternario en el que la « carismatización » y la « descarismatización » del Jerarca se
explican en su relación con temáticas comunitarias tales como la justicia jerárquica, el orgullo y el
clientelismo. El presente trabajo se organiza a partir de entrevistas y de investigaciones de campo
llevadas a cabo en Iran entre 1978 y 1990.
Abstract
Within the Iranian Revolution, the mobilisation ideology of the young, urbanized and modernized youth
and that of the generation of fathers and young people of rural background are differently shaped. The
generation of fathers, whether of rural or urban origin, uses different models of the cyclic structure
where the Sacred and the "political" power are connected through a specific form within a triadic
scheme. This article tries to describe the triadic cycle where the "charismatization", and the
"decharismatization" of the power holder can be explained in reference to community ideas like the
hierarchic justice, pride and patron/client relationship. This article is mainly based on fieldwork and
interviews in Iran between 1978 and 1990.Arch de Sc soc des Rel. 1996 93 janvier-mars 81-98
Farhad KHOSROKHAVAR
LA VISION COMMUNAUTAIRE DU POUVOIR
ET LA VOLUTION IRANIENNE
La vision communautaire du pouvoir est un modèle de représentations
qui régi rimago mundi de la société iranienne avant la modernisation
Cette représentation est fondée sur une articulation spécifique entre le pouvoir
et le sacré et eu une grande portée pendant la révolution islamique en Iran
surtout dans la génération des pères et des grands-pères On la trouve chez
les paysans turcophones de Zandjan les classes inférieures la troisième
classe tabaghéh yé se des banlieues de Téhéran mais aussi chez une bonne
partie des classes moyennes ceci près que ce est plus le chah ou Khomeyni
qui est le hiérarque mais impérialisme américain anglais ou russe Cette
conception du pouvoir et du sacré se reproduit avec une constance impres
sionnante dans diverses ethnies iraniennes le changement radical par rap
port elle ayant pas tant lieu du fait de la provenance ethnico-géographique
des personnes en raison de âge autant les vieilles générations re
connaissent dans ses multiples variantes autant la jeunesse urbaine et révo
lutionnaire des grandes villes en éloigne en optant pour une vision
radicalement différente en rupture avec elle Cependant une partie de la
jeunesse populaire des zones urbaines modernise cette représentation et en
fait une idéologie de légitimation pour son soutien Khomeyni
Ceci pose la question du degré homogénéité des acteurs révolutionnaires
en Iran On peut distinguer ceux qui gardent ancienne forma mentis cyclique
ceux qui la transforment en la modernisant plus ou moins dans son contenu
la structure formelle du cycle demeurant inchangée enfin ceux qui rompent
avec la représentation cyclique et épousent une autre conception des relations
Cf les entretiens avec les divers représentants des groupes mentionnés in Paul VIEILLE
Farhad KHOSROKHAVAR Le Discours populaire de la révolution iranienne Paris Contempora-
néité 1990 tome les entretiens et Farhad KHOSROKHAVAR Unanimisme et sa rupture dans
la révolution iranienne Thèse Etat EHESS 1992 tome les entretiens
Cette thématique été largement développée dans notre thèse tat op cit Elle
été partiellement reprise dans ouvrage Utopie sacrifiée sociologie de la révolution ira
nienne Presses de la FNSP 1993
81 DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS ARCHIVES
sociales et une autre vision de islam notamment en valorisant la dichotomie
oppresseur mostakbar)/deshéT té af Dans ce travail seuls les deux
premiers groupes sont analysés étant entendu ils ne forment pas la totalité
des acteurs révolutionnaires et que dans les grandes zones urbaines ce sont
ceux qui rompent avec cette Wesitanschauung communautaire qui forment la
majorité des jeunes révolutionnaires
La conception cyclique certes un long passé historique derrière elle on
en trouve une formulation dans épopée du poète Ferdowsi 3) Le Livre des
Rois mais aussi chez les grands juristes moralistes ou ministres de la longue
période des royautés ou des empires en Iran islamique On se bornera
dans ce travail analyser son contenu eu égard au mouvement révolution
naire
La vision cyclique du pouvoir le sacré ambivalent
La vision cyclique associe le pouvoir et le sacré de manière spécifique
en procédant une distinction au sein du pouvoir entre le hiérarque il peut
être le chah ou Khomeyni une part et autre part son entourage est-
à-dire la hiérarchie intermédiaire du pouvoir Selon les étapes du cycle le
Hieros est attribué de manière différentielle au hiérarque et son entourage
Un trait essentiel de cette conception est association étroite du sacré
et de la justice hagh Le pouvoir injuste se désacralise attirant la disgrâce
Dans son épopée Le Livre des Rois Ferdowsi poète persan du 12e siècle décrit le
processus par lequel le roi juste souvent sous influence de son entourage injuste mauvais
ministre ou simplement son orgueil grandissant finit par devenir lui-même La lueur
divine farréh yé di se détourne alors de lui Sa disgrâce annonce par des troubles qui
aboutissent son détrônement et avènement un autre monarque
Cf C.H de FOUCHECOUR Moralia les notions morales dans la littérature persane
des aux 7- 3e siècles Paris 1986 pour articulation du cycle du pouvoir autour de la
justice hiérarchique A.K.S LAMBTON Justice in the Medieval Persian Theory of Kingship
In Studia Islamica 17 1962 96-97 pour une description de cette conception dans la perspective
du miroir des princes cf ouvrage du grand ministre sekidjoukide Khâdjéh Nézâm öl Molk
Siâsat-Nâméh Téhéran 1364 1985 où il développe cette vision cyclique en maintenant la ten
sion entre le mode action du prince sa justice et le verdict imprévisible du Ciel La même
tension est perceptible dans Le Livre des Rois où on passe tour tour du libre-arbitre du Roi
est le prince lui-même qui est cause de son déclin par son injustice la prise en compte
une fatalité qui fait du Prince un jouet sans liberté il devient injuste sous effet des tours
insoup onnés de la Fortune bakht qui se nomme aussi le Monde huit étages les sept cieux
et la terre sarâyé séh pand le Monde Infidèle sarâyé djafâ et Univers Tournant gardandéh
dahr)
Cette description se fonde sur des entretiens effectués dans les trois premières années
de la révolution et traduits en annexe de la thèse tat loe eit
La tendance dominante dans islamologie tout en reconnaissant importance de la
justice dans idéologie communautaire en islam lui accorde une place mineure la subordonnant
autres faits comme arbitraire du pouvoir ou absence de norme Cf pour Iran LAMBTON
A.K.S. Quis custodiet custodes Some Reflections on the Persian Theory of Government
Studia Islamica 1956 Justice in the Medieval Persian Theory of Kingship Studia Islamica
17 1962 State and Government in Islam the Jurists Oxford 1981 Pour Bertrand
Badie est le rapport entre centre et périphérie au sein du monde islamique qui lui donne son
idiosyncrasie Cf. Les Deux tats Pouvoir et société en Occident et en terre islam Paris
1986
82 VISION COMMUNAUTAIRE DU POUVOIR ET VOLUTION IRANIENNE
divine sur lui lors même que le monarque juste attire les faveurs célestes sur
lui 7)
Le cycle dénote la perte de la justice chez les détenteurs du pouvoir et
leur désacralisation progressive les phases de la perte du Hieros se ramenant
trois en premier lieu le roi le hiérarque et son entourage sont
justes Dans la seconde étape le roi demeure juste mais son devient
injuste Enfin dans la troisième étape un et autre deviennent injustes Ils
seront tôt ou tard renversés le chaos et le désordre régnant sur la société
avant avènement du nouveau cycle où un hiérarque juste prendra les rênes
du pouvoir 9)
Dans une partie de la jeunesse révolutionnaire origine populaire où se
côtoient les fils des paysans dépaysannés et les jeunes liés aux milieux tra
ditionnels le bazar le clergé) on rencontre une tentative de modernisation
du cycle du pouvoir celui-ci se maintient dans sa structure formelle mais le
contenu changé et les différentes phases prennent une acception différente
de celle de la tradition est parce il eu pareille transformation que
la révolution iranienne été rendue possible sinon il aurait pas eu ré
volution juste un désordre de plus dans le processus de transfert du pouvoir
semblable aux changements dynastiques traditionnels passés On peut refor
muler ses différentes phases dans le mouvement unanimiste révolutionnaire
selon cette vision cyclique
Le premier moment est celui de Vunanimité est celui de utopie
révolutionnaire mais aussi celui où le hiérarque Khomeyni et son entourage
sont encensés et reconnus foncièrement bons Cette phase ne dure que peu
de temps après la révolution peine un an ou deux selon différents groupes)
Le second moment est celui de Vunanimisme on commence percevoir
des fissures dans le pouvoir la fiction de unité indestructible du pouvoir et
de la société re oit les premiers démentis du réel on en vient révoquer
implicitement en doute la foi inébranlable dans le Guide Khomeyni mais
par compensation on réitère solennellement la confiance on lui porte tout
en dévalorisant son entourage Cette phase recoupe en partie la seconde étape
du cycle traditionnel de la génération et de la corruption du pouvoir et corres
pond grosso modo aux toutes premières années de la guerre avec Irak 1980-
1988)
Enfin le troisième moment est celui de la rupture de unanimisme qui
peut être mis en parallèle avec celui de la décharismatisation du hiérarque
dans le cycle traditionnel On passera souvent de la séquence moderne una
nimité unanimisme rupture de unanimisme la succession traditionnelle
Le roi juste ne doit pas attribuer exclusivité de sa justice lui-même est Dieu
qui rendu et ce titre il pas enorgueillir Ferdowsi montre comment tel roi
qui se laisse griser par le spectacle de sa gloire et de sa justice devient injuste et perd la
lueur divine qui lui apportait chance et prospérité Le péché orgueil est la première étape
de la désacralisation du monarque On trouve une remarquable continuité dans la notion de
justice hiérarchique que ce soit dans Le Livre des Rois äad) dans Siâsat Nâméh adl ou chez
les interviewés un certain âge pendant la révolution islamique en Iran hagh)
En persan atrâfiâche dowr variache
La vision cyclique une longue histoire On rencontre des échos de cette conception
au Maroc où on retrouve la même structure cyclique Cf Mounia BENNAMI-CHRA BI
Soumis et rebelles les jeunes au Maroc ditions du CNRS Paris 1994
83 DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS ARCHIVES
le bon hiérarque bien entouré le bon hiérarque mal entouré le mauvais hié
rarque mal entouré) étant entendu que dans la réalité on chevauche souvent
les deux certains interlocuteurs louvoient entre le cycle traditionnel et le
registre unanimiste la juxtaposition des deux registres ne manquant pas de
créer des incohérences des situations de conflit et de tiraillement intérieurs
Le mouvement révolutionnaire est ainsi interprété en termes cycliques selon
les trois phases de la corruption progressive du pouvoir et la perte de sacralité
du hiérarque
Le second moment et sa centralité imaginaire qui embrouille
la deuxième année de la révolution on se trouve dans la seconde phase
du cycle pour une triple raison Tout abord parce que unanimité révolu
tionnaire est révolue la justice pas été promue bien loin de là est
accentuation de injustice dans une économie de plus en plus spéculative
en période de guerre avec Irak Ensuite parce que le second moment du
cycle structure imaginaire communautaire de telle fa on que la première
phase se réduit la marginalité comme si elle avait existé que le temps
un éclair ou même quelquefois presque pas La seconde phase marginalise
activement la première lui déniant épaisseur dans le temps la réduisant
être un simple prélude Enfin le second moment est central parce que
le premier et le troisième sont en réalité des situations-limites La première
phase est le temps fugace de indivision de la communauté et du pouvoir
période de liesse qui existe souvent que comme mythe du hiérarque juste
et omnipotent projeté in ilio tempore IO La troisième phase du cycle aussi
est marginale est le moment du rejet total du pouvoir qui ne se produit
que dans les périodes critiques où le roi et son entourage deviennent les cham
pions de injustice
Quelques mois après la révolution on est plus dans la première phase
où la société fêtait son unité avec Khomeyni où le Guide rahbar de la
révolution et ses fondés de pouvoir étaient bons Le réalisme prend le des
sus et il faut désigner un responsable aux maux croissants dont pâtit la société
postrévolutionnaire est entourage qui est coupable est lui qui accaparé
le pouvoir réduisant le Guide de la révolution impuissance et induisant
en erreur quant la situation réelle Le crédit de Khomeyni est pas encore
entamé par les exactions dont il est pas tenu responsable Sa sacralité est
pas entamée seuls sont désacralisés ceux qui dirigent le pays en son nom
savoir ses mauvais conseillers
imam Khomeyni voulu faire du bien. mais ces jours-ci entourage
de les mauvais conseillers se prosternent devant lui mais ne font
rien 11
10 est notamment le cas du roi sassanide mythifié Anouchiravân le juste et dans la
période postislamique celui du premier imam Ali
11 Ces propos et les suivants sont des extraits entretiens produits in extenso en annexe
de notre thèse Etat est un employé une cinquantaine années qui tient ces propos
84 VISION COMMUNAUTAIRE DU POUVOIR ET VOLUTION IRANIENNE
Ceux qui entourent le hiérarque sont mauvais pas le hiérarque lui-même
victime innocente de leurs coupables machinations Que ce soit le chah ou
Khomeyni peu importe Le est au courant de rien ou il est
il ne peut intervenir étant réduit impuissance soit parce on empêche
agir soit parce il est seul dans un monde maléfique où entourage lui
fournit une version falsifiée des faits
mon avis le chah lui-même était pas mauvais est son qui
était mauvais tout comme entourage de Monsieur Khomeyni Le pauvre chah
criait Occupez-vous des problèmes du peuple On lui répondait Entendu
majesté Monsieur Khomeyni dit maintenant Occupez-vous des problèmes du
peuple!.. On lui répond Entendu Eminence ..Mais en réalité ils font in
verse Le chah était comme Monsieur Khomeyni le problème de Monsieur Kho
meyni et du chah est pareil
Monsieur dit des choses bien mais ces gens-là ina est-à-dire son entourage
ne écoutent pas Ils ne lui obéissent pas Monsieur dit des choses très justes
dorost) mais enfin il est seul
Ils ont porté Monsieur aux nues et les mauvais conseillers lui font des cour
bettes mais personne ne informe sur le véritable état des choses
Monsieur Khomeyni lui-même est un de bien mais le hic de affaire
est que lui il veut faire de son mieux mais son entourage ziré dastâch ses in
férieurs ne le laisse pas faire est comme du temps du chah le chah disait
par exemple Faites ci ou Quand il visitait quelque part partout sur son
chemin on mettait des couronnes de fleurs En fait étaient des Heurs artificielles
et du gazon artificiel De nos jours est pareil avec cet homme de Dieu Kho
meyni Quand il leur dit de faire ci ou ils font inverse Il eu déjà une
attaque cardiaque cause eux). 12)
Le fait être impuissant ou ignorer état des choses ou de ne pas pou
voir intervenir par suite de la duplicité de entourage préserve la sacralité
du hiérarque il peut être le chah ou Khomeyni Mais si on innocente Kho
meyni des méfaits de son entourage par la même occasion on réhabilite par
tiellement ancien chef ici le chah qui avait été totalement discrédité au
début du cycle du pouvoir de Khomeyni Le cycle du pouvoir est ainsi double
il se lit autant comme un processus autonome désacralisation des détenteurs
du pouvoir que lié au cycle précédent le déroulement même du cycle
présent influant sur la conception que on se fait du précédent modifiant sa
perception usure du présent rehaussant le passé ce moment le hiérarque
déchu le chah qui lors de ascension du nouveau chef Khomeyni dans sa
première phase était dans la troisième phase de son cycle de désacralisation
le chah et son entourage étaient mauvais) sort de la déconsidération totale
où il était jeté et se trouve replacé dans la seconde phase de son cycle on
se dit bien que lui non plus était pas si mauvais que toute la faute incombait
son entourage second moment de son cycle Cet ouvrier du garage le dit
en ce moment
Le chah était un parfait homme politique mais son entourage ne faisait pas
son boulot
Pendant éclosion du mouvement révolutionnaire le sentiment unanime
était que le chah était mauvais ainsi que son entourage troisième phase du
12 est un mécanicien une quarantaine années habitant les quartiers populaires du
sud de Téhéran qui parle
85 ARCHIVES DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS
cycle présent on revient sur cette vue des choses on rehausse le chah
on impute les maux dont on accusait son entourage qui le trahissait et
répandait le mal
Ce mouvement de réhabilitation partielle de ancien hiérarque se produit
précisément au moment où le nouveau hiérarque perd une part de son Hieros
et passe insensiblement cette phase où on commence lui reconnaître quel
ques défauts mineurs où on ne lui témoigne plus une confiance absolue mais
où on lui pardonne néanmoins être pris en otage par un entourage qui le
trahit en étant injuste vis-à-vis des faibles de ceux qui sont les inférieurs
z.iré dastân) la troisième classe tabaghéh yé se Dans cette vision dé
sabusée des choses le hiérarque actuel incarne le pôle du mouvement qui
commence enliser mais dont on tente de minimiser la perte du Hieros en
le séparant de son entourage ce dernier quant lui représente la mauvaise
institutionnalisation qui est tout fait différente du schéma weberien de ins
titutionnalisation partir du chef charismatique cf infra)
activité de imaginaire dans la seconde phase du cycle est spécifique
et diffère de celle qui exercera dans la troisième Au second moment ima
ginaire tend rendre ambigu tout ce qui trait la nature du hiérarque
Fait-on du mal ce est pas lui qui le fait mais les autres Les choses ne
vont-elles pas imaginaire brouille les cartes pour dégager le Guide de toute
responsabilité et innocenter Un peu partout on projette une structure faite
ambivalence intentionnelle sur tout ce qui trait aux actes du hiérarque
imaginaire la seconde phase sépare nettement le Chef de son entourage
il les dissocie un de autre et confère chacun un pouvoir politique et une
essence différents les détenteurs du pouvoir entourage sont puissants et
injustes le Chef lui est impuissant et juste Ceci donne la mesure de la tra
gédie du pouvoir celui qui est bon est dépourvu de pouvoir et ceux qui sont
dotés de sont iniques iniquité de ces derniers ajoute leur per
fidie ils mentent au Hiérarque le maintenant hors du pouvoir soit par leur
mensonge soit par leur capacité le refouler au statut de roi fainéant am
bivalence de attitude vis-à-vis du Hiérarque est inscrite dans la nature même
de cette phase il est foncièrement bon mais pour obscures raisons tenant
la malignité de son entourage ou sa propre crédulité il arrive pas
jouer son vrai rôle de chef et maîtriser ses subordonnés qui gouvernent en
son nom Le mode de structuration de imaginaire dans cette phase est tel
il embrouille le réel lui dénie univocité répartit sur un registre inten
tionnellement équivoque les faits justiciables une interprétation politique
Plus globalement le politique procède une double nature en soi il est
sacré le hiérarque est toujours sacralisé) mais en fait il est déjà largement
profané entourage qui exerce le pouvoir effectif est désacralisé)
ambiguïté étant constitutive du rapport du hiérarque au politique dans
la deuxième phase on ne sait plus au juste où il est otage une struc
ture répressive il est censé désapprouver dans son for intérieur
Pauvre Monsieur Khomeyni Ils les mauvais conseillers ont porté aux
nues et ils lui en font voir de toutes les couleurs 13)
13 Employé une cinquantaine années du Ministère de éducation nationale
86 COMMUNAUTAIRE DU POUVOIR ET REVOLUTION IRANIENNE VISION
Le hiérarque étant exempt des attaques que on porte contre son entourage
le jeu facile il peut désavouer les siens ses inférieurs intendance leur
faire endosser les manquements et les accuser des injustices commises Plus
il les désavoue et plus il se rehausse de leur déchéance Tout au long de cette
période la fortune lui sourit de infortune de son entourage qui est par dé
finition indigne de lui est pourquoi dénoncer ceux qui entourent les
conspuer au besoin devant le peuple musulman ne le discrédite pas en
tourage est pas de même essence que lui) mais le corrobore dans sa légi
timité
Tout ce que dit Monsieur Khomeyni me touche fond cet homme
comprend si bien nos peines ...II sait que ceux il mis au pouvoir sont des
traîtres aucun ne fait bien son boulot cet homme est opposé pas seulement
au chah mais aussi au Président de la République Banisadr pour qui il voté
lui-même 14)
Le chef devient lointain et impuissant sa sacralité ne pouvant se préserver
ce prix Par contre quand on se rapproche de la troisième phase les
choses éclaircissent le rapport du hiérarque au pouvoir devient limpide trop
limpide même imaginaire ne laisse plus de jeu ambivalence et aucune
place est concédée au doute désormais le chef est rigoureusement identique
au pouvoir il est mauvais tout comme entourage il se donne
Dans la deuxième phase il désidentification par rapport Organi
sation Institution incarne entourage du hiérarque identification se
faisant celui-ci en dépit de ses mauvais conseillers qui lui dérobent le pou
voir On per oit ici la différence essentielle entre la représentation commu
nautaire du pouvoir et la vision totalitaire telle que la décrit Hannah
Arendt(15 La première exclut pas autoritarisme voire même encou
rage en la personne du Bon roi qui impose son entourage mais aussi la
Communauté les rigueurs de sa justice inflexible Mais cette représentation
part de la distinction radicale entre le Bon roi qui respecte le sacré commu
nautaire et son entourage est-à-dire institution et organisation répressives
du pouvoir qui transgressent la justice communautaire Par contre dans la
vision totalitaire organisation ou sont émanation du Chef Sta
line ou Hitler ne se séparent pas de leur parti dont ils sont la personnification
Dans un cas on dissocie les deux choses dans autre on les relie étroitement
La troisième phase du cycle imaginaire ennemi de ambiguïté
Quand on plus de doute sur injustice du pouvoir le hiérarque est
mûr pour la transition la troisième phase où il se verra taxer injuste au
même titre que son entourage Dans cette phase celle de la perte du Hieras
du chef son innocence est contestée il est accusé de complicité avec son
entourage on lui impute même les maux que on attribuait dans la deuxième
14 Un fonctionnaire de la mairie de moins de quarante ans habitant près de Chahré
Rey au sud de Téhéran quartiers populaires)
15 Cf ARENDT The Origins of Totalitarianism New York 1966
87 ARCHIVES DE SCIENCES SOCIALES DES RELIGIONS
phase ses adjuvants dès lors est lui qui est la cause du mal son entourage
ne faisant exécuter ses ordres
Khomeyni trompé les gens un côté il fait des déclarations publiques
de clémence de autre il donné ordre secret de tuer les prisonniers Tout
pour brouiller les pistes pour on dise Khomeyni lui-même est pas mauvais
son entourage est mauvais 16)
argument de son impuissance qui plaidait en sa faveur au second mo
ment du cycle se retourne maintenant contre lui son irresponsabilité loin
être mise son actif le dénonce aux yeux de ceux qui ont franchi la troi
sième phase Pour condamner le chef hiératique désacralisé on accuse lui
de corrompre son entourage Ne innocentait-on pas des méfaits de ses fondés
de pouvoir ne cherchait-on pas lui pardonner les injustices commises par
son entourage présent par une inversion symptomatique des rôles est
lui qui assume la faute majeure est lui qui corrompt littéralement ses se
conds Il existe un moment crucial au terme de la seconde phase du cycle
où le hiérarque de victime il était se mue en bourreau où ce est plus
entourage qui assume les injustices mais celui-ci en personne cet instant
fatal le se nivelle avec son entourage la disparité ontologique qui
les séparait disparaissant avec la transition de la seconde phase la troisième
Dans la seconde phase le discrédit de entourage ne rejaillissait pas sur
le chef Mais dans cette troisième phase où il ne porte plus de Hieros en lui
on raisonne comme si le discrédit de atteignait même dans la
seconde phase son Hieros En autres termes le passage de la seconde phase
la troisième transforme radicalement la représentation mentale que on avait
du hiérarque dans la deuxième phase on ne reconnaît plus on le croyait
bon en dépit de son entourage encore moins est-on prêt admettre on le
croyait bon ainsi que son entourage dans la première phase dans le cas de
Khomeyni juste après la révolution)
Le changement attitude vis-à-vis du hiérarque on passe de la
seconde la troisième phase du cycle est fondé ni sur hypocrisie ni sur
la mauvaise foi mais sur la propriété intrinsèque du cycle lui-même Le psy-
chologisme ne saurait expliquer pareil revirement dans attitude égard du
pouvoir explication doit faire appel la nature du cycle lui-même dans
anthropologie de la vision communautaire au troisième moment on dénie
au hiérarque en occurrence Khomeyni avoir été bon même la seconde
étape On rétro-jette sur la seconde période les sentiments de la troisième et
on occulte ceux que on avait dans la seconde phase du cycle De même le
changement attitude vis-à-vis du hiérarque déchu du précédent ici
le chah est occulté avec la déchéance du nouveau hiérarque Khomeyni)
le se trouve rehaussé dans les esprits et ce changement se projette rétros
pectivement sur les autres phases du cycle présent on en vient oublier
que le chah était per comme étant mauvais dans les deux premières phases
du cycle de Khomeyni Tout ceci est une propriété du cycle du pouvoir
communautaire dans son rapport la mémoire collective élaboration de
cette mémoire effectue en relation avec étape du cycle Il pas un
simple cumul des faits selon une structure inchangée mais une restructuration
16 Un avoué une quarantaine années qui perdu son travail suite la révolution
88

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