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H. Roure
Le clergé du sud-est de la France au XVIIe siècle : ses
déficiences et ses causes
In: Revue d'histoire de l'Église de France. Tome 37. N°130, 1951. pp. 153-187.
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Roure H. Le clergé du sud-est de la France au XVIIe siècle : ses déficiences et ses causes. In: Revue d'histoire de l'Église de
France. Tome 37. N°130, 1951. pp. 153-187.
doi : 10.3406/rhef.1951.3115
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhef_0300-9505_1951_num_37_130_3115LE CLERGE DU SUD-EST DE LA FRANCE
AU XVIIe SIÈCLE :
SES DÉFICIENCES ET LEURS CAUSES m
Le xvne siècle a été un grand siècle pour l'Église. On peut
signaler, à cette époque, quantité d'évêques de haute valeur.
Dans le sud-est de la France, les listes des chefs religieux
des divers diocèses et des diverses maisons religieuses sont
à cet égard révélatrices. Nombreux furent ceux qui donnèrent
l'exemple d'une vie personnelle irréprochable et qui s'appl
iquèrent avec zèle à restaurer la vie religieuse de leurs prê
tres ou de leurs moines.
Grand siècle religieux par le nombre de ses évêques de
valeur, cette époque fut aussi un grand siècle par la qualité
exceptionnelle des plus remarquables de ses chefs séculiers
ou réguliers. En particulier, il ne serait pas sans intérêt de
faire revivre quatre grandes figures provençales qui méritent
1. Cet article est le résumé des recherches que j'ai développées dans
mon diplôme de l'École des Hautes-Études, Section des Sciences reli
gieuses, et dans ma thèse de doctorat de théologie (Institut catholique
de Paris), où j'ai donné une abondante bibliographie sur le sujet
traité. Qu'il me suffise donc ici de signaler l'intérêt des archives de
l'abbaye bénédictine Saint-Victor de Marseille. Ces archives constituent
l'essentiel de la série H des Archives départementales des Bouches-du-
Rhône. Elles comprennent 1.130 articles, ce qui en fait l'un des fonds
les plus volumineux de France. En ce qui concerne le xvir3 siècle, l'i
nventaire détaillé dressé par Albanès m'a permis de repérer environ 400
documents intéressants. Le document de beaucoup le plus substantiel
est constitué par les registres H 674 et H 673, qui contiennent : le pre
mier, 39 procès-verbaux de visites canoniques de Dom Balthazar de
Cabanes, moine de Saint-Victor de Marseille, délégué à la réforme des
dépendances de l'abbaye marseillaise, et qui s'échelonnent du 2 oc
tobre 1684 au 13 juin 1689; le deuxième, 28 procès-verbaux de visites
postérieurs à 1600, dont 18 effectuées par Dom Balthazar entre le 27
juillet 1694' et le 27 novembre 1706. Tous ces se suivent
par ordre chronologique, mais les feuillets des registres ne sont pas
toujours numérotés; c'est pourquoi on désignera chaque procès-verbal
par sa date. La notation « Dom Balthazar, visite du 23-11-1684 à
l'abbaye de... » devra donc se lire : Arch, des Bouches-du-Rhône (que
nous noterons désormais « B.-du-Rh. »), H 673 ou H 674,
de la visite canonique effectuée à cette date par Dom Balthazar de
Cabanes. REVUE D'HISTOIRE DE L'ÉGLISE DE FRANCE 154
une attention toute spéciale, car leur zèle intelligent et eff
icace rénova profondément cette région du sud-est : Mgr
d'Authier de Sisgau, fondateur des Missionnaires de Pro
vence et qui fut plus encore un supérieur religieux qu'un
évêque; Mgr Godeau, à la fois évêque de Grasse et grand an
imateur d'Action catholique, grâce à la Compagnie du Saint-
Sacrement qu'il fonda à Aix et à Marseille2; Mgr Jean-Bapt
iste Gault, évêque de Marseille en 1643 et qui, en six mois
d'épiscopat, atteignit aux- plus hauts sommets de la sainteté
et du zèle pastoral; Dom Balthazar de Cabanes, qui se dévoua
avec zèle et intelligence à la réforme des multiples dépen
dances de l'abbaye bénédictine Saint-Victor de Marseille3.
De même dans le bas-clergé séculier. En particulier, on
observe au xvne siècle la formation d'un certain nombre de
sociétés entre prêtres qui veulent s'aider mutuellement à pro
gresser dans leur zèle pastoral.
Quant aux religieux, on constate aussi qu'ils firent preuve
d'un vigoureux renouveau, grâce, en particulier, à la créa
tion d'Ordres pleins d'ardeur. Signalons par exemple la très
forte proportion de Pères Capucins qui payèrent de leur vie
leur dévouement au chevet des contagieux, ainsi que le r
emarquable essor missionnaire aussi bien hors de France qu'à
travers les campagnes du sud-est. D'ailleurs, les Ordres an
ciens eux-mêmes présentent d'énergiques efforts de réforme
et de restauration spirituelle : tels furent les Bénédictins
dépendant de l'abbaye Saint-Victor de Marseille, les Doctri
naires Réformés, l'Ordre de Malte ou de Saint-Jean de Jéru
salem, les Trinitaires et les Dominicains. Ce fut même du
sud-est que partit la réforme de l'ensemble des Dominicains
de la France toute entière.
Mais il y eut aussi, à cette époque, de nombreuses déficien
ces du clergé; et des nombreux documents que j'ai pu consult
er, il ressort que ces insuffisances du clergé tant régulier
que séculier, lorsqu'elles existent, peuvent se répartir en trois
catégories : affaiblissement de la vie spirituelle des commun
autés; négligences dans le chant choral et dans le soin des
âmes; déficiences humaines du clergé régulier et séculier.
Pour chacune de ces catégories, on indiquera les faits dans
leur matérialité, mais on s'attachera aussi à rechercher
2. Sur la valeur sacerdotale de Mgr Godeau, voir ce qu'en pense un
de ses contemporains, le R. P. Fornier, dans son Histoire générale des
Alpes maritimes ou cottiènes (sic)..., publiée par Guillaume (Paris, 1592).
3. On trouvera dans Provence historique, t. II (1952) une étude sur
Dom Balthazar de Cabanes, moine réformateur des dépendances de l'a
bbaye Saint-Victor de Marseille à la fin du XVII" siècle. LE CLERGÉ DU SUD-EST DE LA FRANCE 135
les documents eux-mêmes les causes de ces déficiences. On
constatera en effet que cela est essentiel pour ne pas être exa
gérément sévère à l'égard des clercs qui ne se montrèrent
pas à la hauteur de leur tâche.
I. — Affadissement de la vie spirituelle
DES COMMUNAUTÉS.
Les rares communautés de religieuses visitées par Dom
Balthazar se révèlent être des couvents fervents et bien ré
glés4. De même, chez les Bénédictines de Béziers, les postu
lantes sont soumises à deux années de probation : toutes les
religieuses vivent en commun, ont la lecture à table et disent
chaque jour l'office de la Sainte Vierge au chœur. De plus,
il y a une bibliothèque, et ces livres sont très lus par les rel
igieuses, ce qui les aide à parachever leur formation sipri-
tuelle. Une seule restriction est à faire, toute à leur honneur
d'ailleurs : pour ne pas délaisser pendant l'office choral les
enfants dont elles s'occupent, ces Bénédictines se relaient au
chœur au lieu de chanter en commun leur office5.
Par contre, en 1635, l'archevêque d'Arles est choqué par
la vie large et indépendante que mènent les Ursulines de
Salon, ainsi que par leur liberté d'allure : ces religieuses
sortent à leur guise et reçoivent sans aucune surveillance
quiconque se présente6. A Beaucaire, il semble que les Ursul
ines soient moins volages, quoiqu'il y ait encore bien des
manquements à signaler7.
Le cas des Bénédictines que le même archevêque trouve
installées à Nîmes en 1636 est plus délicat à juger. Elles
étaient initialement à Saint-Sauveur. Mais, vers 1610, les
guerres de religion les obligèrent à s'enfuir, et l'archevêque
d'Arles de cette époque les autorisa à se replier sur Nîmes.
Ruinées par leur départ de Saint-Sauveur, elles ne purent se
procurer qu'une toute petite maison. Si petite même que la
clôture était impossible à observer et qu'il n'y avait ni par
loir ni salle d'exercices. Dans de telles conditions, il éiait
inévitable que la vie spirituelle de ces religieuses fût bien
4. Dom Balthazar, visite du 25-5-1686 aux Bénédictines de Sainte-
Zacharie.
5. Mgr Clément de Bonzi, évêque de Béziers, visite du 24-8-1633 (dans
Bulletin de la Soc. arch, de Béziers, 1903-1904, p. 142). De même le cou
vent des Augustines de Béziers est très fervent et respecte bien la Règle.
6. B.-du-Rh., III G 296, f° 428, visite.
f° 7.577). Visite du 3-12-1636 par l'archevêque d'Arles (B.-du-&h., III G 296, REVUE D'HISTOIRE DE L'ÉGLISE DE FRANCE 156
précaire, Aussi, semble-t-il que la sévérité du visiteur fut
quelque peu inhumaine, car ces pauvres moniales étaient les
premières à souffrir de pareille décadence de leur cadre de
vie8.
Tout autre est le cas du couvent des Bénédictines de Saint-
Césaire d'Arles ; il s'agit ici d'un couvent riche, pourvu de
tous les bâtiments nécessaires, mais qui n'en est pas moins
en pleine décadence. En 1633, l'archevêque note que, sur
16 professes, 3 sont absentes. En 1647, son successeur s'en
préoccupe à son tour, et va jusqu'à supplier saint Vincent
de Paul de prendre l'affaire en mains. Mais vingt ans plus
tard, cette abbaye fait à nouveau parler d'elle : l'archevêque
et son vicaire général, venant la visiter à l'improviste, sur
prennent en flagrant délit deux frères conventuels de saint
François qui ont pénétré dans la clôture et qui tentent de
déguerpir lorsqu'ils aperçoivent les soutanes violettes9.
En définitive, on ne peut guère émettre de jugement très
tranché sur la valeur spirituelle dans les couvents de rel
igieuses au xvne siècle : ainsi que nous venons de le voir, la
ferveur et la régularité varient beaucoup d'une région à l'au
tre de la France, et même d'un couvent à l'autre d'une même
région.
En ce qui concerne les communautés de prêtres et les mo
nastères d'hommes, nous notons la même diversité, mais
l'impression d'ensemble est beaucoup plus sombre. En bref,
les documents font ressortir de ci-de là trois défaillances
principales de la vie spirituelle de ces groupes : absence de
la vie commune; absence d'exercices réguliers; manquements
graves à la règle de la clôture.
la Absence de vie commune. — Certaines communautés de
prêtres sont très ferventes. En particulier celles où se trou
vent des membres de l'Oratoire de Provence : le logement
est commun à tous, et l'on y fait table commune10.
Mais ailleurs, et c'est le cas le plus fréquent, on ne se sou
cie guère de mener la vie commune, bien qu'on y soit tenu
par les statuts de fondation11. La chose est particulièrement
8. Visite du 3-12-1636 par l'archevêque d'Arles (ibid.).
9. Visites de l'archevêque d'Arles le 16-1-1633 (ibid., f° 173)* puis des
9 et 10 janvier 1667 (III G 398). — Voir aussi les deux lettres publiées
par Albanès, Gallia Christiana novissima, Arles, nos 2259 et 2271.
10. Visite de l'évêque de Béziers en 1633 (dans Bulletin de la Soc.
arch, de Béziers, 1903-1904, p. 353).
11. Ibid., p. 34 et 331. LE CLERGÉ DU SUD-EST DE LA FRANCE 157
nette parmi les dépendances de l'abbaye Saint-Victor de Mars
eille12.
Un autre indice spécialement attristant de cet affadiss
ement du sens communautaire est le peu de soin que l'on prend
des membres qui tombent malades. Le cas est particulièr
ement scandaleux chez les Trinitaires : la grande enquête
menée de 1635 à 1640 par le cardinal de La Rochefoucauld
en vue de remettre de l'ordre dans les monastères de France
révéla qu'à Marseille « le ministre Louis Jay était un homme
avide : il ne venait voir ses religieux malades que s'ils
avaient de l'argent à lui donner; faute de quoi, il leur adress
ait des injures »13.
2° Absence d'exercices réguliers. — Un des désordres aux
quels s'en prend fréquemment Dora Balthazar est l'absence
d'exercices réguliers dans certains monastères bénédictins
dépendant de l'abbaye Saint-Victor de Marseille. Après avoir
ordonné l'aménagement des locaux nécessaires, le visiteur
impose que désormais le prieur claustral reprenne l'habitude
de réunir régulièrement ses religieux : chaque mois pour un
chapitre, chaque semaine pour une conférence spirituelle et
chaque jour pour l'oraison en commun du chœur14.
3° Manquements graves à la règle de la clôture. — Ces
désordres sont multiformes :
Tout d'abord, ce sont des moines qui sortent sans raison suff
isante ; tels d'entr'eux « ne font aucun service dans leurs prieu
rés », et n'y résident même pasis. Ces absences sont parfois jus-
12. Dom Balthazar, visites du 2-10-1684 à l'abbaye de Cendras (dio-
cèhe d'Alès) ; des 5-10-1684 et 26-5-1689 au prieuré conventuel Saint-
Pierre d'Ispagnae (diocèse de Mende) ; du 31-10-1684 au prieuré con
ventuel N.-D. de l'Espinasse à Millau; du 3-9-1695 au Saint-
Michel de Castelnau de Leveson (près de Rodez); du 2-11-1695 à l'Abbaye
Saint-Pierre de Jaussels (diocèse de Béziers) ; du 21-10-1684 au prieuré
conventuel Saint-Amand à Rodez.
13. Deslandres, l'Ordre des Trinitaires (Paris, 1903), t. 1, p. 244.
14. Dom Balthazar, visites du 5-10-1684 au prieuré conventuel Saint-
Pierre d'Ispagnae (diocèse de Mende); du 17-11-1684 au prieuré convent
uel Saint-Pierre du Vigan (diocèse de Nîmes); des 8-11-1684- et 20-10-
1695 à l'abbaye Saint-Pierre de Nant (diocèse de Vabres) ; des 12-10-
1684 et 4-9-1695 au prieuré conventuel Saint-Martin-de-la-Canourgue
(diocèse de Mende); du 2-10-1684 à l'abbaye de Cendras (diocèse d'Alès);
des 2-10-1684 et 8-6-1689 au prieuré conventuel et curé N.-D. de l'Espi
nasse, à Millau (diocèse de Rodez).
15. Arch, des Hautes-Alpes, G 2714 (assemblée capitulaire du 13-1-
1631); Dom Balthazar, visites des 10-1Î-1684 et 26-11-1694 à l'abbaye
Saint-Pierre de Jaussels (diocèse de Béziers); du 2-10-1684 à Fabbaye
de Cendras (diocèse d'Alès); du 2-6-1689 au prieuré conventuel de Saint-
Léon (diocèse de Rodez); du 14-11-1695 à l'abbaye Saint-Pierre de Sau
nes d'Alès). Dès qu'arrivent les grosses chaleurs, les Bénédic- REVUE D'HISTOIRE DE L'ÉGLISE DE FRANCE 158
tifiées par une raison d'études ou de maladieie. Mais il arrive
aussi que, autorisées initialement, ces absences se prolongent sous
un prétexte futile pendant des années entières. On signale même,
à l'abbaye Saint-Pierre de Nant (diocèse de Vabres), un moine
qui est absent depuis 17 ans sans la- moindre autorisation, et au
prieuré conventuel Saint-Martin de la ville de La Canourgue (dio
cèse de Mende), un autre religieux dont on ne sait même plus
ce qu'il est devenu ni où il s'est retiré17. C'est au point qu'un
novice va jusqu'à dire au visiteur canonique : « ... Je n'ai vu
dans ce couvent personne habiter le cloître destiné pour l'habi
tation des moines, ...; le sieur prieur n'a donné au suppliant au
cune maison (cellule) dans le cloître... »is.
Il y a aussi toute une série d'absences périodiques de courte
durée, qui se répètent jusqu'à devenir journalières ou même plus
fréquentes encore. On finit par prendre l'habitude de rompre la
clôture pour un oui ou pour un non : on sort du monastère dès
que l'on tombe malade, ou tout simplement pour aller prendre
ses repas en joyeuse compagnie chez des parents ou même au
cabaret.
Ce qui est plus grave — car ici le délabrement des cellules
ne peut servir d'excuse — c'est qu'inversement on laisse en
trer un peu n'importe qui dans la clôture.
En 1674, à l'abbaye-mère Saint-Victor de Marseille, des fem
mes pénétraient jusque dans les chambres des religieux, et le cha
pitre est obligé d'intervenir avec vigueur*!). A l'abbaye Saint-
Pierre de Sauve (diocèse d'Alès) en 1697, « des familles entières
de laïcs font leur demeure dans l'enceinte de l'abbaye; toutes
sortes de femmes et filles y entrent impunément, ce qui est de
tins de l'abbaye-mère Saint-Victor de Marseille se hâtent de partir cha
cun à sa maison de campagne : en juin 1662, 30 religieux sur 39 sont
absents sans permission, et le chapitre n'a d'autre ressource que de
les faire avertir qu'ils seront sévèrement punis s'ils n'ont pas réintégré
le monastère dans les dix jours (B.-du-Rh., H 662).
16. Dom Balthazar, visite du 12-10-1684 au prieuré conventuel Saint-
Martin de la Canourgue (diocèse de Mende). Parfois, l'autorité qui
permet ces absences pour raison d'études prend soin de contrôler le
bon usage de ces congés : le 20 septembre 1609, le chapitre de Gap au
torise deux bénéficiers à s'absenter pour trois ans, mais sous condition
qu'ils envoient chaque année « attestation du recteur du collège où ils
feront lesdites études, de leurs progrès et du profit qu'ils y feront »
(Arch, des Hautes-Alpes, G 1689).
17. Dom Balthazar, visites du 27-10-1698 à l'abbaye de Saunes (dio
cèse d'Alès); du 8-11-1684 à l'abbaye Saint-Pierre de Nant; du 12-10-
1694 au prieuré conventuel Saint-Martin de la ville de La Canourgue.
18. Dom Balthazar, visites du 8-10-1684 à l'abbaye Saint-Pierre de
Nant (diocèse de Vabres); du 12-10-1684 au prieuré conventuel Saint-
Martin de La Canourgue (diocèse de Mende); du 2-10-1684 à l'abbaye
de Cendras (diocèse d'Alès); du 19-10-1684 au prieuré Saint-
Geniez de Rive d'Olt.
19. B.-du-Rh., H 659, f° 244. ■
£LERGÉ DU SUD-EST DE LA FRANCE - • 159 LE
dangereuse conséquence et de mauvais exemple, principalement
dans une ville dont la plupart des habitants sont nouvellement
convertis » (c'est-à-dire d'anciens protestants)20. De même, dans
divers diocèses (Rodez, Béziers, Nîmes, Mende, etc..) Dom Baltha
zar est obligé d'ordonner que l'on empêche les « femmes et filles »
de pénétrer dans le chœur pendant le chant de l'office, dans le
cloître, dans la maison claustrale, et à plus forte raison dans
les chambres des religieux21.
Les causes de cet affadissement de la vie spirituelle des com
munautés religieuses du xvne siècle dans le sud-est sont
essentiellement les suivantes : délabrement matériel des bât
iments; manque d'autorité de certains prieurs claustraux ;
décadence de l'esprit de pauvreté et de retraite chez certains
Ordres religieux; et, surtout, déconsidération de la profession
religieuse ainsi que manque de formation des novices.
1° Délabrement matériel des bâtiments22. — Lorsqu'en
1610 l'abbaye Saint-Pons de Tommières (Languedoc ï supplie
le roi de' transformer cette abbaye de religieux en collège de
chanoines réguliers, les motifs invoqués sont au nombre de
deux, et tous deux se ramènent, au fond, à l'état de délabre
ment des bâtiments claustraux depuis leur mise à sac lors
des guerres de religion : d'une part ces destructions ont faci
lité « la fréquentation des laïcs à l'intérieur de l'abbaye », ce
qui a « refroidi le zèle et ferveur de religion et vie monasti-*
20. Dom Balthazar, visite du 27-10-1697.
21. Deslandres, l'Ordre des Trinitaires, t. II, p. 264', pièce 187; Dom
Balthazar, visites du 21-10-1684 au prieuré conventuel Saint-Amans
près de Rodez; du 8-6-1689 au prieuré conventuel Saint-Léon (diocèse
de Rodez); des 13-11-1684 et 17-11-1697 à l'abbaye Saint-Sauveur à
Lodève; du 10-11-1684 à l'abbaye Saint-Pierre de Jaussels (diocèse de
Béziers) ; du 15-3-1689 à de Saunes de
Nîmes) ; du 26-5-1689 au prieuré conventuel Saint-Pierre d'Ispagnac
(diocèse de Mende).
22. Dans l'une ou l'autre des deux thèses citées ci-dessus, n. 1, j'ai
consacré une quarantaine de pages au tableau précis de ce délabre
ment matériel des monastères et des églises du sud-est au xvnc siècle.
Cet état est des plus médiocres : trop souvent, ce sont des bât
iments dont les murs menacent ruine ou dont le toit est crevé, ... à
moins que tout ne soit écroulé; assez souvent, les autels sont démunis
de pierre sacrée, les tableaux sont critiquables, les reliques sont dou
teuses; fréquemment on signale des ornements usés et des missels
« dont la plupart des feuillets sont déliés » ; les corporaux eux-mêmes
sont parfois « noirs et sales », et il n'est pas jusqu'aux vases sacrés
qui ne soient « tout rompus ». — Quant aux causes de ce délabrement,
très fréquent encore au xvne siècle, les documents permettent d'identif
ier les principales. Ce furent : les destructions opérées par les guerres
de religion; les déprédations et pillages par les troupes royales allant
combattre en Espagne ou en revenant; la négligence; l'incompétence
des marguilliers ; et enfin l'avarice. REVUE D'HISTOIRE DE L'ÉGLISE DE FRANCE 160
que » ; mais d'autre part, « les cloître et habitation desdits
religieux étant rasés », ces religieux sont dans l'impossibilité
matérielle de mener la vie commune et doivent « loger épars
par ladite ville », ce qui n'est pas fait pour réchauffer ce
« zèle et ferveur de religion et vie monastique »23.
- Le plus grave, c'est qu'il ne s'agit pas d'un cas isolé : la
supplique de l'Abbé de Saint-Pons de Tommières précise en
effet ceci : « à Narbonne, Carcassonne, Montpellier et au
tres », des sécularisations analogues ont déjà été obtenues
pour les mêmes motifs23.
A Casse, en 1655 les religieuses de Notre-Dame des Anges
éprouvent les mêmes difficultés : il leur est à peu près im
possible de mener une vie religieuse correcte, car les bât
iments sont exposés à être envahis périodiquement par des
soldats24.
Un fait montre à quel point le délabrement matériel des
bâtiments presbytéraux ou claustraux était souvent le grand
responsable de la rupture de la vie commune : A plusieurs
reprises, le visiteur canonique réussit à obtenir la promesse
que la vie commune sera reprise : il suffit, pour cela, qu'il
s'engage à faire remettre en état les bâtiments claustraux. Ce
fait souligne bien que certains moines avaient encore bonne
volonté, et qu'ils n'étaient arrêtés dans leur désir de vie ré
glée que par des difficultés purement matérielles25.
2° Manque d'autorité de certains prieurs claustraux. —
Pour qu'un couvent observe la règle de son Ordre, il faut
que le prieur claustral y jouisse d'une autorité effective.
Or tel n'était pas toujours le cas. En 1688, sous prétexte
de quelque irrégularité dans la procédure d'élection du prieur,
les moines du couvent de Saint-Léons-lés-Rouergue (dépen
dance aveyronnaise de l'abbaye Saint-Victor) se mutinent et
refusent toute obéissance à celui qu'ils ont cependant élu à
l'unanimité comme chef de la communauté. De même, en
23. Bibl. nat., Collection Languedoc (Bénédictins), voL 40, f° 170 b.
24. De Vie et Vaissète, Histoire de Languedoc, t. XIV, pièce 224.
25. Lettre écrite en 1678 par le prieur claustral de l'abbaye de Saint-
Léons (Aveyron) au secrétaire de l'Abbé de ce monastère : « ... Sur le
désir que M. l'abbé de Saint-Léons a que ses religieux se retirent tous
dans le monastère et qu'ils y mangent en communauté, ... la commun
auté a commencé dimanche passé ... snr l'assurance que je leur ai don
née que M. l'Abbé empêchera que les eaux n'entrent dans la cuisine et
réfectoire, ... qu'il garnira des meubles nécessaires la cuisine... Pour
(ce qui est) de se loger dans le couvent, ils sont tous prêts à ce faire
lorsque chacun aura sa cheminée dans sa chambre... » (B.-du-Rh., H 1043). CLERGÉ DU SUD-EST DE LA FRANCE ' 161 LE
1694, au prieuré conventuel Saint-Martin de La Canourgue
(diocèse de Mende)26.
Souvent, ce qui sapait ainsi l'autorité du supérieur local,
c'était les dissentiments entre les moines du monastère. Et
il est attristant de constater que la plupart de ces disputes
entre religieux, ayant cependant fait vœu d'humilité et de
pauvreté, avaient pour origine des questions de préséance ou
d'intérêts bassement matériels27.
3° Décadence de l'esprit de pauvreté et de retraite chez cer
tains Ordres religieux. — L'affaiblissement de l'esprit de pau
vreté et de retraite aurait pu figurer au nombre des déficien
ces de la vie spirituelle; mais on peut aussi y voir une cause
radicale de ces déficiences, et c'est pourquoi nous pouvons en
parler ici. Nous possédons sur ce sujet un document fort
instructif : un discours prononcé devant la Grande Chambre
Procureur' du Roi28. du Parlement de Toulouse, au nom du
En voici quelques extraits :
... On n'a jamais vu les religieux si avant dans le commerce du
monde, les uns pour accroître leur renom, les autres par esprit
de libertinage... Ce désordre, où sont tombés plusieurs religieux,
est surtout considérable à la campagne... Les supérieurs (locaux)
n'ont ni assez d'autorité ni assez d'application pour retenir ceux
d'entr'eux qui se sont éloignés de la bonne vie... On pourrait faire
le même reproche aux filles religieuses : ... il n'y a personne qui
ne sache que, avant que les examinent la vocation
d'une fille pendant son année de probation, elles composent aupa
ravant avec les parents, elles reçoivent de l'argent et stipulent des
26 Dossier sur l'affaire de Saint-Léons (B.-du-Rh., H 1043); Dom Bal
thazar, visite du 27-7-1694 au prieuré conventuel Saint-Martin de la
ville de La Canourgue.
27. Par exemple au prieuré Saint-Amans de Rodez (Dom Balthazar,
visite du 24-10-1695).
28. A la même époque (en 1667), le Parlement de Dauphiné adopte
un arrêt semblable, dont les archives des Hautes-Alpes ont gardé la
trace (3 HI, 16). Il peut sembler déplacé de faire appel à des documents
relatifs à la région de Toulouse, alors que l'aire géographique de cette
étude est localisée au sud-est de la France. En réalité, il n'y a là rien
d'abusif, car à cette époque Marseille servait de zone d'échanges matér
iels et spirituels entre l'Italie et la région de Toulouse. Les relations
étaient très étroites entre Toulouse et la Provence. En particulier, bien
des religieux provençaux allaient passer plusieurs années à Toulouse
pour y faire leurs études de droit ou de théologie; ils en ramenaient
une mentalité toulousaine, et, en particulier, cette décadence de l'es
prit de pauvreté et de retraite qui régnait là-bas dans de nombreuses
maisons religieuses.

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