Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Religion et réussite agricole. La vie professionnelle des Anabaptistes français du XVIIe au XIXe siècle - article ; n°1 ; vol.28, pg 93-130

De
39 pages
Archives des sciences sociales des religions - Année 1969 - Volume 28 - Numéro 1 - Pages 93-130
38 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Voir plus Voir moins

Jean Séguy
Religion et réussite agricole. La vie professionnelle des
Anabaptistes français du XVIIe au XIXe siècle
In: Archives des sciences sociales des religions. N. 28, 1969. pp. 93-130.
Citer ce document / Cite this document :
Séguy Jean. Religion et réussite agricole. La vie professionnelle des Anabaptistes français du XVIIe au XIXe siècle. In: Archives
des sciences sociales des religions. N. 28, 1969. pp. 93-130.
doi : 10.3406/assr.1969.2562
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/assr_0003-9659_1969_num_28_1_2562Arch Social des Rel. 28 1969 93-130
Jean GUY
RELIGION ET USSITE AGRICOLE
ba vie professionnelle des Anabaptistes fran ais
du XVIf au XIXe siècle
ce dates amalgame vie étude défini culture partir chapitre professionnelle que nous par documentation par que de son notre son ne la nous il fait présente fin abondance contenu documentation progressivement allons possède du aux xvie afférente xvne pas religieux maintenant valeur Aussi siècle inconvénient xvine au nous bien et herméneutique dont découvrir thème décrire pour et impose traitons-nous étalement xixe une de estspécifique une Nous siècles ici nouvelle ce En diversification constaterons chapitre dans Dans sous effet étape le un la la temps la ne même perspective culture autour type se même de correspond caractérise anabaptisme accolade anabaptisme de ou que 1850 la la fin de sous- cette aux pas cet de la
ANABAPTISTE AGRICULTEUR MOD LE
Les anabaptistes fran ais furent du xvne au xixe siècle des agriculteurs
Certes une minorité entre eux adonnait nous le verrons autres métiers
mais leurs activités restaient généralement rurales et se rattachaient souvent
agriculture en déplaise Alfred Michiels les spectacles de la nature étaient
Les pages qui suivent forment la plus grande partie du chapitre VII un travail
paraître sur les Assemblées anabaptistes-mennonites de France Les anabaptistes en question
appartiennent la branche pacifique suisse abord zurichoise autour de Konrad Grebel
Mantz etc.) puis Surtout bernoise Les frères commencèrent pénétrer dans Est de la
France actuelle dans la seconde moitié du xvne siècle
On pas cru devoir supprimer dans les notes les renvois autres chapitres de ce tra
vail Par contre le texte été retouché en quelques endroits pour rendre sa lecture moins ésoté-
rique On supprimé les pages du chapitre originel concernant la vie sociale des anabaptistes
traitée conjointement avec la vie professionnelle De même dans la conclusion on éliminé
les réflexions qui portent sur ce sujet N.d.l.R.)
est encore en grande partie leur cas hui DE SOCIOLOGIE DES RELIGIONS ARCHIVES
pour rien dans attachement des frères ce genre de vie Il ne faut pas en cher
cher non plus la raison dans une prescription ordre religieux Ici la nécessité
est muée en loi Nous avons vu plus haut dans ce travail 8) comment la persé
cution opiniâtre dont ils étaient objet avait très tôt forcé les Täufer suisses
se réfugier dans les campagnes les moins accessibles et dans les montagnes De
plus les mêmes mesures avaient rapidement dirigé la prédication des chefs du
mouvement vers des endroits éloignés des plaines et des cités Ces deux ordres
de fait expliquent que des Assemblées nombreuses aient vu le jour ou se soient
transportées dans des régions inhospitalières peu fertiles où élevage imposait
aux intéressés tout comme obligation de créer une agriculture imaginative comme
moyen de survie
Les anabaptistes suisses avaient-ils dès le xvie siècle mis sur pied des métho
des particulières de ménage des champs et possédaient-ils déjà la réputation
agriculteurs modèles qui sera la leur plus tard On ne peut répondre la ques
tion Limage de anabaptiste agriculteur modèle semble se répandre la faveur
du succès professionnel des frères en Alsace Dans ce pays on vu ils avaient
pu introduire comme dans les autres territoires de Est de la France actuelle
la faveur de besoins particulièrement vifs de main oeuvre agricole
Le premier bénéficiaire de efficacité professionnelle mennonite fut le seigneur
de Sainte-Marie-aux-Mines Son administration fut aussi la première lui rendre
hommage après le fameux et inefficace ordre expulsion de 1712 intimé par
Louis XIV Nous avons reproduit ailleurs le texte intégral de la lettre où les
fonctionnaires du prince de Birkenfeld se plaignaient aux autorités fran aises des
maux économiques que cette mesure causait dans le Val Sainte-Marie Il suffira
ici en souligner quelques détails Les anabaptistes disent les rédacteurs appli
quent avec des soins extraordinaires agriculture dont ils ont une connaissance
admirable Ils ont un talent extraordre sic). pour art de nourir les bes
tiaux Ils ont défriché au Val Sainte-Marie tant dans les plaines que dans les
montagnes une très grande quantité de terres et endroits qui auparavant
avaient jamais esté cultivés ni habités et ne auraient pas esté sans eux
De ces terres stériles et arides ils ont fait des terres labourables et les plus beaux
pâturages de la province Ce texte est des plus intéressants parce il nous
montre déjà fixées dès 1712 certaines caractéristiques de la technique agricole
mennonite le défrichage la création de prairies union de la culture et de éle
vage art de soigner les bestiaux Enfin last but not least il précise la régularité
des intéressés payer leurs impôts Le mémoire de Sainte-Marie constitue un
panégyrique-type Ses termes seront constamment repris au cours des xvine
et xixe siècle par des auteurs qui ignorent sans doute son existence mais dont
les observations ou expérience se livrent nous une manière identique
Le subdélégué de Wissembourg écrira ainsi en 1780 ils sont les plus ins
truits dans agriculture On leur doit beaucoup de connaissances dans cette
partie ce sont eux qui éclairent et donnent exemple Et il fait allusion ordre
MICHIELS Les Anabaptistes des Vosges Paris 1860 62-64
Ch II
Au inoins pour ce qui est de la France mais nous croyons que cette image se répand
peu près la même époque dans les autres lieux emigration de frères suisses en est-il en
Suisse même nous ignorons
Annexe du ch II
Ibid payant avec la dernière exactitude et sans autre contrainte les deniers royaux
et seigneuriaux
94 ET USSITE AGRICOLE RELIGION
et la propreté dans leurs ménages leur reconnaissant une industrie unique
et une agriculture qui par sa pureté et sa fertilité surpasse celle de tous les
autres 7)
Vers la fin de Ancien régime Masson de Pezay porte ce témoignage agri
culture mennonite Ce est une culture plus soignée et mieux entendue
que ai distingué en Alsace les vallées habitées par les anabaptistes Je regardais
les collines avant entrer dans ces cabanes et quand les collines étaient mieux
cultivées avoir vu des souliers sans boucles et des habits sans boutons
je me disais il ici des anabaptistes Après lui abbé Grégoire moins roman
tique est pas moins louangeur ils excellent écrit-il dans la préparation des
engrais irrigation des terres la manière élever de soigner le bétail aussi les
propriétaires de nombreux troupeaux de vaches et de biens ruraux les confient
de préférence aux anabaptistes qui sont en général bons agriculteurs 9)
Lors des enquêtes de 1809 et de 1850 les préfets joignent leur voix ce
concert de louanges déjà presque séculaire Celui de la Moselle écrit en 1809
Les anabaptistes excellent encore hui dans la culture des terres et dans
éducation des bestiaux. Leurs champs se distinguent entre tous les autres par
la beauté et par la richesse des récoltes Son collègue Epinal remarque Relé
gués sur les sommets des montagnes ils ont fait des défrichements utiles et
convertis des terrains arides en prairies précieuses pour le pays En 1850 le
préfet de la Moselle commente avec une autorité qui ne se dément pas au cours
de son rapport Comme agriculteurs ils ont joui longtemps une grande répu
tation habileté. hui sans jouir du monopole de lascience agronomique
ils marchent encore la tête des agriculteurs intelligents 10)
Née vers le début du xvine siècle image de anabaptiste cultivateur modèle
survit au milieu du xixe au-delà même mais dès 1850 elle perd de sa
prégnance Nous reviendrons là-dessus plus loin comme sur la signification de la
réussite mennonite en matière professionnelle
CARACT RISTIQUES DE AGRICULTURE MENNONITE
Le fermage extensif
Les textes déjà cités et autres qui le seront plus loin permettent de carac
tériser agriculture mennonite entre le xvne et le xixe siècle Il agit de fermage
alliant élevage la culture intensive de vastes surfaces servi par une main-
uvre généralement familiale accouplement de la culture et de élevage est
rendu possible par une intelligente polyculture et par attention portée aux
prairies naturelles ou artificielles
Le fermage était pas pour les anabaptistes un choix délibéré Il découlait
comme nous avons vu 11) de interdiction de posséder partout faite aux
sectaires abord dirigée vers les terres des princes ou des seigneurs leur immi
gration finit par profiter aussi aux bourgeois possesseurs de propriétés impor
tantes Ceci apparaît dans enquête de 1780 12) et nous avons déjà souligné
Arch Bas-Rhin 338 enquête de 1780
MASSON DE PEZAY Les Soirées helvét ennes... Amsterdam-Paris 1771 41
GR GOIRE Histoire des sectes religieuses 3e éd. Paris 1828-1845 287
10 Arch Nationales 19 10926
11 Ch III Situation légale des anabaptistes MontbéUard. en Alsace et en Lor
raine
12 Ibid
95 DE SOCIOLOGIE DES RELIGIONS ARCHIVES
Mais il est remarquable que étonnement des observateurs devant efficacité
professionnelle des frères allie admiration devant leur capacité cultiver
avec compétence de grandes surfaces Ainsi en 1780 le subdélégué de Wissem-
bourg écrit II tel seigneur un corps de biens considérables qui ne souhaite
avoir pour fermier des anabaptistes auxquels il donnerait bien volontiers la
préférence même pour une rétribution plus modique Son collègue de Belfort
ajoute quelques considérants cette constatation Ils prennent ferme les biens
des seigneurs et gentilshommes qui les préfèrent tous autres parce ils en
retirent avantage et ils paient leurs canons plus exactement 13 Et de
noter la difficulté des détenteurs de grands domaines trouver parmi les habitants
de la campagne des gens capables affermer des corps de biens une certaine
importance On ne peut en charger dit-il que les anabaptistes 14)
Ces louanges correspondent une réalité que les baux conservés en archives
nous permettent de toucher Lors de la location de la ferme de Clémont Doubs
Isaac Kauffmann et Michel Mosimann en 1709 nous apprenons que le prédé
cesseur ce bail avait été abord un Fribourgeois du nom de Savary 1704)
3ui
évincés vorables béliard demande livres leurs en plaintes 150 quelconques on par Jean-Jacques étant prit ne quittât foin consorts nombreux En importance pas purent On que il gée était différents 1760 trouve ne avait 1785 livres bail payé le la fixée rien peut-être annuelles hors est prédécesseur saurait acheter suite soit revinrent les qui aux de faites évadé le abandonné régulièrement il au par une travaux état pas lieux bail Frédéric-Fontaine fonder avis particuliers intérêt en mains un même ses Troesch apparemment le par trop étonner autre 15 non furent des en faute contrat propres de effectuât anabaptiste Jean ne sur En la de difficile endroit terres <é faire plus Nicolas les illustration et charge est argent 1760 Salm 1728 faites dépit les suisse la lieux de Roth lesdits qui frais valoir dans seigneurie proposer seigneuriales gens De présenté pour réparer les Par endémique donc la des en Flayeux laissèrent et demandant Un allemand cette près sur réparations pour ces ferme du le 1727 principalement Une fermiers lui de contre dans conditions Fran un fonds une pays la circonstances et de incapacité personne Ulrich on le an nouvelle rendre un de une entretenir remît Montbéliard dépérir la métairie du renouvellement ais lui anabaptiste après chez par qui fermier cédèrent certain Saint-Louis trouva même reprendre lieu continuer affaire nécessaires Fordemwald Barthélémy eux-mêmes en jugées ne pour beaucoup ce amodiation la et bon que pourraient on où la Pierre alors fermier exploiter maison actuel concernant un leur amodier par état ce le Le Sa neuf aux Troesch du et canon leur dernier bail Launay de ferme comme sus-nommé Minod lui les se domaine fonctionnaire en Il mêmes ans la laissât En des son en défit paysans de vendît pécuniairement fallut sic fin état et Daniel de accepta pour ayant Mais aucun 1769 toutes abandonnée bail avait lui de les biens il sous-amodièrent la conditions selon un sa la princier le avait biens exploitation Badonvilliers aux ferme autochtones expiration été les Croissant accompli fond ces procès temps quantité réparations de en la succédé Gouttes faite fermiers quelque obtenu visite Sur était Mont Ils payer défa ail passa ex- il 17 pour 16 118 les ils ne de et
Ji
18 Arch Bas-Rhin 888 enquête de 1780
14 Ibid
15 Arch Doubs 465 Arch Nationales 178
16 Vosges III 22
17 Arch Haute-Saône
96 ET USSITE AGRICOLE RELIGION
ploiter comme lui 18 Ce genre de faits explique intérêt porté aux mennonites
non seulement par un physiocrate comme Masson de Pezay et son regret de leur
petit nombre Malheureusement pour la France écrit-il il point ana
baptistes dans intérieur du Royaume et dans les provinces frontières dont en
trée leur est permise il en que fort peu 19 Les paysans alsaciens lorrains
montbéliardais ne pensaient pas ainsi on vu Mais leur opposition aux frères
sur le plan professionnel était sans espoir Ils ne savaient pas faire ce que les ana
baptistes faisaient exploiter des biens importants de fa on lucrative Sur ce fait
et ses significations religieuses ou non nous reviendrons plus bas Avant aller
plus loin il nous faut constater que la Révolution en bouleversant la situation
légale des mennonites leur permit accéder la propriété
Ils ne se précipitèrent pas pour autant sur les Biens nationaux Pourtant
la plupart des fermes ils expfoitaient tombaient dans cette catégorie comme
propriétés de ci-devants de toutes sortes ou de bourgeois émigrés Les frères
tenaient-ils le principe même de la vente et de acquisition de ces biens pour
immoral Certains entre eux étaient sûrement de cet avis 20 De fa on encore
plus probable on peut avancer habitués depuis longtemps au fermage ils
tiraient un profit certain de ce genre exploitation 21 et hésitèrent sans doute
renoncer aux avantages une situation pour autres moins évidents De plus
ils pouvaient craindre avoir dans le cas où la Révolution échouerait rendre
leurs propriétaires premiers des biens ils auraient achetés la faveur de leur
nationalisation Ceci dit abbé Grégoire est dans erreur il prétend que les
anabaptistes achetèrent aucun Bien National 22 Les archives départementales
pourtant fort irrégulières selon les lieux nous ont révélé cinquante cas achat ou
de tentative achat de Biens Nationaux de la part des frères 23 est finalement
très peu car de plus dans nombre de ces cas la transaction elle eu lieu
porté sur de petites surfaces On ne peut tenir pour typique cet égard ce qui
se passa dans la région de Wissembourg où les anabaptistes se portèrent acquéreurs
de la plupart des terres de Ordre teutonique Riedseitz 24 Mais il faut noter
Sae
préfets pour nombre familles locale mennonites iens dans la et Nationaux sont-ils plupart entre Mais exploiter nombre Ceci dans justifiés fermiers eux en étaient endroits pour ensemble dit la écrire elle 25 propriété long des les La les membres celles-ci sur terres en fin seuls 26 les 1810 du ci-devant capacités préférèrent personnes siècle Mais de et la 1850 la vit bourgeoisie volonté nobles financières sûrement que faire se les présenter elle de confiance anabaptistes la accession demeurer de mieux acquérait certaines aux la établie enchères un sont bourgeoisie la Aussi de certain terre encore et leurs des les les
18 30(31 756)
19 MASSON DE PEZAY op cit. 48
20 Voir eh <i anabaptiste comme bouc émissaire et contre-révolutionnaire
21 Parce ils achetaient pas de terres les anabaptistes avaient la possibilité employer
leurs liquidités achat des bestiaux et expérimentation agricole
22 GR GOIRE op cit 288
23 II est pas question de dresser ici une liste qui ne saurait être exhaustive Nous
renvoyons simplement aux dossiers Arch Meurthe-et-Moselle 430 431 446 450 Arch
Haute-Saône 194 Arch Doubs 528 Arch Haut-Rhin 17 et 272 345
Haute-Saône An II comporte quelques pièces concernant des affaires administratives relatives
des Biens nationaux cultivés par des mennonites qui en sont pas propriétaires
24 Jean VOGT Aspects de la vente des biens nationaux dans la région de Wissembourg
Revue Alsace 99 1970 96
25 Arch Nationales 19 10926
26 Parfois les mennonites achetèrent alors des terres ex-biens nobles ou biens natio
naux ils cultivaient dès avant la Révolution et ils avaient continué exploiter sous un
97 ARCHIVES DE SOCIOLOGIE DES RELIGIONS
une part la division des héritages autre part for aient nécessairement un
grand nombre entre eux rester fermiers 27)
La famille cellule de base de exploitation
Le caractère familial de exploitation mennonite est bien établi Dans en
quête de 1780 on constate que chaque famille occupe une ferme Le père la mère
un ascendant parfois les enfants non encore mariés travaillent sur place Bien
que ce ne soit pas la règle il arrive que des enfants mariés vivent avec leurs
parents et participent avec eux exploitation de la ferme Peut-être attendent-ils
occasion de prendre un bail leur compte Comme dans toutes les sociétés
rurales initiation professionnelle et la participation des enfants aux travaux des
champs commence très tôt et se fait sur place Louis Ordinaire souligné ce
trait en 1812 28 Son ami Jacques Klopfenstein symbolisait le fait la même
époque en faisant figurer sur la couverture de son almanach agricole deux
enfants au travail autour de son anabaptiste cultivateur par expérience
après le subdélégué de Belfort en 1780 les mennonites se mariant jeunes les
parents divisent leurs épargnes de bonne heure Dès lors la ressource des
pères et mères est de se retirer chez leurs enfants où ils passent leur vieillesse
toujours dans le travail 29 Ainsi toutes les générations de la même famille
présentes la ferme sont intégrées par le travail agricole Elles fournissent une
main-d uvre toujours disponible et qui ne coûte que sa nourriture et son entre
tien agissant de familles nombreuses on donc ici le maximum possible de
travail au prix le plus bas sur des surfaces importantes
La famille joue un rôle également dans la transmission des baux ce qui
permet exploitation de continuer très longtemps dans la même tradition Nous
verrons plus loin elle est en occurence garantie de qualité et efficacité
professionnelle Dans la généralité des cas des enfants remplacent leurs parents
lorsque ceux-ci meurent ou deviennent trop âgés pour diriger le train de cul
ture 30 Ou bien des anabaptistes entreprenants et bien pourvus sous-louent des
terres des parents plus éloignés 31) ou simplement des coreligionnaires encore
incapables de faire les frais une première installation 32 Dans certains cas
nouveau propriétaire après 1798 Ainsi des Amstutz de la Grange-la-Dame Montbéliard cf
Julien MAUVEAUX Le Fonds Beumier aux Archives communales de Montbéliard Paris 1919
10 et 50 Armand Baecher de Strasbourg conserve dans ses papiers de familie un acte de
vente du 18 novembre 1829 par lequel les conjoints André Bâcher sic acquièrent la propriété
de trois fermes du baron de Waldner En fait ces terres étaient cultivées par la famille Bâcher
ou Baecher depuis 1778 au moins date laquelle le baron les leur avait cédées bail emphy
téotique et héréditaire Cet artifice de droit avait permis ce noble de conserver son bien pendant
la Révolution Il est pas impossible que des cas semblables se soient produits ailleurs
27 Au moment de achat un bien national il arrivait assez souvent que acquéreur
voulût le cultiver lui-même ou mettre un nouveau fermier notre connaissance cela ne est
produit une seule fois lorsque le fermier en place était anabaptiste Arch Nationales III
214 et 10 202 affaire Genrich)
28 ORDINAIRE Mémoire sur les Anabaptistes. Mémoires Agriculture et éco
nomie rurale et domestique publié par la Société Agriculture du département de la Seine
496
29 Arch Bas-Rhin 888
80 Ceci apparaît plusieurs fois dans enquête de 1780 ibid
81 Ainsi Jean Neyhouser et Jacob Kopfersmitte beaux-frères de Orly et Jacob Ayman
dont ils exploitent les terres Sahn en 1718 Arch Vosges UI 22)
82 Arch Bas-Rhin 838 enquête 1780
98 RELIGION ET USSITE AGRICOLE
où la vieillesse ou la maladie empêchent un frère de continuer son exploitation
celui-ci demande au bailleur et obtient généralement de lui être remplacé
dans son bail par un proche parfois le contrat est alors prolongé au profit de ce
dernier aux mêmes conditions une fois la première échéance arrivée 33 Une
coopération peut aussi instituer entre parents et alliés comme celle de Pierre
Graber et de Jean Rich concernant élevage des vaches Clémont 34 Ces pra
tiques tendaient évidemment établir un monopole de fait des anabaptistes sur
le fermage des terres princières et seigneuriales où les protestations des auto
chtones contre ce qu ils appellent une mainmise 35 Mais dans la réalité la
plupart de ces plaignants auraient été incapables on constaté de remplir les
conditions des baux faute entre autres choses de la main-d uvre familiale
nécessaire
Dans certains cas cependant les frères employaient des domestiques appar
tenant pas leurs Assemblées Ceci était contraire aux stipulations de certaines
Ordnungsbriefe 36 En principe les domestiques devaient être mennonites eux
aussi Sainte-Marie-aux-Mines selon le témoignage de Jean Le Bachelier ils
faisaient venir de la main-d uvre Saisonnière de leurs communautés suisses 37
De même dans les listes montbéliardaises on voit apparaître des domestiques
servant dans les familles de leurs coreligionnaires Cette situation se retrouve
dans enquête de 1780 Mais quelques exemples nous sont aussi connus de luthé
riens travaillant chez les anabaptistes dès le xvine siècle 38)
Cette situation changea au cours du xix siècle cette époque en effet
Louis Ordinaire signale comme générale la présence de domestiques non menno
nites dans les fermes mennonites 39 Il fallut de même attendre la période post
révolutionnaire pour trouver des associations ordre professionnel avec des
catholiques ou des protestants 40 Ces changements empêchent cependant pas
le principe de autonomie familiale de subsister en matière exploitation agri
cole Elle se double ailleurs en fait une autonomie de subsistance peu près
complète ce qui semble Non seulement la nourriture consommée par les ana
baptistes provient de leur culture mais encore le vêtement la lingerie domes
tique etc 41 La ferme mennonite constitue ainsi un tout aussi indépendant que
possible fermé sur lui-même
33 Cas Zorer de la Petite-Hollande Montbéliard Arch Doubs 27
34 Dès 1769 Arch Nationales 2178) les intéressés continuèrent pendant la Révo
lution Arch Haute-Saône 320)
35 Voir eh II et III et eh Les Cahiers de doléances et les anabaptistes
36 On remarqué propos de certaines naissances illégitimes cf eh IV Niveau moral
des Assemblées Voir Ordnungsbriefe de Strasbourg 1568-1607 par Annexe VI ch IV et
Essingen 1779 par 15 Annexe ch IV)
37 Documents Historiques concernant Sainte-Marie-amc-Mines Sainte-Marie-aux-Mines
1876-1877 233-234
38 Voir ch IV <i Niveau moral des Assemblées
39 OBDINAIKE art cit. 476 478 481 quand ils ont des domestiques catholiques ou
protestants ils ne les gardent leur service la condition ils se conduiront bien et ils
rempliront leurs devoirs religieux ibid. 481)
40 Arch Hueckel pharmacien Héricourt Hte-Saône) contrat du 14 mars 1817 entre
Pierre Ferrand Pierre Graber Couthenans et Pierre bry meunier Luze une part Jean-
George Monte meunier Jacques Monte et Pierre Monte meunier et Pierre Maurice tous quatre
de la commune de Busserei se mettent en association pour exploitation et la vente du gypse
qui se trouve la ferme de Généchier appartenant de Goli de Colmar La société durera
expiration du bail de la ferme est-à-dire encore cinq ans
41 OBTONAIRE art cit. 495
99 ARCHIVES DE SOCIOLOGIE DES RELIGIONS
Méthodes de culture et innovations le fermage intensif
Le fermage mennonite se caractérise encore par une culture méthodique
intensive variée et par le goût de innovation
Au premier rang des qualités professionnelles des frères il faut mettre leur
habileté défricher Dès la Suisse la nécessité de survivre-les for Sainte-
Marie-aux-Mines ils mirent en culture des terres qui ne avaient jamais été ils
en re urent les louanges que on Sait De même dans les Vosges Salm les ar
chives nous disent de Christian Schiaster en 1780 il fait quantité de défri
chements 42 Le hameau du Hang toujours dans la principauté de Salm
était entièrrement mennonite et avait été créé par les frères qui avaient défriché
les terres avoisinantes La même réflexion vaut pour les fermes anabaptistes de
Salm dont en 1857 aspect de culture en clairière apparaissait encore 48
Montbéliard et en Alsace les Suisses allemands comme on les appelait eurent
probablement moins souvent occasion de se livrer des défrichages ce fut pour
tant le cas au Hochwald près de Strasbourg par exemple 44) ou dans la forêt de
Norman villars où les anabaptistes remirent en culture des terres dépendantes
anciens villages détruits au xve siècle et retournées en jachères 45) Ici ailleurs
la spécificité de exploitation mennonite apparaît àson maximum car le pays est
caractérisé par la concentration de habitat rural et enchevêtrement des parcelles
cultivées sur ces deux points les frères font exception 46)
côté de habitude du défrichage il faut noter une pratique méthodique
et constante de amélioration des terres Un de ses aspects îes plus artisanaux
été décrit par Masson de Pezay est encore des anabaptistes écrit-il que ai
appris une manière aussi peu usitée que simple de donner aux fossés dont on
entoure les champs une forme qui dédommage du terrain ils font perdre Par
cette forme non seulement le dédommagement se trouve dans le bien que le fossé
fait la terre mais au moyen de son talus prodigieusement adouci on cueille
encore de herbe presque dans le lit du fossé même 47 était combiner les
42 Arch Bas-Rhin 838 enquête 1780
43 MICHIELS op cit. 10-11
44 Arch Strasbourg VI 91
45 André GiBEBT La Porte de Bourgogne et Alsace trouée de Belfort Paris s.d 1930)
436-437 la note affirme origine bavaroise de presque tous les anabaptistes de Mont
béliard est sans doute une faute impression il faut lire bernoise
46 Ibid 436 Le subdélégué de Belfort en faisait déjà la remarque dans enquête de
1780 Arch Bas-Rhin 228)
47 MASSON DE PEZAY op cit. 48 Mais Dom CALMETTE Notice de la Lorraine Nancy
1756 II 379 affirme que cette pratique est générale Salm <i Le Pays est encore arrosé
de quantité de Fontaines que les habitants ont soin de ménager avec art pour en former des
prairies pour nourrir et engraisser le bétail qui est une seconde branche du Commerce de la
Principauté de Salm Même remarque chez SAVE Mémoire sur la principauté de Salm en
1784 par Fachot aîné Bulletin de la Société philomatique vosgienne 1883-84 127-160 Les
anabaptistes ont-ils initié les Salmois ces techniques ou de Pezay a-t-il cru que tous les
Salmois étaient anabaptistes Peu importe on ne prête aux riches Cette réflexion vaut pour
ensemble de ce chapitre Nous ne tenterons pas de savoir si les frères ont réellement introduit
telle culture ou telle méthode dans telle région comme tel ou tel témoin affirme Il nous suffit
de constater que le progressisme professionnel des mennonites est assez connu et vérifié pour
on puisse leur attribuer plus de titres de gloire ils en méritent peut-être mieux
regarder Eventuellement nos sources peuvent ailleurs aussi omettre de citer des initiatives
réellement anabaptistes ce qui rétablit équilibre
100 RELIGION ET USSITE AGRICOLE
avantages de la clôture du drainage et de assainissement de la terre avec ceux
de la prairie naturelle ou artificielle
La volonté améliorer les sols apparaît de fa on plus convaincante dans
emploi généralisé de la fumure naturelle et des amendements Les mennonites
fran ais contrairement la plupart de leurs voisins semblent avoir tenu la fumure
en haute estime Cette pratique était liée élevage des bestiaux sur lequel nous
nous étendrons plus loin Masson de Pezay sensible cette preuve de clairvoyance
agricole mais qui en goûtait moins certains aspects olfactifs se montre satisfait
que les anabaptistes ne partagent pas les habitudes alors générales en Lorraine et
en Alsace en ce domaine Jamais sous ses fenêtres basses celles de anabaptiste
ne reste en dépôt le fumier fait pour engraisser les terres et non pour empoisonner
les hommes 48 Les Cahiers de doléance de Gueberstroff Meurthe-et-Moselle)
se plaignent par contre en 1789 de ce que ces étrangers enlèvent tous les fumiers
de ce pays-ci quel que prix que ce soit de fa on que les laboureurs ne peuvent
plus en acheter pour graisser leurs terres 49 Au début du xix Siècle Louis
Ordinaire remarque que les mennonites emploient le fumier de leurs propres
bêtes Quand ils en ont pas assez ils font des échanges avec les fermiers du
voisinage Ce détail indique clairement que même alors les paysans ordi
naires attachaient peu importance engrais naturel Le même auteur souligne
que les mennonites savaient utiliser des fumiers origines différentes ou des
mélanges suivant les cultures 50 En 1886 encore Charles Grad note que les
anabaptistes Alsace obtenaient des rendements supérieurs ceux de leurs
voisins grâce la fumure de leurs sols 51)
côté du fumier les frères utilisaient aussi des engrais minéraux En 1771
un certain Daniel Croissant de Frédéric-Fontaine Doubs) désireux de se faire
attribuer le bail de la ferme de la seigneurie écrit au prince de Montbéliard il
fera aussi bien et mieux que les fermiers anabaptistes actuels et donnera engrais
cette terre et emploiera le gypse 52 On ne saurait mieux dire que dans
esprit du public la culture mennonite accompagnait amélioration et entre
tien de la terre par des moyens naturels et minéraux Au début du xixe siècle
Louis Ordinaire signale emploi du gypse sur les prairies artificielles par les
anabaptistes de la région belfortaine 53 Quelques années plus tard en 1817
Pierre Graber se mit en association avec divers agriculteurs coreligionnaires ou
non pour exploitation et la vente du gypse qui se trouve la ferme de Géné-
chier appartenant de Goli de Colmar 54 De usage agricole on passe la
commercialisation du produit Qui fut origine de affaire Graber mi-même
ou un autre des contractants qui aurait eu idée de faire appel lui cause de ses
connaissances en la matière Dans un cas comme dans autre on ne peut écarter
hypothèse selon laquelle certains mennonites auraient fabriqué eux-mêmes
leur plâtre de Paris dans des fours de fortune
La suppression de la jachère cet idéal de toute physiocratie est attestée
chez les frères au début du xixe siècle Pour Louis Ordinaire parlant de la
48 MASSON DE PEZAV op eit. 44
49 Ch ETIENNE Cahiers de Doléances. Département de Meurthe-et-Moselle Nancy 1907
123
50 ORDINAIRE art cit. 485-488
51 Charles GRAD Alsace-Lorraine dans Tour du Monde 1886 2e partie 165
cité par BOIGEOL Un mouvement pacifique Belfort 1958 38
52 Arch Haute-Saône il agit du plâtre de Paris dont emploi était encouragé
par les physiocrates AUGE-LARIBE La Révolution Agricole Paris 1955 245
53 ORDINAIRE art cit. 488
54 Arch Hueckeî
101

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin