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ROCHEFORT henri de (1831-1913)

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Universalis_Article publié par Encyclopaedia Universalis ROCHEFORT henri de (1831-1913) Le marquis Henri de Rochefort-Luçay était le descendant d'une vieille famille noble, ruinée par la Révolution. Son père Claude Louis (1790-1871) avait mené la vie besogneuse de journaliste royaliste et de vaudevilliste. Élevé dans un foyer désuni, Rochefort eut une jeunesse difficile qui lui donna un caractère instable. Bachelier en 1849, précepteur, puis modeste fonctionnaire de la préfecture de la Seine, il s'évade de l'administration en écrivant de courtes comédies et en plaçant des articles dans de petites feuilles parisiennes, Le Tintamarre, Le Charivari, Le Nain jaune. En 1864, il entre au Figaro de Villemessant, où ses chroniques irrévérencieuses lui valent une première notoriété et un début de fortune, mais aussi la hargne du pouvoir. Menacé de voir son journal supprimé, Villemessant se sépare de Rochefort en 1868, tout en commanditant sa Lanterne. Le succès de cette petite brochure hebdomadaire est extraordinaire : elle tire à plus de cent vingt-cinq mille exemplaires. Poursuivi, Rochefort s'exile à Bruxelles où il est l'hôte d'un autre proscrit célèbre, Victor Hugo. Candidat, malgré sa condamnation, à une élection partielle à Belleville, il est élu député le 22 novembre 1869 et siège à l'extrême gauche. Le 19 décembre 1869, il fonde La Marseillaise, quotidien qui attaque très violemment l'Empire et qui tire à plus de cinquante mille exemplaires.
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ROCHEFORT henri de (1831-1913)

Le marquis Henri de Rochefort-Luçay était le descendant d'une vieille famille noble, ruinée par la Révolution. Son père Claude Louis (1790-1871) avait mené la vie besogneuse de journaliste royaliste et de vaudevilliste. Élevé dans un foyer désuni, Rochefort eut une jeunesse difficile qui lui donna un caractère instable. Bachelier en 1849, précepteur, puis modeste fonctionnaire de la préfecture de la Seine, il s'évade de l'administration en écrivant de courtes comédies et en plaçant des articles dans de petites feuilles parisiennes, Le Tintamarre, Le Charivari, Le Nain jaune. En 1864, il entre au Figaro de Villemessant, où ses chroniques irrévérencieuses lui valent une première notoriété et un début de fortune, mais aussi la hargne du pouvoir. Menacé de voir son journal supprimé, Villemessant se sépare de Rochefort en 1868, tout en commanditant sa Lanterne. Le succès de cette petite brochure hebdomadaire est extraordinaire : elle tire à plus de cent vingt-cinq mille exemplaires. Poursuivi, Rochefort s'exile à Bruxelles où il est l'hôte d'un autre proscrit célèbre, Victor Hugo.

Candidat, malgré sa condamnation, à une élection partielle à Belleville, il est élu député le 22 novembre 1869 et siège à l'extrême gauche. Le 19 décembre 1869, il fonde La Marseillaise, quotidien qui attaque très violemment l'Empire et qui tire à plus de cinquante mille exemplaires. À la suite d'une affaire très confuse, le prince Pierre Bonaparte tue, le 10 janvier 1870, un des collaborateurs du journal de Rochefort, Victor Noir : ses funérailles furent l'occasion d'une manifestation qui faillit dégénérer en émeute. Le gouvernement d'Émile Ollivier envoya Rochefort en prison. Il en fut délivré par la révolution du 4 septembre 1870, qui en fit un ministre du gouvernement de défense nationale. Mais « Rochefort, l'archer fier, le hardi sagittaire/Dont la flèche est au flanc de l'Empire abattu » (Victor Hugo), n'avait rien d'un homme de gouvernement et il démissionna le 2 novembre.

Le 3 février 1871, à la veille des élections qui suivent l'amnistie, Rochefort lance un quotidien, Le Mot d'ordre. Il est élu député de Paris mais démissionne le 1er mars, après avoir refusé de voter le traité de paix qui, entre autres, sanctionnait la perte de l'Alsace-Lorraine. Malade, il ne revient à Paris qu'après le déclenchement de la Commune ; son attitude fut alors assez confuse, car il s'opposa violemment dans son journal à certains membres de la Commune. Il était, cependant, trop compromis pour échapper à la répression : arrêté à Meaux le 20 mai 1871, il fut condamné, le 20 septembre suivant, par le conseil de guerre à la déportation à vie dans une enceinte fortifiée. Sur d'instantes démarches de Victor Hugo, Thiers lui évite de partir en Nouvelle-Calédonie, mais, après la chute de ce dernier, les hommes de l'ordre moral font transporter Rochefort dans la péninsule Duclos, près de Nouméa, en octobre 1873. Il s'en évade le 20 mars 1874 et mène alors, en Angleterre, en Belgique et en Suisse, une vie d'exilé : il fait reparaître, pendant quelque temps, une nouvelle Lanterne et donne des articles et des romans feuilletons à des journaux radicaux.

L'amnistie lui permet de rentrer à Paris le 11 juillet 1880 : une foule immense lui fait une réception enthousiaste et, le 14 juillet, paraît L'Intransigeant, son nouveau journal. Cette feuille, nettement socialiste à ses débuts, hostile à Gambetta, haineuse à l'égard de Ferry et des opportunistes, eut un succès relatif. Élu député de Paris en octobre 1885, il démissionne en février 1886. En se lançant dans l'aventure boulangiste, Rochefort accroît notablement le tirage de L'Intransigeant de 1886 à 1889. Rochefort suit Boulanger dans son exil en avril 1889 et il est condamné une nouvelle fois à la déportation. Il ne rentre en France, amnistié, qu'en février 1895. L'Intransigeant avait continué à paraître à Paris et à publier les articles de son directeur : c'était devenu une feuille antiparlementaire, antisémite, nationaliste, qui fut antidreyfusarde. En 1907, Rochefort vend L'Intransigeant à Léon Bailby ; le journal poursuivra sa carrière jusqu'en 1940. Les derniers articles du « prince des polémistes » paraissent dans La Patrie, feuille nationaliste de droite, jusqu'à sa mort en 1913.

Dans sa vie aventureuse, Rochefort avait eu une douzaine de duels ; sa vie privée fut aussi très agitée ; amateur d'art, il spécula sur la peinture ; il était aussi un joueur acharné. Cet homme nerveux, généreux et rancunier, fut un très grand journaliste.

Auteur: PIERRE ALBERT