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Les avancées scientifiques et technologiques peuvent avoir des ...

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Les avancées scientifiques et technologiques peuvent avoir des ...

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Ajouté le : 21 juillet 2011
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La science, la technologie et les régimes de contrôle des armes chimiques et biologiques Alexander KELLE es avancées scientifiques et technologiques peuvent avoir des effets positifs, mais aussi négatifs, sur les sociétés et sur les relations qu’elles entretiennent. Dans les domaines deLla chimie, de la biologie et, plus généralement, des sciences de la vie, les scientifiques qui conduisent des recherches pointues le font, généralement, dans l’optique d’améliorer la condition de l’être humain en mettant au point, notamment, de nouveaux médicaments. Il n’en reste pas moins qu’un nombre considérable de composés chimiques et de micro-organismes peuvent avoir des effets utiles ou nocifs. De nombreux produits chimiques toxiques, leurs précurseurs, ainsi que les pathogènes et leurs processus de fabrication sont utilisés dans des applications civiles tout à fait légitimes. En même temps, l’histoire de la chimie et de la biologie regorge de découvertes qui furent, par la suite, utilisées à des fins d’armement. La capacité des produits chimiques toxiques et des micro-organismes pathogènes à être utilisés dans des applications mixtes n’est donc pas une propriété abstraite. Les différentes utilisations qui peuvent être faites de ces substances et organismes ont exercé une très grande influence sur la logique militaire et – dans le cas des armes chimiques – sur l’histoire de la guerre. Toute initiative visant à empêcher l’utilisation de produits chimiques toxiques ou de micro-organismes pathogènes à des fins militaires offensives doit tenir compte des possibilités d’utilisations mixtes de nombre de ces produits chimiques, de ces organismes, du matériel et des processus connexes. À titre d’exemple, le chlore et le phosgène – deux des principaux agents chimiques utilisés pendant la première guerre mondiale – sont largement utilisés comme produits industriels dans diverses applications. Le phosgène est notamment employé dans des pesticides, des produits pharmaceutiques et des colorants. Différentes activités industrielles utilisent aujourd’hui des composés à base de cyanure et notamment la fumigation, le traitement de minerais métalliques et la fabrication de produits d’entretien pour les métaux. Ces possibilités d’utilisations mixtes sont également très importantes dans le domaine des armes biologiques, ce qui a de sérieuses conséquences au niveau de la vérification des applications pacifiques des agents de guerre chimique et biologique. Dans la prochaine section, nous ferons le point sur les découvertes scientifiques et technologiques réalisées par le passé et la façon dont elles ont été utilisées dans des programmes offensifs de guerre chimique et biologique. Nous examinerons ensuite les mécanismes de contrôle qui existent aujourd’hui pour les armes chimiques et biologiques et verrons comment ils tiennent compte de l’évolution des Alexander Kelle est chargé de cours, School of Politics and International Studies, Queen’s University Belfast. Auparavant, Alexander Kelle a été chargé de recherche (Marie Curie Research Fellow) à l’Université de Bradford et Science Fellow à la CISAC de l’Université de Stanford. Il a publié « Assessing the Effectiveness of Security Regimes—The Chemical Weapons Control Regime’s First Six Years of Operation », International Politics, 2004, vol. 41, p. 221 et 242, et avec M. Dando et K. Nixdorff (sous la direction de), 2001, The Role of Biotechnology in Countering BTW Agents, Dordrecht, Kluwer Academic Publishers. un • 2005 LA SCIENCE, LA TECHNOLOGIE ET LES CONVENTIONS SUR LES ARMES CHIMIQUES ET BIOLOGIQUES sciences de la vie. Dans la dernière partie, nous analyserons comment la révolution des biotechnologies pourrait influencer l’avenir des régimes de contrôle des armes chimiques et biologiques. Comme il existe de nombreuses analyses détaillées sur différents aspects de la révolution biotechnologique et sur ses conséquences pour la maîtrise des armements biologiques, nous insisterons davantage, dans cet article, sur les conséquences pour la maîtrise des armements chimiques. Les découvertes scientifiques et technologiques passées et leur utilisation dans des programmes d’armements chimique et biologique eLors de la deuxième moitié du XIX siècle, les découvertes scientifiques et technologiques servirent à mettre au point des programmes offensifs d’armement chimique et biologique. Dans le domaine de la chimie, ce fut un aspect précis de la révolution industrielle qui rendit possible la guerre chimique lors 1de la première guerre mondiale – la « liquéfaction du chlore à grande échelle et son conditionnement 2 3dans des cylindres ». Elle fut réalisée, en 1888, par la société allemande BASF . Il n’est donc pas étonnant que le chlore ait été le premier agent de guerre chimique utilisé à grande échelle : près de 150 tonnes de chlore furent utilisées par l’armée allemande, le 22 avril 1915, près d’Ypres sur le front occidental. Alors que des moyens de protection contre le chlore et le phosgène étaient mis au point, sous la forme de masques à gaz, la première course aux armements offensifs- défensifs s’engageait avec la mise au point d’agents chimiques comme l’ypérite (ou gaz moutarde) 4pour contourner la protection respiratoire qu’offraient les masques . Malgré plusieurs traités de paix et le Protocole de Genève de 1925, le réarmement chimique eut lieu dans les années 20 et 30. Dans le cas de l’Allemagne, par exemple, ce réarmement chimique contrastait fortement avec le traité de paix de Versailles conclu à la fin de la première guerre mondiale. Ce fut pourtant en Allemagne que les recherches civiles portant sur un nouveau groupe de composés organophosphorés conduisit à la mise au point et à la fabrication du premier agent neurotoxique, tabun, en décembre 1936. Cette découverte fut suivie de la synthèse du sarin, en 1939, puis du soman, en 1944. Après la deuxième guerre mondiale, les travaux civils visant à exploiter le nouveau groupe de composés organophosphorés toxiques se poursuivirent et débouchèrent sur la mise au point de composés encore plus toxiques (certains furent introduits comme pesticides, mais durent être retirés en raison de leur toxicité pour l’homme). L’un de ces composés super-toxiques fut adopté par 5l’armée américaine dans les années 50 et devint connu comme l’agent de guerre chimique VX . 6Les agents biologiques furent utilisés pour la première fois, voilà déjà plusieurs siècles . L’utilisation systématique, à des fins d’armement, de pathogènes ou de substances toxiques produites naturellement n’a pourtant été possible qu’avec les nouvelles connaissances scientifiques sur la vie et ses processus. La nature et l’ampleur de la guerre biologique changèrent radicalement avec la révolution des sciences de ela vie qui commença à la fin du XIX siècle. Comme l’a démontré Dando pour « les trois générations ede programmes offensifs de guerre biologique » du XX siècle, tous les programmes militaires se 7développèrent « avec les nouvelles connaissances scientifiques » . Selon lui, les programmes militaires d’armement biologique suivaient les découvertes scientifiques dans différents domaines : la bactériologie, qui fut utilisée pour lancer des actes de sabotage avec des armes biologiques lors des première et deuxième guerres mondiales ; l’aérobiologie, qui fournit des connaissances pour diffuser des agents biologiques sur de grandes zones géographiques et rendit possible l’utilisation d’agents non contagieux comme armes pouvant infliger des pertes massives ; et le génie génétique, qui joua 8un rôle important dans le programme offensif d’armement biologique de l’ex-Union soviétique . 8 Les régimes de contrôle des armes chimiques et biologiques un  2005 Les mécanismes actuels de contrôle sur les armes chimiques et biologiques et leurs rapports avec les découvertes des sciences de la vie Les