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Anatomie
In: L'année psychologique. 1894 vol. 1. pp. 280-292.
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Anatomie. In: L'année psychologique. 1894 vol. 1. pp. 280-292.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1894_num_1_1_1062280 l'année psychologique. 1894
cuivre), et en ajoutant une coloration par la safranine, j'ai mis en
évidence ce fait que le prolongement de la cellule nerveuse, chez
les Crustacés, ne présente pas la même constitution chimique que le
protoplasma; il se colore en vert, et le protoplasma en rouge ; en
outre, dans quelques cellules de grande dimension, le cylindre-axe,
après avoir pénétré dans le protoplasma, dessine une spire autour du
noyau, sans entrer en relation avec ce dernier (voir fig. 9). Il est
I
cellule Fig. 9. nerveuse, — Trajet appartenant du cylindre-axe à un ganglion dans le abdominal corps protoplasmique d'Astacus fluvialilis. d'une
curieux, au point de vue de l'histoire scientifique, de constater que
plusieurs micrographes antérieurs, Owsjannikov, Krieger, Freude
avaient entrevu, mais sans le comprendre, ce détail de structure, parce
qu'ils employaient une technique défectueuse.
A. Binet.
II. — ANATOMIE
BECHTEREW (W. V.). — Les voies de transmission dans le cerveau
et la moelle épinière, trad, du russe en allemand par J. Weinberg.
(1 vol. in-8° avec 16 fig. et une planche coloriée, 1894.)
L'ouvrage de W. Bechterew est intéressant non seulement parce
qu'il donne une étude d'ensemble sur les voies de transmission dans
le cerveau et dans la moelle, mais encore parce qu'on y trouve un
résumé des nombreux travaux publiés antérieurement par l'auteur
sur ces questions, travaux éparpillés dans différents recueils russes
et allemands et par cela même peu abordables au lecteur.
Dans un premier chapitre l'auteur passe en revue les différentes
méthodes employées dans l'étude des voies nerveuses de transmiss
ion, procédé des coupes en série de Stilling, procédés de coloration
de Gerlach, anatomie comparée, méthode embryologique de Flechsig,
procédé des dégénérescences expérimentales de Gudden, arrêts de
développement et malformations congénitales, dégénérescences SALA Y PONS 28 i
secondaires pathologiques, procédés physiologiques et vivisections,
pathologie cérébrale humaine.
Le second chapitre est consacré au trajet des fibres nerveuses dans
la moelle.
Le troisième comprend la moelle allongée et les ganglions de la base.
Dans le quatrième, qui traite du cervelet, l'auteur étudie les rap
ports du cervelet avec la question du maintien de l'équilibre du corps
et la coordination des mouvements.
Le cinquième chapitre est consacré à l'étude du trajet des fibres
nerveuses dans les hémisphères. On y trouve des considérations sur
les localisations cérébrales et un résumé des opinions de l'auteur sur
ce sujet.
Le livre de Bechterew est avant tout anatomique et par conséquent
il est difficile d'en donner une analyse qui ne peut être compréhens
ible qu'avec des planches et pour un lecteur déjà familiarisé avec
l'anatomie des centres nerveux. Les figures, schématiques pour la
plupart, sont très claires et très nettes. On consultera surtout avec
intérêt la figure IV de la planche coloriée, dans laquelle les trajets
des divers systèmes de fibres dans les centres nerveux sont représent
és par des lignes de couleurs différentes.
H. Beaun:s.
CL. SALA Y PONS. — L'écorce cérébrale des oiseaux.
(Comptes rendus de la Société de biologie, 1893, n° 35.)
La substance grise corticale du cerveau n'est représentée chez les
oiseaux que par une mince lame grise située au-dessus et en dedans
de la cavité ventriculaire. Mais on n'y retrouve pas moins les quatre
couches qui existent chez les mammifères, seulement avec des varia
tions dans la forme et la disposition des éléments cellulaires.
Ces couches sont, en allant de la surface vers le ventricule :
1° La zone moléculaire ;
2° La couche des petites cellules étoilées correspondant à la couche
■des petites cellules pyramidales des mammifères;
3° La couche des grandes cellules étoilées et des grandes cellules
pyramidales (correspondant à la couche des grandes cellules pyrami
dales des mammifères) ;
4° La couche des cellules étoilées profondes (correspondant à la
couche des cellules polymorphes des mammifères), auxquelles il faut
ajouter :
5° La zone épithéliale.
La structure de l'écorce cérébrale des oiseaux rend compte de leur
supériorité sur le cerveau des reptiles. La névroglie y est du reste
plus compliquée et se montre sous forme de véritables cellules
névrogliques araignées n'ayant plus aucun rapport avec les éléments
épithéliaux épendymaires.
H. Beaunis. 282 L'ANNÉE PSYCHOLOGIQUE. 1894
,.P0.
LO w
PC PC
LT
Fig. 10. — Appareil nerveux visuel (Vialet).
La figure 10 présente, résumées sous une forme schématique, les différentes particularités
de l'appareil nerveux visuel et ses connexions intra-cérébrales.
Tout nerveux visuel dépendant de l'hémisphère gauche, de l'écorco à la rétine,
ainsi que la portion correspondante du champ visuel sont marqués par une teinte plus foncée.
On voit comment les conducteurs visuels arrivés au cliiasma se dédoublent pour innerver
la moitié temporale de la rétine de l'œil gauche et la moitié nasale de la rétine de l'œil
droit.
La lésion de ces conducteurs au-dessus du chiasma produit l'hémianopsie homonyme et
se traduit par l'abolition de la vision dans la moitié droite des deux champs visuels.
Les portions de l'écorce marquées par une teinte plus foncée représentent les centres
corticaux.
A la partie postérieure de l'hémisphère se trouve le centre cortical de la vision repré
senté par le eunéus (C), te lobe lingual (L L) et le pôle occipital (PO), (Le lobe fusiforme
n'est pas compris dans la coupe à cette hauteur.)
Le centre des images visuelles des mots est situé dans le pli courbe (PC) (centre de
Kussmaul).
Le centre des images auditives des mots est situé dans les première et deuxième tem
porales (LT) (centre de Wernicke).
Le centre du langage articulé est situé dans la troisième frontale (LF) (centre de Broca).
Les différents faisceaux du segment antérieur de l'appareil nerveux visuel sont marqués
par les signes conventionnels suivants : •■<•»>*
i|l! Faisceau direct ; ;EE faisceau croisé ; — ...faisceau maculaire croisé ...faisceau macu-
laire direct. VIALET 283
VIALET. — Les centres cérébraux de la vision et l'appareil nerveux
visuel intra-cérébral. (1 vol. gr. in-8° de 355 p. et 90 flg. F. Alcan,
Paris, 1893.)
Le travail du docteur Vialet, basé sur une série de documents cl
iniques et anatomo-pathologiques recueillis dans le service de Bicêtre
du Dp Déjerine, est du plus haut intérêt pour la physiologie cérébrale.
L'auteur utilisant à la fois ses recherches personnelles et celles de
ses devanciers donne une étude d'ensemble de l'appareil nerveux de
la vision depuis la rétine jusqu'à l'écorce cérébrale. De nombreuses
planches, très bien faites et très claires, permettent de suivre facil
ement les descriptions de Fauteur. Le schéma suivant (flg. 10), em
prunté à l'auteur, reproduit le trajet des fibres visuelles.
L'appareil nerveux visuel forme un système complexe qui prend
naissance dans la rétine pour aboutir à l'écorce du lobe occipital. Il
se divise naturellement en deux grands segments :
L'un, antérieur, extra-cérébral, constitué par la rétine, les nerfs
optiques, NO, leur entre-croisement ou chiasma, CH, et les bandel
ettes optiques, BO ;
L'autre, postérieur, intra-cérébral, comprend : 1° les centres
optiques inférieurs ou ganglionnaires (pulvinar PU, corps genouillés
externes Cge, tubercules quadrijumeaux antérieurs, TQa) ; 2° les
radiations optiques de Gratiolet, rad. opt., situées à la partie posté
rieure de la capsule interne et dans la substance blanche sagittale
du lobe occipital; 3° le centre optique cérébral (centre psycho-optique,
Les figures 1, 2, 3, 4, 5, représentent la situation respective de ces faisceaux dans le
nerf optique, le chiasma, la bandelette.
Fig. 1. Nerf optique gauche à sa sortie du globe oculaire. — Fig. 2. Nerf optique gauche
dans sa portion intra-orbilaire. — Fig. 3. Nerf optique dans le canal optique. — Fig. 4.
Chiasma. — Fig. 5. Bandelette optique gauche. — FD. Faisceau direct; FC, faisceau
croisé ; FM. faisceau maculaire.
Les fibres d'association réunissant le centre visuel cortical de l'hémisphère gauche à celui
de l'hémisphère droit cheminent dans le corps calleux (bourrelet).
Les fibres intra-hémisphériques sont représentées par :
FoFr. Faisceau occipito-frontal faisant communiquer le centre visuel avec celui
du langage articulé.
Pot. occipito-temporal faisant le centre visuel avec le centre
de la mémoire auditive des mots. L'interruption de cette voie d'association donne lieu à
la cécité verbale pure (Dejerine et Vialet).
Fibres d'association entre le centre visuel de perception situé àla face interne du
lobe occipital et le centre des souvenirs visuels placé à la face externe de ce dernier.
Ces fibres sont représentées par plusieurs faisceaux dont les mieux différenciés sont le fais
ceau transverse du cunéus (Sachs) et le faisceau transverse du lobe lingual (Vialet).
+ + + Fibres d'association entre le centre visuel de perception et le centre visuel des
mots, c'est-à-dire entre la face interne du lobe occipital et le pli courbe.
ooo Fibres entre le centre des souvenirs visuels et le centre des images
visuelles des mots, c'est-à-dire entre la face externe du lobe occipital et le pli courbe.
AçS, aqueduc de Silvius; BO, bandelette optique; C, cuneus; CC, corps calleux; CO,
corne occipitale; Cge, corps genouillé externe; CH, chiasma; FoF, laisceau occipil«- fron
tal; Fot. faisceau occipito-temporal; FC, faisceau croisé ; FD, faisceau direct ; FM. fai
sceau maculaire; I, insula; LF, lobe frontal; LL, lobe lingual, LL; lobe limbique; LO. lobe
occipital; NO, nerf optique; NR, noyau rouge; NC, noyau caudé ; OD. œil droit; OG, «cil
gauche; Had. opt., radiations optiques; RN, portion nasale de la rétine; RT, portion
temporale de la rétine; PU, pulvinar, i', pédoncule; TQa, tubercule quadrijumeau anté
rieur. 284 l'année psychologique. 1894
sphère visuelle corticale, centre cortical de la vision) situé dans le
lobe occipital l.
La première partie du livre est consacrée à l'appareil nerveux visuel
extra-cérébral, la seconde à l'appareil nerveux intra-cérébral.
Première partie. — Le segment antérieur de V appareil nerveux
visuel.
Dans le premier chapitre l'auteur étudie la marche et la situation
des différents faisceaux de fibres nerveuses qui entrent dans la cons
titution du nerf optique, du chiasma et de la bandelette optique. Ces
faisceaux sont au nombre de trois :
1° Les fibres qui émanent de la partie externe de la rétine et qui
ne s'entre-croisent pas dans le chiasma, faisceau direct ;
2° Les fibres qui viennent de la partie interne de la rétine et qui,
s'entre-croisant dans le chiasma, vont à l'hémisphère cérébral du côté
opposé, faisceau croisé ;
3° Les fibres qui viennent de la macula M, ou tache jaune, région
de la vision distincte, faisceau maculaire ; les observations patholo
giques tendent à faire admettre que ce faisceau comprend des fibres
directes et des fibres croisées.
Dans le second chapitre le docteur Vialet cherche à déterminer les
connexions des fibres visuelles, d'une part avec la rétine, d'autre part
-avec les centres ganglionnaires. 11 décrit d'abord, d'après les der
nières leçons de Ramon y Cajal, la structure histologique de la réline
<3t arrive aux conclusions suivantes :
L'excitation lumineuse ne se transmet pas suivant une seule ligne
longitudinale d'éléments, mais par des groupes cellulaires en contact,
de sorte que, plus l'excitation est forte, plus grand est le nombre des
éléments qui participent à la conduction.
Au niveau de la macula, la conduction est plus individuelle, plus
précise ; chaque élément rétinien de la tache jaune (cône) n'est en
relation qu'avec une fibre du nerf optique par l'intermédiaire d'une
cellule ganglionnaire de la rétine.
Certaines cellules {cellules horizontales) paraissent jouer un rôle
d'association entre des régions éloignées de la rétine.
La quatrième couche de la rétine renferme des éléments (spongio-
blastes) qui reçoivent des fibres des centres ganglionnaires et parais
sent transmettre aux cellules ganglionnaires de la rétine une action
centrifuge émanée de ces centres .
Deuxième partie. — Le segment postérieur ou intra-cérébral de
l'appareil nerveux%visuel.
Le chapitre premier est consacré à l'histoire des conducteurs
(1) Pour les termes techniques je ne puis que renvoyer aux traités d'ana-
tomie descriptive et d'anatomie du cerveau les plus récents. VIALET 28i>
optiques intra-cérébraux. L'auteur rappelle d'abord les conceptions
des anatomistes Gratiolet, Meynert, Wernicke, V. Gudden, puis il
passe en revue les recherches des physiologistes, H. Munk, Ferrier,
Luciani et Seppilli, Goltz et Schafer, et indique les causes des contra
dictions qui existent entre ces physiologistes.
Il étudie ensuite la méthode des dégénérescences secondaires. Il
insiste sur ce fait que l'interruption d'une fibre nerveuse n'a pas
seulement pour conséquence la dégénérescence descendante du bout
périphérique, comme le formulait la loi de Waller, mais qu'il y a de
plus dégénérescence ascendante du bout central et atrophie des cel
lules d'où ces fibres émanent, comme l'ont observé Golgi et His. Il
montre comment ces faits s'accordent avec la conception moderne de
la cellule nerveuse. Cette cellule est une individualité histologique et
sa lésion en un point quelconque a des conséquences destructives
pour l'organisme entier. Cette méthode des dégénérescences secon
daires a donné entre les mains de Panizza, V. Gudden, Munk, Vulpian
et surtout de V. Monakow, des résultats remarquables. Les recherches
de V. Monakow conduisent aux conclusions suivantes :
Les fibres provenant de l'écorce occipitale sont en relation directe
avec les cellules du corps genouille externe et du pulvinar et avec la
substance blanche moyenne des tubercules quadrijumeaux antérieurs.
Il existe entre les centres ganglionnaires de la vision et le centre
cortical un double système de fibres constituant les radiations
optiques ; les unes , centripètes , sont l'émanation des cellules gan
glionnaires du corps genouille externe et du pulvinar ; elles se te
rminent dans l'écorce occipitale ; les autres, centrifuges, nées de cel
lules solitaires de la substance grise corticale, aboutissent dans la
couche superficielle du tubercule quadrijumeau antérieur.
Enfin l'auteur passe en revue les cliniciens et les anatomo-patholo-
gistes dont les premières observations datent de 1879 ; il montre
l'insuffisance des schémas imaginés par les différents auteurs pour
expliquer les lésions fonctionnelles par le trajet des fibres visuelles.
Le second chapitre basé sur les recherches personnelles du docteur
Yialet renferme l'étude histologique du lobe occipital. Il donne d'abord
une brève description de la configuration extérieure de ce lobe, de ses
limites et des différentes parties qui le constituent, spécialement à sa
face interne, cuneus, lobule lingual, lobule fusiforme, séparés par la
scissure calcarine et le sillon occipital. Pour l'étude histologique il a
employé les méthodes de coloration de Weigert et Pal et le procédé
d'inclusion au collodion épais de Mathias Duval. Les coupes micros
copiques étaient faites en série dans un bain de paraffine à l'aide du
microtome de V. Gudden. On peut ainsi obtenir des séries de 600 à
700 coupes vertico-transversales ou horizontales de 1/10 de mill
imètre d'épaisseur en moyenne, comprenant toute la moitié postérieure
du cerveau depuis le milieu de la couche optique jusqu'au pôle occi
pital. 286 l'année psychologique. 1894
Dans cette étude, l'auteur, à l'inverse de la première partie, décrit
les fibres visuelles de leur point d'arrivée cortical à leurs centres gan
glionnaires. Je ne puis suivre l'auteur dans ces descriptions dont les
détails sont difficiles à saisir sans planches, même pour les personnes
familiarisées avec l'anatomie fine du cerveau. Je me contenterai de
résumer les points principaux.
L'examen des coupes sériées du lobe occipital montre dans la subs
tance blanche sagittale trois couches de fibres qui s'emboîtent autour
de la corne postérieure du ventricule latéral, une couche interne, une
couche moyenne et une couche externe, caractérisées par la diff
érence d'aspect de leurs fibres respectives, ce qui permet de les suivre
dans leur trajet.
La couche interne est constituée par des fibres dont les unes, les
plus nombreuses, contribuent à former le bourrelet du corps calleux
c' c et représentent une commissure entre les deux lobes occipitaux LO,
dont les autres, moins nombreuses, peuvent être suivies jusqu'au lobe
frontal du même côté.
La couche moyenne, formée de fibres fines, constitue les radiations
optiques proprement dites, Rad. opt. Nées de l'éçorce du lobe occi
pital, LO, elles entourent de tous côtés la pointe de la corne ventricul
aire de ce lobe, CO, puis s'épaississent à sa paroi externe, s'amincissent
en dedans et au niveau où la corne ventriculaire du lobe occipital se
continue avec la corne sphénoïdale du ventricule latéral, ne forme plus
qu'un demi-anneau inférieur et externe. Constituée au début par les
fibres nées exclusivement de l'éçorce occipitale, cette couche moyenne,
à mesure qu'elle s'approche des ganglions de la base du cerveau,
s'adjoint des fibres venues des lobes pariétal et temporal. Ainsi grossie,
elle concourt à la formation de la partie postérieure de la capsule
interne, puis dissociée en nombreux faisceaux se termine dans la
couche optique et les corps genouillés interne et externe, Cge. C'est
l'entrecroisement de ces divers faisceaux au niveau et dans toute la
hauteur de la couche optique qui constitue ce qu'on a appelé : champ
de Wernicke. Les fibres provenant du lobe occipital, L 0 (appareil
visuel central) vont au corps genouillé externe, Cge, le corps genouillé
interne reçoit les fibres venant du lobe temporal (appareil auditif
central).
La couche externe tire son origine de la pointe occipitale ; confondue
d'abord avec les deux couches précédentes, elle s'en dégage et se
dédouble en deux portions : l'interne, très mince, suit la scissure cal-
carine ; l'externe, faisceau longitudinal inférieur de Burdach, longe
la paroi correspondante de la corne occipitale sous forme d'un fai
sceau compact. Les fibres de ce faisceau se dispersent ensuite dans
différentes directions. La plupart se terminent dans le lobe temporal
et en particulier dans les première et deuxième circonvolutions;
d'autres se mêlent aux fibres de la couronne rayonnante de la couche
optique ; une partie concourt à la formation de la capsule externe ; VIALET 287
d'autres enfin se mettent en rapport avec les deuxième et troisième
segments du noyau lenticulaire du corps strié.
A ces trois couches viennent s'ajouter des fibres blanches intra-oc-
cipitales complétant l'ensemble de la substance blanche de ce lobe.
Ces fibres réunissent dans un même lobe des circonvolutions voisines
ou éloignées. Ces fibres d'association forment quatre faisceaux prin
cipaux : 1° un faisceau, stratum calcarinum de Sachs, qui réunit le
lobule lingual LL au lobe limbique de Broca, ou circonvolution de
l'hippocampe ; 2° un faisceau, stratum proprium cunei, qui entoure
les sillons propres du cuneus, C, et se termine au niveau du bord
supérieur de l'hémisphère ; 3° le faisceau transverse du cuneus de
Sachs dont les fibres suivent la face externe du lobe occipital et gagnent
en partie la région du pli courbe, PC (centre des images visuelles des
mots) ; 4° le faisceau transverse du lobule lingual, décrit par Vialet et
qui relie le lobule lingual, LL, et la lèvre inférieure de la scissure
calcarine à l'écorce de la face convexe du lobe occipital. Enfin un
cinquième faisceau, décrit par Wernicke, unit les circonvolutions
supérieures du lobe occipital à la base de ce dernier.
L'histologie de la substance grise ou de l'écorce du lobe occipital
est décrite par le docteur Vialet d'après les recherches de Ramon y
Cajal dont il adopte les opinions.
Le troisième chapitre est une étude critique des documents anato-
mo-cliniques. Ces documents comprennent tous les cas, au nombre
de 88, de cécité, d'hémianopsie ou de toute autre altération du champ
visuel relevant d'une lésion corticale.
Ces 88 cas se divisent en deux groupes de valeur inégale, le pre
mier groupe contient les cas dont les lésions n'ont été étudiées qu'à
l'œil nu et n'ont par conséquent qu'une valeur secondaire. Sur ces
73 observations se trouvent 67 cas à'hémianopsie corticale qui permett
ent de localiser le centre cortical de la vision à la partie interne et à
la pointe du lobe occipital (pôle occipital, P 0), et 6 cas seulement
de cécité corticale. Ces dernières observations prouvent que les lésions
du pli courbe ne produisent pas d'hémianopsie lorsqu'elles sont net
tement limitées à l'écorce et qu'elles n'entraînent de trouble visuel
que quand les radiations optiques sont intéressées. Ces faits sont
donc contraires à l'opinion de Ferrier qui plaçait dans le pli courbe le
centre visuel cortical. Le pli courbe est le centre spécial des images
visuelles des mots, mais il n'est pas le centre percepteur des impres
sions visuelles.
Les cas, au nombre de 15, dans lesquels l'examen microscopique a
été pratiqué d'une façon méthodique ont une bien plus grande impor
tance que les précédents. Ces cas dus à V. Monakow, Moeli, Hens-
chen, Zacher et Zinn, permettent de localiser le centre visuel cortical
dans la région de la scissure calcarine. Le docteur Vialet n'admet pas
l'opinion de V. Monakow, qui se basant sur une observation mal 288 l'année psychologique. 1894
interprétée, étend le centre cortical visuel à la face externe du lobe
occipital et au pli courbe.
Le chapitre quatrième contient les recherches personnelles de l'au
teur sur cinq cas suivis d'autopsie observés avec le docteur Déje-
rine. L'étude des cerveaux a été faite par les procédés déjà indiqués.
Les deux premières observations concernent deux cas d'hémianopsie
corticale par lésion circonscrite du cuneus.
La troisième est un cas d'hémianopsie corticale avec cécité verbale
pure par lésion circonscrite du lobe occipital. Je résumerai ici cette
observation, presque unique et qui présente le plus grand intérêt au
point de vue psychologique.
Il s'agit d'un homme de soixante-huit ans, dessinateur et coloriste
sur tissus, très intelligent, très cultivé, très bon musicien. Après une
série de petites attaques fréquemment renouvelées (engourdissement,,
faiblesse du bras et de la jambe du côté droit, très légers troubles de
la parole), le malade s'aperçut brusquement qu'il ne pouvait plus
lire un seul mot, tout en écrivant et en parlant très bien et en di
stinguant tout aussi nettement qu'auparavant les objets et les per
sonnes qui l'entouraient. L'examen médical fit constater les faits sui
vants.
L'acuité visuelle est bonne. Hémianopsie droite des deux côtés, mais
pas absolue ; tous les objets situés dans la moitié droite des deux
champs visuels ne disparaissent pas complètement, mais semblent
moins nets. (Il faut noter qu'au bout de quelques mois l'hémianopsie
droite devient absolue.) Dans la vision directe le sens chromatique est
excellent et les couleurs sont parfaitement reconnues; mais dans la
vision indirecte il y a hémiachromatopsie droite absolue ; aucune cou
leur n'est perçue dans la moitié droite des champs visuels.
La cécité verbale pure est complète. Sa mémoire générale est excel
lente ; il s'exprime clairement, sans difficulté et emploie toujours les
termes appropriés. Il reconnaît de suite les objets qu'on lui présente,
ou le dessin de ces objets et les dénomme sans la moindre hésitation.
Il comprend parfaitement tout ce qu'on lui dit. Mais il est incapable
de reconnaître une lettre ou un mot, écrits ou imprimés. La cécité
littérale et verbale est complète, absolue. Il peut écrire sous la dictée
ou spontanément mais il ne peut se relire. En s'aidant d'un artifice,
il peut cependant arriver à lire des lettres, voire même des mots. Il
suit du geste le contour des lettres et peut ainsi reconnaître les lettres ;
de même il reconnaît la plupart des lettres lorsqu'on conduit son
index en l'air pour lui en faire exécuter les contours, à condition tou
tefois qu'on lui fasse tracer en l'air des lettres d'un assez grand dia
mètre. Le même résultat se produit si, au lieu de conduire son index
droit, on conduit son index gauche ou son pied. On voit de suite le
rôle du sens musculaire dans cette expérience. Il éprouve la difficulté
la plus grande à copier des lettres. Il n'y arrive qu'en ayant ince
ssamment le modèle sous les yeux, en comparant la lettre à sa copie,,