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Contribution à l'étude de la complexité du système mnésique humain - CHAPITRE-VI

De
71 pages
Apports expérimentaux Chapitre 6 : intention, mémoire et métamémoire CHAPITRE 6 : EFFETS DE L'ENCODAGE INTENTIONNEL SUR LA PERFORMANCE DE MEMOIRE ET LES JUGEMENTS DE METAMEMOIRE EN SITUATION DE LABORATOIRE 6.1. CADRE GENERAL La seconde expérience de mémoire réalisée en laboratoire a été conçue pour approfondir l'analyse des effets de l'encodage intentionnel dans un échantillon plus grand et dans un cadre méthodologique plus proche de celui de Craik et Lockhart (1972 ; Craik et Tulving, 1975). Dans le paradigme de la profondeur de traitement, les sujets sont soumis à des tâches d'orientation qui induisent différents types d'opérations mentales sur le matériel ; une analyse structurale des stimuli (e.g., détecter la présence d'une lettre-cible, analyser la forme écrite d'un mot…) débouche sur une performance mnésique ultérieure plus faible qu'une analyse sémantique (e.g., décider de l'appartenance à une catégorie, juger du caractère agréable des éléments…). Contrairement à l'expérience précédente, le facteur intention est manipulé inter-individuellement ; on évite ainsi les effets possibles d'apprentissage d'une condition à l'autre. Dans cette expérience, l'analyse des stratégies est rendue possible grâce à l'utilisation d'un matériel informatique enregistrant les temps d'exposition sur le matériel au cours de la phase d'encodage. De plus, le choix d'une liste de mots catégorisable nous permet d'appréhender les stratégies d'élaboration et de ...
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Apports expérimentaux Chapitre 6 : intention, mémoire et métamémoire
CHAPITRE 6 : EFFETS DE L'ENCODAGE INTENTIONNEL SUR LA
PERFORMANCE DE MEMOIRE ET LES JUGEMENTS DE
METAMEMOIRE EN SITUATION DE LABORATOIRE
6.1. CADRE GENERAL
La seconde expérience de mémoire réalisée en laboratoire a été conçue pour
approfondir l'analyse des effets de l'encodage intentionnel dans un échantillon plus
grand et dans un cadre méthodologique plus proche de celui de Craik et Lockhart
(1972 ; Craik et Tulving, 1975). Dans le paradigme de la profondeur de traitement, les
sujets sont soumis à des tâches d'orientation qui induisent différents types d'opérations
mentales sur le matériel ; une analyse structurale des stimuli (e.g., détecter la présence
d'une lettre-cible, analyser la forme écrite d'un mot…) débouche sur une performance
mnésique ultérieure plus faible qu'une analyse sémantique (e.g., décider de
l'appartenance à une catégorie, juger du caractère agréable des éléments…).
Contrairement à l'expérience précédente, le facteur intention est manipulé inter-
individuellement ; on évite ainsi les effets possibles d'apprentissage d'une condition à
l'autre.

Dans cette expérience, l'analyse des stratégies est rendue possible grâce à
l'utilisation d'un matériel informatique enregistrant les temps d'exposition sur le
matériel au cours de la phase d'encodage. De plus, le choix d'une liste de mots
catégorisable nous permet d'appréhender les stratégies d'élaboration et de
regroupement sémantique.

Les mesures de métamémoire utilisées portent à la fois sur la prédiction de la
performance, l'évaluation qualitative des performances prédites et réelles et la
certitude associée aux prédictions. Les sujets devaient procéder à d'autres auto-
évaluations et répondre à un questionnaire d'attribution de la performance au cours de
cette même expérience ; nous considérerons ces dernières dans le chapitre suivant.

Enfin, l'expérience entre dans le cadre d'une recherche plus large combinant des
mesures de performances mnésiques, de métamémoire, de personnalité (Anxiété de
Cattell, 1962 ; Locus de contrôle de Rotter, 1966) et d'auto-évaluation de la mémoire
quotidienne (Questionnaire d'auto-évaluation de la mémoire quotidienne de
Chapitre 6 – 437 Apports expérimentaux Chapitre 6 : intention, mémoire et métamémoire
139Sunderland, Harris et Baddeley, 1983 (chapitre 7). Ce dernier point sera un des
aspects "écologiques" étudiés au chapitre 7.

Comme dans l'expérience précédemment rapportée (chapitre 5), nous posons
l'hypothèse d'une amélioration de la performance mnésique lorsque les sujets sont
avertis du test de mémoire futur (H.2.1.). Cette amélioration pourrait être interprétée
comme le résultat de la mise en place de stratégies d'encodage, d'une plus grande
attention sur le matériel ou de la constitution d'un plan de récupération. Les résultats
des sujets d'un groupe contrôle (pas de tâche d'orientation et auto-régulation de
l'apprentissage) nous permettront de déterminer l'impact (notamment perturbateur)
d'une tâche d'orientation sur la mémorisation des données et sur la prise de conscience
de l'organisation du matériel.
L'amélioration de la performance devrait être plus importante sur le matériel le
plus difficile à mémoriser (H.2.1.2.), c'est-à-dire les mots accompagnés d'une question
d'orientation orthographique ou phonétique (i.e., qui font l'objet d'un traitement de plus
bas niveau). On observe classiquement que les éléments associés à une réponse
positive sont mieux mémorisés que les éléments correspondant à une réponse négative,
au moins pour les plus hauts niveaux de traitement (Craik et Tulving, 1975) ; dans ces
cas, la question et le mot constituent une unité intégrée, élaborée, qui sera plus facile à
activer au moment du rappel.
Notre hypothèse sous-entend que les sujets avertis du test de mémoire futur vont
prendre conscience de la nécessité d'accorder un traitement approfondi au matériel.
Dans l'éventualité d'une analyse approfondie de l'ensemble des stimuli, les sujets
devraient également prendre conscience de l'organisation de la liste et se servir de cette
organisation au moment de la recherche des éléments en mémoire. L'encodage
intentionnel devrait ainsi mener à la disparition de l'effet de profondeur de
traitement et de l'effet de supériorité des items positifs. Le degré de regroupement
sémantique au rappel nous renseignera sur cette prise de conscience.
Concernant les mesures de métamémoire, nous émettons l'hypothèse d'une
différence dans les jugements de prédiction et d'évaluation des performances entre
les trois situations d'encodage des stimuli. Les représentations les plus adéquates du
contenu mnésique (adéquation de la prédiction avec le rappel) et de la qualité de la
performance devraient être obtenues chez les sujets qui possèdent le plus
d'informations sur l'issue de l'expérience (groupe intentionnel et groupe contrôle). En
effet, l'orientation intentionnelle de l'encodage devrait permettre une analyse plus fine
des caractéristiques des tâches et du matériel à retenir, donc contribuer à une
connaissance métamnésique plus élaborée et plus réaliste (H.2.2.2.). Cette
connaissance sera utilisée à la fois pour améliorer l'efficacité du processus de
mémorisation (auto-régulation, stratégies, contrôle) et pour émettre les jugements de
prédiction et d'évaluation (memory monitoring).

139. Version présentée dans Baddeley (1993a), pp. 252-253.
Chapitre 6 – 438 Apports expérimentaux Chapitre 6 : intention, mémoire et métamémoire
6.2. DESCRIPTION DE L'EXPERIENCE
6.2.1. Sujets
Cent onze étudiants volontaires (annexe 6.1 et tableau VI.1), âgés de 18 à 46 ans,
ont été répartis en trois groupes différenciés par les consignes reçues à propos de la
140tâche de mémoire . Le niveau d'étude moyen (nombre d'années de scolarisation depuis
le cours préparatoire) est de 14,5 ans, ce qui correspond au premier cycle universitaire.
Soixante huit femmes et 43 hommes composent cet échantillon. Les trois groupes ne
diffèrent pas dans la répartition des sexes (χ²(2)=2,34, ns) et dans le niveau scolaire
moyen (F(2;108)<1, ns). Les sujets du groupe 3 sont significativement plus âgés que
141
ceux du groupe 1 (F(2;108)=3,37, p=.04) .


Groupe 1 Groupe 2 Groupe 3 TOTAL Comparaison
Effectif 37 36 38 111 -
Age 21,94 (1,98)24,46 (5,74) 25,34 (8,12) 23,92 (6,01) F(2;108)=3,37, p=.038
Sexe 21 F / 16 H 20 F / 16 H 27 F / 11 H 68 F / 43 H χ²(2)=2,34, ns
Niveau scolaire 14,32 (1,53) 14,83 (2,08) 14,29 (2,04) 14,48 (1,90) F(2;108)=0,94, ns
Forme générale 3,76 (0,76) 3,42 (0,73) 3,68 (0,81) 3,62 (0,78) F(2;108)=1,98, ns
Stress 4,14 (0,71) 4,11 (0,79) 3,95 (0,93) 4,06 (0,81)(2;108)=0,59, ns
Motivation 4,27 (0,56) 4,06 (0,58) 4,00 (0,74) 4,11 (0,64) F(2;108)=1,90, ns
Tableau VI. 1 : Caractéristiques des sujets répartis dans chaque groupe de l'expérience.
La forme générale, le niveau de stress lié à l'expérience (plus la note est haute, moins le sujet
se dit stressé) et la motivation pour passer l'expérience sont donnés sur une échelle
d'évaluation en 5 points (codée de 1 à 5).


Trois questions préliminaires (appelées auto-évaluations générales) ont été posées
avant la présentation des consignes et de la tâche afin de vérifier l'équivalence des
auto-évaluations dans les trois groupes (mais également pour étudier les relations entre
cognition et conation – chapitre 7). Il nous a paru intéressant de prendre une mesure
générale de la forme perçue comme référence d'auto-évaluation et indice du niveau
d'efficacité et du bien-être subjectif, une mesure de la confiance du sujet face à la
situation expérimentale et une mesure de l'implication motivationnelle du sujet dans la
recherche. Ces évaluations serviront à contrôler les rôles éventuels de l'état d'esprit, du
stress lié à la situation et de l'engagement personnel sur les mesures subséquentes
(performance et auto-évaluation notamment). Les trois groupes ne se différencient pas
selon ces trois critères, comme le montre le tableau-résumé VI.1 (annexe 6.1).

140. Voir paragraphe "6.2.3. procédure expérimentale" ci-après.
141. Nous n'envisageons pas d'étudier ici l'impact des variables individuelles – sexe, âge, niveau de scolarité - sur
la performance de mémoire et les jugements de métamémoire.
Chapitre 6 – 439 Apports expérimentaux Chapitre 6 : intention, mémoire et métamémoire
6.2.2. Matériel
Le matériel à mémoriser est constitué de 30 mots appartenant à cinq catégories
sémantiques courantes (six exemplaires par catégorie : mammifères, fleurs, fruits,
légumes et oiseaux). Ces mots sont des exemplaires fréquemment cités à partir du nom
de la catégorie (Cordier, 1980 ; annexe 6.3). Nous avons pris comme option de rejeter
les noms composés comme pomme de terre ou rouge-gorge car leurs propriétés
peuvent influencer la performance. Pour chaque catégorie, la longueur moyenne des
mots ne varie pas (F(4;25)<1, ns ; respectivement pour les mammifères, fleurs, fruits,
légumes et oiseaux : 5,17 – 6,00 – 5,50 – 5,67 – 6,00 lettres).

Douze listes des trente mots (annexe 6.3) ont été préparées de telle sorte que les
cinq catégories soient représentées dans chaque sixième de la liste et que deux
142
exemplaires d'une même catégorie ne soient jamais adjacents . Chaque liste a été
proposée à au moins trois sujets dans chaque groupe expérimental.

La présentation du matériel a lieu sur un ordinateur PC à l'aide d'un programme
réalisé spécifiquement pour cette expérimentation. Au cours de la présentation, les
temps d'exposition à chaque stimulus sont enregistrés par la machine à la centième de
seconde près. Les autres données recueillies – caractéristiques individuelles,
questionnaires, prédictions de performance, auto-évaluations et performances – sont
consignées dans un carnet individuel (annexe 6.2).
6.2.3. Procédure expérimentale
6.2.3.1. Tâche d'orientation
Comparer l'encodage incident et l'encodage intentionnel de stimuli verbaux nous
a contrainte à cacher les objectifs réels de notre recherche à une partie des sujets : ceux
qui appartenaient à la condition d'encodage incident. Aussi devions-nous trouver une
phase d'encodage qui ne se limite pas à la simple présentation des trente mots, sans
demander aux sujets la réalisation d'une tâche spécifique et sans annoncer les objectifs
de la recherche.
La procédure sélectionnée se présente sous une forme identique à celle
développée par Craik et Lockhart en 1972. Elle consiste à faire effectuer au sujet une
tâche dite d'orientation sur chaque stimulus. En outre, cette procédure permet de tester
l'hypothèse de la profondeur de traitement sur la mémorisation, alternative à celle de
l'intention, en choisissant trois niveaux d'encodage des mots. Elle nous permet

142. Voir paragraphe "6.2.3. procédure expérimentale" ci-après.
Chapitre 6 – 440 Apports expérimentaux Chapitre 6 : intention, mémoire et métamémoire
également d'étudier l'effet des conditions d'apprentissage sur les différents jugements
de métamémoire proposés aux sujets.

Dans cette tâche d'orientation, les mots sont traités selon une caractéristique
visuelle (présence ou absence d'une lettre), phonétique (rime avec un autre mot), ou
sémantique (appartenance à une catégorie). Le traitement des mots est orienté par une
143question présentée pendant 3 secondes avant la cible . Sur les trente mots, dix sont
présentés avec chaque type de question. Sur ces dix, cinq nécessitent une réponse
positive et cinq une réponse négative face à la question d'orientation. Les cinq mots
affectés à chaque type de réponse appartiennent aux cinq catégories décrites
antérieurement. Les douze listes construites tiennent compte, comme nous l'avons déjà
mentionné, de la catégorie d'appartenance du mot, mais aussi du type de question
d'orientation et du type de réponse souhaitée. Ainsi, le premier mot est toujours un
mammifère accompagné d'une question "lettre" / réponse "oui"...(tableau récapitulatif
VI.2).


1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30
M Fl Fr L O Fr M L Fl O L M Fr O Fl M O L Fr Fl O M Fl Fr L O Fl L M Fr
L S L R S R S S L R L R S L R L R S L R S R L S R L S L S R
O N N O O N O N O N O N N N O N O O O N N O N O N O O N N O
Tableau VI. 2 : Récapitulatif de la structure de base des douze listes.
Ligne 1 : Ordre d'apparition des items. Ligne 2 : Catégories des mots - M : mammifère ; Fl :
fleur ; Fr : fruit ; L : légume ; O : oiseau. Ligne 3 : Type de question d'orientation - L : lettre
; R : rime ; S : sens. Ligne 4 : Réponse souhaitée - O : réponse positive ; N : réponse négative


Les cinq catégories sont représentées tous les cinq mots, mais dans des ordres
différents. De même, les six types de traitement (le type de question croisé avec le type
de réponse) sont équilibrés tout au long de la liste. Ainsi, deux mots d'une même
catégorie ou deux questions d'un même type de traitement ne se suivent jamais. Les
mêmes listes ont été utilisées dans le groupe contrôle mais sans question d'orientation.
Avant la tâche de décision, une liste d'essai comptant six items était présentée pour
familiariser le sujet et s'assurer de la compréhension des consignes. Ces six items ne
sont pas liés aux catégories de la liste et présentent un exemple de chaque question.
6.2.3.2. Consignes
Les trois groupes créés se distinguent par les consignes d'encodage fournies suite
au recueil des données démographiques et des auto-évaluations générales (annexe 6.2).

(1) Pour le groupe 1, encore nommé "encodage incident" ou "groupe incident",
la tâche est présentée comme une tâche de décision. Le sujet doit répondre le plus vite

143. Le terme "cibles" désigne les mots à mémoriser, qui seront testés plus tard.
Chapitre 6 – 441 Apports expérimentaux Chapitre 6 : intention, mémoire et métamémoire
possible, par oui ou non à la question qui lui a été présentée juste avant le mot-cible,
tout en essayant de faire le moins d'erreurs possible. Les sujets savent que les temps de
réponse sont enregistrés. Le temps est compté à partir de l'affichage du mot-cible.

(2) Le groupe 2, ou encore "encodage intentionnel avec tâche d'orientation"
ou "groupe intentionnel", reçoit des consignes identiques à celles du groupe 1 mais
les sujets savent qu'il y aura un test de rappel des mots-cibles et que l'on cherche à
étudier la mémoire. Les consignes insistent sur la rapidité et l'exactitude des réponses,
le but étant que les deux premiers groupes ne diffèrent vraiment que sur le plan de
l'information à propos du test futur.

(3) Dans le groupe 3, "contrôle" ou "encodage intentionnel sans tâche
d'orientation", le sujet gère lui-même le défilement des mots-cibles et est averti de la
tâche de rappel ultérieure. Les temps accordés à chaque mot sont enregistrés. Ce
groupe a été mis en place postérieurement aux deux précédents dans le but d'évaluer
l'importance de l'effet de la tâche d'orientation sur la performance, sur les stratégies
développées par les sujets et sur la qualité des jugements de métamémoire.
6.2.3.3. Variables dépendantes
La performance de mémoire est évaluée par le nombre de mots correctement
rappelés en rappel libre (LI) et par le nombre de mots cités suite à la production
d'indices, en l'occurrence les noms des cinq catégories, en rappel indicé (IN).

Les jugements de métamémoire sont de deux types (annexe 6.2). L'estimation du
nombre d'items présentés et les prédictions de performance en rappel libre sont
données en nombre de mots. Les évaluations qualitatives (performance prédite,
performance réelle, mémoire quotidienne) sont données sur une échelle en 5 points
(très mauvaise....très bonne) et les évaluations de certitude liée à la performance
prédite sont données sur une échelle de pourcentage en 10 points (degré de confiance
dans la prédiction : 10%...100%).

D'autres questions ont été posées aux sujets nécessitant le choix de réponses
parmi des alternatives ou le positionnement sur une échelle en 5 points. Notamment,
les sujets devaient :
• • donner des appréciations en terme d'intérêt pour l'expérience et de
déception/fierté par rapport à leur performance réelle (échelle),
• ••• choisir des explications de leur performances parmi un ensemble prédéfini de
réponses dichotomiques ou partiellement ouvertes (stratégies mises en œuvre ou
caractéristiques de la tâche à spécifier).

Dans ce chapitre, nous considérerons tout à tour ces différentes variables
dépendantes et une partie de leurs inter-relations :
Chapitre 6 – 442 Apports expérimentaux Chapitre 6 : intention, mémoire et métamémoire
•• performances de mémoire,
• ••• jugements de métamémoire,
•• relations entre métamémoire et performance.

Le chapitre suivant (7), consacré à la prise en compte de certaines dimensions
écologiques, comprendra l'analyse :
•• •• des relations entre auto-évaluations conatives, mémoire et métamémoire,
•• •• des relations entre attributions causales de la performance, mémoire et
métamémoire,
•• des relations entre des dimensions plus écologiques – se manifestant dans la
vie quotidienne – et les données de performance / évaluations / prédictions.
6.2.3.4. Déroulement de l'expérience
Après avoir complété la première page du livret sur les caractéristiques
démographiques et les auto-évaluations générales, les sujets sont soumis aux consignes
en fonction du groupe dans lequel ils ont été affectés (annexe 6.2).

Suit la phase d'encodage des trente mots, accompagnés ou non, selon le cas, des
questions d'orientation. L'ordinateur présente le matériel et enregistre le temps
d'exposition à chaque stimulus et la réponse (oui / non) du sujet. Les mots-cibles
disparaissent de l'écran lorsque le sujet donne sa réponse. Pour le groupe contrôle, le
sujet doit appuyer sur une touche pour afficher le mot suivant de la liste au moment où
il le souhaite.

Juste après le trentième item, le sujet doit estimer le nombre de cibles qui lui ont
été présentées (E) et émettre un première prédiction de performance en rappel libre
(P1). Il donne ensuite une estimation de la certitude ou de la confiance dans cette
prédiction (C1) et une évaluation, en termes qualitatifs, de cette prédiction (EVA1). La
procédure de prédiction / certitude / évaluation qualitative est reconduite à partir du
nombre de mots réellement présentés, soit 30 (P2, C2 et EVA2). Bien que cette partie
de l'expérience n'ait pas été chronométrée et ne soit certainement pas de durée égale
d'un sujet à l'autre, on peut raisonnablement supposer qu'elle contribue au moins
partiellement à "vider" ou à interférer avec le contenu de la mémoire à court terme.

Le sujet est alors soumis à la tâche de mémoire proprement dite qui consiste à
retrouver le plus grand nombre d'éléments de la liste de mots-cibles (tâche de rappel
libre : LI 1). Dans les deux premiers groupes, les sujets sont autorisés à mentionner des
éléments appartenant aux questions d'orientation en les notant entre parenthèses. Les
réponses des sujets sont notées par ses soins sur la page du livret réservée. Le temps de
rappel n'est pas limité. Le sujet décide lui-même de suspendre la recherche en
mémoire.

Chapitre 6 – 443 Apports expérimentaux Chapitre 6 : intention, mémoire et métamémoire
Un questionnaire est ensuite proposé au sujet. Il comporte un item d'auto-
évaluation générale de la mémoire dans la vie quotidienne (EVAG), un item
d'évaluation de la performance réelle obtenue dans l'expérience (EVAP), et les
questions relatives à l'intérêt porté à l'épreuve (INT), à la déception / fierté face à la
performance réelle (DECEP) et aux attributions causales de la performance.

Une seconde chance de rappel libre (LI 2) est donnée aux sujets, puis un test de
rappel indicé (IN) clôt l'expérimentation. Les noms des cinq catégories sont fournies
par oral successivement, et le sujet doit répondre par les éléments de la liste présentée
antérieurement et qui appartiennent aux différentes catégories.
6.3. EFFETS DE L'ENCODAGE INTENTIONNEL SUR LA PERFORMANCE
Dans un premier temps, nous allons présenter les résultats en termes de
performance mnésique. Concernant les deux groupes de sujets qui subissent la tâche
d'orientation, il nous avait semblé pertinent d'ôter des analyses les items rappelés qui
avaient donné lieu à une mauvaise réponse lors de la phase d'encodage. En effet, ces
mots pouvaient, du fait même de leur nature, donner lieu à une trace mnésique et à une
récupération spécifiques. Les analyses effectuées en tenant compte ou non de ces mots
débouchent sur les mêmes conclusions. C'est pourquoi nous avons finalement préféré
les garder, car il existe dans cette expérience un risque élevé d'effet-plancher.
6.3.1. Rappel libre
6.3.1.1. Premier rappel libre
L'analyse de variance (annexe 6.4) indique une triple interaction Groupe / type
de Question / type de Réponse significative (F(4;216)=3,71, p<.01) et tous les facteurs
144manipulés ont un effet significatif sur la performance . Notons surtout l'effet du
facteur groupe (F(2;108)=131,26, p<.01.). En fait, la distinction des types de stimuli
n'est pas pertinente pour le troisième groupe qui n'avait pas de tâche d'orientation à
réaliser (figure 6.1). On voit en effet que dans ce groupe, il n'y pas de différences dues
au type de question et au type de réponse souhaitée. Cette donnée permet de montrer
l'effet de la tâche d'orientation sur la performance mnésique, effet qui se manifeste
aussi bien par un abaissement global de la performance que par une différentiation de
la mémorisation en fonction des caractéristiques du matériel. Au total, le nombre

144. Facteur Question : F(2;216)=18,02, p<.0001, facteur Réponse : F(1;108)=21,15, p<.0001, interaction
Groupe / Question : F(4;216)=7,02, p<.0001, interaction Groupe / Réponse : F(2;108)=11,99, p<.0001 et
interaction Question / Réponse : F(2;216)=2,98, p=.0531.
Chapitre 6 – 444 Apports expérimentaux Chapitre 6 : intention, mémoire et métamémoire
moyen de mots rappelés en rappel libre est de 4,51, 5,69 et 14,34 pour les trois groupes
respectivement.

3
2,5
2
1,5
1
0,5
0
Lettre / oui Lettre / non Rime / oui Rime / non Sens / oui Sens / non
Type de stimuli
incident intentionnel contrôle

Figure 6. 1 : Performance au rappel libre en fonction des consignes d'encodage (groupes de sujets) et
de la nature des questions d'orientation (Lettre / Rime / Sens ; Oui / Non).


Une analyse ne comparant que les deux groupes avec tâche d'orientation révèle
Groupeun effet du significatif (F(1;71)=6,93, p=.01) ainsi qu'une interaction
Question / Réponse (F(2;142)=8,47, p<.01). La triple interaction n'étant pas
significative (F(2;142)<1), on en déduit que les facteurs "question" et "réponse" ont
des effets identiques dans les deux groupes. L'effet groupe indique la supériorité
globale de performance pour le groupe avec consignes de mémorisation, pour toutes
les conditions de matériel. Ce résultat vient à l'encontre de l'hypothèse selon laquelle
les sujets avertis du test de mémoire traiteraient en profondeur l'ensemble des stimuli, y
compris les mots accompagnés de questions orthographiques et phonétiques et
demandant une réponse négative. L'hypothèse prédisait une supériorité de performance
chez ces sujets, seulement dans le cas des mots dont le traitement est orienté vers un
bas niveau. Il faut cependant noter le cas des mots encodés dans le contexte des
questions "sémantiques-oui" où la différence de performance entre les deux groupes (et
même les trois groupes) est la plus faible (moyennes respectives de 1,68 / 1,81 / 2,13).
Si l'on ne considère pas les erreurs de réponse (qui peuvent revêtir une trace
mnésique particulière et aider ainsi le rappel) les résultats restent similaires : effet du
groupe (F(1;71)=6,91, p=.01) et interaction Question / Réponse (F(2;142)=7,95,
p<.01). Le nombre moyen de mots rappelés passe alors à 4,16 et 5,36 respectivement.
Chapitre 6 – 445
nombre de mots rappelésApports expérimentaux Chapitre 6 : intention, mémoire et métamémoire

2
1,8
1,6
1,4
1,2
1
0,8
0,6
0,4
0,2
0
Lettre / oui Lettre / non Rime / oui Rime / non Sens / oui Sens / non
Type de stimuli
Figure 6. 2 : Interaction Question / Réponse sur la performance en rappel libre, pour les deux groupes
avec tâche d'orientation lors de l'encodage.
Les lignes reliant les barres de l'histogramme indiquent la présence, l'absence et l'ampleur des
différences entre les moyennes prises deux à deux. Les traits en pointillés représentent l'absence
de différence significative entre les moyennes reliées. Les traits d'épaisseur moyenne
représentent des différences significatives au seuil .05 et les traits épais représentent des
différences significatives à .01.


L'interaction Question / Réponse, valable pour les deux groupes de sujets apporte
des éléments dans la compréhension de la notion de profondeur de traitement et est en
accord avec les résultats obtenus dans la littérature, notamment ceux de Craik et
Tulving (1975). Il y a un effet de profondeur de traitement (Lettre < Rime < Sens),
seulement pour les réponses positives, alors que pour les questions négatives, les mots
traités sémantiquement sont globalement mieux rappelés que les mots des deux autres
catégories (figure 6.2). Dans le cas de questions orthographiques, le rappel est
identique que la réponse soit positive ou négative. Par contre, pour les questions
phonétiques et sémantiques, la récupération est plus aisée quand le mot présenté
nécessitait une réponse positive. Cette expérience réplique bien les résultats classiques.
6.3.1.2. Rappel libre total
Nous avons donné une seconde chance de rappel libre aux sujets, située après une
série de questions de métamémoire et juste avant le test de rappel indicé. Une analyse
des performances sur la totalité du rappel libre nous indique encore une triple
interaction Groupe / Question / Réponse (graphique et analyse de variance de
Chapitre 6 – 446
nombre de mots rappelés

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