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Développement de la compréhension des phrases conditionnelles - article ; n°1 ; vol.80, pg 65-79

De
17 pages
L'année psychologique - Année 1980 - Volume 80 - Numéro 1 - Pages 65-79
Summary
The present work studied the evolution of the understanding of the subordinate conjunction « si » (if) in relation with the understanding of the modal notions of certainty and uncertainty, decidibility and undecidibility. Children between S and 11 years of age were confronted with a situation containing an unknown. The experimenter conversed with the subject about this situation, thereby allowing a study of both comprehension and production of conditional expressions. Results showed that complete mastery of the conditional « si » (if) involves the following 3-stage-evolution :
1. For 5-7 year-old children, « si » is simply the mark of a connection between two statements.
2. Between 7 and 9, « si » marks uncertainty. This uncertainty covers the whole sentence, thereby making any deduction impossible.
3. From 10 or 11 years of age onward, « si » has the double function of a) marking the fact that only one of a set of possibilities is taken into account and b) rendering the statement mentioned in the main clause a consequence whose truth value depends on that of the hypothesis.
Résumé
L'objet de ce travail est d'étudier révolution de la compréhension par les enfants de phrases introduites par si en relation avec la compréhension de notions modales telles que la certitude et l'incertitude, la décidabilité et l'indécidabilité. L'expérience menée sur des enfants âgés de 5 à 11 ans confronte ceux-ci avec une situation dans laquelle il y a une inconnue. L'expérimentateur dialogue avec eux au sujet de cette situation, ce qui permet une étude en compréhension et en production. Il apparaît que la pleine compréhension du si conditionnel est le résultat d'une évolution qui compte 3 phases principales :
1. Pour l'enfant âgé de 5 à 7 ans, si est la marque d'une simple liaison à effectuer entre deux énoncés.
2. Entre 7 et 9 ans, il devient la marque d'une incertitude et celle-ci s'étend sur l'ensemble de la phrase, rendant toute déduction impossible. 3. A partir de 10-11 ans, il est compris comme la marque de la prise en considération d'une éventualité dans un ensemble de possibles, et en même temps il fait de l'énoncé que constitue la principale une conséquence dont la valeur de vérité demeure sous la dépendance de la valeur de vérité de l'hypothèse.
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Gilberte Piéraut-Le Bonniec
Développement de la compréhension des phrases
conditionnelles
In: L'année psychologique. 1980 vol. 80, n°1. pp. 65-79.
Citer ce document / Cite this document :
Piéraut-Le Bonniec Gilberte. Développement de la compréhension des phrases conditionnelles. In: L'année psychologique.
1980 vol. 80, n°1. pp. 65-79.
doi : 10.3406/psy.1980.28303
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1980_num_80_1_28303Abstract
Summary
The present work studied the evolution of the understanding of the subordinate conjunction « si » (if) in
relation with the understanding of the modal notions of certainty and uncertainty, decidibility and
undecidibility. Children between S and 11 years of age were confronted with a situation containing an
unknown. The experimenter conversed with the subject about this situation, thereby allowing a study of
both comprehension and production of conditional expressions. Results showed that complete mastery
of the conditional « si » (if) involves the following 3-stage-evolution :
1. For 5-7 year-old children, « si » is simply the mark of a connection between two statements.
2. Between 7 and 9, « si » marks uncertainty. This uncertainty covers the whole sentence, thereby
making any deduction impossible.
3. From 10 or 11 years of age onward, « si » has the double function of a) marking the fact that only one
of a set of possibilities is taken into account and b) rendering the statement mentioned in the main
clause a consequence whose truth value depends on that of the hypothesis.
Résumé
L'objet de ce travail est d'étudier révolution de la compréhension par les enfants de phrases introduites
par si en relation avec la compréhension de notions modales telles que la certitude et l'incertitude, la
décidabilité et l'indécidabilité. L'expérience menée sur des enfants âgés de 5 à 11 ans confronte ceux-ci
avec une situation dans laquelle il y a une inconnue. L'expérimentateur dialogue avec eux au sujet de
cette situation, ce qui permet une étude en compréhension et en production. Il apparaît que la pleine
compréhension du si conditionnel est le résultat d'une évolution qui compte 3 phases principales :
1. Pour l'enfant âgé de 5 à 7 ans, si est la marque d'une simple liaison à effectuer entre deux énoncés.
2. Entre 7 et 9 ans, il devient la marque d'une incertitude et celle-ci s'étend sur l'ensemble de la phrase,
rendant toute déduction impossible. 3. A partir de 10-11 ans, il est compris comme la marque de la
prise en considération d'une éventualité dans un ensemble de possibles, et en même temps il fait de
l'énoncé que constitue la principale une conséquence dont la valeur de vérité demeure sous la
dépendance de la valeur de vérité de l'hypothèse.L'Année Psychologique, 1980, SO, 65-79
Centre d'Etude
des Processus cognitifs et du Langage1
EHESS-CNRS
DÉVELOPPEMENT DE LA COMPRÉHENSION
DES PHRASES CONDITIONNELLES
par Gilberte Piéraut-Le Bonniec
SUMMARY
The present work studied the evolution of the understanding of the
subordinate conjunction « si » (if) in relation with the of
the modal notions of certainty and uncertainty, decidibility and undecidibility.
Children between 5 and 11 years of age were confronted with a situation
containing an unknown. The experimenter conversed with the subject
about this situation, thereby allowing a study of both comprehension and
production of conditional expressions. Results showed that complete mastery
of the conditional « si » (if) involves the following 3-stage-evolution :
1. For 5-7 year-old children, « si » is simply the mark of a connection
between two statements.
2. Between 7 and 9, « si » marks uncertainty. This uncertainty covers
the whole sentence, thereby making any deduction impossible.
3. From 10 or 11 years of age onward, « si » has the double function of
a) marking the fact that only one of a set of possibilities is taken into
account and b) rendering the statement mentioned in the main clause a
consequence whose truth value depends on that of the hypothesis.
Les relations existant entre opérations cognitives et marques
linguistiques ne sont pas simples2. On ne saurait en effet consi
dérer qu'une marque linguistique est toujours la traduction uni-
voque d'une opération cognitive : une même marque linguistique
1. 54, boulevard Raspail, 75270 Paris Cedex 06.
2. On peut entendre par marques linguistiques toute modification de
surface qu'apporte à un énoncé l'adjonction d'un adverbe ou d'un verbe
modal, ou une transformation syntaxique ou morphologique par exemple.
Al' — ?> 66 Gilberle Piéraut-Le Bonniec
peut être la marque de plusieurs opérations cognitives diffé
rentes, sinon indépendantes ; certaines opérations cognitives
n'ont pas nécessairement dans toutes les langues des marques
linguistiques spécifiques et même si ces marques existent leur
utilisation n'est pas toujours obligatoire : il peut exister d'autres
manières, moins spécifiques ou moins économiques, d'indiquer
au lecteur, ou à l'auditeur, d'effectuer une certaine opération.
Génétiquement deux cas peuvent se présenter :
1. Lorsqu'une nouvelle marque linguistique entre dans le
répertoire de l'enfant, rien ne prouve que cette acquisition soit
concomitante de l'acquisition de l'opération cognitive à laquelle
correspond cette marque pour l'adulte. Puisqu'une opération
cognitive peut s'exprimer de différentes manières dans la langue,
elle peut préexister à la marque linguistique qu'on s'accorde en
général à considérer comme la plus spécifique.
2. Une marque linguistique qui était déjà utilisable par l'en
fant pour certaines fonctions peut être utilisée pour marquer
une nouvelle fonction correspondant aux nouvelles opérations
cognitives dont l'enfant est devenu capable. C'est ce qu'ont
montré des études comme celle de Bresson el al. (1970) relat
ivement à la construction du système des déterminants ou
celle de J.-P. Bronckart (1976) relativement à la genèse et à
l'organisation des formes verbales.
Le développement de la compréhension et de l'utilisation
du conditionnel constitue un exemple de ce second cas. En
effet, des corpus recueillis chez des enfants français par M. Coyaud
et E. Sabaud-Jouannet (1970) et à partir d'enfants italiens par
E. Bates (1974) attestent la présence dès 3 ans 1/2 de phrases
avec des si (se) et, entre 4 et 5 ans, de formes verbales suppor
tant la flexion conditionnelle. Les recherches de I. Berthoud et
H. Sinclair (1978) d'une part, et celles de C. Champaud et
C. Jakubowicz (1979) d'autre part, ont montré qu'à partir
de 5 ans la production d'énoncés comportant des subordonnées
introduites par si devenait tout à fait courante. Mais ces
auteurs sont amenés à se poser la question de la signification
pour l'enfant de ce type d'énoncés. Champaud et Jakubowicz
remarquent par exemple que ces énoncés sont, chez les plus
grands (9-11 ans), relatifs à des situations où existe une indé
termination, alors que chez les plus jeunes (6-7 ans) ils semblent
ne servir qu'à indiquer l'existence d'un lien entre deux événe
ments connus. Compréhension des phrases conditionnelles 67
Le problème est alors le suivant. D'une part, on observe
que les jeunes Français peuvent comprendre et utiliser dès
4 ans une phrase telle que :
(1) Si tu manges ta soupe, tu auras un bonbon.
On observe également que vers 5 ans ils utilisent dans leurs
jeux des formes conditionnelles telles que :
(2) Tu serais le roi, je serais la reine
marquant ainsi qu'ils se situent dans une situation de jeu, c'est-à-
dire dans l'imaginaire. Mais, d'autre part, on voit bien qu'il y
a une distance considérable de la phrase (2) à la phrase (3) :
(3) Si tu étais le roi, alors je serais la reine.
Celle-ci exprime en effet une déduction nécessaire à partir
d'une hypothèse qui est présentée comme ayant peu de chances
de devenir vraie. Néanmoins (2) est bien l'ancêtre de (3).
De la même manière, la relation que l'enfant établit entre
le fait de manger sa soupe et le fait d'obtenir un bonbon ne peut
être assimilée à la relation d'implication que le logicien établit
entre les deux propositions qui constituent le fameux exemple :
(4) S'il y a des hommes qui portent la barbe, alors le
vinaigre est acide
dont on sait qu'elle est valide puisqu'il est vrai qu'il y a des
barbus et qu'il est également vrai que le vinaigre est acide.
Certes (1) et (4) ne sont pas assimilables, mais néanmoins (1) est
bien l'ancêtre de (4), même si, comme l'ont montré de nombreux
auteurs — entre autres Grize et Matalon (1962), Matalon (1962),
Johnson-Laird et Tagart (1969), Roberge (1976), Braine (1976) —
il n'y a pas adéquation entre la logique du logicien et le fonc
tionnement naturel de la pensée hypothético-déductive : par
venue au stade hypothético-déductif, la pensée peut éventuelle
ment construire des logiques qui constituent des déontiques de
la déduction, sinon des modèles de son propre fonctionnement
habituel.
Dans le travail présenté ici, on étudie comment évolue la
manipulation par l'enfant de la conjonction de subordination
si en relation avec la compréhension de notions modales telles
que la certitude, l'incertitude, la. décidabilité et Yindècidabililé.
Dans l'usage que peut en faire l'adulte — même si ce n'est pas
toujours l'usage qu'il en fait — la conjonction si comporte en
effet, indépendamment des transformations temporelles et 68 Gilberte Piéraui-Le Bonniec
modales que peut subir le verbe, les deux significations suivantes
inhérentes à l'opération conditionnelle :
a) La considération d'un état du monde à propos de la réal
isation duquel il y a doute et que, pour cette raison, on considère
comme hypothétique ;
b) L'établissement d'une relation de déduction entre cette
hypothèse et son conséquent, quelles que soient les raisons qui
justifient l'établissement de cette relation de déduction : nécess
ité logique, loi morale, constance d'une observation.
C'est la construction de cette double signification du si qui
fait l'objet de la recherche présentée ici et, pour cette raison,
nous nous bornons à étudier l'utilisation de la conjonction si
dans des situations qui n'impliquent pas de transformations tem
porelles ou modales du verbe ; en effet, les modifications de
désinences verbales par transformations modales ou temporelles
ne modifient pas l'opération logique, elles servent seulement à
introduire des variations dans la probabilité de réalisation que
le locuteur accorde à l'état du monde décrit dans l'hypothèse
(cf. F. Brunot, M. Grévisse et L. Tesnière). Ainsi lorsque l'on écrit :
(5) S'il fait beau demain, M. Dupont ira à la pêche
on veut dire que la probabilité du mauvais temps est à peu près
la même que celle du beau temps. Par contre, lorsque l'on dit :
(6) S'il faisait beau demain, M. Dupont irait à la pêche
on exprime l'idée que le temps a peu de chances d'être *beau
demain. La compréhension de cette variabilité dans la probabilité
est un problème différent de celui que nous nous proposons
d'étudier ici : à savoir l'expression linguistique de l'opération
conditionnelle, entendant par là la capacité à exprimer une
déduction nécessaire à partir d'une éventualité prise comme
hypothèse.
Une telle étude ne saurait s'accommoder d'une situation où
la tâche du sujet serait métalinguistique. Le lien étroit que cette
recherche s'efforce d'établir entre le niveau opératoire du sujet
et sa compétence linguistique implique qu'elle soit menée dans
une situation de problème où le langage fonctionne comme un
moyen de communication nécessaire entre l'expérimentateur
et le sujet. Une étude en compréhension peut ainsi être menée
parallèlement à une étude en production. Dans l'expérience
présentée ci-dessous, des enfants âgés de 5 à 1 1 ans sont confrontés
à une situation dans laquelle il y a une inconnue. Cette situation Compréhension des phrases conditionnelles 69
permet de tester la capacité du sujet à rester dans l'incertitude
et dans l'indécidabilité, ainsi que sa capacité à faire une déduc
tion ; en même temps, d'une part elle permet à l'expérimenta
teur de poser à l'enfant des questions comportant un si hypo
thétique et de voir quelle compréhension il en a, d'autre part,
elle induit la production par l'enfant de phrases comportant ce
même si hypothétique parce que c'est en énumérant les cas
possibles, avec les conséquences qui en découlent, qu'on peut
justifier de l'indécidabilité de la situation.
TECHNIQUE
On utilise de petits éléments en plastique ayant la forme de demi-
disques (2 cm de rayon) ; ces éléments sont munis de tenons emboîtables
de telle manière qu'avec deux d'entre eux on peut fabriquer un disque
qu'on appellera une roue. Comme on peut le voir sur la figure 1, ces
éléments peuvent être de deux couleurs différentes, de telle manière
qu'on peut fabriquer trois sortes de roues : monocolores bleues, mono-
colores rouges et bicolores rouge et bleue3.
Fig. 1. — Les trois roues faisables :
monocolore bleue, bicolore rouge et bleue, monocolore rouge
Dans un premier temps, on propose à l'enfant de prendre un élément
de la couleur qu'il préfère. L'expérimentateur de son côté prend un
élément bleu et un élément rouge. Il explique à l'enfant qu'il va recou
vrir chacun de ces éléments avec un papier d'aluminium (qui a la pro-
3. Cette situation expérimentale a été utilisée autrefois pour étudier
le développement chez l'enfant des notions de possible et de nécessaire
(cf. G. Piéraut-Le Bonniec, Le raisonnement modal, élude génétique, Paris-
La Haye, Mouton, 1974). Elle est reprise ici dans une perspective psychol
inguistique. Pour cette raison, les données ont été traitées différemment
car ce ne sont pas les mêmes aspects qui ont été considérés dans les réponses
des sujets. Par ailleurs, on a soumis à l'expérience un éventail beaucoup plus
large de sujets (5-11 ans au lieu de 6;6-8;10). Ces nouvelles données montrent
les insuffisances de la recherche antérieure ; elles montrent en particulier la
nécessité, dans une étude du raisonnement, de mener parallèlement une
étude linguistique à la fois des productions du sujet et des modes de ques
tionnement de l'expérimentateur. 70 Gilberte Piéraut-Le Bonniec
priété de conserver la forme mais de masquer la couleur) ; l'opération
s'effectue derrière un écran afin que l'on ne sache plus lequel est le
rouge et lequel est le bleu. On demande au sujet de choisir l'un des
deux éléments. On ne laisse sous les yeux du que l'élément choisi
en premier (dont la couleur est visible) et l'élément choisi en second
(dont la couleur est cachée). Le jeu va consister à se demander ce que,
peut-être, on pourrait fabriquer si on retirait le papier d'aluminium. On
pose au sujet les questions suivantes :
Al. — Item indécidable : Avec ce que tu as devant toi, es-tu sûr à
l'avance, si tu retires le papier, de pouvoir fabriquer une roue entièr
ement rouge (au cas où le sujet a choisi un élément rouge en premier) ?
Es-tu sûr à l'avance de pouvoir fabriquer une roue rouge et bleue ?
A2. — Item indécidable : La roue que tu pourras fabriquer sera-t-elle
de deux couleurs ou d'une seule couleur ? Le sais-tu à l'avance ?
A3. — Item décidable : Si la roue que tu fabriques après avoir retiré
le papier est d'une seule couleur, sais-tu à l'avance de quelle couleur
elle sera ?
Lorsque le sujet donne une réponse erronée à ce dernier item, la
question lui est immédiatement reposée sous la forme suivante :
A3'. — Fais bien attention, et regarde ce que tu as devant toi. Tout
à l'heure un de tes petits camarades avait la même chose que toi. Il
a fait une roue d'une seule couleur. De quelle couleur était-elle ?
On ajoute à la situation un troisième élément, un élément d'une
couleur différente de celle que le sujet avait choisie en premier de telle
manière que celui-ci ait désormais devant lui un élément bleu, un rouge
et un élément dont la couleur est inconnue. On pose à nouveau une série
de questions :
Bl. — a) Avec ce que tu as devant toi, si on retire le papier, penses-
tu que tu pourras fabriquer une roue rouge et bleue ?
La réponse est évidente et sert seulement à souligner Pindécidabilité
de la question suivante :
b) Item indécidable : Penses-tu que tu pourras fabriquer une roue
toute rouge.
c) Item : ... une roue toute bleue.
B2. — a) Item décidable : Est-on sûr de pouvoir fabriquer une roue
d'une seule couleur ?
La réponse attendue est : on en est certain ; éventuellement on
montre à l'enfant comment faire.
b) Item indécidable : Et bien, on décide de faire une roue d'une seule
couleur. Sait-on à l'avance de quelle couleur elle sera ?
La réponse attendue est qu'on ne peut pas savoir et on demande alors,
au sujet, au cas où il a répondu correctement, mais sans justifier sa
réponse, d'expliquer un peu mieux les raisons de Pindécidabilité. Compréhension des phrases conditionnelles 71
SUJETS
95 enfants d'une école primaire de Paris ont été soumis à ces épreuves.
Ils sont répartis en six groupes d'âge :
Entre 5;1 et 6;0 20 sujets âge médian 5;6
— 6;1 - 7;0 14 — — 6;6
— 7;1 - 8;0 15 — — 7;6
— 8;1 - 9;0 14 — — 8;6
— 9;1 - 10;0 13 — — 9;6
— 10;l - ll;0 19 — — 10;6
RESULTATS
Une analyse des données par pourcentage de réussites ou
échecs à chacun des items se révèle dans cette expérience tout
à fait insuffisante ; cela apparaît en particulier lorsque l'on consi
dère l'évolution de la courbe des réussites à l'item A3. Trois
types de réponses ont été obtenus à cet item :
1. Le sujet indique la couleur de l'élément qu'il a choisi en
premier (réponse A3 -f) ;
2. Le sujet dit qu'on ne peut pas savoir parce qu'il y a un
élément caché (réponse A3 — ).
3. Le sujet ne manifeste pas d'incertitude mais donne une
réponse fausse : par exemple il dit que la roue sera rouge alors
qu'il a choisi un élément bleu (réponse A3 0).
On peut voir sur la figure 2 que la compréhension de la déci-
dabilité de la question baisse fortement entre 7 et 9 ans pour
remonter après 10 ans. Or tous les enfants qui avaient donné
une réponse incorrecte à A3 et auxquels on a reposé la question
sous la forme A3' donnent une réponse correcte lorsque la
forme hypothétique de la question est supprimée. La compréhens
ion de la forme conditionnelle pose donc un problème à un âge
donné et la courbe en U qui traduit le phénomène nous amène
à penser qu'il y a deux manières de répondre correctement à la
question posée4. Pour cette raison nous allons mettre en relation
les comportements observés à l'item A3 avec les réponses obte
nues aux items indécidables d'une part et avec les types de
justifications obtenues à l'item B2 d'autre part.
4. Sur les problèmes posés aux théories génétiques par ce type de
courbes, voir Bresson (1977). 72 Gilberte Piéraui-Le Bonniec
Considérons tout d'abord les types de réponses obtenues aux
items indécidables. On peut distinguer trois types de réponses :
1. Le sujet exprime d'une manière quelconque, mais non
ambiguë, que la réponse est indécidable ; même s'il fait des
hypothèses il exprime clairement qu'en fait « on ne peut pas
savoir ». Par exemple il dira : « Peut-être que... mais c'est pas
sûr », « je crois que... mais ça peut aussi », « c'est un mystère »,
dit un sujet (réponse d'indécidabilité : soit I +).
80
70 j- t A 3 + (réussite)
60
50
40
•sn
F ^00S \A3~ (indécidabilité)
20
10
,A30
6 6; 6 7; 6 8;6 9; 6 10; 6 5;
Fig. 2. — Evolution des comportements observés à l'item 3
2. Le comportement de certains sujets est ambigu en ce sens
que, tout en considérant que l'item est décidable, ils indiquent
qu'il existe une incertitude ; c'est ce qui apparaît dans le dia
logue suivant :
S. — Oui je pourrais faire une roue toute rouge.
E. — Est-ce que tu en es sûr ?
S. — Oui, j'en suis sûr parce que peut-être que celui-là est
rouge (quelquefois aussi le sujet dira : « Parce que si celui-là
est rouge... »).
On considère que le sujet a donné une réponse marquant
l'incertitude s'il a utilisé des mots tels que peut-être, si, même
s'il a choisi l'une des éventualités, négligeant de considérer ce
choix comme une simple hypothèse. On considère également
que le sujet donne une réponse marquant l'incertitude lorsqu'il
donne aux différentes éventualités des poids de plausibilité
variables et généralement non équilibrés. Ainsi un enfant dira :