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Du rôle social des idées chrétiennes

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BnF collection ebooks - "Nous avons vu les maux dont souffre la société moderne, les services précieux que lui rend l'Église, qui la maintient malgré les faux principes sur lesquels elle repose ; nous avons vu enfin comment celle-ci pourrait la relever et l'arracher à cette dissolution qui est la conséquence de la Révolution. Il nous reste à étudier comment l'Église pourrait reprendre elle-même son action et son influence pour produire tous ces heureux effets."

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Morceaux choisis de la littérature, y compris romans policiers, romans noirs mais aussi livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou sélections pour la jeunesse, tous les genres y sont représentés.

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CHAPITRE VII
Comment la religion pourrait-elle reprendre son action et son influence
§ Ier
De la place de l’Église dans la société

Nous avons vu les maux dont souffre la société moderne, les services précieux que lui rend l’Église, qui la maintient malgré les faux principes sur lesquels elle repose ; nous avons vu enfin comment celle-ci pourrait la relever et l’arracher à cette dissolution qui est la conséquence de la Révolution. Il nous reste à étudier comment l’Église pourrait reprendre elle-même son action et son influence pour produire tous ces heureux effets.

Le premier moyen consiste à lui donner la liberté, c’est-à-dire à ne point gêner son action, à lever toutes les entraves dont on l’a entourée jusqu’à présent, à lui donner la liberté de la parole et de la prédication, la liberté de l’enseignement, la liberté de réunir et de grouper les fidèles dans un but de dévotion et de charité, la liberté de s’associer, c’est-à-dire de fonder des congrégations religieuses, enfin la liberté de posséder.

On ne saurait nier que dans l’état présent l’Église ne jouisse en partie de ces libertés ; mais ce n’est là qu’une liberté de fait et non de droit, une simple tolérance qui peut cesser à tous moments ; enfin il y a de la part de l’administration aussi bien que d’une certaine opinion publique une hostilité qui blâme toute initiative du clergé, une défiance et une mauvaise volonté qui le découragent et finalement paralysent ses efforts et l’empêchent d’agir. Ce n’est pas seulement la liberté légale que l’Église a besoin de conquérir, c’est encore sa liberté réelle et effective.

Mais la liberté ne suffit pas ; l’Église a le droit de demander au gouvernement de favoriser son action pour qu’elle puisse produire le bien.

Le gouvernement n’a pas à s’occuper de propager les idées religieuses ; ce serait jouer le rôle du clergé. S’il voulait le faire, comme il n’a aucun des moyens nécessaires pour cela, on peut être sûr qu’il s’en acquitterait fort mal et tout à fait à son désavantage comme à celui de l’Église. Mais sans aller jusque-là, il peut s’arranger pour que, sans faire aucune violence à la volonté individuelle, tous ceux qui sont disposés à accepter l’influence de l’Église puissent le faire facilement.

Le gouvernement doit faire cela, non pas seulement dans l’intérêt de l’Église, mais dans son propre intérêt. La religion n’est-elle pas un des besoins de premier ordre pour la société ? n’en est-elle pas l’âme de la vie ? En la soutenant, l’État ne fait que travailler à sa propre stabilité.

Pourquoi le gouvernement ne ferait-il pas pour la religion ce qu’il fait pour l’enseignement primaire ? pourquoi ne traiterait-il pas le clergé comme il traite les instituteurs ? Est-ce que les intérêts qu’il représente ne sont pas aussi sacrés ? est-ce qu’ils ne le sont pas même beaucoup plus ? car on ne peut mettre sur la même ligne l’éducation morale et la faculté de savoir lire et écrire.

Quoi ! nous voyons le gouvernement s’occuper de la confection des routes et entretenir à grands frais le corps des ponts et chaussées ; nous le voyons s’occuper de l’industrie et du commerce, faire des enquêtes, distribuer des encouragements de toute sorte pour les développer, et on lui contesterait le droit de s’occuper de l’amélioration morale des hommes aux destinées desquels il préside !

N’est-ce pas une chose bien singulière que depuis quatre-vingts ans tous nos gouvernements aient témoigné tant de sollicitude pour les intérêts matériels et politiques du peuple, et en aient montré si peu pour les intérêts religieux et moraux ?

Mais il faut aller plus loin ; l’État doit non seulement favoriser l’action de l’Église, mais il doit encore la protéger et la défendre contre les attaques incessantes auxquelles elle est en butte ; il ne doit pas plus laisser attaquer ses ministres qu’il n’a laissé attaquer ses fonctionnaires, ses magistrats, les généraux de son armée.

C’est là, en effet, le devoir même du pouvoir temporel, c’est sa raison d’être. L’État n’existe pas seulement pour faire vivre les hommes les uns à côté des autres, ni pour constituer l’unité de la nation ; il est là pour propager le bien, pour faire avancer la civilisation, et par conséquent pour empêcher le mal.

Pour tout dire, en un mot, l’État a le droit d’empêcher la propagande antireligieuse, comme il a le droit d’empêcher la propagande antisociale, et pour la même raison, qui est qu’elles ébranlent l’une et l’autre la société ; ce qu’il doit faire, d’ailleurs, avec mesure et d’une manière appropriée à l’état des esprits.

Contre le droit de l’État il n’y a pas à alléguer la liberté ; la liberté n’existe que pour le bien, elle n’existe pas pour le mal, et comme la société dans laquelle nous vivons est une société chrétienne, c’est l’Église, ou du moins c’est l’opinion publique formée par elle qui dit ce qui est bien et ce qui est mal, ce qu’elle ne fait d’ailleurs qu’en tenant compte des circonstances et de l’état des esprits avec la sagesse et la modération qui ne lui ont jamais fait défaut.

Soit, dira-t-on ; mais cela ne veut-il pas dire que l’Église est insuffisante pour remplir sa mission, puisqu’elle est forcée d’avoir recours au pouvoir temporel ? n’est-ce pas de sa part un aveu d’impuissance ?

Non, l’Église a sa mission, qui est de répandre la vérité ; cette mission, elle suffit entièrement à la remplir ; pour cela elle ne réclame le secours de personne, et personne même ne peut la remplir qu’elle ; elle s’en acquitte par le bon exemple, par la prédication, par l’éducation, par la science, par les œuvres charitables.

Mais si elle a sa mission, le pouvoir temporel a aussi la sienne, qui est de l’aider, qui est de lui enlever les obstacles, qui est de la défendre contre les attaques. C’est là cette alliance de l’Église et de l’État qui est une chose si bonne, si utile, si fructueuse ; nous la retrouvons dans notre passé ; c’est elle qui a formé la France.

Lorsque, au contraire, le pouvoir temporel manque à sa mission ; lorsqu’il a pour l’Église soit de l’hostilité, soit de l’indifférence ; lorsqu’il accumule autour d’elle des obstacles, lorsqu’il favorise ses ennemis, lorsqu’il la persécute, l’Église n’est point perdue pour cela, elle se défend, elle résiste ; mais elle est loin de pouvoir faire tout le bien qu’elle pourrait faire, elle est dans une condition désavantageuse, qu’elle supporte quand elle ne peut pas faire autrement, mais contre laquelle elle proteste, parce que c’est une violation de ses droits quand il s’agit d’une société qui a été formée par le christianisme1.

C’est là tout le sens d’un acte récent qui a été et qui est encore très mal compris et très mal interprété ; nous voulons parler de l’Encyclique de 1864 et du Syllabus.

Ce qui ressort en effet de la lecture de ce grand acte pontifical, c’est la condamnation de cette tentative d’établir la société en dehors du christianisme, cette tendance à ce qu’on appelle la séparation de l’Église et de l’État.

C’est pour cela que l’Encyclique condamne la liberté de conscience, la liberté des cultes, la liberté de la presse, quand on prend ces libertés dans un sens absolu, c’est-à-dire comme des droits primordiaux que l’autorité n’aurait le droit de restreindre en aucun cas. C’est pour cela qu’elle condamne cette prétention de l’État non seulement de se soustraire à la juridiction de l’Église, mais encore de la tenir dans sa dépendance ; c’est pour cela qu’elle condamne la prétention de soustraire l’enseignement à l’autorité de l’Église.

C’est pour cela enfin qu’elle condamne cette prétention d’ériger la volonté du peuple « comme la loi suprême indépendante de tout droit divin et humain ».

Toutes ces erreurs impliquent plus ou moins que le christianisme n’est pas la base de la société ; elles tendent toutes à faire reposer la société sur les droits de l’homme, sur le consentement général, et à ne donner à l’Église qu’une place accessoire et secondaire ; et quand celle-ci les condamne, cela veut dire que la société ne peut reposer ni sur les droits de l’homme, ni sur le consentement général, ni sur la liberté, en un mot, parce que la liberté est par elle-même une force dissolvante capable de détruire, mais incapable de rien fonder ; cela veut dire qu’il faut à la société une doctrine sociale, une religion que le gouvernement a le devoir de protéger et de défendre comme il défend la morale, la propriété, la famille, et même, dans une certaine mesure, la philosophie spiritualiste.

Elle condamne donc cette prétention des gouvernements de rester indifférents sur les questions religieuses et morales ; elle estime que leur rôle n’est pas seulement de faire vivre les hommes les uns à côté des autres, et de tenir ainsi la balance entre le bien et le mal, mais de protéger le bien contre le mal, la vérité contre l’erreur, parce qu’autrement le mal l’emporterait sur le bien, l’erreur sur la vérité, par suite des mauvais penchants de la nature humaine.

Tel est l’idéal de l’Église : il ne lui suffit pas d’être libre, elle veut être protégée, elle veut être l’inspiratrice de ces sociétés modernes qu’elle a fondées et qui lui doivent la civilisation2.

Qui peut blâmer un pareil acte ? qui peut s’étonner que l’Église chrétienne proteste contre cette prétention d’établir la société en dehors du christianisme ? Si elle faisait autrement, ne manquerait-elle pas à son devoir ? ne témoignerait-elle pas qu’elle n’a pas elle-même confiance dans la vérité qu’elle est chargée de répandre et de protéger ?

Mais l’Encyclique n’est pas seulement une protestation nécessaire, elle est encore un acte souverainement opportun, elle est l’indication du remède qui peut guérir les maux dont sont travaillées nos sociétés modernes ; par elle le pape avertit les peuples et les souverains que l’esprit du christianisme a diminué chez eux, qu’ils sont envahis par l’esprit du paganisme, et que le moyen de conjurer le mal est de revenir aux règles des sociétés chrétiennes dont ils se sont écartés.

C’est pourquoi, bien loin de voir dans l’Encyclique la protestation inutile d’un pouvoir vieilli et déclinant, il faut admirer en elle l’acte souverainement opportun d’un pouvoir vigilant, ayant une profonde connaissance de la société et visiblement assisté de Dieu.

Pour nous, quand nous songeons à tout ce qu’il a fallu de raison et de courage pour résister à ce courant des idées modernes qui a entraîné tout le monde, nous en demeurons profondément surpris. Depuis cent ans les peuples sont comme enivrés de ces idées de liberté, d’égalité ; les hommes les plus illustres, les esprits les plus fermes, comme les chrétiens les plus convaincus, se sont laissés aller à admettre les principes de la Révolution ; les souverains eux-mêmes ont fini par les accepter, et cela contre leur propre intérêt : les souverains pontifes seuls ont constamment résisté ; depuis le premier jour jusqu’à aujourd’hui, ils ont condamné les principes de la Révolution, et ils l’ont fait malgré la vogue avec laquelle ils étaient acceptés chez tous les peuples, malgré la gloire qu’ils leur donnaient, malgré la prospérité matérielle qu’ils avaient contribué à développer, alors que les vrais principes gouvernementaux, viciés et outrés par le despotisme, n’étaient représentés que par des nations envahies visiblement par l’esprit de mort et par la décadence.

À notre avis, c’est la plus grande preuve qu’on puisse donner de l’infaillibilité des papes ; alors que tout le monde se trompait, eux seuls sont restés à l’abri de l’erreur commune.

Rappelons-nous le fameux mémorandum de 1844, par lequel l’Angleterre et la France prétendaient imposer des réformes au pape pour le gouvernement de ses États ; rappelons-nous ce qui s’est passé plus récemment sous l’Empire, alors que le gouvernement français se croyait le droit de donner des conseils au pape et de lui recommander l’adoption du code civil. Le pape résistait ; ces réformes ne lui paraissaient pas opportunes ; il ne se croyait pas si malade qu’on semblait le craindre ; il insinuait doucement que les nations qui lui prodiguaient ces conseils étaient peut-être plus malades elles-mêmes qu’elles ne le pensaient.

Finalement le pape avait raison, ainsi que les évènements l’ont surabondamment prouvé, et le gouvernement français avait tort, et il devait peu de temps après s’en apercevoir cruellement3.

Il est important de remarquer, du reste, que notre société actuelle, qui a pris pour base la philosophie spiritualiste, ne se soutient que par des moyens analogues à ceux qu’emploie la société chrétienne et qui ressemblent sensiblement à ceux de l’Encyclique et du Syllabus.

C’est ainsi, par exemple, que le gouvernement, se transformant en autorité spirituelle, impose à nos esprits, dans une certaine mesure, la croyance en Dieu, la loi morale, la constitution de la famille et de la propriété ; il le fait par les mêmes moyens que recommande l’Église, c’est-à-dire par l’autorité.

C’est ainsi qu’il ne tolérerait pas dans l’Université un professeur de philosophie qui enseignerait publiquement l’athéisme ou le matérialisme ; c’est ainsi qu’il y a des lois qui punissent l’atteinte à la morale publique et religieuse, et les actes qui violent le droit de propriété.

Qui peut nier qu’il y ait là une atteinte à la liberté de conscience ?

C’est ainsi également que le gouvernement impose des restrictions de toute sorte à la liberté de la parole, à la liberté de la presse, au droit de réunion et d’association. C’est bien la peine d’avoir proclamé les droits de l’homme, d’avoir déclaré que toutes ces libertés sont des droits primordiaux, supérieurs au gouvernement et à la société, pour les voir limités d’une manière aussi étroite que l’a fait notre législation sous tous les régimes, sans excepter celui même sous lequel nous vivons !

Dieu nous garde de blâmer en cela la société actuelle ! Elle ne pouvait pas faire autrement sans compromettre son existence. Si elle a un tort, c’est de ne pas aller plus loin dans cette voie ; mais il faut bien qu’elle se persuade qu’une pareille manière de faire n’est pas aussi éloignée qu’elle pourrait le croire de la pratique recommandée par le Syllabus, et qu’elle n’en diffère que par le degré.

Sans doute on peut imaginer une société telle qu’il n’y ait aucune doctrine imposée, qu’il soit permis de tout enseigner aux jeunes gens, même les doctrines les plus subversives ; qu’il soit permis de tout dire, de tout écrire et de battre ainsi en brèche les principes sociaux ; on peut imaginer une société où il serait permis de se réunir et de s’associer pour renverser la société : tel est plus ou moins le programme du radicalisme. Il reste à savoir si une pareille société pourrait durer bien longtemps ; en tout cas, c’est une expérience qui n’a pas encore été faite.

C’est ici le cas de se demander si l’on ne pourrait pas fonder une société sur l’athéisme, non pas en s’en rapportant à la liberté de penser, qui est un principe anarchique et dissolvant, mais en imposant l’athéisme par la force, à peu près comme cela s’est fait à certains moments de la première révolution.

On peut répondre à cela que cela est absolument impossible, parce qu’on peut imposer le vrai et le bien, mais non pas l’erreur et le mal.

Quand elle est en face de la vérité et du bien, la nature humaine sent en elle une certaine correspondance avec ces deux choses qui la porte à se soumettre ; mais quand elle est en face de l’erreur, elle sent en elle une répulsion qui la porte à se révolter et qui rend un pareil état de chose éphémère.

C’est ce qui explique que dans nos sociétés le mal n’a pas eu, jusqu’à présent du moins, la prétention d’être oppresseur ; il se borne à réclamer la liberté ; cela revient au même ; car, puisque la nature humaine est pour lui, du moment qu’il a le droit d’exister, il ne tarde pas à reprendre le dessus.

L’athéisme peut détruire une société qui existe, mais il ne peut en fonder une.

Mais allons plus loin et essayons de nous représenter en quoi pourrait consister pour la société actuelle la pratique du Syllabus.

Empressons-nous de dire que c’est là une pure excursion dans le domaine théorique ; nous n’avons pas la prétention que des réformes de ce genre puissent être appliquées à notre société, surtout dans le moment où nous sommes aujourd’hui.

Il faut bien se rendre compte, d’ailleurs, qu’une nation ne peut être gouvernée par des principes chrétiens qu’autant qu’elle est chrétienne dans sa très grande majorité, et non seulement chrétienne d’apparence, mais chrétienne de sentiment et de volonté. Il n’y a pas moyen d’imposer à une nation un mode de gouvernement dont elle ne veut pas et pour lequel elle a de l’aversion ; elle peut se laisser surprendre à un moment donné, mais elle est toujours plus forte que ceux qui veulent la diriger dans un sens qui lui est contraire.

Il résulte de là que si nous revenons aux principes de l’ordre chrétien, ce ne sera jamais que lorsque nos dispositions actuelles seront changées ; cela peut arriver plus facilement qu’on ne croit peut-être, mais il faut constater que l’état des esprits n’est pas favorable aujourd’hui à cette transformation.

Néanmoins la doctrine du Syllabus a été si peu comprise et si dénaturée qu’il nous semble intéressant de montrer qu’elle n’a, dans son application, rien de monstrueux, rien d’impossible, rien d’impraticable, rien qui révolte la conscience et le bon sens.

Nous disons d’abord qu’on donnerait à l’Église une liberté réelle, on permettrait aux évêques de se réunir en synodes provinciaux comme ils l’entendraient.

On leur permettrait de communiquer librement avec Rome et de faire connaître aux fidèles les enseignements des souverains pontifes.

L’État renoncerait à toute prétention de diriger les consciences, d’approuver ou de désapprouver tel ou tel dogme ; il donnerait à l’Église la plus grande liberté, liberté de la parole et de la prédication, liberté de l’enseignement, droit d’association, droit de réunion, liberté de posséder.

En un mot, il traiterait l’Église comme une institution excellente, à laquelle il laisserait tout pouvoir de faire le bien.

L’Église resterait ainsi absolument libre dans son domaine ; l’État, de son côté, serait absolument maître dans le sien, sans qu’il puisse y avoir confusion de part et d’autre.

L’État resterait laïque ; il continuerait à se gouverner d’après les principes de sa constitution politique ; il aurait des Chambres représentatives qui contrôleraient le gouvernement, un système électoral pour nommer ses représentants. Il contracterait des alliances, il ferait la guerre ou la paix, il développerait le commerce et l’industrie, il lèverait ses impôts sans que l’Église eût rien à y voir.

Seulement, dans les matières mixtes, comme l’organisation de l’Église, comme l’enseignement, comme la charité, il serait tenu de respecter les lois de l’Église, et il aurait même une constitution politique telle, que ce respect des lois de l’Église comme des principes sociaux serait garanti par les institutions, c’est-à-dire par les Chambres.

Cette soumission est-elle si humiliante ? Est-ce qu’aujourd’hui nos gouvernements n’acceptent pas d’obéir à l’opinion publique et de se laisser guider par elle ? Ils ont raison, car on ne peut gouverner une nation malgré elle. Lorsque, dans une nation chrétienne, car nous n’en supposons pas d’autre, le gouvernement respecte les lois de l’Église, il ne fait que se conformer à l’opinion publique, et il a raison pour deux motifs : parce qu’il fait bien, et parce qu’il respecte le sentiment du pays.

On ne voit donc en cela rien qui ressemble ni à la théocratie, ni à l’absorption du pouvoir temporel par le pouvoir spirituel, mais seulement une distinction légitime entre ces deux pouvoirs et la soumission dans les matières mixtes, ce qui est juste, parce que le pouvoir spirituel, par sa nature, passe avant le pouvoir temporel.

Dans une société basée sur les principes du Syllabus, l’État devrait favoriser l’action de l’Église : cela veut dire qu’il ferait respecter la loi sur le repos du dimanche, qu’il subventionnerait les œuvres charitables, qu’il entretiendrait des aumôniers dans les armées, qu’il aurait soin que pour les enfants, pour les femmes, pour les ouvriers eux-mêmes, les conditions propres à assurer leur moralité ne soient pas oubliées par ceux qui les emploient, etc. On ne voit à cela aucune difficulté.

Enfin, l’État devrait défendre l’Église contre les attaques auxquelles elle est exposée. Voyons précisément ce que cela veut dire.

Il y aurait une religion d’État, c’est-à-dire que l’État, ayant conscience que c’est le christianisme qui est la base de la société, la ferait respecter comme il fait respecter aujourd’hui les principes de la philosophie spiritualiste, c’est-à-dire l’existence de Dieu et la morale naturelle, ou bien comme il fait respecter les bases de l’ordre social, la famille, le mariage et la propriété.

Mais les israélites et les protestants, faudrait-il les persécuter ? faudrait-il ressusciter les lois oppressives de l’ancien régime ? En aucune façon ; ce sont là de vieilles querelles usées, qui ne passionnent plus les esprits et qu’on n’aurait aucun intérêt à réveiller. Toutes ces religions différentes vivent paisiblement à côté les unes des autres. Faudrait-il faire revivre l’esprit de guerre ? Qui donc, à notre époque, a la pensée de convertir les gens par l’entremise du gouvernement ? Ainsi donc, sous ce rapport, rien ne serait changé au système actuel.

Pour les libres penseurs, pour les matérialistes, pour les positivistes, pour les athées, il en serait absolument de même : ils ne seraient inquiétés en aucune façon, ils auraient le même accès que les autres citoyens à toutes les fonctions publiques, ils pourraient même publier tous les livres qu’ils jugeraient à propos pour défendre leurs idées.

Ici encore nous ne verrions donc rien de changé à ce qui existe actuellement.

Pour l’enseignement, c’est autre chose : au lieu d’être chrétien en apparence comme il l’est aujourd’hui, il devrait l’être dans la réalité.

Ainsi, au lieu de s’opposer au progrès de l’enseignement libre, l’État devrait le favoriser.

Il devrait soutenir l’enseignement donné par les institutions religieuses, au lieu de lutter contre lui et de faire en dessous main tout ce qu’il peut pour le réduire.

Il devrait encourager les collèges dirigés par le clergé et par les ordres religieux, et pour cela les faire participer aux bourses qu’il donne exclusivement à ceux de l’État.

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