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E.E.G. et Intelligence. Revue générale du problème, par S. Netchine - article ; n°2 ; vol.59, pg 427-438

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13 pages
L'année psychologique - Année 1959 - Volume 59 - Numéro 2 - Pages 427-438
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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S. Netchine
E.E.G. et Intelligence. Revue générale du problème, par S.
Netchine
In: L'année psychologique. 1959 vol. 59, n°2. pp. 427-438.
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Netchine S. E.E.G. et Intelligence. Revue générale du problème, par S. Netchine. In: L'année psychologique. 1959 vol. 59, n°2.
pp. 427-438.
doi : 10.3406/psy.1959.6643
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1959_num_59_2_6643REVUE CRITIQUE
EEG ET INTELLIGENCE
Revue générale du problème
par Serge Netchine
La question d'éventuels rapports entre intelligence et activité
électrique cérébrale a préoccupé de nombreux auteurs. En fait, son étude
ne conduit pas à une réponse simple et les données que livre la littéra
ture peuvent paraître contradictoires en raison de la multiplicité des
plans que ce problème recoupe, et de la diversité des perspectives dans
lesquelles il a été abordé.
Avant d'aborder à notre tour, sur un matériel très particulier,
l'étude des corrélations entre BEG et niveau mental, il nous a semblé
nécessaire de faire le bilan des résultats déjà obtenus en les situant
dans la mesure du possible dans leur cadre propre. On peut arbitrair
ement séparer :
1° Les problèmes EEG relatifs à l'intelligence normale ;
2° Les données EEG en défectologie.
I. — Intelligence normale
Cette rubrique comprend essentiellement deux séries de travaux :
relations entre évolution de l'EEG et développement des fonctions
intellectuelles au fur et à mesure de la maturation physiologique ;
types d'organisation EEG et différents modes d'intelligence du sujet
« mature ».
A) Maturation
La confrontation des données qu'apporte l'étude du développement
génétique aux psychologues et aux électroencéphalographistes, permet
de définir certains points de convergence des diverses lignes de ce
développement.
Le fait le plus généralement admis sur l'évolution de l'EEG de la
naissance à l'adolescence est celui d'une accélération progressive des
rythmes occipitaux. Pendant la première année de la vie, cette accélé- 428 REVUE DE QUESTION
ration est importante ; elle devient ensuite de moins en moins marquée
jusqu'à la dixième année où la fréquence définitive du rythme occipital
de l'adulte est pratiquement atteinte (Lindsley, 1939 (36), Bernhard
et Skoglund, 1939 (6), Smith, 1941). Knott et coll., 1942 (26) trouvent
chez des enfants de huit ans, une corrélation positive significative entre
l'âge mental et la fréquence du rythme alpha. Cette corrélation disparaît
chez des enfants de douze ans. Gorriol et Gain, 1949 (10), n'observent de
relation entre l'âge mental et la richesse en activité alpha que jusqu'à
la période de la puberté. Chez un groupe d'adultes normaux, la corré
lation entre niveau intellectuel et fréquence alpha devient pratiquement
nulle (Shagass, 1946) (43).
L'étude de l'évolution comparée de plusieurs régions cérébrales
(Gibbs, 1950) (20) fait apparaître une relative hétérochronie ; jusqu'à
la dixième année environ, il semble que l'évolution des fréquences soit
plus précoce sur les régions pariétale et occipitale que sur la région
frontale ; une recrudescence de fréquences thêta s'observe entre 13
et 16 ans, principalement sur la région frontale. L'évolution de l'EEG
paraît donc exprimer le développement de populations neuroniques
hétérogènes et relativement indépendantes les unes des autres (Kel-
laway, 1957) (24). Un tel type de développement dit « allométrique »
implique l'existence de périodes où les rapports entre les éléments sont
soumis à des remaniements et à des restructurations aboutissant à des
équilibres temporaires. L'évolution de l'activité électrique cérébrale,
considérée sur plusieurs régions du scalp réaliserait ainsi une succession
de stades ou « paliers maturatifs » nettement distincts. Telles sont en
particulier les constatations de Dreyfus Brisac et coll. (1956-1957) (12),
(13), (14) sur l'activité électrique cérébrale du prématuré, du nouveau-né
et du très jeune enfant : les stades les plus importants définis par le type
d'organisation, de différenciation et de complexité des phénomènes
électriques, se situent à huit mois d'âge conceptionnel et, chez le nourr
isson, aux troisième, cinquième et onzième mois de la vie. Ces auteurs
mettent l'accent sur la convergence temporelle entre ces stades de
l'organisation de l'activité électrique cérébrale, ceux de la maturation
histo-anatomique du système nerveux et ceux des acquisitions neuropsy
chomotrices.
Il semble donc qu'à un niveau de développement où la maturation
intellectuelle ne se différencie pas de l'évolution psychosomatique génér
ale, les corrélations entre EEG et données psychologiques soient étroites.
Pour des âges plus élevés, ces corrélations deviennent moins évidentes.
Elles sont cependant soutenues par Monnier et Inhelderen 1955 (53) qui
étudient en série longitudinale des enfants de 9 à 15 ans. D'un examen
psychologique à l'autre peuvent apparaître des transformations quali
tatives du raisonnement qui indiquent le passage à un nouveau stade
intellectuel. Dans ces mêmes périodes, l'EEG donne l'impression d'une
accélération des processus de maturation. Ces changements qui se pro
duiraient simultanément au niveau de l'activité électrique cérébrale NETCHINE. EEG ET INTELLIGENCE 429 S.
et au niveau psychologique aboutiraient finalement aux équilibres réa
lisés chez l'adulte : réversibilité opératoire, stade supérieur des fonctions
cognitives d'une part ; EEG stabilisé et différencié spatialement d'autre
part1. Mais en admettant même que les observations de Monnier et
Inhelder sur les adolescents soient confirmées, leur portée serait limitée
par d'autres observations comme celles de Hill (22), 1952, suivant
lesquelles les adultes présentant un EEG stable et ceux dont l'EEG
reste immature ne se différencient pas par leur niveau intellectuel mais
seulement par leur degré de maturation affective.
En résumé, il semble que l'augmentation en âge entraîne une atté
nuation progressive de la corrélation observée entre le niveau intellectuel
et l'EEG tel qu'il est jugé d'après certains critères quantitatifs isolés
(fréquence ou abondance de l'activité alpha) ou d'après son organisation
d'ensemble. Ce fait peut être dû en grande partie à la diminution rapide
du rythme d'évolution de l'EEG au delà des premières années de la vie.
Mais on peut aussi supposer que l'interférence d'autres facteurs, soit
somatiques soit psychologiques, masque les relations existant entre le
développement de l'intelligence et celui de l'activité électrique cérébrale.
B) EEG et différents types d'intelligence normale ou supérieure
Le fait que la maturation de l'EEG puisse se parachever quel que
soit le développement final de l'intelligence a conduit certains auteurs
à rechercher chez l'organisme « mature » des critères EEG permettant
une discrimination entre différents types d'intelligence normale ou
supérieure. Dès 1939, Knott, Henry et Hadley (25) constatant qu'il
n'existe pas de différences notables entre les tracés de sommeil des
sujets normaux mais seulement entre les tracés de veille, suggèrent que
ces différences se rattachent à des particularités dans les modes de rapport
entre l'individu et le monde extérieur.
Selon G. Walter, 1953 (50), la classification des EEG en plusieurs
types, à partir de l'analyse des fréquences correspond à des types
d'imagerie mentale (visuelle, verbale, kinesthésique). Il existerait même
un type d'imagination abstraite pure, caractérisé par l'absence de modif
ications neuro- végétatives, myographiques ou phonatoires enregis
trables pendant le travail mental ; ces types sous-tendraient diverses
formes d'intelligence. En outre, Shipton et G. Walter, 1957 (44), éta
blissent Une hiérarchie des intelligences fondée sur la « versatilité » ou
capacité pour l'individu de passer rapidement d'un plan d'activité
mentale à l'autre (liée plus à la vivacité de l'intelligence qu'à l'intelligence
mesurée quantitativement). Ils considèrent l'étalement du registre des
fréquences comme une bonne appréciation de cette capacité.
Il s'agit donc d'une conception des styles d'intelligence plus que
1. Inhelder apporte cependant des réserves à une identification trop
stricte des stades de l'évolution mentale avec les stades de maturation
de l'EEG. REVUE DE QUESTION 430
d'une échelle de niveau intellectuel. C'est pourquoi il n'est pas surpre
nant qu'Ellingson et coll. (16), 1957, aient pu constater l'absence de
corrélation significative entre le Q.I. fourni par l'échelle d'intelligence
de Wechsler-Bellevue et le critère proposé par G. Walter de la dispersion
des fréquences : tout d'abord le Wechsler-Bellevue n'étudie pas des
styles d'intelligence, et pas du tout la versatilité ; par surcroît les sujets
étudiés par G. Walter sont tous d'intelligence supérieure, tandis que le
groupe sur lequel a porté la recherche d'Ellingson et coll. est très hété
rogène, constitué par des sujets dont le Q. I. s'échelonne de .64 à .147.
G) EEG et traits psychologiques non intellectuels
Nous évoquerons tout d'abord comme d'un grand intérêt pour notre
propos, les diverses typologies électro-encéphalographiques de la per
sonnalité. Elles apportent en effet la démonstration que l'élimination
de la variable « intelligence » (puisque généralement les sujets étudiés
ont été choisis de même niveau intellectuel) n'empêche pas de très
notables différences d'apparaître entre les EEG individuels. Nous
retiendrons la synthèse de ces théories proposée en 1954 par H. Gastaut
(18) :
1. Rythme alpha de 8 à 9 es, ample et continu, activité bêta minime ;
personnalités calmes, dépendantes, à dominance parasympathique ;
syndrome d'hypoexcitabilité ;
2. Rythme alpha rare et rapide, activité bêta importante ; personnalités
instables, impulsives, anxieuses, indépendantes, hyperactives,
à dominance sympathique ; syndrome d'hyperexcitabilité.
3. Tracé polyrythmique : syndrome labile.
Sisson et Ellingson, en 1955 (45) critiquent les nombreux auteurs qui
adoptent cette typologie ; elle serait en réalité empruntée sans vérifica
tion expérimentale à un travail princeps de Saul, Davis et Davis (42),
datant de 1937. Il ne serait possible d'appréhender à l'EEG que certains
aspects très limités de la personnalité : ceux qui sont en rapport avec les
fonctions de vigilance.
Brockway et coll. 1954 (8), tendent à confirmer que l'activité élec
trique cérébrale, du moins avec les moyens actuels d'investigation, ne
reflète pas la personnalité tout entière. Ils n'observent pas de différences
significatives dans la distribution moyenne des fréquences EEG de
plusieurs groupes de sujets normaux se distinguant par leur statut
socio-économique et culturel (membres d'un club, militaires de carrière,
étudiants, séminaristes). Ils ne trouvent aucune corrélation entre l'EEG
et la plupart des traits de personnalité mis en évidence par l'examen
psychologique et l'entretien clinique, exception faite pour le degré de
stabilité émotionnelle : les sujets émotionnellement labiles présentent
une fréquence légèrement plus rapide que les autres sujets normaux ;
chez un groupe de malades mentaux, dont le trait commun est l'anxiété,
la dominante est encore plus rapide, et le pourcentage de NETCHINE. EEG ET INTELLIGENCE 431 S.
fréquences alpha diminué. Ces résultats rejoignent ceux de Brazier
et coll., 1945 (17).
Enfin, on retiendra que Liberson, 1941 (34), ne trouve pas de diffé
rence quant à l'intelligence générale entre les sujets caractérisés par la
présence d'ondes alpha occipitales continues et ceux dont l'activité
alpha est intermittente et irrégulière, mais que par contre les premiers
se montrent supérieurs aux seconds en ce qui concerne l'intelligence
technique à une série de tests d'efficience. Confirmant cette donnée,
Remond et Lesevre, 1957 (41), constatent une meilleure réussite aux
tests psycho-moteurs des sujets présentant un rythme alpha dominant
et bien réagissant, par rapport à ceux dont l'EEG montre une forte
dispersion des fréquences et une faible synchronisation. Ils attribuent
cette réussite à une meilleure adaptation émotionnelle.
On entrevoit ainsi la pluralité de significations conférées à des
niveaux intellectuels globalement identiques par des EEG différents,
dévoilant certains aspects de la personnalité et de l'efficience psycho
motrice ; on peut aussi estimer que le niveau de l'intelligence retentit
de telle façon sur la personnalité et ses modes d'ajustement qu'une
interprétation « psychologique » de l'EEG doit en tenir compte.
II. — Défectologie
Une autre série de travaux a consisté en l'étude de sujets présentant
un déficit plus ou moins marqué de leur intelligence envisagés dans
plusieurs perspectives : soit par comparaison avec des sujets normaux,
soit afin de rechercher des signes spécifiques de l'oligophrénie ou de la
régression intellectuelle.
A) Études comparatives
Plusieurs auteurs ont comparé les EEG de sujets de même âge
chronologique mais distincts par leur âge mental. (Inversement, il serait
intéressant de comparer aussi des sujets d'âge mental identique mais
d'âge réel différent).
Berger 1931, 1932 (3, 4), Rahm et Williams 1938, (40), Kreezer et
Smith 1936 (30), Bernhard et Skoglund, 1939 (5), Gunnarson, 1943 (21)
constatent chez des arriérés mentaux une fréquence plus lente du rythme
alpha que les sujets normaux de même âge chronologique. Cepen
dant, il semble que cette différence n'apparaît que lorsque des sujets
normaux ou débiles légers sont comparés à des arriérés profonds (mong
oloïdes) (Gunnarson), imbéciles (Bernhard et Skoglund) tandis que
l'EEG des débiles ne paraît guère se distinguer de l'EEG des sujets
d'intelligence normale.
Kreezer, 1937 (27), Kreezer et Smith, 1937 (30) étudient plusieurs
groupes de déficients mentaux de niveaux divers : les relations les plus
nettes entre l'âge mental et l'EEG sont observées chez des mongoliens.
Les mongoliens d'âge mental inférieur à 5 ans présentant un pourcentage 432 REVUE DE QUESTION
d'activité alpha nettement moins élevé que les mongoliens d'âge mental
égal à 6 à 7 ans. Par contre, chez des sujets de niveau moins bas (débiles
mentaux endogènes) la corrélation entre l'âge mental et l'index alpha
devient faible.
Novikova, 1956 (37), comparant des sujets normaux de 9 à 16 ans
et des oligophrènes de même âge chronologique, s'échelonnant depuis
des niveaux très bas, obtient chez les premiers une activité de 9 à 13 es
plus abondante sur toutes les régions du scalp que chez les seconds.
Les deux auteurs précédents s'accordent donc pour reconnaître une
relation entre le niveau mental et la richesse en activité alpha mais
limitent cette relation à des niveaux très bas.
B) Signes EEG de Voligophrénie
La perspective n'est plus ici l'utilisation des arriérés mentaux pour
l'étude électroencéphalographique de l'intelligence mais la recherche
de signes EEG spécifiques (c'est-à-dire qu'on ne rencontre pas chez les
jeunes enfants) ou du moins fréquents de l'oligophrénie.
La plupart des auteurs sont d'avis que l'EEG ne peut fournir le
moyen de diagnostiquer l'oligophrénie, tous les signes étudiés (présence
ou absence, aspects particuliers du rythme alpha ; rythmes lents ou
rapides ; phénomènes paroxystiques) pouvant être rencontrés chez tous
les sujets ; aussi l'EEG est-il généralement utilisé seulement comme
auxiliaire dans l'étude de diverses etiologies organiques de l'oligophrénie
— Cook, 1944(9), Kobayashiet coll., 1954 (27) — ou dans la détection des
oligophrénies « secondaires » à un processus organique (Läget, 1957) (31).
Beaucoup d'auteurs recherchent particulièrement sur les EEG des
oligophrènes la présence d'activités paroxystiques pour en tirer un
argument en faveur d'un rapprochement entre oligophrénie et épilepsie.
Putnam et Merritt, 1941 (39), Posey et Tharp, 1951, (38), Stotijn,
1953 (48), observant de telles activités chez des oligophrènes sans crise,
les interprètent comme le signe d'une épilepsie latente. Desclaux et
coll., 1952 (11), notent la grande fréquence des tracés très altérés chez
les enfants d'alcooliques, accompagnés d'un tableau clinique soit
d'arriération mentale, soit de comitialité ; Beckett et coll., 1956 (2)
considèrent les arriérés mentaux hyperkinétiques comme des « épilep-
tiques potentiels » en raison des altérations trouvées sur leurs tracés.
Walter et coll, 1953 (49), observent chez des arriérés mentaux non
organiques une sensibilité de l'EEG à l'activation photo-cardiazolique
moins forte que celle des épileptiques mais plus élevée que celle des
normaux.
Malgré leur intérêt ces recherches ne peuvent atténuer les différences
qui existent entre la débilité mentale et la« mentalité » épileptique. Ces
différences apparaissent notamment dans les observations recueillies par
Putnam et Merritt (39) : les altérations paroxystiques intercritiques pré
sentes sur les EEG d'épileptiques peuvent être constatées aussi bien chez
des sujets dont le niveau intellectuel reste normal que chez des débiles. S. NETCHINE. EEG ET INTELLIGENCE 433
D'autre part, Rey et Evans (cf. Hill, 1952) (22), définissent à partir de
la présence à l'EEG de phénomènes paroxystiques les sujets « épilep-
toïdes-épileptiques », qui se caractériseraient par des scores aux tests
verbaux inférieurs à ceux des tests non verbaux, et non par une déficience
intellectuelle globale.
Un seul auteur, à notre connaissance, propose un critère EEG comme
spécifique de l'oligophrénie. Selon Zislina, 1956 (52), les arriérés mentaux
se caractérisent par un entraînement occipital électif aux fréquences
basses de la stimulation lumineuse intermittente (inférieures à 8 es)
ou par la discontinuité et la grande rapidité d'épuisement de l'entraîn
ement aux fréquences plus élevées. Ces résultats s'ajoutent à ceux que
fournissent deux autres techniques (pléthysmographie et étude des
temps de réaction) pour permettre à Luria de définir les particularités
du dynamisme nerveux qui distinguent les enfants oligophrènes des
enfants normaux de même âge : c'est le syndrome d'inertie oligophré-
nique, inhibition pathologique des processus nerveux qui serait objecti-
vables au niveau de l'activité électrique cérébrale (cf. les travaux de
Zislina et aussi de Novikova, cités supra) ainsi que l'article de Zazzo,
1956 (51), où la notion d'inertie oligophrénique est comparée à la notion
de viscosité génétique d'Inhelder ; les phénomènes vasculaires accompa
gnant la réaction d'orientation sont également modifiés : vaso-constric-
tion chez le sujet normal, réactions vasculaires absentes, vite épuisables
ou à type de vaso-dilatation chez l'oligophrène. Il résulterait de ces
particularités physiologiques des oligophrènes une insuffisance de leur
« tonus psychique » rendant difficile à établir et fragile la régulation des
fonctions motrices par le langage.
Cependant les sujets étudiés par Zislina présentent des niveaux
d'arriération très profonds, souvent associés à d'importantes lésions
neurologiques, et d'après nos recherches personnelles, il ne semble pas
que les simples débiles mentaux puissent être distingués de-s sujets
d'intelligence normale par le critère de l'entraînement occipital.
C) Signes EEG des syndromes de régression intellectuelle
(confusions, démences)
Les essais de mise en relation, terme à terme entre degré de pertur
bation EEG et degré de régression intellectuelle n'aboutissent pas à des
résultats univoques. Prenant des sujets choisis d'après l'altération de
l'EEG, Liberson (35), 1951, constate que l'activité conceptuelle mesurée
par le test de Shipley est affectée chez les malades mentaux organiques
ou fonctionnels dont les EEG sont altérés. Dans la même perspective,
Gastaut et coll., 1954 (19), retrouvent un déficit mental de degré variable
chez les malades fonctionnels ou épileptiques dont le rythme de fond est
ralenti. Les études qui, à l'inverse, partent du syndrome psycho-pathol
ogique (confusion, affaiblissement démentiel), montrent que les données
de l'EEG ne peuvent s'interpréter qu'en tenant compte du facteur
évolutif. 434 REVUE DE QUESTION
En effet, au cours des confusions aiguës, il existe un certain parallé
lisme entre degré d'altération EEG et profondeur du trouble de la
conscience : ceci a été noté aussi bien dans le cadre des encéphalites
psychosiques (delirium des auteurs anglo-saxons) par Engel et Romano,
1944 (17), que dans celui des psychoses aiguës par Kammerer et ses
coll., 1958 (23). Ces derniers auteurs, étudiant les psychoses délirantes
et confusionnelles aiguës, observent un déplacement du rythme alpha
vers ses composantes lentes, ainsi que l'apparition d'autres modifications
du tracé (ondes lentes, sensibilité à l'hyperpnée, imperfection des
réactions d'arrêt...) proportionnel au degré de perturbation de la cons
cience, mais aussi au « coefficient d'organicité » du syndrome.
D'autres auteurs ont donné des exemples de cette proportionnalité :
Bancaud, 1958 (1), montre, que dans des groupes homogènes de cas
organiques (tumeurs intra-crâniennes de nature histologique connue,
réunies selon leur localisation cérébrale) l'EEG présente une altération
beaucoup plus considérable chez les sujets atteints d'un déficit des fonc
tions intellectuelles (états confusionnels, confuso-démentiels, troubles
de l'activité symbolique) que dans les autres catégories psycho-pathol
ogiques (absence de troubles mentaux et des fonctions symboliques ;
troubles de l'humeur, du comportement et de la conduite ; trouble de
la vigilance). Les altérations envisagées sont, outre l'activité delta, les
modifications en quantité, morphologie, topographie et réactivité du
rythme alpha.
L'étude des états d'affaiblissement intellectuel en fonction de leurs
caractères évolutifs, montre qu'à côté du déficit lui-même, les possibilités
d'adaptation temporelle à ce déficit interviennent dans l'appréciation
de la signification fonctionnelle du tracé : si le processus morbide respon
sable de la régression évolue de façon continue (démences abiotrophiques
par exemple), la diminution progressive des capacités intellectuelles
s'accompagne d'une régression de l'activité corticale à des niveaux
d'organisation de plus en plus bas ; à l'inverse, lorsqu'un processus
organique responsable d'un état démentiel même très profond, est
complètement stabilisé du point de vue biologique, le tracé peut complè
tement se « normaliser » morphologiquement. Dans les cas intermédiaires,
démences lentement progressives, confusions chroniques, confuso-
démences... le degré d'altération ou de réorganisation du tracé sera
fonction du « moment » et des caractères évolutifs des processus, autant
ou plus que du déficit en soi. Des perturbations dynamiques (troubles
de la réactivité des rythmes) interfèrent avec les perturbations purement
morphologiques et donnent souvent à ces dernières une signification
diagnostique plus grande : ainsi, pour Stoller, 1950 (47) et Hill, 1952
(22), un rythme de fond de 6 à 8 es non bloqué par l'ouverture des yeux
est l'expression caractéristique de certains états démentiels.
Ainsi les modifications morphologiques et dynamiques de l'EEG,
dans les états de régression, n'expriment fondamentalement ni le degré
de déficit en soi, ni les lésions responsables de ce déficit, mais plutôt S. NETCHINE. EEG ET INTELLIGENCE 435
l'état fonctionnel actuel que réalisent la constellation des phénomènes
organiques, cliniques et le « moment » évolutif (Lairy, 1956) (32).
Ces données générales doivent être complétées dans les cas de
démence ou de régression intellectuelle chez l'enfant par la prise en
considération d'un facteur supplémentaire : l'immaturation physio
logique ; la profondeur de l'atteinte organique, les caractères de son
évolution, se traduisent différemment selon le niveau maturatif sur
lequel se greffe cette atteinte.
L'étude électroencéphalographique des confusions et des démences
révèle donc avec acuité combien l'activité électrique cérébrale est irr
éductible à toute détermination isolée et ne trouve sa signification qu'à
travers une investigation pluridimensionnelle.
Des différentes données que nous avons rapportées il semble que
l'on puisse tirer les conclusions générales suivantes :
— Étudiées dans une perspective génétique, les relations entre
niveau mental et EEG sont d'autant plus nettes qu'elles sont établies
plus précocement (premières années de la vie). En fait, l'intelligence ne
peut être considérée comme une variable indépendante puisque ses
implications sont différentes selon le tableau d'ensemble psychologique
et somatique dans lequel elle s'insère ; la simple constatation de rapport
entre développement génétique de l'intelligence et évolution de l'EEG,
doit être complétée par la considération de tous les autres aspects de la
maturation.
— Étudiées dans le domaine de l'arriération, les relations directes
entre EEG et niveau mental n'apparaissent guère que pour des niveaux
mentaux très bas (arriération profonde). Il est nécessaire d'insister sur
le fait que des sujets dont seul l'âge mental coïncide sont difficilement
comparables. Du point de vue psychologique, on ne peut assimiler un
débile intellectuel et un sujet normal de même âge mental et d'âge
chronologique moindre (Zazzo, 1956) (51). Le profil psychologique en
est différent ; il existe un pattern spécifique des débiles mentaux, consis
tant dans la hiérarchisation des résultats de part et d'autre du niveau
mental avec maximum pour les épreuves d'efficience psycho-motrice
où intervient pour une grande part le développement somatique. L'EEG
des débiles mentaux ne peut donc trouver sa signification que confronté
à leur profil psychologique particulier et au mode d'adaptation qui
en résulte.
L'EEG ne fournit pas une sémiologie spécifique du déficit intellectuel
ou de la régression intellectuelle ; certains grands arriérés se différencient
par leur activité électrique cérébrale des sujets normaux ou des débiles
légers ; encore faut-il souligner que l'importance des altérations élec
triques n'est pas toujours fonction de l'infériorité de l'intelligence. Le
problème est identique pour les syndromes de régression des fonctions

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