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Effet des contraintes lexicales sur l'exploration oculaire d'un mot - article ; n°1 ; vol.95, pg 11-46

De
38 pages
L'année psychologique - Année 1995 - Volume 95 - Numéro 1 - Pages 11-46
Résumé
Cette recherche examine dans quelle mesure l'exploration oculaire d'un mot est affectée par la distribution de l'information dans le mot. En particulier, l'effet du degré d'informativité des lettres initiales et finales des mots est examiné lors de la lecture de 2 types de mots différents quant à l'emplacement de l'information pertinente dans le mot : les mots « informatifs par le début et redondants par la fin » et les mots « redondants par le début et informatifs par la fin ». Les mouvements oculaires de l'œil sont enregistrés lors de la lecture de mots isolés de 5 et 7 lettres présentés préalablement en vision parafovéale. Afin de tester le poids respectif des lettres initiales et finales des mots, 3 conditions de contraste de luminance sont utilisées selon que l'intensité relative des lettres initiales et finales représente 80 ou 20 % de la luminance totale du mot, ou 50%, dans la condition d'isoluminance. Les résultats montrent un effet du degré d'informativité des lettres initiales dans la programmation de la saccade dans le mot. La durée de l'exploration oculaire dans le mot est affectée par la position de l'information pertinente dans le mot. Cet effet est plus important sur les mots longs pour lesquels la durée de l'exploration oculaire dans le mot dépend de l'information dérivée des lettres initiales. L'ensemble des ces données suggère que la distribution de l'information dans le mot modifie le mode d'exploration de l'œil dans un mot.
Mots-clés : lecture, informativité, début de mot, fin de mots.
Summary : The effect of lexical constraints on visual exploration of words.
An experiment is reported examining the way in which 5- and 7-letter words, identifiable by information at their beginning or end, are inspected. Eye movements were recorded when reading isolated words displayed first in the parafovea. In order to test the weight of initial and ending letters, the relative intensity of beginning letters was manipulated by keeping their sum constant. Three relative-intensity conditions were used; the luminance of the initial letters relative to that of the whole-word configuration was either 80 %, 20% or 50 % (isoluminance). Two findings are reported : 1/ the informativeness of initial letters influences the landing position in word, 2/ the gaze duration is affected by the position of pertinent information within words. For long words, redundant beginning and informative ending words received a longer gaze (and the probability of refixating the word was higher) than informative-beginning and redundant-ending words. We conclude that the distribution of information within words influences the way in which words are read.
Key words : reading, informativeness, word-beginning, word-ending.
36 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Karine Doré
Cécile Beauvillain
Effet des contraintes lexicales sur l'exploration oculaire d'un mot
In: L'année psychologique. 1995 vol. 95, n°1. pp. 11-46.
Citer ce document / Cite this document :
Doré Karine, Beauvillain Cécile. Effet des contraintes lexicales sur l'exploration oculaire d'un mot. In: L'année psychologique.
1995 vol. 95, n°1. pp. 11-46.
doi : 10.3406/psy.1995.28805
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1995_num_95_1_28805Résumé
Résumé
Cette recherche examine dans quelle mesure l'exploration oculaire d'un mot est affectée par la
distribution de l'information dans le mot. En particulier, l'effet du degré d'informativité des lettres initiales
et finales des mots est examiné lors de la lecture de 2 types de mots différents quant à l'emplacement
de l'information pertinente dans le mot : les mots « informatifs par le début et redondants par la fin » et
les mots « redondants par le début et informatifs par la fin ». Les mouvements oculaires de l'œil sont
enregistrés lors de la lecture de mots isolés de 5 et 7 lettres présentés préalablement en vision
parafovéale. Afin de tester le poids respectif des lettres initiales et finales des mots, 3 conditions de
contraste de luminance sont utilisées selon que l'intensité relative des lettres initiales et finales
représente 80 ou 20 % de la luminance totale du mot, ou 50%, dans la condition d'isoluminance. Les
résultats montrent un effet du degré d'informativité des lettres initiales dans la programmation de la
saccade dans le mot. La durée de l'exploration oculaire dans le mot est affectée par la position de
l'information pertinente dans le mot. Cet effet est plus important sur les mots longs pour lesquels la
durée de l'exploration oculaire dans le mot dépend de l'information dérivée des lettres initiales.
L'ensemble des ces données suggère que la distribution de dans le mot modifie le mode
d'exploration de l'œil dans un mot.
Mots-clés : lecture, informativité, début de mot, fin de mots.
Abstract
Summary : The effect of lexical constraints on visual exploration of words.
An experiment is reported examining the way in which 5- and 7-letter words, identifiable by information
at their beginning or end, are inspected. Eye movements were recorded when reading isolated words
displayed first in the parafovea. In order to test the weight of initial and ending letters, the relative
intensity of beginning letters was manipulated by keeping their sum constant. Three relative-intensity
conditions were used; the luminance of the initial letters relative to that of the whole-word configuration
was either 80 %, 20% or 50 % (isoluminance). Two findings are reported : 1/ the informativeness of
initial letters influences the landing position in word, 2/ the gaze duration is affected by the position of
pertinent information within words. For long words, redundant beginning and informative ending words
received a longer gaze (and the probability of refixating the word was higher) than informative-beginning
and redundant-ending words. We conclude that the distribution of information within words influences
the way in which words are read.
Key words : reading, informativeness, word-beginning, word-ending.L'Année psychologique, 1995, 95, 11-46
MÉMOIRES ORIGINAUX
Laboratoire de Psychologie expérimentale
CNRS, URA 316, EPHE
Université René Descartes, Paris F1
EFFET DES CONTRAINTES LEXICALES
SUR L'EXPLORATION OCULAIRE D'UN MOT
par Karine DORÉ et Cécile Beauvillain
SUMMARY : The effect of lexical constraints on visual exploration of words.
An experiment is reported examining the way in which 5- and 7 -letter
words, identifiable by information at their beginning or end, are inspected.
Eye movements were recorded when reading isolated words displayed first in
the parafovea. In order to test the weight of initial and ending letters, the
relative intensity of beginning letters was manipulated by keeping their sum
constant. Three relative-intensity conditions were used; the luminance of
the initial letters relative to that of the whole-word configuration was either
80 %, 20% or 50 % (isoluminance) . Two findings are reported : 1 1 the
informativeness of initial letters influences the landing position in word, 2 1 the
gaze duration is affected by the position of pertinent information within words.
For long words, redundant beginning and informative ending words received a
longer gaze (and the probability of refixating the word was higher) than
informative-beginning and redundant-ending words. We conclude that the
distribution of information within words influences the way in which words
are read.
Key words : reading, informativeness, word-beginning, word-ending.
Lors de la lecture, l'analyse perceptive d'un mot « n » com
mence alors que l'œil est sur le mot « n-1 ». Durant la présenta
tion du mot en vision parafovéale, un certain nombre d'informa-
1 . 28, rue Serpente, 75006 Paris. 12 Karine Doré et Cécile Beauvillain
tions sont intégrées affectant le calcul de la position d'arrivée de
l'œil dans le mot et les premières étapes du processus de recon
naissance. L'objectif de cette recherche est de tester précisément
dans quelle mesure la structure linguistique d'un mot peut affec
ter le guidage de l'œil vers le mot et la vitesse de l'intégration de
l'information lorsque ce mot est exploré ensuite en vision
fovéale.
De nombreuses études ont montré que la principale caracté
ristique globale de la configuration extraite en vision parafo-
véale est la longueur du mot : l'œil tend à viser systématique
ment une position dans le mot correspondant au centre
géométrique du mot légèrement décalé vers la gauche (Rayner,
1979; O'Regan, 1979; McConkie, Kerr, Reddix et Zola, 1988;
Vitu, O'Regan et Mittau, 1990; Vitu, 1991). La longueur du
mot est donc codée en parafovéa et semble être le facteur essent
iel sur lequel se base le système oculomoteur pour calculer l'am
plitude de la saccade : le masquage de cette information en
parafovéa par le remplissage des espaces entre les mots — le
démasquage a lieu durant la saccade vers le mot cible —
diminue l'amplitude de la saccade (Morris, Rayner et Pollatsek,
1990). La question qui nous intéresse ici est de savoir dans
quelle mesure l'information relative aux lettres et au mot pré
senté en parafovéa peut affecter l'amplitude de la saccade. Cer
taines données expérimentales suggèrent que la présentation des
lettres du mot parafovéal influence l'amplitude de la saccade.
L'amplitude de la saccade est plus petite lorsque le système ne
dispose que de l'information de la longueur du mot en parafo
véa, les lettres du mot étant masquées puis démasquées pendant
la saccade vers le mot (Morris et al., 1990; Inhoff, 1989a, Inhoff
et Rayner, 1986; Rayner, Well, Pollatsek et Bertera, 1982).
Cependant, il semble que seules les lettres initiales du mot ont
une influence sur l'amplitude de la saccade. L'amplitude de la
saccade est plus grande si les 3 premières lettres d'un mot mas
qué sont disponibles, comparée à la situation où toutes les let
tres du mot sont masquées. L'absence d'effet des 3 dernières let
tres est expliquée par la baisse de l'acuité visuelle avec
l'excentricité (Inhoff, 1989a).
Cette hypothèse selon laquelle l'information relative aux let
tres peut affecter l'amplitude de la saccade initiale vers un mot
est peu compatible avec l'hypothèse d'un contrôle oculomoteur
en lecture uniquement géré par les informations parafovéales de lexicales et exploration oculaire 13 Contraintes
bas niveau, telles que la longueur du mot (O' Regan, 1990). La
question fondamentale est de savoir quelle est la nature des
informations délivrées par les lettres du mot qui sont exploitées
par le système responsable du calcul de l'amplitude de la sac
cade. Underwood, Clews et Everatt (1990) ont proposé récem
ment l'idée selon laquelle la position visée par l'œil dans un mot
correspond à la région « informative » du mot qui serait détec
tée en parafovéa. Selon cette hypothèse d'un contrôle par le lec
teur de la position d'arrivée de l'œil dans le mot, le lecteur vise
rait une plus près du début du mot quand celui-ci est
informatif par le début et redondant par la fin. Cette hypothèse
est avancée à partir de résultats obtenus dans une expérience où
les auteurs comparent la position d'arrivée de l'œil dans des
mots de 10 lettres sur des mots très informatifs par leurs 5 pre
mières lettres et redondants par leurs 5 dernières lettres avec des
mots redondants par leurs 5 premières lettres et informatifs par
leurs 5 dernières lettres. La question se pose de savoir comment
le lecteur pourrait localiser en parafovéa l'emplacement de l'i
nformation pertinente. Ce résultat n'a pas été répliqué par Rayn
er et Morris (1992) avec le même matériel linguistique que celui
utilisé par Underwood et al. (1990). D'autres recherches testant
les propriétés morphologiques (Inhoff, 1987 ; Lima, 1987), pho
nologiques (Pollatsek, Morris et Rayner, 1992), ainsi que la fr
équence d'usage du mot parafovéal (Inhoff et Rayner, 1986) ne
mettent pas en évidence d'effet de ces propriétés lexicales sur la
position d'arrivée de l'œil dans le mot. Ces variables linguisti
ques interviendraient plus tardivement sur la durée des fixa
tions, lorsque le mot est exploré en vision fovéale.
En ce qui concerne l'effet de la présentation parafovéale du
mot sur la durée de l'exploration oculaire dans le mot, de nom
breux travaux ont montré que la durée totale d'exploration du
mot (définie par la somme de la durée des fixations dans le mot)
est plus courte lorsque le mot est présenté préalablement en
parafovéa comparée à la situation où il est masqué (Rayner et
al., 1982; Lima et Inhoff, 1985; Inhoffet Rayner, 1986; Inhoff,
1989a, 19896; Morris et al., 1990). A nouveau, les lettres initiales
apparaissent cruciales lors du traitement parafovéal. La durée
de l'exploration fovéale est plus courte lorsque ces lettres sont
présentes en parafovéa comparée à la condition où tout le mot
est masqué en (Inhoff, 1989a et 6; Lima et Inhoff,
1985; Rayner et al., 1982). Inhoffet Rayner (1986) ont présenté Karine Doré et Cécile Beauvillain 14
des données suggérant que la fréquence d'usage des mots cibles
affecte la durée de la première fixation et la durée totale de l'e
xploration uniquement lorsque le mot est présenté préalablement
en vision parafovéale. Par contre, en l'absence de traitement
parafovéal (le mot étant masqué avec des croix ou des lettres),
la durée de la première fixation n'est pas sensible à la fréquence.
Dans ce cas, la probabilité de refixer et la durée totale d'explo
ration augmentent lorsque les mots sont de fréquence basse. Ces
résultats suggèrent que la présentation d'un mot en parafovéa
permettrait, dès la première fixation, l'émergence d'un trait
ement lexical du mot. Lima et Inhoff (1985) ont examiné cette
question de l'intégration parafovéale de l'information en mani
pulant la structure lexicale des mots cibles, ceux-ci étant très
contraints ou peu contraints par le début selon que le trigramme
initial des mots de 6 lettres détermine un ensemble de candidats
restreint ou large. Un effet global de facilitation est observé lors
que le mot est préalablement présenté en vision parafovéale,
comparé à la situation où le mot est masqué, mais cet effet ne
diffère pas selon que les mots sont très ou peu informatifs par le
début. Contrairement aux attentes des auteurs, la présence d'un
groupe de lettres très informatif en parafovéa ne raccourcit pas
le temps d'exploration oculaire. En particulier, la durée de la
première fixation est plus longue lorsque le mot est très
contraint par le début, avec ou sans traitement parafovéal
préalable. Pour expliquer ce résultat, Lima et Inhoff proposent
l'hypothèse selon laquelle l'irrégularité orthographique des let
tres initiales informatives ralentirait les processus d'encodage du
mot qui prendraient place lors de la première fixation. Cepen
dant les résultats concernant le temps d'exploration total du
mot ne mettent pas en évidence de différences significatives
entre les mots informatifs ou peu informatifs par leurs premières
lettres. Ceci suggère que, dans certains cas, l'allongement de la
durée de la première fixation serait accompagné d'un nombre de
refixations moins important lorsque les mots sont informatifs
par leurs premières lettres.
Si cette recherche de Lima et Inhoff ne met pas en évidence
d'effet différentiel de la présentation parafovéale selon l'info
rmation dérivée des lettres initiales, l'ensemble des données obte
nues avec la technique de démasquage pendant la saccade vers
des mots cibles présentés dans un contexte phrastique s'accor
dent quant à l'effet de la présentation du mot en vision parafo- Contraintes lexicales et exploration oculaire 15
véale sur le temps d'exploration oculaire du mot. Cependant, la
saccade vers le mot ne semblerait être influencée que par les
informations de bas niveau telles que la longueur du mot.
Aucune étude jusqu'à présent n'a pu caractériser la nature des pouvant expliquer l'effet de la présentation des
lettres du mot présenté en parafovéa sur l'amplitude de la sac
cade vers le mot observé par Morris et al. (1990). Toutefois, les
lettres initiales semblent être intégrées à un certain niveau de
traitement en parafovéa puisque la durée d'exploration oculaire
y est sensible.
La méthode expérimentale d'enregistrement des mouve
ments oculaires pendant la lecture de phrases présente un cer
tain nombre de limites lorsqu'on étudie le rôle des variables li
nguistiques sur l'exploration oculaire et plus particulièrement sur
la saccade. En effet, cette méthode ne permet pas de contrôler la
durée de présentation parafovéale du mot cible. On ne peut en
effet dissocier, dans la durée de la fixation précédant la saccade
vers le mot, ce qui relève du traitement fovéal en cours sur le
mot « n-1 » et ce qui relève du parafovéal du mot
« n ». De plus, l'excentricité du mot cible — la distance entre la
position de l'œil au départ de la saccade et le début du mot —
n'est pas contrôlable. Or l'existence d'une relation linéaire entre
la position de départ dans le mot « n-1 » et la position d'arrivée
dans le mot « n » est maintenant clairement établie (McConkie
et al., 1988). L'excentricité du mot est déterminante pour l'int
égration de l'information en parafovéa, du fait de la chute de
l'acuité visuelle lorsqu'on s'éloigne de la fovéa. Ainsi la probabil
ité de refixer un mot augmente avec la distance de l'œil par
rapport à ce mot cible en parafovéa (Pollatsek, Rayner et
Balota, 1986; Vitu et al., 1990). Enfin, dans les différentes
recherches utilisant cette méthode, les effets de facilitation sur le
temps d'exploration oculaire sont toujours mesurés en compar
aison avec une situation contrôle où le mot est masqué. Cela
revient à comparer une condition pour laquelle aucune modifi
cation n'est effectuée dans l'affichage avec une condition où le
démasquage du mot parafovéal a lieu pendant la saccade. Il est
donc possible que les effets observés dans les conditions de mas
quage/démasquage relèvent d'une perturbation de l'exploration
oculaire dans la situation contrôle.
Nous avons utilisé ici une technique expérimentale de lecture
de mots isolés plus précise dans laquelle les mots sont présentés 16 Karine Doré et Cécile Beauvillain
en parafovéa à une durée et une excentricité constantes. Afin de
tester dans quelle mesure la structure linguistique du mot peut
affecter le traitement du mot en parafovéa, le moment de départ
de la saccade a été retardé de 200 ms, durée pendant laquelle le
mot est présenté en vision parafovéale. Pour examiner l'effet du
traitement parafovéal d'une partie du mot et ses conséquences
sur l'exploration oculaire, nous avons choisi de manipuler la di
stribution de la luminance dans le mot cible afin de modifier le
poids de certaines lettres le mot. Les lettres plus lumi
neuses, donc plus discriminates, devraient exercer une
influence plus forte que les lettres moins lumineuses. Des don
nées obtenues récemment avec des mesures de temps de latence
montrent l'importance du statut lexical des unités de segmentat
ion par contraste de luminance (Beauvillain, 1994). Dans ces
expériences, le mot était présenté en vision fovéale et le sujet
était invité à appuyer sur un bouton-réponse une fois qu'il avait
lu le mot. Les résultats montrent que l'encodage de mots de 5
ou 6 lettres est facilité lorsque la segmentation par contraste
met en évidence une racine (ex. longer/longer). Aucun effet de
facilitation n'est cependant observé lorsque les 4 premières let
tres d'un mot pseudo-suffixe ne correspondent pas à une unité
lexicale (ex. danger/danger). Ces données suggèrent qu'en mani
pulant par la luminance le « poids » perceptif accordé à une
séquence de lettres dans mot l'effet sur les processus de lecture
dépend du statut lexical de cette séquence. Cette méthode
devrait nous permettre d'examiner précisément dans quelle
mesure l'information lexicale délivrée par les lettres initiales ou
finales d'un mot monomorphémique traité en vision parafovéale
puis en vision fovéale affecte le calcul de l'amplitude de la sac
cade et la durée totale d'exploration du mot.
Une expérience exploratoire utilisant la technique d'enregi
strement des mouvements oculaires a montré que les caractéristi
ques physiques telles que la distribution de la luminance dans le
mot sont intégrées en parafovéa (Baudouin, 1992). L'intensité
des 3 lettres initiales ou finales était manipulée en maintenant
constante la luminance totale du mot. Les résultats de cette
expérience montrent que le point d'arrivée de l'œil dans le mot
présenté préalablement en vision parafovéale est sensible à la
manipulation de la distribution de la luminance dans le mot,
l'oeil étant dévié vers les lettres les plus lumineuses. Ce résultat
confirme l'importance des facteurs « globaux » de la configura- Contraintes lexicales et exploration oculaire 17
tion (taille, luminance, intensité) sur la position d'arrivée de
l'œil dans une configuration. La position visée par l'œil dans
une configuration formée de stimuli géométriques correspond au
centre de gravité de la configuration. Lorsque les éléments de la diffèrent dans leurs propriétés visuelles (taille,
luminance), le centre de gravité est pondéré par les caractéristi
ques globales de la stimulation (Findlay, 1982 ; Deubel, Wolf et
Hauske, 1984). Les résultats observés par Baudouin (1992)
montrent que, dans le calcul du centre de gravité du mot, le sys
tème responsable du du point de visée de l'œil dans le mot
a accordé plus de poids aux éléments les plus lumineux. Le
centre de gravité du mot est donc pondéré par l'intensité rela
tive des lettres. Par ailleurs, si l'on considère le temps total d'ex
ploration oculaire de l'œil dans le mot, on observe que la dévia
tion de la position d'arrivée de l'œil s'accompagne d'une
augmentation du temps de lecture. Comparée à la condition où
le mot est présenté en isoluminance, la durée totale d'explora
tion augmente en présence d'un contraste de luminance. O'Re-
gan, Lévy-Schoen, Pynte et Brugaillère (1984) ont observé que
la durée de l'exploration oculaire dans un mot augmente lorsque
la position imposée de la première fixation se décale d'un carac
tère par rapport à la « position optimale », position dans le mot
correspondant au centre légèrement dévié vers la gauche. Cepend
ant, dans l'expérience de Baudouin (1992), l'augmentation de
la durée de l'exploration oculaire est observée alors que la posi
tion de l'œil n'est déviée que d'un tiers de caractère. Ceci sug
gère que la segmentation par contraste de luminance a ralenti le
traitement du mot lorsqu'il est exploré en vision fovéale.
Une question intéressante est de savoir dans quelle mesure
cette augmentation de la durée d'exploration du mot en pré
sence d'un contraste de luminance résulte d'une modification du
traitement lexical. O'Regan et al. ont observé que l'effet de la
position de l'œil dans le mot sur le temps d'exploration oculaire
est sensible à la position de l'information pertinente en début ou
fin de mot. Le temps d'exploration oculaire d'un mot informatif
par le début est plus court lorsque la position de la première
fixation est dans la partie initiale plutôt que dans la partie
finale du mot. Cependant, le même effet de facilitation dans
l'exploration oculaire n'est pas observé sur les mots informatifs
par la fin lorsque la position de la première fixation est imposée
dans la partie finale du mot. L'effet de la distribution de l'infor- 18 Karine Doré et Cécile Beauvillain
mation dans le mot n'est toutefois observé dans cette étude que
lors d'une seconde présentation des items, ce qui n'exclut pas
l'intervention de facteurs relatifs à la mémoire épisodique.
Il semble donc nécessaire d'examiner dans quelle mesure
l'augmentation de la durée de l'exploration oculaire dépend du
degré d'informativité des lettres présentées à un niveau de lumi
nance plus élevé. Dans l'expérience de Baudouin (1992), les
items sélectionnés étaient très redondants par les lettres initiales
et finales qui déterminaient plusieurs candidats (ex. « citer »).
Lorsque le contraste de luminance rend plus discriminable une
séquence de lettres redondantes, l'information dérivée de ces let
tres ne facilite pas le processus de reconnaissance. L'objectif de
cette recherche est d'examiner l'influence de la position de l'i
nformation sur l'exploration oculaire, les mots étant sélectionnés
de telle sorte que les lettres initiales ou finales ne déterminent
qu'un seul candidat lexical. Si la durée de l'exploration oculaire
en présence d'un contraste de luminance dépend de l'informa
tion dérivée des lettres les plus lumineuses, on attend une facil
itation du temps d'exploration lorsque ces lettres sont informat
ives plutôt que redondantes. Nous examinerons par ailleurs
dans quelle mesure l'exploitation des lettres informatives
dépend de leur emplacement en début ou fin de mot. Cette ques
tion sera examinée sur des mots courts de 5 lettres, lus général
ement en une seule fixation, et sur des mots de 7 lettres plus sou
vent refixés. Par ailleurs, nous examinerons si la position
d'arrivée de l'œil dans le mot est uniquement déterminée par
des variables perceptives de bas niveau telles que la luminance
relative des lettres et la longueur du mot, et dans quelle mesure
elle peut être affectée par l'information dérivée des lettres ini
tiales et finales. Si le poids des lettres initiales ou finales dans le
calcul du centre de gravité dépend essentiellement de leur inten
sité relative, il est prédit que la position d'arrivée de l'œil dans
le mot sera déviée vers les lettres les plus lumineuses quel que
soit le degré d'informativité des lettres initiales ou finales. Si le
poids des lettres initiales ou finales dépend de l'information déri
vée de ces lettres, il est prédit une atténuation de l'effet de la
distribution de luminance dans le mot. Nous examinerons dans
quelle mesure le poids relatif à l'information dérivée des lettres
est fonction de leur position en début ou fin de mot.
Deux types de mots de 5 et 7 lettres ont été sélectionnés :
des mots « informatifs par le début et redondants par la fin » et

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