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Effets de la modification de l'aspect perceptif de mots choisis à trois degrés de significativité sur leur reconnaissance par des enfants de quatre groupes d'âge - article ; n°2 ; vol.73, pg 465-476

De
13 pages
L'année psychologique - Année 1973 - Volume 73 - Numéro 2 - Pages 465-476
La modification de l'aspect graphique des mots entraine une diminution du nombre de reconnaissances correctes plus importante chez les jeunes que chez les élèves plus âgés et d'autant plus probable que les mots sont moins significatifs.
Par ailleurs, le nombre de reconnaissances correctes est toujours en relation inverse avec la significativité des mots. Les résultats sont interprétés en faisant l'hypothèse de deux systèmes de codage, l'un sémantique, l'autre non sémantique.
Summary
This experiment investigates the recognition of words varying in meaningfulness. The perceptive aspect of the words is changed between the presentation and the recognition test by using different typewriting characters (experimental group). In the control group, there is no change of characters. The same test is administered to children of four levels : 2nd, 4th, 6th and 8th grades.
Modification of the graphic aspect brings about a decrement in the number of correct recognitions, which is larger for the younger age groups and the less meaningful words.
Furthermore, the number of correct recognitions is always inversely relaled to meaningfulness. Results suggest the hypothesis of two memories : a semantic and a non-semantic one.
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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R. Ghampagnol
Effets de la modification de l'aspect perceptif de mots choisis à
trois degrés de significativité sur leur reconnaissance par des
enfants de quatre groupes d'âge
In: L'année psychologique. 1973 vol. 73, n°2. pp. 465-476.
Résumé
La modification de l'aspect graphique des mots entraine une diminution du nombre de reconnaissances correctes plus importante
chez les jeunes que chez les élèves plus âgés et d'autant plus probable que les mots sont moins significatifs.
Par ailleurs, le nombre de reconnaissances correctes est toujours en relation inverse avec la significativité des mots. Les
résultats sont interprétés en faisant l'hypothèse de deux systèmes de codage, l'un sémantique, l'autre non sémantique.
Abstract
Summary
This experiment investigates the recognition of words varying in meaningfulness. The perceptive aspect of the words is changed
between the presentation and the test by using different typewriting characters (experimental group). In the control
group, there is no change of characters. The same test is administered to children of four levels : 2nd, 4th, 6th and 8th grades.
Modification of the graphic aspect brings about a decrement in the number of correct recognitions, which is larger for the younger
age groups and the less meaningful words.
Furthermore, the number of correct recognitions is always inversely relaled to meaningfulness. Results suggest the hypothesis of
two memories : a semantic and a non-semantic one.
Citer ce document / Cite this document :
Ghampagnol R. Effets de la modification de l'aspect perceptif de mots choisis à trois degrés de significativité sur leur
reconnaissance par des enfants de quatre groupes d'âge. In: L'année psychologique. 1973 vol. 73, n°2. pp. 465-476.
doi : 10.3406/psy.1973.27998
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1973_num_73_2_27998Année psychol.
1973, 73, 465-476
Laboratoire de Psychologie de l'Université de Poitiers
Equipe associée au C.N.R.S.
EFFETS DE LA MODIFICATION
DE L'ASPECT PERCEPTIF DE MOTS CHOISIS
A TROIS DEGRÉS DE SIGNIFICATIVITÉ
SUR LEUR RECONNAISSANCE
PAR DES ENFANTS DE QUATRE GROUPES D'ÂGE
par Raymond Champagnol
SUMMARY
This experiment investigates the recognition of words varying in
meaningfulness. The perceptive aspect of the words is changed between the
presentation and the recognition test by using different typewriting characters
(experimental group). In the control group, there is no change of .
The same test is administered to children of four levels : 2nd, 4th, 6th
and 8th grades.
Modification of the graphic aspect brings about a decrement in the
number of correct recognitions, which is larger for the younger age groups
and the less meaningful words.
Furthermore, the number of correct recognitions is always inversely
related to meaningfulness. Results suggest the hypothesis of two memories :
a semantic and a non-semantic one.
Selon Adams (1967) deux hypothèses peuvent être avancées
pour rendre compte de la reconnaissance.
La première est appelée « hypothèse de la trace mémorielle »
(« memory trace hypothesis »). Selon cette hypothèse, il n'existe
qu'un seul système de mémoire (avec deux compartiments ;
à court et à long terme). Le rappel et la reconnaissance sont des
indicateurs d'une même trace.
La deuxième est appelée « hypothèse de la trace perceptuelle »
(« perceptual trace hypothesis »). On postule alors l'existence de
deux systèmes de mémoire (pouvant tous deux comporter le 466 MÉMOIRES ORIGINAUX
compartiment à court terme et le compartiment à long terme).
La mémoire de rappel repose sur des traces dites mémorielles
formées lors de l'apprentissage de la réponse. La mémoire de
reconnaissance repose sur d'autres traces dites perceptuelles :
l'exposition à un stimulus provoque une trace qui persiste après
la disparition de celui-ci. Cette trace perceptuelle est rapportée
au concept de familiarité développé par Noble (1953, 1954, 1963).
Sa force dépend du nombre d'occurrences du stimulus en tant
que tel, indépendamment des réponses qui peuvent lui être
attachées.
Adams considère qu'il y a une certaine évidence expéri
mentale en faveur de l'existence séparée de ces deux sortes de
traces, mais qu'elles doivent toutes deux être impliquées dans les
activités de reconnaissance.
Si tel est le cas, on conçoit qu'il soit malaisé de dissocier
leurs effets pour faire leur part respective. D'un côté, il est pro
bable que la reconnaissance intervient dans le rappel au niveau
des stimulus présentés et des réponses produites. D'un autre
côté, des phénomènes de rappel doivent ordinairement se produire
au moment des tests de reconnaissance et les faciliter. En effet,
les stimulus verbaux peuvent être répétés et l'on sait (cf. Gibson
et Gibson, 1955) que les stimulus non verbaux sont souvent
l'objet de labels ou de commentaires susceptibles de
rappel. L'épreuve expérimentale consisterait à faire en sorte que
l'une ou l'autre de ces deux traces ne puisse pas jouer. Comme,
dans l'état actuel des choses, elles ne sont pas directement mani-
pulables, on peut songer à modifier une caractéristique des
stimulus entre leur présentation et leur représentation dans une
épreuve de reconnaissance tout en gardant les autres constantes.
Les stimulus verbaux se prêtent au moins partiellement à
cette manipulation. En effet, un mot présente trois sortes de
propriétés : 1) des propriétés physiques en tant que stimulus
auditif (mot parlé) ou visuel (mot écrit) ; 2) des propriétés
sémantiques liées à sa signification ; 3) des propriétés découlant
du fait que tout mot peut être produit en tant que réponse
phonétique ou graphique. Les propriétés sémantiques sont
indépendantes de la forme selon laquelle se présente un mot.
De plus, on peut admettre que les propriétés 1, appréhendées
par l'activité perceptive, sont surtout en rapport avec d'éven
tuelles traces perceptuelles et que les 2 et 3, découlant
des apprentissages linguistiques, sont surtout en rapport avec R. CHAMPAGNOL 467
d'éventuelles traces mémorielles. La manipulation de ces pro
priétés, si elle affecte les réponses des sujets, peut fournir des
indications en fa,veur de l'une ou de l'autre des hypothèses
avancées pour rendre compte de la reconnaissance. Si l'hypo
thèse postulant deux sortes de traces apparaissait plus probable
on pourrait, en outre, essayer d'apprécier le rôle respectif des
traces mémorielles et des traces perceptuelles.
Une expérience de Davis (1967), reprenant une recherche
de Underwood (1965) et bien que se situant dans un contexte
théorique différent, peut être rattachée à ce problème. Il pré
sente, par écrit, un par un, des items d'une liste à des sujets dont
la tâche consiste à indiquer si l'item est déjà apparu auparavant
dans la liste. Parmi ces items, il y a des homophones ayant des
significations différentes (comme « steak » et « stake ») et des
homophones ayant des graphies différentes, mais une même
signification (comme les nombres écrits en lettres ou en chiffres,
« twelve » et « 12 »). Seul le dernier cas est pertinent à notre propos.
Les items critiques entraînent un plus grand nombre de fausses
reconnaissances que des items contrôle occupant une position
identique. Ce résultat pourrait être avancé contre l'existence de
traces perceptuelles, puisque la modification de la structure
perceptive de l'item entre sa présentation sous une forme et sa
représentation sous une autre a échappé aux sujets.
De leur côté Felzen et Anisfeld (1970), avec une procédure
analogue à celle d'Underwood et de Davis, utilisent cinq sortes
de termes critiques qui sont, par rapport aux mots déjà présentés :
1) des synonymes fortement associés ; 2) des synonymes faibl
ement associés ; 3) des antonymes fortement associés ; 4) des
antonymes faiblement associés ; 5) des mots rimant avec eux.
Cette expérience, présentée dans le contexte théorique des
recherches génétiques sur la généralisation phonétique et sémant
ique, est réalisée avec des élèves des grades 3 et 6. Chez les sujets
les plus âgés, le nombre de fausses reconnaissances pour tous les
termes critiques (sémantiquement et phonétiquement appa
rentés aux mots déjà présentés) est signifîcativement plus élevé
que celui des termes contrôle ; pour les plus jeunes seuls les termes
critiques apparentés phonétiquement et les synonymes fort
ement associés produisent signifîcativement plus de fausses
reconnaissances. Les auteurs en concluent que les mots ne sont
pas codés en tant qu'entités globales, mais selon leurs différents
attributs (« in terms of their feature composition », p. 164). MÉMOIRES ORIGINAUX 468
Si, au lieu des caractéristiques des mots, on considère l'acti
vité correspondante des sujets, on peut songer à la possibilité
de modes de codage différents, pouvant être mis en rapport avec
les hypothèses de trace mémorielle et de trace perceptuelle. Les
fausses reconnaissances « sémantiques » pourraient être attribuées
principalement à des propriétés d'une trace mémorielle et les
fausses « phonétiques » principalement à des
propriétés d'une trace perceptuelle. L'expérience de Felzen et
Anisfeld suggère en outre que le rôle de la trace mémorielle
deviendrait plus important au cours du développement génétique.
En prenant en compte les hypothèses théoriques d'Adams
et les résultats de ces deux recherches, on a conçu une expérience
basée sur les principes suivants : 1) modifier l'aspect perceptif
de mots entre leur présentation et leur représentation lors du
test de reconnaissance ; 2) utiliser des mots choisis à différents
degrés de signifîcativité ou valeur sémantique ; 3) répéter
l'expérience avec des sujets de différents âges.
La modification de l'aspect perceptif des mots devrait
entraîner une diminution du nombre de reconnaissances cor
rectes si la reconnaissance mettait effectivement en jeu des
traces perceptuelles. D'un autre côté, si des traces mémorielles,
que l'on admet être surtout en rapport avec les propriétés sémant
iques des mots, interviennent dans la reconnaissance, la modif
ication de l'aspect perceptif des mots doit être plus marquée
lorsque leurs propriétés sémantiques sont moins développées.
Deux moyens nous semblent propres pour faire varier l'i
mportance relative des propriétés sémantiques. Le premier est
d'utiliser des mots choisis à différents degrés de signifîcativité.
Pour cela on peut prendre des mots artificiels non significatifs
et des mots naturels significatifs ; parmi ces derniers, en consi
dérant avec Guiraud (1954) que le nombre de significations d'un
mot est proportionnel à sa fréquence, on obtient différents
degrés de signifîcativité en choisissant des mots dans différentes
bandes de fréquence. Le deuxième moyen de faire varier l'i
mportance relative des propriétés sémantiques des mots est de
répéter l'expérience avec des enfants d'âges différents. Des recher
ches comme celles de Riess (1946), de Rice et Di Vesta (1965),
de Champagnol (1969), de Felzen et Anisfeld (1970) montrent,
en effet, qu'au cours du développement génétique les propriétés
sémantiques des mots prennent le pas sur leurs propriétés phy
siques d'abord dominantes. R. CHAMPAGNOL 469
EXPÉRIENCE
MATÉRIEL
On a trois ensembles de 45 mots chacun. Le premier ensemble, A,
est constitué de mots fréquents : rang 55 à 245 de la table de Gougenheim,
Michéa, Rivenc et Sauvageot (1964). Le deuxième, B, est constitué de
mots moins fréquents : rang 957 à 1063 de la même table. Le troisième,
G, est constitué avec des anagrammes, à quelques modifications près,
des mots de A. Ces anagrammes sont construits de façon à ne pas
être des mots français réels, mais à avoir une structure phonético-
graphique aussi « française » que possible, d'après l'appréciation de
juges1.
Des 45 mots d'un ensemble sont extraits 15 mots. Ceux-ci sont
d'abord présentés seuls (présentation), écrits sur une colonne verticale
à la gauche de la première page d'un carnet en comprenant 16 (fo
rmat 21x30). Sur la page suivante (représentation), ces 15 mots se
retrouvent mélangés aux 30 autres, l'ensemble disposé en 3 colonnes
de 15 mots chacune.
On prépare deux sortes de carnets. Pour une moitié, carnets expé
rimentaux, les 15 mots de la page présentation sont écrits en caractères
dactylographiés « Prestige Elite » minuscules et les 45 mots de la page
représentation, servant au test de reconnaissance, le sont en « Light
Italie » majuscules. Pour l'autre moitié, carnets contrôle, les mots sont
toujours écrits en caractères « Prestige Elite » minuscules.
On dispose ainsi de 6 carnets différents : Al (contrôle) et A2 (expé
rimental), Bl (contrôle) et B2 (expérimental), Cl et C2
rimental).
Chaque carnet comprend 8 pages de présentation et 8 pages de repré
sentation, permettant 8 essais de reconnaissance. Les mêmes mots
critiques et les mêmes mots nouveaux sont repris à chaque page, mais
dans un ordre toujours aléatoire.
PROCÉDURE
Pour les pages de présentation, les sujets sont invités à « examiner
attentivement les mots, de façon à pouvoir les reconnaître » ultérieu
rement. Il est laissé 45 s au CEI, 35 au CMl, 30 en 6e, 25 en 4e.
Pour les pages de représentation, on demande aux sujets de souligner
les mots qu'ils ont déjà vus à la page précédente. Il est laissé 1 mn 45 s
au CEI, 1 mn 30 s au CMl, 1 mn 20 s en 6e, 1 mn 15 s en 4e. La passation
est collective. Les 8 essais se suivent sans autre interruption que celle
nécessaire au rappel des consignes.
1. Par exemple « heure » donne « hurel », tableau « bélateau », inviter
« intiver », guide « duige », etc. 470 MÉMOIRES ORIGINAUX
Pour éviter, dans la mesure du possible, que les listes de mots soient
apprises, il a fallu limiter de façon sévère les temps, surtout ceux de
présentation. Ils ont été déterminés empiriquement avec des groupes
de quelques sujets exclus ensuite de l'expérience. Pour cela on a donné
le matériel et les consignes tels que dans l'expérience et l'on a noté le
temps nécessaire pour qu'au moins 9 sujets sur 10 aient effectué la tâche
demandée au premier essai. Pour la commodité du chronométrage, le
temps a été ramené au multiple de 5 le plus proche.
SUJETS
L'expérience nécessite 6 groupes de sujets pour chaque niveau d'âge
scolaire1 : A expérimental et A contrôle, B expérimental et B contrôle,
G expérimental et G contrôle. On a pris 14 sujets par groupe, soit 84 élèves
en classes de CEI, 84 en CMl, 84 en 6e, 84 en 4e, au total 336 sujets.
HYPOTHÈSES
Reconnaissances correctes
On s'attend à ce que :
1) Les reconnaissances correctes soient moins nombreuses
dans la condition expérimentale (avec changement de graphisme)
que dans la condition contrôle (sans de graphisme),
soit A2 < Al, B2 < Bl, C2 < Cl.
2) La perte due au changement de graphisme soit d'autant
plus forte que le matériel est moins significatif, soit :
Al — A2 < Bl — B2 < Cl — C2.
3) Cette perte soit d'autant plus forte que les sujets sont
plus jeunes, soit CEI > CMl > 6e > 4e.
4) La reconnaissance soit d'autant plus facile que les mots
sont plus significatifs, soit A > B > C.
Fausses reconnaissances
On peut penser que la modification de l'aspect perceptif des
mots, en rendant la reconnaissance plus difficile, va entraîner
secondairement un accroissement du nombre de fausses recon
naissances plus ou moins fort selon les cas et que se vérifient les
hypothèses 2, 3, 4 ci-dessus.
1. L'expression « âge scolaire » se réfère au fait qu'on a pris les sujets
des groupes naturels constituant des classes de CEI, CMl, 6e et 4e, qui
diffèrent à la fois par l'âge (âges théoriques 7 à 8, 9 à 10, 11 à 12, 13 à 14 ans)
et par le niveau scolaire. R. CHAMPAGNOL 471
RÉSULTATS
RECONNAISSANCES CORRECTES
1. Effets de la variable « graphisme »
Les figures 1, 2, 3 présentent le nombre moyen inter-sujets
et inter-essais de reconnaissances correctes en fonction de l'âge
scolaire et selon le degré de significativité des mots. Pour l'e
nsemble des sujets, le changement de graphisme entraîne une
RC
O— OC2
Fig. 1 Fig. 2 Fig. 3
Fig. 1, 2, 3. — Nombre moyen inter-sujets et inter-essais des reconnais
sances correctes (R.C.) sans (1) et avec (2) changement de graphisme pour
les 3 degrés (A, B, C) de significativité des mots en fonction des 4 niveaux
d'âge scolaire.
diminution significative du nombre de reconnaissances correctes
(F = 6,81) P .< -01). Au CEI, la diminution est constatée pour
tous les mots (P < .01). Au GM1, elle n'apparaît que pour les
mots B (peu significatifs) et G (non significatifs). En 6e, aucun
effet n'est observé. En 4e, aucun effet n'est observé pour les mots
significatifs (A et B), mais une nette diminution apparaît pour
les mots C non significatifs (P < .001).
2. Effets de la variable « significativité »
Les valeurs du tableau I, nombre moyen de reconnaissances
correctes pour les degrés de significativité, montrent que le
nombre de reconnaissances correctes s'accroît lorsque la signifi- 472 MÉMOIRES ORIGINAUX
cativité diminue et ceci de façon très significative (P < .001).
Cette relation inverse entre la significativité et la reconnaissance
est observée à tous les âges scolaires.
TABLEAU I
Nombre moyen, pour tous les sujets
de reconnaissances correctes
pour les 3 degrés A, B et C de significativité
Al A2 Bl B2 Cl C2
10,57 10,38 11,07 10,19 12,50 11,28
moyenne moyenne moyenne
10,47 10,63 11,89
3. Ages scolaires
Le nombre de reconnaissances correctes croît dans l'ensemble
avec l'âge (P < .001), surtout entre le CEI et le CM1.
4. Essais
Le nombre de reconnaissances correctes croît avec les essais
(P < .001), particulièrement jusqu'au 6e essai.
FAUSSES RECONNAISSANCES
Le changement de graphisme est sans effet sur le nombre
de fausses reconnaissances dans tous les cas. Le tableau II donne
leur nombre moyen selon les catégories de mots et les âges
scolaires.
Les mots A tendent à produire plus de fausses reconnais
sances que les autres catégories de mots (P < .01). Les mots B
n'en produisent pas plus que les mots C. L'effet le plus syst
ématique dépend de l'âge. Le nombre de fausses reconnaissances
est d'autant moins élevé que les sujets sont âgés (P < .01).
TABLEAU II
Nombre moyen de fausses reconnaissances
pour les mots très (A), peu (B) et non (C) significatifs
et les 4 âges scolaires
ABC Moyennes
CEI 2,61 0,81 1,75 1,72
CM1 1,86 1,32 0,97 1,38
6e 1,02 1,08 1,70 1,13
4e .. 1,05 0,78 0,70 0,84
Moyennes 1,63 1,00 1,18 1,27 R. CHAMPAGNOL 473
DISCUSSION DES RÉSULTATS
Deux résultats doivent retenir particulièrement notre
attention.
On considérera, en premier lieu, les effets de la variable
graphisme en rapport avec les effets des variables signifîcativité
et âge des sujets.
L'hypothèse principale, selon laquelle le changement de
graphisme entraînerait une diminution du nombre de reconnais
sances correctes plus importante lorsque les mots sont moins
significatifs et de façon plus nette chez les sujets les plus jeunes
se vérifie, bien que de façon moins nette qu'attendue. Il se peut
que l'exception observée pour les élèves de 6e, pour qui la variable
graphisme est inopérante, soit due à une faiblesse relative du
groupe expérimental Cl (voir fig. 3).
Les résultats sont en faveur de l'hypothèse selon laquelle
deux sortes de mécanismes sont impliqués dans la reconnaissance.
Les premiers sont en rapport avec l'activité perceptive, puisque
une modification des propriétés physiques des stimulus s'avère
perturber leur fonctionnement. Nous pouvons les rapporter
aux traces perceptuelles. Les deuxièmes reposent sur les pro
priétés sémantiques des mots, puisque la perturbation entraînée
par le changement d'aspect perceptif diminue et même disparaît
lorsque les mots sont très significatifs ou lorsque, avec le déve
loppement génétique des sujets, les propriétés sémantiques des
mots deviennent prédominantes par rapport à leurs propriétés
physiques.
Le deuxième résultat à retenir est le fait que les mots sont
d'autant mieux reconnus qu'ils sont moins significatifs : les mots C,
non significatifs, sont nettement mieux reconnus que les mots
significatifs A et B et, parmi ces derniers, les B tendent à l'être
mieux que les mots A considérés comme plus significatifs parce
que plus fréquents. Gorman (1961), Shepard (1967) obtiennent
des résultats semblables : les mots fréquents (tables de Thorndike-
Lorge) sont moins bien reconnus que des mots moins fréquents.
Comment expliquer ces résultats qui sont en contradiction
flagrante avec l'idée ordinairement admise que la reconnaissance
dépend de la familiarité, variable que l'on sait fortement liée
avec la fréquence (Fraisse, Noizet et Flament, 1963) ? Gorman et
Shepard avancent l'hypothèse d'interférences pro- ou rétro
actives d'autant plus fortes que les mots sont fréquents. Cette

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