Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Histoire et fonction de la direction des Beaux-Arts (1870-1905) - article ; n°93 ; vol.26, pg 39-50

De
13 pages
Romantisme - Année 1996 - Volume 26 - Numéro 93 - Pages 39-50
Héritière de la Surintendance générale des Bâtiments du roi et des Arts et Manufactures, la direction des Beaux-Arts n'acquiert son autonomie et son unité que sous la IIIe République. Institution clé du système des Beaux-Arts, elle est le pivot des relations entre l'art et l'Etat. Placée entre responsabilité ministérielle et contrôle parlementaire, elle définit sa théorie du service public. Quel homme placer à sa tête, à la croisée des chemins des artistes, des gestionnaires, des politiques ? Les profils des différents directeurs permettent de dégager une tendance générale à la professionnalisation, le Directeur incarnant le nouveau modèle culturel des élites administratives de la république bourgeoise et libérale.
Inherited from the Surintendance générale des Bâtiments du roi et des Arts et Manufactures, the direction of the Beaux-Arts gained its full autonomy and unity during the Third Republic. This major institution of the Beaux-Arts System is the main interlocutor between Art and State. Between ministerial's responsabilities and parliamentary control, the Beaux-Arts direction defined its own theory on public services. What man was to be the head of this direction ? An artist ? An administrator ? A politician ? Someone who gathered the qualifies of those three professions, or even someone with a completely different background ? The profiles of the successive directors answer those questions. They enable us to underline a general tendancy towards professionalization, the director being the new cultural model of the Bourgeois and liberal Republic.
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Voir plus Voir moins

Mme Marie-Claude Genet-
Delacroix
Histoire et fonction de la direction des Beaux-Arts (1870-1905)
In: Romantisme, 1996, n°93. pp. 39-50.
Résumé
Héritière de la Surintendance générale des Bâtiments du roi et des Arts et Manufactures, la direction des Beaux-Arts n'acquiert
son autonomie et son unité que sous la IIIe République. Institution clé du système des Beaux-Arts, elle est le pivot des relations
entre l'art et l'Etat. Placée entre responsabilité ministérielle et contrôle parlementaire, elle définit sa théorie du service public.
Quel homme placer à sa tête, à la croisée des chemins des artistes, des gestionnaires, des politiques ? Les profils des différents
directeurs permettent de dégager une tendance générale à la professionnalisation, le Directeur incarnant le nouveau modèle
culturel des élites administratives de la république bourgeoise et libérale.
Abstract
Inherited from the Surintendance générale des Bâtiments du roi et des Arts et Manufactures, the direction of the Beaux-Arts
gained its full autonomy and unity during the Third Republic. This major institution of the Beaux-Arts System is the main
interlocutor between Art and State. Between ministerial's responsabilities and parliamentary control, the Beaux-Arts direction
defined its own theory on public services. What man was to be the head of this direction ? An artist ? An administrator ? A
politician ? Someone who gathered the qualifies of those three professions, or even someone with a completely different
background ? The profiles of the successive directors answer those questions. They enable us to underline a general tendancy
towards professionalization, the director being the new cultural model of the Bourgeois and liberal Republic.
Citer ce document / Cite this document :
Genet-Delacroix Marie-Claude. Histoire et fonction de la direction des Beaux-Arts (1870-1905). In: Romantisme, 1996, n°93. pp.
39-50.
doi : 10.3406/roman.1996.3125
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/roman_0048-8593_1996_num_26_93_3125Marie-Claude GENET-DELACROIX
Histoire et fonction
de la direction des Beaux- Arts (1870-1905)
Institution républicaine, la direction des Beaux-Arts est en réalité l'héritière de
l'ancienne et prestigieuse Surintendance générale des Bâtiments du Roi et des Arts et
Manufactures, créée en 1664 puis dirigée par Colbert. Sa gestation administrative et
politique a été longue, et elle n'a véritablement acquis son autonomie et son unité que
sous la Troisième République ', en définissant sa théorie du service public et une nou
velle méthode de gestion et d'organisation de ses services et de ses bureaux, dont il
n'est possible de saisir la logique complexe que sur le long terme. Il serait trop long
d'évoquer son œuvre importante et originale, mais il est hors de doute qu'elle doit
beaucoup à la qualité et à la compétence des hommes qui ont été à sa tête et auxquels
nous nous intéresserons ici : Charles Blanc, Philippe de Chennevières, Eugène
Guillaume, Albert Kaempfen, Paul Mantz, Jules-Antoine Castagnary, Gustave
Larroumet, Henri Roujon et Henri Marcel, qui se sont succédé de 1870 jusqu'à 1905,
date à laquelle fut créé le sous-secrétariat des Beaux- Arts pour l'artiste et homme
politique Etienne Dujardin-Beaumetz, qui se passera des services d'un directeur des
Beaux-Arts. La fonction et le poste ne seront ensuite recréés qu'en 1919 pour Paul
Léon qui en assumera la charge jusqu'en 1933.
Les Beaux-Arts, apanage traditionnel de la couronne et du monarque, se transfo
rment progressivement après la Révolution en service public, au même titre que
l'Instruction publique. La Ille République leur a conféré un statut d'autonomie dans le
cadre d'un service public culturel, celui de l'Instruction publique et des Beaux-Arts.
La réforme du Conseil d'Etat ayant rendu l'administration indépendante du pouvoir
politique 2, la dichotomie entre pouvoir politique et pouvoir administratif s'affirme
après la réforme de l'Université et les différentes réformes de l'enseignement qui
confortent dans les années 1880-90 l'autonomie du pouvoir intellectuel et de son pro
longement qu'est le pouvoir administratif \ La IIP République s'est donc ici consti
tuée l'héritière de la monarchie.
Autonomie et unité de l'administration des Beaux- Arts
Comme l'ensemble de française, l'administration des Beaux- Arts
a été « républicanisée » lorsque le Conseil d'Etat s'est vu attribuer des nouveaux pou
voirs de contrôle de l'action publique et de garantie des droits individuels des citoyens 4
1. M.C. Genet-Delacroix, Art et Etat sous la Ille République. Le système des Beaux-Arts 1870-1940,
Publications de la Sorbonne, 1992, p. 166-169. Voir sur l'action de l'Etat en matière de peinture de 1870
à 1914 : P. Vaisse, La IIIe République et les peintres, Paris, Flammarion, 1995.
2. Le Conseil d'Etat, son histoire à travers les documents d'époque : 1799-1974 (Histoire de l'administ
ration française), Paris, Ed. du C.N.R.S., 1974.
3. Ch. Charle, La République des universitaires, Seuil, 1994.
4. Le Conseil d'Etat..., op. cit.
ROMANTISME n° 93 (1996-3) 40 Marie-Claude Genet-Delacroix
par une réforme qui consacrait l'autonomie du pouvoir administratif par rapport aux
pouvoirs politique et judiciaire. Une nouvelle philosophie s'instaure alors à la direc
tion des Beaux-Arts, qui légitime de 1870 à 1905 sa politique et sa fonction par une
nouvelle conception libérale avant d'évoluer vers une vision plus démocratique de
l'utilité sociale des Beaux- Arts et de promouvoir de nouveaux corps de professionnels
de la gestion et de la connaissance des arts et du patrimoine 5. Un rapport rédigé en
1874 et déposé à la Chambre le 8 septembre 1875 par le député Charton, membre du
conseil supérieur des Beaux- Arts et ami du ministre de l'Instruction publique Jules
Simon, expose les fondements de ces nouvelles conceptions 6. La démonstration de
Charton, après une petite leçon de « science administrative » au goût du jour, repose
sur l'idée que, pour l'essentiel, les Beaux-Arts dépendaient auparavant de la maison
du chef de l'Etat, « moins comme un service public que comme une... mise en scène
de la puissance souveraine ». C'est en fait le problème de la notion de service public,
alors en pleine évolution, qui est au cœur de la réflexion : au problème théorique
s'ajoutent ceux qui découlent de la nature et de la finalité socio-esthétique des Beaux-
Arts dans un régime libéral et démocratique tel que celui qui est alors en pleine
construction. Les hommes de la Ille République s'efforcent de concilier la souverai
neté de la puissance publique et l'absolu de la liberté individuelle 7, et leur conception
de l'art est influencée par ce grand débat et par les contradictions dans lesquelles ils
se débattent. Dans une thèse de doctorat en droit publiée en 1913, Le Chartier expr
ime bien l'antagonisme entre l'intérêt public et intérêts privés qui est l'une des carac
téristiques de l'administration des Beaux-Arts :
Si le service des Beaux-Arts ne touche à aucun intérêt public absolument essentiel tel
que l'instruction publique, la défense nationale, il peut contrarier au contraire une mul
titude d'intérêts privés. Le théâtre, les salons, les commandes officielles, soulèvent de
nombreuses et difficiles questions de personnes, cachées sous des questions de principe
que la passion ou les ambitions déçues enveniment facilement. Beaucoup plus que cela
ne devrait être et qu'on ne pourrait même le supposer, la politique règne en maîtresse
en ces matières x.
La conception nouvelle du rôle de l'Etat rejaillit sur le contenu de la production
artistique. Le premier directeur des Beaux-Arts, Charles Blanc 9, déplorant que l'école
française délaisse la « grande peinture », expose ce que l'Etat doit attendre des
artistes :
La tendance de notre école à préférer l'art anecdotique, familier et purement descriptif,
nous l'avons signalée depuis longtemps, et nous n'étions pas les seuls à nous en apercev
oir, puisque le gouvernement lui-même a fondé naguère un prix de 10000 francs pour
restaurer la plus haute peinture et la sculpture de style... Au contraire, son droit est de
5. M.C. Genet-Delacroix, « Etat et patrimoine sous la Ille République : de l'amateur au professionnel
dans la gestion du Patrimoine », à paraître dans Le Patrimoine et la cité, colloque international d'Annecy,
28 au 28 septembre 1995.
6. Ce rapport est cité dans G. Larroumet, L'Art et l'Etat, Hachette, 1895, p. 294; il est reproduit dans
Genet-Delacroix, ouvr. cité, annexe 16, p. 354-356.
7. J.-P. Machelon, La République contre les libertés?, Presses de la Fondation Nationale des Sciences
Politiques, 1976, p. 14-209.
8. M. Le Chartier, De l'intervention de l'Etat dans les arts plastiques, F. Pichon et Durand Auzi&s,
1913, p. 19.
9. Charles Blanc était le fils d'un inspecteur des finances de Joseph Bonaparte comme roi d'Espagne.
Elève du célèbre graveur Calamatta, il bénéficie des relations politiques de son frère Louis Blanc et devient
une première fois directeur des Beaux-Arts sous la lie République après s'être fait une réputation de cr
itique d'art. Histoire et fonction de la direction des Beaux-Arts (1870-1905) 41
garder une haute impartialité en présence des écoles rivales et de ne pas compromettre
sa dignité dans les querelles qui ne sont d'ailleurs pas de sa compétence. Pour juger les
arts, l'Etat a un point de vue qui lui est propre, et les artistes le savent bien. Il encourag
e, ou du moins, il doit encourager, de préférence les hommes qui se sont rendus
capables de travailler à la décoration des édifices publics, ceux qui s'adonnent à la sta
tuaire typique, à l'étude du style, à la gravure d'après les maîtres, et à la gravure en
médailles, tous ceux enfin qui s'engagent dans une carrière où ne les suivront point le
goût du public, les fantaisies de la vanité ou de la mode. Les récompenses décernées par
l'Etat ont donc une valeur et une signification qui ne sont pas purement esthétiques [...]
elles s'adressent à ceux qui font de l'art pour des multitudes qui ne paient pas, et non
pas pour un très petit nombre d'amateurs qui paient très cher. Le gouvernement peut
donner sans doute la croix d'honneur à un artiste pour consacrer un succès éclatant
obtenu dans l'opinion publique, mais il la doit surtout aux peintres, aux sculpteurs, aux
graveurs, dont le talent peut servir au triomphe des idées générales, qui sont toujours les
plus généreuses l().
Institution clé du système des Beaux-Arts, la direction des Beaux-Arts est le pivot
des relations entre art et Etat. Elle s'est progressivement spécialisée depuis l'époque
héroïque de Vivant-Denon ". Officiellement directeur des Musées nationaux, celui-ci
avait dans ses attributions les expositions, les commandes, les achats, les manufact
ures, les encouragements, etc. : il exerçait, de fait, les fonctions d'un directeur des
Beaux- Arts avant l'heure. Cette direction s'est considérablement développée en tant
que service public, accroissant constamment tant ses compétences que le personnel
spécialisé de ses services et de ses commissions. La création d'une inspection général
e des Beaux-Arts au sein du ministère de l'Instruction publique renforce l'unité et
l'autonomie de la direction des Beaux-Arts dans une stratégie de développement qui
est d'abord pédagogique. Des corps d'inspection des Musées et de la Conservation
prennent ensuite le relais quand l'ancien directeur des services de l'architecture, Paul
Léon l2, accède à la direction des Beaux-Arts : la conservation du patrimoine prend
alors le pas sur l'éducation artistique dans les préoccupations officielles.
Placée entre responsabilité ministérielle et contrôle parlementaire, la direction des
Beaux-Arts développe ses moyens d'action et sa sphère d'intervention pour se doter
d'une indépendance technique et financière et faire admettre la reconnaissance sociale
de la légitimité de son action. Elle développe une « théorie du service » qu'elle oppos
e à l'ancienne théorie de l'autorité naturelle du pouvoir personnel. Mais cette théorie
du service restait ambiguë dès lors qu'elle n'était pas prescrite et validée par une ins
tance de jugement extérieure et incontestable. Le conseil supérieur des Beaux-Arts n
joue ce rôle pendant les vingt premières années du régime, relayé ensuite par les com
missions techniques créées au sein des différents services administratifs. Mais d'où
procède alors la légitimation du rôle de la direction des Beaux-Arts? D'une autre ins
tance de jugement? On pourrait alors penser au Conseil d'Etat et aux théoriciens du
droit public. D'une reconnaissance de fait et de droit qu'impose la personnalité même
de son directeur incarnant par ses qualités, son esprit, ses méthodes, l'autorité
publique? Mais cette autorité personnelle est-elle de nature morale, politique ou pro
fessionnelle? Et quelle responsabilité la justifie-t-elle? Ou enfin, procède-t-elle d'une
10. Ch. Blanc, Les Artistes de mon temps, Paris, 1876.
1 1 . P. Lelièvre, Vivant-Denon, directeur des Beaux-Arts de Napoléon. Essai sur la politique artistique
du 1er Empire, Angers, 1942.
12. Genet-Delacroix, ouvr. cité, p. 232-233.
n.Ibid., p: 15-156. 42 Marie-Claude Genet-Delacroix
conviction de son utilité assez profonde dans l'opinion et le corps social pour qu'il ne
soit plus besoin de justifier officiellement son action? Dans ce cas, le directeur serait
exposé aux « feux de la rampe », et comme les artistes dont il a la charge, livré en
pâture à la vindicte de l'opinion publique et des médias. Il faut donc distinguer, en
essayant de répondre à ces questions, les multiples facteurs qui eurent une incidence
sur l'évolution du statut et de la fonction du chef de l'administration des Beaux-Arts.
Pouvoir et fonction du directeur des Beaux- Arts
Tournons-nous d'abord vers les intéressés eux-mêmes qui, pour certains, laissèrent
de leur passage rue de Valois un témoignage incomparable, même s'il est subjectif, en
publiant leurs souvenirs. Chennevières l4 s'est longuement expliqué dans ses souven
irs, dessinant d'irrésistibles portraits de ses collaborateurs, dont un, particulièrement
chaleureux et sarcastique à la fois, de son prédécesseur Charles Blanc.
Paradoxalement, il ne porte aucun jugement sur sa fonction et son œuvre administrati
ve, se contentant de disserter sur sa personnalité et la profondeur de ses écrits esthé
tiques, comme si le problème de sa direction n'existait pas vraiment. Est-ce fortuit?
Non, puisque rapportant les circonstances dans lesquelles il fut lui-même nommé, il
précise qu'il imposa sa propre définition de la fonction et délimita le domai
ne de ses attributions jusqu'aux conditions de sa retraite! Il relate ainsi son entrevue
avec le représentant de Fortoul, alors ministre de l'Instruction publique :
Je fixais mes conditions..., ne pas être chargé des théâtres, à l'administration desquels
j'étais complètement étranger; laisser une large et d'ailleurs utile autonomie à la direc
tion des Musées, à laquelle j'étais attaché depuis 1846, et où il m'était difficile de com
mander impérieusement à des hommes dont j'étais fier d'avoir été l'élève; enfin, avant
tout, me ménager le droit de rentrer dans mes fonctions de conservateur du Musée du
Luxembourg, le jour où j'aurais cessé d'être en conformité de vue avec le ministre; et
plus probablement dès que j'en aurais assez de ce terrible métier dont je prévoyais à
l'avance les perpétuelles tribulations '-\
Le ministre accepta ces conditions à l'exception de la première : il ne fallait rien
changer au cadre administratif de la direction. Mais le ministre avait pris soin de pré
ciser à Chennevières qu'il s'occuperait lui-même de traiter avec les directeurs de
théâtre.
Le ton est différent chez Larroumet l6, écrivant ses souvenirs vingt années après
l'ère Chennevières. Autant le gentleman Chennevières est une personnalité originale,
autant le professeur Larroumet apparaît comme le type même du haut fonctionnaire,
14. Charles-Philippe de Chennevières était né en 1820 à Falaise en Normandie, au sein d'une famille
anoblie aux francs-fiefs en 1741 ; son père était entré aux chevau-légers en 1777. Après avoir voyagé très
jeune et obtenu une licence en droit à Aix-en-Provence, il est entré comme surnuméraire au Musée du
Louvre en 1846 et grâce aux protections dont il jouit, il gravit rapidement les échelons de la direction des
Musées : d'abord inspecteur des Musées de province et des expositions des Beaux- Arts (1852), il devient
conservateur adjoint puis conservateur du Musée du Luxembourg. A l'invitation de Mac-Manon, il rempla
ce Charles Blanc à la direction des Beaux-Arts en 1873; il démissionnera après l'Exposition de 1878 pour
finir sa carrière comme du Musée du 11 meurt en 1899.
15. H. de Chennevières, Souvenirs..., ouvr. cité, p. 86-97.
16. Genet-Delacroix, ouvr. cité, p. 174-178; Gustave Larroumet, né d'un père ancien officier à
Gourdon dans le Lot en 1 852 est un agrégé de grammaire ; spécialiste de Marivaux auquel il a consacré sa
thèse, il sera après son passage à la direction des Beaux- Arts (1888-1891) professeur de littérature française
à la Sorbonne. Voir notice dans Ch. Charle, Les Professeurs, I, 1809-1908, C.N.R.S., 1985, p. 113-114. Histoire et fonction de la direction des Beaux-Arts (1870-1905) 43
figure certes plus courante jusque-là dans les services administratifs prestigieux assu
rant les fonctions régaliennes d'ordre public (Intérieur, Justice, Armées, Affaires
étrangères...) que dans l'administration des Beaux- Arts qui doit son originalité à son
objet même, les Beaux-Arts, et au rôle économique et social que jouent les profes
sionnels de l'art à tous les niveaux. L'action et la responsabilité des pouvoirs publics
dans ce domaine ne peuvent en effet se déployer de la même façon qu'ailleurs.
Gustave Larroumet, administrateur modèle, est un inconditionnel du conseil supérieur
des Beaux-Arts, auquel il attribue un rôle déterminant dans la diffusion et la recon
naissance de la théorie du « service public ». Or, il estime que dans le domaine des
Beaux-Arts cette est encore insuffisamment reconnue en 1895 :
l'administration des Beaux-Arts a poursuivi sans arrêt le changement de ses vieilles
habitudes, avec plus de sincérité et d'esprii libéral qu'on n'en aurait jamais pu attendre
d'un corps de fonctionnaires longtemps plies à d'autres errements. Son ancien personn
el, celui de la Surintendance, s'est éliminé avec le temps; le recrutement du nouveau
est devenu moins fantaisiste. On ne regrette plus au Palais-Royal le temps où le caprice,
s'exerçant en haut sur les Beaux-Arts, laissait en bas une grande marge d'arbitraire à
quiconque s'occupait d'art au nom de l'Etat. Là, comme ailleurs, la démocratie est ser
vie avec dévouement l7.
Hostile par ailleurs au régime des partis, dont il dénonce les mœurs électorales et
aux politiciens égoïstes, redoutant les faiblesses de fonctionnaires exposés à la tenta
tion, il n'est pas sans inquiétude sur les capacités de l'administration à accomplir sa
tâche :
Je ne dis pas que maintenant tout y soit pour le mieux. Tant qu'il y aura des partis, de
l'égoïsme chez les hommes politiques et, chez les fonctionnaires, le désir de servir eux-
mêmes en servant l'Etat, les Beaux- Arts seront un but de sollicitations et de petites pra
tiques inspirées par l'intérêt personnel. Ils peuvent être une source de libéralités
personnelles ou un moyen de complaisance politique; ils offrent des satisfactions de
vanité et des occasions de plaisir. Tout ce que peut leur organisation générale, c'est res
treindre la part du feu IS.
Mais au total, il n'en dresse pas moins un bilan élogieux de l'œuvre d'une admin
istration enfin efficace :
A cette heure, les bureaux de la rue de Valois, jadis irréguliers et peu laborieux, ne
conservent que le minimum inévitable de la fâcheuse originalité que leur avaient valu
jadis des nécessités plus fortes qu'eux. Ils ont les qualités et les défauts de l'administra
tion française en général. D'un côté, ils profitent du contrôle parlementaire; de l'autre,
ils restreignent les effets dangereux du parlementarisme, dont les plus graves, avec les
impôts électoraux, sont l'instabilité ministérielle et la désorganisation des services par
des votes de caprice, rendus à la légère sous prétexte de réforme. Ils sont économes et
paperassiers; ils travaillent lentement et bien l9.
Grâce à ce bon fonctionnement général et à cette sorte de normalisation, le direc
teur a une liberté d'action suffisante 2(), mais Larroumet regrette qu'il reste encore
exposé à devenir « la cible vivante » de tous les détenteurs de la parole publique : ses
collègues de l'Instruction publique ou de l'Armée ont pu faire une œuvre gigantesque
de réorganisation sans subir les avanies qui lui ont été infligées au cours de ses trois
17. G. Larroumet, ouvr. cité, p. 296.
18. Ibid., p. 296-297.
19. Ibid.
20. Ibid., p. 229. 44 Marie-Claude Genet-Delacroix
années de directorat. II est vrai qu'avant d'être directeur il avait été chef de cabinet du
ministre de l'Instruction publique Lockroy, ce qui lui a donné une certaine expérience
et lui permet de reconnaître le caractère exceptionnel de la fonction de directeur des
Beaux -Arts :
II est plus exposé aux accidents dangereux du pouvoir et moins couvert par son ministre
que la plupart des chefs de service. Outre l'attrait que les Beaux-Arts exercent sur tous
les représentants de l'opinion, depuis le député à systèmes jusqu'au journaliste à potins,
le directeur des Beaux-Arts doit compter avec tous les ennuis que chaque jour suscite,
dans un pays où les Chambres et la presse ont tous les droits de libre discussion. Il lui
faut beaucoup payer de sa personne et, plus il agit, plus il sert de cible 21.
En fait, Larroumet met bien l'accent sur une contradiction qui est selon lui inhé
rente à la fonction. Le directeur des Beaux-Arts est-il seulement un haut fonctionnaire?
Le domaine dans lequel s'exerce son action est si exposé à la vue du public et pas
sionne l'opinion publique à un point tel qu'il est à son corps défendant presque tran
sformé en homme politique. La citation qui suit est sans doute un peu longue et
contient des allusions à diverses affaires que les limites imparties à cet article ne me
permettent pas d'élucider, mais elle éclaire de l'intérieur l'un des aspects essentiels de
la « pré-histoire » du ministère de la Culture. Fort de son expérience personnelle,
Larroumet s'y montre sensible à la spécificité de la position de l'artiste par rapport à
celle du professeur :
En matière d'art, les questions de personnes sont particulièrement nombreuses et diffi
ciles. En général, un artiste [...] provoque des sollicitations, ou même des mouvements
d'opinions, que les simples professeurs évitent à leur chef. Il en est de même pour les
questions de principe ou de fait. Alors [...] que le déplacement d'un professeur amène
rarement une interpellation, il faut toujours compter, au Palais-Royal, sur les discussions
de presse ou de tribune provoquées par des incidents comme Coquelin, la question du
Thermidor et la couronne du monument Henri Regnault. Le théâtre, la politique et la
patriotisme, trois motifs inégaux de passions vives touchent aussi souvent aux Beaux-
Arts qu'ils touchent rarement à l'Instruction publique. En pareil cas, le directeur des
Beaux-Arts est journellement mis en jeu. Ce n'est pas juste. Il n'a pas toujours provo
qué ou décidé lui-même les mesures qui, huit jours durant, passionnent la presse et les
Chambres 22. Si l'on s'en prend à lui, c'est que l'opinion est simpliste. Elle lui attribue
une autorité supérieure à celle dont il dispose. Sa fonction est considérable et en vue.
Cela suffit pour qu'on le suppose très puissant. Ni au ministère de l'Intérieur, ni au
ministère des Affaires étrangères, les plus exposés aux indicents journaliers, les chefs de
service ne courent au même degré de pareilles aventures.
Là c'est le ministre qui assume toutes les responsabilités parce qu'il les exerce toutes.
Aux Beaux-Arts, le voulût-il qu'il ne le pourrait pas toujours. D'abord, parce que le
ministre des Beaux-Arts est en même temps ministre de l'Instruction publique [...] Il se
pourrait que d'ici quelques années, le même ne pût suffire aux deux départe
ments. Pour prendre des mesures politiques, en calculer la portée et les défendre, il faut
un homme politique.
Or, le directeur des Beaux- Arts ne l'est pas et ne doit pas l'être; il n'a que par excep
tion l'accès de la tribune et, même alors, il ne parle pas en son nom; il est simple com
missaire du gouvernement [...] Le ministre ne voit dans les Beaux-Arts qu'une cause
d'ennuis, un fagot d'épines, et il laisse faire le directeur [...] D'autres fois, il s'occupe
21. Ibid., p. 300.
22. Allusion à l'affaire Rodin : voir A.N. F 2I 4404 et 4758 pour les procès-verbaux des neuf sessions
de la commission des travaux d'art consacrées à l'affaire; voir note 32 infra. Histoire et fonction de la direction des Beaux-Arts (1870-1905) 45
volontiers des Beaux-Arts, il risque de s'en occuper trop, car la besogne y est non seu
lement délicate, mais technique et y introduire la politique, ce serait revenir aux vieux
procédés de l'Ancien Régime et de la Surintendnce 23.
Victime de l'affaire Rodin 24, à l'origine de sa disgrâce auprès de Léon Bourgeois
en octobre 1891, Larroumet sait évidemment de quoi il parle. La situation faite au
directeur des Beaux-Arts est fausse : il a à la fois trop et pas assez d'autorité. Même
s'il agit avec suffisamment de liberté, il ne peut jamais prévoir les conséquences de
son action tant les variations de l'opinion publique sont susceptibles de donner une
ampleur inattendue et imprévisible et une gravité insoupçonnée à la moindre de ses
décisions. Surtout, il se débat entre l'administratif et le politique : là réside le problè
me essentiel de la direction des Beaux-Arts.
En 1905, Dujardin-Beaumetz 25 choisit quant à lui de se passer d'un directeur des
Beaux-Arts, s'estimant compétent en tant qu'artiste pour exercer lui-même la direc
tion et la gestion du patrimoine artistique, mais il n'en fut pas de même de ses prédé
cesseurs et de ses successeurs, tous hommes politiques avant d'être gestionnaires ou
artistes. Et certains artistes n'ont pas caché dans leur journal que leur préférence allait
à un directeur gestionnaire plutôt qu'à un homme politique 26. Le témoignage de Paul
Léon est à cet égard utile, car il a vu défiler cinquante-huit ministres de l'Instruction
publique pendant qu'il a été chef de cabinet du sous-secrétaire d'Etat Dujardin-
Beaumetz puis directeur : il resta en effet trente ans rue de Valois où il dut supporter
douze sous-secrétaires d'Etat jusqu'à son remplacement par Bollaert en janvier 1933.
Il définit ainsi dans ses mémoires la complexité de sa fonction :
A vrai dire, c'est chose difficile. Le directeur des Beaux-Arts est une sorte de touche-à-
tout, un véritable Protée, son domaine est fort étendu : théâtres, concerts, écoles,
musées, achats et commandes, construction et restauration de bâtiments. Le programme
de son action est immense. La réalité le dépasse. Solennités, commémorations, visites
de souverains, autant de tâches qui lui incombent. De là, beaucoup d'imprévu dans le
cours même de la journée, l'ubiquité nécessaire, la décision immédiate, aucun temps
pour faire oraison, l'appel impérieux de l'incident qui surgit au moment inattendu. Dans
cette disposition d'esprit, l'obligation de résoudre maintes questions techniques et finan
cières [...] Il faut passer à tout moment du peintre à l'ingénieur, de l'acteur à l'électri
cien, de la danseuse au comptable, et changer à tout moment de compartiments et de
thèmes. Bon à tout faire est la devise 27.
Si les attributions du directeur général des Beaux-Arts ont en effet gagné en exten
sion au cours de la IIIe République, leur cohérence ne s'est guère améliorée. Pourtant,
ce problème de l'unité et de la cohérence de la fonction du directeur n'a cessé de pré
occuper ceux qui tentent d'en rationaliser la définition. Diverses modifications et
23. Ibid., p. 301-304.
24. Genet-Delacroix, ouvr. cité, p. 93-94 et J.M. Roos, Art and Politic in the Third Republic : Rodin,
Hugo and the Pantheon, New York (Columbia), « Rodin's Monument to Victor Hugo : Art and Politics in
the Third Republic ». The Art Bulletin, dec. 1986, p. 332-353.
25. M.L. Albertini, Dujardin-Beaumetz, sous-secrétaire des Beaux-Arts, 1905-1912, mémoire de maîtri
se, Sorbonne, Paris I, I98I. Fils d'un préfet de 1848, Dujardin-Beaumetz, né en 1852, est un peintre; élève
de Cabanel et de Louis Roux, il s'est spécialisé dans les scènes militaires et son tableau Les voilà lui a valu
une mention à l'Exposition universelle de 1889. Radical, il est élu de l'Aude de 1889 à 1912. Le musée
Petiet à Limoux - Marie Petiet, elle-même peintre, était son épouse - contient les donations des familles et Dujardin-Beaumetz : voir le Catalogue du Musée Petiet, Limoux, 1986.
26. P. Landowski, Journal, archives privées.
27. P. Léon, Du Palais-Royal au Palais Bourbon, Souvenirs. Paris, 1947, p. 207. 46 Marie-Claude Genet-Delacroix
réformes, dont celle proposée par la commission du conseil supérieur des Beaux-Arts
réunie en février 1878, ont constitué officiellement l'unité de direction des Beaux-
Arts, même si les titres et fonctions du haut fonctionnaire ou de l'homme politique
chargé des Beaux- Arts ont varié. Homme politique ou fonctionnaire, le directeur des
Beaux-Arts doit-il être seul ou diriger dans un cadre collégial ? Son titre et ses attribu
tions varient : directeur de 1870 à 1878, directeur général parfois (c'est le cas en 1878
d'Eugène Guillaume, puis de Castagnary, ami de Courbet, le 26 septembre 1887) ou
les deux successivement comme le fut Paul Léon (directeur du 1er octobre 1919 au
27 décembre 1927, puis directeur général jusqu'en janvier 1933), il a aussi été secré
taire général (Louis de Ronchaud, de février 1879 à novembre 1881, Tétreau de
novembre 1881 à janvier 1882), quand existe un sous-secrétariat d'Etat aux Beaux-
Arts. Ces différences tiennent surtout à la présence ou non d'un sous-secrétaire d'Etat
aux Beaux-Arts : sa présence contribue à renforcer l'autorité du chef de l'administra
tion des Beaux-Arts, excepté le cas de Dujardin-Beaumetz, qui entraîna un renforce
ment réel du pouvoir politique du sous-ministre. En fait, ce pouvoir dépend surtout du
degré de compétence artistique et administrative du sous-secrétaire d'Etat, qui est
d'abord un politique. Jules Ferry a le premier rétabli cette fonction abandonnée depuis
la Restauration, en maintenant toutefois la présence du secrétaire général des Beaux-
Arts : le poste sera occupé à deux reprises par Etienne Turquet, puis par Jules
Logerotte et par Eugène Durand. Tous trois amis de Jules Ferry, sans compétence
artistique particulière, ils ne furent nommés à ce poste que pour renforcer l'action des
ministres de l'Instruction publique, alors en pleine bataille au Parlement pour imposer
la réforme scolaire et universitaire. Dès le dernier vote décisif emporté par Goblet en
1886, son successeur Marcelin Berthelot supprima le poste et la direction des Beaux-
Arts fut restaurée en 1887. L'administration des Beaux-Arts connut dès lors et
jusqu'en 1905 une longue période de restructuration progressive, ponctuée par
quelques décisions marquantes, comme l'institution d'un conseil d'administration à la
direction des Beaux- Arts (décret du 26 novembre 1 897) qui renforçait ainsi son aut
onomie au sein du ministère de l'Instruction publique.
L'histoire de la Direction jusqu'en 1940, permet de constater que l'essentiel des
réformes avait été alors accompli. De 1878 où fut instituée la première direction géné
rale pour le sculpteur Eugène Guillaume 28 à 1928, date à laquelle elle est à nouveau
rétablie pour le normalien Paul Léon 29, que d'évolution, tant pour les structures que
pour les hommes ! Après la Grande Guerre, une certaine instabilité résulte de la valse
des ministères : d'où un affaiblissement du pouvoir des sous-secrétaires d'Etat. Au
contraire, les directeurs des Beaux-Arts « régnent » plus longtemps : Léon et Huisman 3(),
à l'exception du court épisode Bollaert 3I, sont en place plus de vingt ans à eux deux,
tandis que défilent pendant la même période dix sous-secrétaires 32. Le pouvoir poli
tique n'en est pas pour autant amoindri car l'on assiste simultanément au développe
ment du cabinet ministériel qui se substitue au secrétariat général après le décret du
28. Genet-Delacroix, ouvr. cité, p. 360-361 (annexe 19).
29. Répartition des services de l'administration en 1927 : voir ibid., p. 362-363 (annexe 20, Annuaire
du Commerce, Bottin-Didot, 1927).
30. Georges Huisman, né à Valenciennes en 1889, est le descendant de familles alsaciennes de négo
ciants (par son père) et d'universitaires (par sa mère). Il épousa la fille d'un universitaire, Jules Wogue et
sera directeur des Beaux-Arts du 4 février 1934 au 1 1 juillet 1940.
31. Genet-Delacroix, ouvr. cité, p. 99.
32. J. Ellul, Histoire des institutions, V, 1969, Paris, p. 354. Histoire et fonction de la direction des Beaux-Arts (1870-1905) 47
30 décembre 1884 -v\ Deux carrières politique et administrative tendent en effet à se
distinguer et à se préciser alors, non sans tensions entre personnes ou services, nui
sibles à la cohérence et à l'unité de direction et de gestion administratives. Un
exemple de ces rivalités est fourni par les relations difficiles entre la direction des
Beaux-Arts et l'administration des Musées nationaux, qui, jusqu'en 1874, possédait
une grande indépendance qu'elle perd avec le décret du 6 mars 1874, suivi de celui
du 1er mars 1879 qui fait entrer les Musées nationaux dans un service intérieur à
l'administration des Beaux-Arts. Le décret du 25 juillet 1882 transforme l'administrat
eur des Musées nationaux en directeur des Musées nationaux, celui du 26 septembre
1887 le place sous la dépendance du directeur des Beaux- Arts, et celui du 5 sep
tembre 1888 sous l'autorité directe du ministre de l'Instruction publique.
Les Directeurs des Beaux- Arts, profils et carrières
Certes, il n'est pas possible ici de resituer la prosopographie des directeurs des
Beaux-Arts au sein du personnel de l'administration des Beaux-Arts. Aussi n'en ind
iquerons-nous que les grandes orientations M. Parmi les élites artistiques et administrat
ives, ils occupent une place prééminente. Les premiers directeurs appartiennent aux
catégories supérieures de la bourgeoisie et de l'aristocratie liées à la fonction
publique, tandis qu'après 1881 leurs successeurs appartiennent plutôt aux fractions
libérales de la moyenne bourgeoisie. Deux directeurs seulement, Castagnary 35 dont le
père est mégissier-marchand, et Paul Mantz 36, fils d'un négociant, représentent la
bourgeoisie marchande dont seront issus les trois quarts des administrateurs appelés,
après son rétablissement en 1919, à la direction des Beaux-Arts.
De formation à la fois juridique et artistique, les premiers directeurs (Chennevières 37,
Eugène Guillaume 38 et Albert Kaempfen w) ont cultivé en amateurs ou en profession
nels (surtout le sculpteur Eugène Guillaume qui fut aussi directeur de l'Ecole des
33. J.O., 25 février 1933, p. 1870.
34. P. Vaisse, La Ule République et les peintres, Flammarion, 1995, p. 42-45.
35. Castagnary, né à Saintes, a fait des études de droit à Paris avant d'entrer au Siècle comme critique
d'art et comme rédacteur politique. Elu en 1874 au conseil municipal de Paris, il en devient le président en
1879 : nommé alors au Conseil d'Etat, il entre à ce titre au conseil supérieur des Beaux- Arts en 1880. Cet
anticlérical notoire est nommé par Gambetta directeur des Cultes en 1 88 1 . Il a écrit en 1 883 Plaidoyer pour
un ami mort, un livre destiné à réhabiliter Courbet. Son épouse, M.A. Viteau, était peintre et il a exalté et
défendu les réalistes et les impressionnistes.
36. Né à Bordeaux, Mantz a lui aussi fait des études de droit avant de devenir journaliste (il écrit dans
L'Artiste dès 1844, puis dans L Evénement, la Revue de Paris et après 1859 dans la Gazette des Beaux-Arts
de Charles Blanc) puis d'entrer au ministère de l'Intérieur. Il succède à Ronchaud comme directeur des
Beaux-Arts (février-octobre 1882).
37. Voir note 14.
38. Eugène Guillaume, né à Montbard en 1882 dans une famille de magistrats, tout en faisant son droit,
suit des cours de sculpture dans l'atelier de Pradier. Prix de Rome à 23 ans, il est professeur (1863-1866)
puis directeur de l'Ecole des Beaux-Arts (1866-1878). Directeur des Beaux-Arts en 1878-1879, inspecteur
général du dessin, il sera ensuite professeur au Collège de France (1882-1904), à l'Ecole polytechnique et
dirigera l'académie de France à Rome (1891-1904); ce sera le premier artiste plasticien élu à l'Académie
française (en 1 898).
39. Fils d'un médecin, il a été avocat et journaliste, notamment au Rappel où il utilise le pseudonyme
de X. Feyrnet. Devenu rédacteur du Journal officiel en 1871, il devient inspecteur des Beaux-Arts en 1879.
Après sa direction des Beaux-Arts (1882-1887), il deviendra directeur des Musées nationaux.

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin