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L'Habitation rustique au pays mâconnais

De
117 pages

BnF collection ebooks - "La maison rurale est l'un des éléments pittoresques et ethnographiques les plus précieux de nos anciens pays de France, de nos petites patries provinciales. Avec la paysage et la parure naturelle de nos montagnes et de nos forêts, le cours de nos fleuves et de nos ruisseaux, l'éclat tempéré de notre ciel, l'habitation de nos paysans de France n'a pas peu contribué à rendre à notre terroir ce caractère de charme et de sympathie."

BnF collection ebooks a pour vocation de faire découvrir en version numérique des textes classiques essentiels dans leur édition la plus remarquable, des perles méconnues de la littérature ou des auteurs souvent injustement oubliés. Tous les genres y sont représentés : morceaux choisis de la littérature, y compris romans policiers, romans noirs mais aussi livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou sélections pour la jeunesse.


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À propos de BnF collection ebooks

 

BnF collection ebooks est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection fine réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF par un comité éditorial composé de ses plus grands experts et d’éditeurs, BnF collection ebooks a pour vocation de faire découvrir des textes classiques essentiels dans leur édition la plus remarquable, des perles méconnues de la littérature ou des auteurs souvent injustement oubliés.

Morceaux choisis de la littérature, y compris romans policiers, romans noirs mais aussi livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou sélections pour la jeunesse, tous les genres y sont représentés.

Éditée dans la meilleure qualité possible eu égard au caractère patrimonial de ces fonds, conservés depuis de nombreuses années par la BnF, les ebooks de BnF collection sont proposés dans le format ePub, un format ouvert standardisé, pour rendre les livres accessibles au plus grand nombre sur tous les supports de lecture.

Nous adressons ici nos chaleureux remerciements aux artistes mâconnais et tournugeois qui ont bien voulu nous prêter bénévolement leur précieuse collaboration :

M. Machard, Professeur de dessin au Lycée Lamartine, auteur de la plupart des photographies qui illustrent cet ouvrage, ainsi que MM. Luc, Destruel et Moraine. – M. Robert Daligny (Ro. Daly), de Tournus ; M. E. Violet, de Clessé ; M. Chafanel, de Mâcon, auteurs des dessins à la plume insérés dans le texte.

Introduction

La maison rurale est l’un des éléments pittoresques et ethnographiques les plus précieux de nos anciens pays de France, de nos petites patries provinciales.

Avec le paysage et la parure naturelle de nos montagnes et de nos forêts, le cours de nos fleuves et de nos ruisseaux, l’éclat tempéré de notre ciel, l’habitation de nos paysans de France n’a pas peu contribué à rendre à notre terroir ce caractère de charme et de sympathie que le proverbe germanique a si bien synthétisé dans cette expression lapidaire, sous laquelle perce du reste quelque envie : Heureux comme Dieu en France1.

Ne sommes-nous pas, en Mâconnais, dans une de ces contrées plus spécialement favorisées ? Nos maisons de vignerons, avec leur galerie où la vigne grimpe et la glycine s’enroule, ne sont-elles pas parmi les plus typiques et les plus artistement disposées ?

Loin de moi la pensée de ne pas admettre le mérite pittoresque, voire même artistique, du mas provençal, cher à Mistral, de la maison normande à croisillons de bois de la vallée d’Auge, ou de la ferme bressane sommée de sa gracieuse cheminée sarrasine évoquant le pays des Mille et une Nuits, mais je crois que, dans un concours de maisons paysannes de la vieille France, le Mâconnais ne serait pas sans mériter l’une des premières palmes, en même temps que les pays que je viens d’énumérer.

C’est la galerie, élevée au-dessus de la cave voûtée, galerie supportée par des colonnes de pierres ou des piliers de bois, qui donne à cette maison mâconnaise son caractère et sa beauté.

Que la maison soit, comme dans le Mâconnais du Sud, recouverte d’un toit plat aux tuiles creuses qui évoque la Méditerranée et la civilisation latine, qu’elle soit sommée d’une haute et lourde toiture de laves ou de tuiles à crochets à la mode de la Bourgogne du Nord, de l’Île-de-France ou des Flandres, comme dans le Tournugeois septentrional du côté de Brancion, nos habitations du Mâconnais ont un trait commun et permanent, la galerie, accompagnée presque toujours de son escalier extérieur.

Comme dans nos moindres villages, les maîtres ès-œuvres des temps jadis avaient un goût affiné, que leurs successeurs ne possèdent plus au même degré, ces maisons aux justes proportions, aux toitures aux pentes harmonieuses, aux cintres élégants dans leur rusticité, aux tuiles dont les teintes se trouvent associées à la couleur ambiante de nos campagnes, formaient une synthèse artistique qui ne laisse pas indifférents, dans ce siècle de pylônes métalliques, de panneaux-réclames et de matérialisme barbare, les tenants de l’humanisme gréco-latin.

C’est que le galbe d’une toiture, la courbure d’une voûte, n’étaient pas laissés jadis, comme maintenant, au hasard et à l’impéritie d’un maçon sans éducation artistique ou d’un entrepreneur dont l’intellectualité, trop souvent, ne dépasse pas le cercle étroit des préoccupations mercantiles.

Les Maîtres et Compagnons du Devoir ou ceux de Liberté, bien que différant sur l’idéal philosophique ou religieux qui dirige les hommes2, étaient tous de bons ouvriers et des artistes décorateurs remarquables qu’une longue tradition artisanale avait parfaitement éduqués. Fiers d’un passé qu’ils croyaient millénaire et qu’ils faisaient remonter au temps de Salomon et des Pharaons égyptiens3 mais qui, s’il n’était pas aussi lointain, remontait au moins à l’époque de la construction de nos grandes cathédrales gothiques, ces modestes artistes, restés anonymes, étaient tels que le sont encore les artisans et les décorateurs japonais, des hommes d’un goût parfait qui n’auraient pas commis, comme le font aujourd’hui trop de gens du bâtiment, ces crimes contre le bon goût et contre l’art qui désolent si fréquemment nos campagnes. On peut dire, qu’à quelques exceptions près, du reste remarquables, maçons de village, entrepreneurs et industriels de la bâtisse, s’ingénient trop souvent à détruire tout ce qui constituait la parure architecturale de la France, fruit des efforts conjugués de générations d’artisans d’art qui avaient fait à notre pays une réputation qu’il est en train de perdre.

Sans doute le mouvement récent créé en faveur des arts décoratifs portera peut-être des fruits dans un avenir plus ou moins lointain, mais arrivera-t-il à remonter un courant que le XIXe siècle, siècle de la machine et d’un matérialisme négateur de l’idéal et de l’art, semble avoir rendu irrésistible ?

Pauvres artisans, sans nom et sans fortune, presque sans moyens, qui avez mis tout votre idéal dans la ligne majestueuse d’un clocher de Tournus ou de Cluny, dans le galbe d’une voussure, dans l’élégante silhouette d’une maison mâconnaise, vous attendrez longtemps des continuateurs qui puissent, malgré leurs moyens matériels, se hausser jusqu’à vous !4.

1Heureux comme Dieu en France ou Vivre comme Dieu en France est un proverbe allemand qui remonte au Moyen Âge. Il fait allusion à l’ancienne pauvreté allemande mise en parallèle avec la richesse de la France où il faisait bon vivre.Voyez sur ce dicton germanique les nombreux commentaires de divers correspondants français et allemands dans l’Intermédiaire des chercheurs et des curieux. Année 1931 col. 31, 32, tome XCIV, n° 1 740.
2Les Compagnons du Devoir étaient plutôt traditionnels, les Compagnons de Liberté affichaient des idées philosophiques. La franc-maçonnerie paraît l’aboutissement normal de cette seconde tendance.Dans un Congrès récent, les Compagnons du Devoir, pour protester contre les tendances des Compagnons de Liberté, ont remplacé les trois points symboliques du triangle commun à tous les compagnons (franc-maçonnerie comprise) par les quatre points qui deviennent de ce chef l’emblème exclusif des Compagnons du Devoir.
3G. Jeanton, Compagnons du Devoir et Compagnons de Liberté au XVIIIe siècle à Mâcon, Chalon 1928, p. 3.
4Aucun travail d’ensemble n’a été jusqu’à présent consacré à la Maison Mâconnaise car nous n’indiquerons que pour mémoire, à titre bibliographique, l’article consacré par M. Jules Rambaud, professeur à l’Université de Grenoble, sur Les Maisons types de la Bresse, du Beaujolais et du Mâconnais dans l’Enquête sur les Conditions de l’habitation en France, de M. de Foville, 1894-1899. Cet article a été fait rapidement. C’est le moins qu’on puisse dire. Les assertions du genre de celle-ci abondent, le lecteur en tirera les conséquences qui s’imposent :« Les maisons sont plus agglomérées dans la Bresse qu’en d’autres provinces voisines… telles que le Lyonnais, le Beaujolais » et plus loin « Dans la Bresse chalonnaise les maisons sont éminemment concentrées » !
L’aire de la maison à galerie

La maison à galerie du type mâconnais n’est pas le seul spécimen d’habitation qui existe dans notre pays ; on en rencontre d’autres, tel ce type d’exploitations agricoles plus important où l’on se livre à la polyculture et qui se localise plus spécialement dans la vallée de la Saône. Ce sont les Cours ou Courts opposées aux Meix ou Mas de la Côte, car on dit déjà Mas1 dans un certain nombre de communes mâconnaises où les formes franco-provençales de la langue d’oc étaient jadis employées et le sont même encore quelquefois. Mais, même dans ces courts, qui se caractérisent, comme nous le verrons plus tard, par de vastes bâtiments entourant une grande cour comme le font les édifices d’un couvent autour d’un cloître, dans ces courts, dis-je, le plus souvent, la maison du maître, et quelquefois celle des domestiques, présentent elles aussi des galeries et des escaliers extérieurs. Ce qui fait la caractéristique architecturale des Courts c’est surtout le grand porche extérieur flanqué de son portillon, que l’on appelle dans le Nord du Tournugeois et en Chalonnais la porte bâtarde ou porte cavalière. Nous reviendrons du reste sur ce point.

Maison Rubat du Mérac à Chevagny-les-Chevrières
Classée Monument Historique – PL.I

CLICHÉ CHARVET

I -Maison à la Grange-du-Bois (Maison avec galerie à colonnes de pierres) – PL. II

CLICHÉ MACHARD

II -Galerie à piliers de bois à Brancion – PL. II

CLICHÉ MACHARD

Fig. 1 – Maison mâconnaise à galerie (Hurigny)

Dessin de E. Violet

La maison à galerie, si elle est en honneur en Mâconnais plus qu’en aucun autre pays de France, n’est toutefois pas exclusivement mâconnaise. On la trouve dans bien d’autres régions, mais surtout dans la France méridionale. On ne la signale nulle part ou presque nulle part dans le Nord, au moins dans les maisons rurales. Ainsi, ni dans la Lorraine, qui forme cependant un îlot de toits méditerranéens dans la France du Nord-Est, ni dans l’Île-de-France, ni en Normandie2, on ne retrouve la galerie extérieure3. Au contraire, dans les pays du Midi, elle est plus fréquente sans être pour cela universelle. On peut même se demander pour quelle raison on la voit dans certaines contrées méridionales et pas dans d’autres : pourquoi, en allant par exemple de Mâcon vers les Pyrénées, on ne la rencontre que par intermittences dans le Beaujolais et dans le Forez pour ne plus ensuite la retrouver que beaucoup plus loin dans le bassin de la Garonne près de Montauban. Des remarques semblables pourraient être faites dans le bassin du Rhône4 où les alternances de régions à maisons à galeries et sans galeries sont fréquentes5.

En tout cas la galerie est bien, comme la tuile creuse, un signe de méridionalisme6 ; elle nous vient des pays latins7. Déjà à l’époque romaine, des galeries extérieures, ayant vue sur la campagne, régnaient sur la façade des villas de notre région dont les propriétaires, contrairement à nos ancêtres directs, surent apprécier les paysages.

Maison de vigneron à Sennecé-les-Mâcon – PL. III

CLICHÉ MACHARD

Maison de paysan à Brancion – PL. IV

CLICHÉ MACHARD

Maison à galerie fermée de Sancé – PL. IV

CLICHÉ MACHARD

Fig. 2 – Maison à galerie du Mâconnais (Salornay près d’Hurigny)

Cette maison présente une galerie à piliers de bois, reliés par des cintres également de bois, décorés de pointes de diamants. Par exception en Mâconnais, le murot n’existe pas ; il est remplacé par un plancher et une balustrade en bois.

Dessin de E. Violet

Ainsi à Belné, sur le coteau de Beauregard, à deux pas de l’actuelle Abbaye de Saint Philibert, un immense bâtiment gallo-romain, de plus de 100 mètres de long, possédait une galerie extérieure soutenue par des petits piliers ronds en briques. De là, la vue s’étendait, par-dessus la Saône et la Bresse, jusqu’au Jura et aux Alpes. Des galeries supportées par des colonnes de pierre, très voisines comme galbe de celles encore usitées en Mâconnais, furent également dégagées à la villa de Chaintré, récemment mise au jour8.

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