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La vision des couleurs. - article ; n°1 ; vol.47, pg 286-297

De
13 pages
L'année psychologique - Année 1946 - Volume 47 - Numéro 1 - Pages 286-297
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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J. Segal
VII. La vision des couleurs.
In: L'année psychologique. 1946 vol. 47-48. pp. 286-297.
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Segal J. VII. La vision des couleurs. In: L'année psychologique. 1946 vol. 47-48. pp. 286-297.
doi : 10.3406/psy.1946.8296
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1946_num_47_1_8296VII
LA VISION DES COULEURS
par J. Ségal •
Le domaine de la vision des couleurs a été enrichi, au cours des
années 1946-1947, de plusieurs ouvrages, importants qui, présentant
des points de vue fort dissemblables, font comprendre à quel point
la théorie trichrome dans sa forme classique s'avère insuffisante
lorsqu'on abandonne des aspects généraux des phénomènes et tente
leur analyse détaillée.
L'ouvrage de Wright (11) résume l'ensemble des observations
sur la vision chromatique poursuivies au cours des dernières années
par Wright et ses collaborateurs. Les mesures ont été faites avec un
calorimètre mélangeur de construction spéciale, joignant une grande
luminosité à la pureté des radiations. L'ensemble des données
quantitatives sur la vision en fonction de la longueur d'onde st
imulante, acquis trop souvent avec des techniques rudimentaires a
été soumis ainsi à une vérification rigoureuse révélant parfois des
faits inattendus.
Ainsi, la classique courbe de visibilité photopique s'avère fort
variable suivant les conditions d'expérience. Le maximum de sensi
bilité se déplace vers les courtes longueurs d'onde lorsqu'on abaisse
l'intensité et ce phénomène s'accentue très considérablement lor
squ'on excite une zone extrafoveale proche au lieu de la fovea. En
outre, la courbe subit des distorsions et une bosse apparaît vers
6.000 A. L'explication ne semble pas aisée du point de vue de la
théorie classique. L'auteur considère le décalage du maximum comme
une manifestation du phénomène de Purkinje, indiquant une inte
rvention des bâtonnets même à des intensités assez importantes, de
l'ordre de 100 photons. Le fait que ce décalage s'observe aussi,
bien que réduit, lors de l'excitation de la partie centrale de la fovea
indiquerait donc la présence d'éléments scotopiques dans le bou
quet central, ce qui semble difficile à admettre.
Les mêmes difficultés se manifestent lorsqu'on examine dans leurs
détails les autres manifestations du sens chromatique. Ainsi, la
courbe des sensibilités différentielles aux nuances s'explique facile-
_ment si l'on ne tient compte que des deux minima principaux, s
itués aux points d'intersection des courbes hypothétiques pour les
récepteurs rouge vert et veit bleu, mais toutes les mesures révèlent jr. SÉ6AX, — ijw visa»* be» couleurs 287
un troisième minimum, moins accentué, vers 4.450 A, et il est diffi
cile de suivre l'auteur lorsqu'il prétend qu'un quatrième minimum
situé vers 6.300 A, indiqué par de nombreux auteurs (Steindler,
Jones, ainsi que Laurens et Hamilton) est dû à de mauvaises condi
tions d'expérimentation. '
Une élégante technique d'égalisation binoculaire permet à l'auteur
de mesurer le» variations de la sensibilité de l'œil sous l'action de
l'adaptation à une lumière blanche ou colorée. Les courbes de récu
pération après adaptation révèlent des aspects très divers suivant
les conditions. Après une adaptation brève, de 20 secondes seule
ment, les courbe» sont exponentielles, après une adaptation de
3 minutes, elles sont essentiellement linéaires, avec des fractions
présentant soit des concavités soit des convexités suivant l'intens
ité de la lumière adaptante. Ce comportement fait supposer l'i
ntervention de fonctions multiples dans la détermination de l'adap
tation chromatique. En adaptant l'œil par une plage située à 2,5°
de la plage observée, l'auteur obtient des courbes de régénération
exclusivement exponentielles. Il semble donc permis d'admettre
l'existence d'une forte adaptation de nature nerveuse, dominant
aux niveaux faibles ou aux durées d'excitation brèves, à laquelle
se superposerait, aux niveaux élevés et aux excitations de longue
durée, une adaptation de nature photochimique.
L'auteur attache une importance particulière aux expériences
concernant la reproduction de couleurs spectrales par des mélange»
trichromes. Les coefficients spectraux déterminés à l'aide de trois
longueurs d'onde arbitraire de 4.600 A, 5.300 A et 6.500 A per
mettent de calculer trois courbes de mélange ayant des maxima
respectifs ver» 4.500 A, 5.400 A et 6.000 A. Bien entendu, ces courbes
sont arbitraires, et on obtiendrait une série entièrement différente en
se basant sur d'autres longueurs d'ondes. Afin de déterminer les
véritables courbes de sensibilité, l'auteur applique une méthode
fort compliquée, basée sur le raisonnement suivant : En réduisant,
par adaptation chromatique, une des trois substances photosensible»
dans la rétine, on change la couleur de la lumière adaptante. Ce
changement serait nul si la lumière stimulante n'excitait qu'un seul
des récepteurs. Ceci n'est pratiquement jamais le cas, mais les lon
gueurs d'onde présentant un minimum de changement de couleur
sont repérées. Ce sont le rouge au-delà de 7.000 A, le bleu de 4.600 A,
et un vert, obtenu par extrapolation et qu'on ne peut définir autre
ment qu'en spécifiant qu'il s'agit d'une couleur extraspectrale,
située en dehors du triangle des couleurs sur le prolongement de la
droite rouge vert. Un calcul non dépourvu de certains éléments
arbitraires, comme c'est inévitablement le cas en présence de tant
d'inconnues, mène à tiois courbes de sensibilité spectrale pour les
trois récepteurs hypothétiques, avec des maxima respectifs à 4.400 A,
5.400 A et 5.750 A. La courbe du récepteur vert présente en outre
une région négative avec maximum vers 4.300 A, due d'après l'au
teur à des phénomènes d'inhibition.
Des études analogues ont été effectuées pour la vision protanope
et deuteranope ainsi que protanomale et deuteranomale. Grosso
modo les fait» s'expliquent en admettant que dans le cas de la pro* NOTES ET REVUES CRITIQUES 288
tanopie les récepteurs du rouge sont éliminés, et dans le cas de la
deuteranopie leurs voies nerveuses se confondent. Mais ce genre
d'explication ne suffît pas pour la protanomalie et la deuteranomalie.
En effet, le dichromate accepte comme correctes les égalisations
trichromes faites par un normal, ce qui permet de supposer que ses
récepteurs ont les mêmes courbes de sensibilité que ceux du tr
ichromate, à ia seule différence près qu'un des récepteurs a été sup
primé ou tout au moins fortement atténué. Par contre, les égalisations
du trichromate normal ne sont pas considérées comme correctes par
le anormal, ce qui mène à la conclusion qu'un des récep
teurs au moins doit présenter une courbe de sensibilité modifiée.
Plutôt que d'admettre l'apparition de nouvelles substances
photosensibles dans le cas des déficiences du sens chromatique,
Wright envisage des modifications d'ordre nerveux. Ainsi, la deu-
leranomalie s'expliquerait par le fait qu'un certain nombre de
récepteurs de rouge enverraient leurs influx dans les voies afférentes
des de vert, tandis que ces derniers n'exciteraient pas les
voies afférentes des récepteurs rouges. Il en résulterait une appa
rence d'élargissement de la courbe des réponses des récepteurs de
vert vers les grandes longueurs d'onde, permettant d'interpréter
très approximativement les lignes générales de la deuteranomalie.
Pour la protanomalie, il faut faire intervenir un autre type d'ex
plication. Le rétrécissement progressif des courbes de réponse des
récepteurs de rouge du côté des grandes longueurs d'onde s'expl
iquerait en supposant l'existence d'au moins deux types de ces récep
teurs, l'un absorbant plus loin dans le rouge que l'autre. Le récep
teur de rouge extrême serait plus fragile que l'autre et se trouverait
plus facilement raréfié, ce qui aurait pour effet l'apparence d'un
rétrécissement .asymétrique de la courbe de sensibilité du récepteur
rouge. Lk, encore une fois, seuls quelques principaux aspects de la
déficience sont ßxpliques, sans jamais permettre une analyse quant
itative des donnée expérimentales, pourtant établies avec beau
coup de précision par l'équipe de Wright, et beaucoup de faits restent
franchement inexplicables.
On comprend que devant cette étonnante divergence entre la
quantité de faits établis avec grande précision et couvrant prat
iquement l'ensemble du domaine de la vision chromatique normale
et pathologique d'une part, et l'impossibilité quasi totale d'établir
des rapprochements quantitatifs entre ces faits et des phénomènes
physicochimiques ou physiologiques bien établis d'autre part, l'au
teur se garde de prendre position. S'il propose une interprétation,
c'est toujours avec beaucoup de réserve, en laissant souvent au
lecteur le choix entre diverses hypothèses possibles, et en insistant
sur leur insuffisance. Il y a pourtant un point où Wright défend un
point de vue avec beaucoup de conviction, c'est le principe du
trichromatisme. **
Son raisonnement est simple. Il est impossible de reproduire
toutes les nuances du spectre par le mélange de deux couleurs spec
trales. Toutes les nuances peuvent être reproduites par le mélange
de trois fondamentales. Tous les faits observés jusqu'ici s'expliquent
par l'existence de trois types de récepteurs chromatiques ou bien SEGAL. LA VISION DES COULEURS J.
ne s'expliquent pas du tout quel que soit Je nombre de récepteurs
mis en jeu par l'hypothèse.
L'argument principal invoqué contre la théorie trichrome est
l'impossibilité d'obtenir des couleurs saturées par le mélange de
trois couleurs spectrales. Lorsqu'on tente, par exemple, de lepro-
duLe une couleur bleue verte correspondant à 5.000 A par un
mélange des trois lumières conventionnelles de 4.600, 5.300 et
6.500 A, on obtient, après addition de quantités convenables de
bleu et de vert, un bleu vert pâle. Pour réaliser l'égalisation, il faut
ajouter le rouge non pas à la plage ainsi obtenue mais tout au con
traire à la plage de 5.000 A, désaturant celle-ci jusqu'à égalité avec
la plage 4.600 + 5.300 A. Dans l'équation de mélange, la compos
ante rouge apparaît donc avec un signé négatif. L'auteur fait
remarquer que ce fait ne s'oppose nullement au principe du tn-
chromatisme. Il signifie uniquement que la lumière de 5.300 A,
tout en excitant essentiellement le récepteur de vert, exerce encore
une action notable sur le récepteur de rouge, tandis que la lumière
de 5.000 A l'affecte dans une proportion bien moindre. En voulant
exciter les récepteurs de bleu et de vert, on excite nécessairement
celui du rouge et introduit dans le mélange une composante qui
n'est pas présente dans la couleur à établir. La désaturation des
couleurs mixtes est donc l'expression du chevauchement des courbes
de réponse des trois types de récepteurs; elle démontre uniquement
qu'aucune des longueurs d'onde du spectre visible n'affecte qu'un
seul type de récepteur et que les couleurs correspondant aux sensa
tions doivent être extraspectralês et occuper une place extérieure
au diagramme des couleurs.
L'auteur aurait pu poussei encore plus loin son raisonnement.
En effet, en recourant à un système à quatre ou même sept fonda
mentales, on ne ferait qu'accroître les chevauchements entre les
courbes de sensibilité spectrale, ce qui mènerait nécessairement à une
désaturation encore plus grande que dans le cas d'un Système
trichrome. L'expérience d'une égalisation par mélange tétrachrome
n'a d'ailleurs jamais été tentée. C'est par analogie avec des procédés
d'impression en couleurs, qu'on a conclu à la supériorité des mé
langes tétrachromes pour l'obtention de couleurs saturées, sans
tenu* compte du fait qu'il s'agit là d'un mélange soustractif, et
que dans le cas d'un mélange additif l'effet doit être justement le
contraire. Il en résulte que, conformément aux vues de Wright, un
système trichrome n'est pas seulement suffisant mais offre parmi
tous les nombres de fondamentales les meilleures conditions pour
la réalisation d'une bonne sensibilité chromatique.
Contrairement à Wright, Willmer (12) s'attache avant tout à l'i
nterprétation des données expérimentales. Il reproche aux théories
actuelles à juste titre de ne permettre aucune analyse quantitat
ive des phénomènes sensoriels et de n'être basées sur aucune struc
ture histologique effectivement déciite. On n'a pas décrit dans
la rétine humaine trois types de cônes. On connaît, par contre,
deux types d'éléments possédant des courbes de sensibilité nette
ment distinctes, les cônes et les bâtonnets. Il y a, en outre, dans la
l'année psychologique, xlvii-xlvih 19 . KOTES ET RETDKS CRITIQUBS 290
région centrale de la rétine, seule intéressante pour la vision chro
matique, trois sortes de voies afférentes, desservies par trois types
de cellules bipolaires, les « midget bipolars » reliées à des. cônes seu
lement, les « flat bipolars. » canalisant à la fois les influx de et
de bâtonnets, et enfin les « mop bipolars » groupant plusieurs bâton
nets avec, parfois, des cônes peu nombreux.
L'auteur commence par exploiter la possibilité offerte par la
différence de sensibilité des cônes et des bâtonnets. Pour ces der
niers, la courbe de sensibilité spectrale serait identique à celle de
la vision scotopique. Par contre, la courbe de sensibilité en vision
photopique serait un complexe provenant de l'intervention simul
tanée des cônes et des bâtonnets. C'est un peu arbitrairement que
l'auteur admet l'égalité des sensibilités globales des deux éléments
ce qui lui permet d'obtenir, par soustraction, une courbe de sensi
bilité des cônes hypothétique à partir de la courbe bien connue de la
vision photopique. Disposant ainsi de deux courbes, l'une connue,
à maximum aux environs de 5.000 A, l'autre hypothétique, à aux de 6.000 A, l'auteur dresse un diagramme
bidimensionel groupant de façon très heureuse toutes les couleurs
spectrales et un certain nombre de couleurs de mélange non spec
trales, mais qui ne laisse pas de place à la sensation du blanc.
En transposant, dans ce diagramme, les différentes sensibilités
sepetrales en fréquences d'influx nerveux obtenues d'après les don
nées établies par Hartline sur l'œil du Limuler on parvient à un
autre diagramme indiquant directement les niveaux relatifs d'exci
tation nerveuse pour les deux systèmes récepteurs aux différentes
longueurs d'onde et aux différents niveaux d'intensité. Transposées
dans ce diagramme, les différentes caractéristiques de la carte chro
matique de la C. I. E. telles que l'orientation des axes de zones is
ochromatiques et leurs grandeurs, prennent une signification nou
velle de fréquences d'influx dans deux récepteurs exprimées- en
valeurs relatives ou absolues. Le même diagramme permet Pinter-
prétation quantitative de la saturation relative des couleurs spec
trale et du phénomène de Betzoïd et Brücke. L'ensemble des varia
tions du chroma sous l'action de l'intensité et de la pureté des cou
leurs trouve une explication satisfaisante, parfois même poussée
jusqu'au détail.
L'ensemble de ces analyses donne des résultats très' satisfaisants
pour les longueurs d'onde supérieures à 5.400 A, et bien moins heu
reux pour la gamme entre le Bleu vert et le violet. Il faut en conclure
que la vision dans le vert, jaune, rouge est essentiellement dicbro-
matique et peut être définie par l'interaction de deux éléments, mais
que les courtes longueurs d'onde nécessitent l'intervention d'un
troisième type de récepteurs. L'auteur recourt donc aux trois types
d'éléments transmetteurs et propose de considérer comme récep
teurs de vert les « flat bipolars » avec cônes et bâtonnets et comme
récepteurs du bleu les « mop bipolars * reliées a des bâtonnets seu
lement. Il croit utile d'introduire en même temps une distinction
entre bâtonnets adaptables à l'obscurité, servant à la fois d'éléments
scotopiques et de récepteurs de bleu, et les bâtonnets non-adapt
ables, coopérant à la réception du vert. "
SÉ&AU. LA VISION BBS COUiEURS J.
C'est certainement le point le plus faible du travail. Jusqu'ici, la
tentative d'expliquer les phénomènes observés à base d'éléments
histologiques et de fonctions physiologiques connus avait F avantage
de nous faire apprécier les possibilités et les limites d'une telle hypot
hèse et de désigner clairement des voies que devait suivre la recherche
ultérieure. L'introduction de types de bâtonnets, aussi peu connus
que les trois types de cônes que l'auteur combat si vigoureusement,
ramène les chapitres suivants au niveau de spéculations pures, élé
gantes et faciles, mais ne s'imposant nullement.
On objectera certainement au travail de Wiïïmer que les théor
ies qu'il développe ne sont pas spécifiques à sa conception concer
nant la nature des trois types de récepteurs. C'est juste, et c'est là
que réside la grande valeur de ce livre. Il nous permet de juger jus
qu'où permet d'aller l'application des théories à deux ou trois comp
osantes, et ceci en abandonnant l'à-peu-près si répandu dans ce
domaine. En ce qui concerne les conceptions de Willmer sur la
nature des trois récepteurs, si elles ne sont pas absolument convain
quantes, elles ne sont pas plus arbitraires que celles basées sur trois
cônes différents, et permettent en outre des interprétations tout au-,
moins séduisantes. D'ailleurs, l'auteur ne prétend nullement avoir-
trouvé la solution définitive. Il qualifie lui-même son travail de-
« spéculatif et provocatif », il tient avant tout de démontrer que -•
l'hypothèse des trois cônes n'est pas la seule solution possible et de
déclencher une discussion sur ce point essentiel de nos conceptions^
accepté trop souvent par habitude et sans aucune critique^
Dans les cinq derniers chapitres de son livre, consacrés à la vision;
des couleurs, Granit (4) fait un exposé complet de sa théorie bien
connue des dominateurs et modulateurs. Lui aussi abandonne les
conceptions basées sur l'existence d'éléments hypothétiques pour
chercher des bases plus concrètes. L'enregistrement des réponse* dé
fibres uniques du nerf optique à l'aide de microélectrodes lui permet
de distinguer divers types de récepteurs. Les « dominateurs scoto»
piques » ont une courbe de réponses correspondant à la sensihiîité-
nocturne de l'œil, les « dominateurs photopiques » ont une courbé
de réponses analogue à celle de la vision diurne; en outie, il trouve
un certain nombre d'éléments à courbe de réponses limitées à une
zone spectrale déterminée et qu'il appelle « modulateurs ». Les domi
nateurs photopiques détermineraient les intensités des énergies
lumineuses perçues et leur configuration, les leur sura
jouteraient l'élément de couleur.
Ici l'auteur se rencontre avec les vues de Piéron (voir An. Psy-
chol., 41-42, 1945) qui, pour des raisons très différentes, conclut à
la dissociation entre éléments énergétiques et éléments chromatiques
et préconise l'existence de récepteurs de blanc en plus des récepteurs
chromatiques. Cette partie de la théorie semble donc reposer sur
des bases solides, bien qu'il ne soit pas établi avec certitude qu'il
s'agit dans le cas des dominateurs photopique., effectivement de
récepteurs primaiies et pas de fibres afférentes, provenant de cellules
ganglionnaires bianchées simultanément sur plusieurs récepteurs
chromatiques.
Le détail des données sur les modulateurs semble moins convain- NOTES E.T REVUES CRITIQUES 292
quant. Granit trouve trois groupes principaux de modulateurs dans
le rouge, le vert et le bleu, mais il parvient à dissocier chacun de ces
groupes en deux ou trois types, ce qui l'amène v^rs un mode de vision
chromatique comportant au moins sept fondamentales sinon davant
age. Nous avons déjà discuté, lors de l'analyse du travail de Wright,
les prétendus avantages d'un système polychrome pour la vision
de couleurs saturées et pouvons donc négliger cette partie de l'argu-
fcentation de Granit. Quant à ses données expérimentales, elles
ne semblent pas indiquer l'existence de plusieurs courbes bien défi
nies dans chacune des trois zones principales mais plutôt une di
spersion de ces courbes dans une étendue assez limitée. Il semble
que la présence de produits photolytiques, inactif s mais absorbants,
et présentant un spectre d'absorption différent de celui de la subs
tance photosensible primitive comme par exemple le rétinène jaune
formé à partir de la rhodopsine, suffit amplement pour rendre
compte de légères variations de la courbe de réponses chromatiques,
d'autant plus que les résultats, nécessairement peu nombreux, ont
été obtenus à des niveaux d'adaption très différents.
Aussi concluantes que puissent paraître les déductions de Granit,
il semble donc utile d'y distinguer entre faits acquis et théories.
Le fait principal semble être la démonstration de l'existence, dans
la rétine, de récepteurs à sensibilité limitée à une zone définie du
spectre. Leurs maxima se situent aux environs de 4.600, 5.300 et
6.000 A, avec un flottement de l'ordre de 100 A de part et d'autre.
On peut également considérer comme acquise l'existence de récep
teurs dont la courbe de réponses s'accorde bien avec le spectre
d'absorption du pourpre rétinien et qu'il semble permis de consi
dérer comme récepteurs de vision scotopique. Quant à l'existence
des dominateurs photopiques, leur courbe de sensibilité s'accorde
bien avec celle de la vision diurne sans qu'on connaisse une substance
ayant une courbe d'absorption analogue. Ce dominateur est certa
inement ujie réalité en tant que neurone, mais l'existence d'un récep
teur primaire ayant ces caractéristiques n'est nullement démontrée.
Enfin, et avant tout, rien dans les travaux de Granit ne permet
dlidentifier les éléments Sensoriels de l'auteur avec tel ou autre él
ément histologique de la rétine, et de les identifier avec des cônes
ou des bâtonnets. Rien non plus ne permet d'affirmer de connaître
la forme exacte de la courbe de sensibilité spectrale des divers récep
teurs chromatiques. La microélectrode enregistre les influx du nerf
optique, après leur passage par deux synapses avec les multiples
éléments d'interaction que celles-ci comportent; d'autre part, aucune
longueur d'onde ne permet l'excitation exclusive d'un seul type
de récepteur. Les interférences doivent donc être multiples et jouer
aussi bien dans le sens de la facilitation que de l'inhibition. Ce n'est
que le résultat de ce processus complexe qu'il nous est permis de
connaître jusqu'ici. Pour se rendre compte de l'importance de ces
effets, il suffit de se rapporter à une expérience de Granit lui-même
qui démontre que le même élément nerveux peut donner une réponse
« on » par suite de l'excitation par une lumière rouge orangée de
6.200 A, et une réponse « on-off » par suite d'une stimulation bleue
de 4.600 A. SEGAL. LA VISION DES COULEURS 293 J.
Si Wright laisse ouverts les problèmes, si Willmer et Granit
professent des idées nouvelles, l'un en doutant de l'existence de
trois types de cônes, l'autre en dissociant la perception de l'intensité
et du chroma, Hartridge (5) s'engage franchement dans la réforme
de nos conceptions habituelles. Il est impossible de donner, dans le
cadre limité de la présente étude, une idée juste de son ouvrage,
d'autant plus que certaines de ses conclusions sont fort sujettes à
caution, ainsi par exemple lorsqu'il prétend que l'œil est tritanope
pour les très petites plages même en vision extra-foveale, et observe, le prouver, un petit carré bleu, placé à 16 centimètres du, point
de fixation. Sa couleur disparaît lorsque l'observateur s'éloigne à une
distance de 21 mètres, ce qui le fait apparaître à 27 minutes angul
aires du point de fixation. Il est difficile de suivre l'auteur lorsqu'il
prétend qu'il s'agit là d'une projection extra-foveale.
Les idées de l'auteur se résument comme suit. La structure phys
ique de l'œil ne permet pas de correction de l'achromatisme. Pourt
ant, dans des conditions normales de la vision, nous n'observons
pas de franges colorées aux contours des objets, et une lentille à
correction chromatique n'améliore en rien notre acuité visuelle.
Il faut donc conlure, selon l'auteur, à l'existence d'un mécanisme
physiologique corrigeant les défauts chromatiques de l'image réti
nienne. Les réponses « antichromatiques » seraient dues à l'existence
de quatre mécanismes chromatiques rétiniens, reliés à trois centres
chromatiques craniaux. Suivant la grandeur de la plage excitante,
les connexions entre les mécanismes périphériques et les
craniaux se feraient de manière différente créant, selon les besoins,
une vision chromatique normale, déficiente ou nulle. En absence
de tout rapprochement avec des fonctions nerveuses connues actuel
lement, la profusion de détails sur le fonctionnement présumé de ces
centres semble pour le moins exagérée.
L'œil dépourvu de l'aberration chromatique présente, en lumière
dirigée, une parfaite acuité visuelle, le minimum separable attei
gnant le diamètre du cône foveal, et ceci en lumière monochromar
tique aussi bien qu'en lumière blanche. Pour l'auteur, partisan
d'une vision chromatique basée sur au moins sept composantes,
il s'élève le problème comment les récepteurs d'un seul type, néces
sairement peu denses, puisque mélangés avec les autres, peuvent
assurer ce haut degré de résolution. Il arrive à la conclusion que la
fovea doit présenter des zones composées d'un seul type de récep
teurs et démontre par des raisonnements qui peuvent paraître
étranges au statisticien que la tendance à la formation de groupes
homogènes dans un mélange fortuit doit s'accentuer avec le nombre
d'éléments mélangés. Il dresse ainsi une carte foveale comportant
neuf zones à populations pratiquement homogènes. Il ne semble
pas que cette conception puisse résister à des expériences basées sur
l'exploration de la fovea par un stimulus coloré punctifoime, qui
devrait apparaître ou dispaiaître suivant la zone excitée ou présenter
tout au moins de notables variations de brillance et de couleur,
expérience réalisée par l'auteur avec un résultat entièrement négat
if qu'il explique en assimilant la fovea à une série de taches aveugles
fonctionnelles. -MUTES ET REVUES CRITfQtPM
Mais à côté de ces considérations théoriques, trop arbitraires pour
offrir tme base fertile à des recherches ultérieures, le travail comporte
trac quantité de mesures précises concernant la vision chroma tique
de plages de faible et très faible étendue, et le lecteur s'intéressant
à ce problème ne manquera pas d'y relever des données intéressantes
susceptibles de combler des lacunes' de nos connaissances encore très
insuffisantes dans ce domaine.
Nous avons passé en revue les quatre ouvrages traitant du méca
nisme de la vision chromatique, parus au cours de ces deux dernières
années. Un seul des auteurs, Wright, n'attaque pas directement la
théorie classique des trois cônes équivalents, mais il se garde bien
de la défendre. Le& autres cherchent tous à élargir le cadre devenu
trop étroit. En citant encore la théorie des tétrades réceptrices à
inhibition mutuelle de Piéron et la piézoélectrique de A. de
Gramont, nous constatons qu'aucun des auteurs modernes ne pré
tend plus défendre le point de vue classique, et s'il semble imposs
ible, de prendre position devant la diversité des solutions envisagées,
il est certain que nous devons nous attendre à un remaniement pro
fond de nos conceptions actuelles.
A côté de ces publications traitant les problèmes d'ordre général
il faut citer quelques ouvrages étudiant des questions de détail.
„ Dans les recherches de Liang et Piéron, et Piéron et Galifret
(3,8), les constantes de temps des sensations chromatiques ont été
déterminées par deux procédés différents. L'effet chronosteiéosco-
pique de Pulfrich révèle des différences appréciables entre les stimuli
rooges, verts et bleus, les premiers ayant le» constantes les plus
courte», le» derniers les plus longues. En déterminant, par contre,
les quantités liminaires i X t pour les trois couleurs fondamentales,
on obtient des constantes sensiblement égales. Bien qu'il ne soit
pas encore possible de dégager toute la signification de ce compor
tement contradictoire, il semble permis de penser que les temps de
réaction, mesurés dans la première des expériences décrites, dépen
dent essentiellement de processus corticaux, tandis que la courbe des
quantités liminaires semble déterminée par les éléments rétiniens.
Kravkov et Galochkina (7) poursuivent leur série de recherches
sur l'antagonisme des récepteurs de vert et de rouge et sur le déte
rminisme de cette action. L'application d'une tension continue catho
dique au globe oculaire détermine une baisse progressive de la sen
sibilité au vert pendant les vingt minutes que dure le passage du
■courant. Après l'arrêt, la sensibilité augmente rapidement et dépasse
même très notablement la, valeur initiale avant de revenir au niveau
normal. L'effet est exactement semblable lorsqu'on fait agir un cou
rant anodique et mesure la sensibilité d« l'œil en lumière orangée.
L'effet est inversé dans le cas d'un courant cathodique avec excita
tion verte ou d'an courant anodique avec excitation orangée. Aucun
effet du courant n'est observé dans le jaune, ce qui semble compré-
heasible puisque les deux actions antagonistes doivent se compenser,
mais aussi dans le rouge extrême et le violet ce qui semble moins