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Le conditionnement instrumental de l'activité électrodermale - article ; n°2 ; vol.71, pg 521-545

De
26 pages
L'année psychologique - Année 1971 - Volume 71 - Numéro 2 - Pages 521-545
25 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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R. Lemineur
E. Meurice
Le conditionnement instrumental de l'activité électrodermale
In: L'année psychologique. 1971 vol. 71, n°2. pp. 521-545.
Citer ce document / Cite this document :
Lemineur R., Meurice E. Le conditionnement instrumental de l'activité électrodermale. In: L'année psychologique. 1971 vol. 71,
n°2. pp. 521-545.
doi : 10.3406/psy.1971.27757
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1971_num_71_2_27757LE CONDITIONNEMENT INSTRUMENTAL
DE L'ACTIVITÉ ÉLECTRODERMALE
par R. Lemineur et E. Meurice1
Laboratoire de Psychopathologie expérimentale
Institut psychiatrique provincial, Lierneux (Belgique)
Un grand nombre de travaux ont paru dans les dernières années
concernant le conditionnement instrumental des fonctions neuro
végétatives chez l'Animal et chez l'Homme. Leur intérêt est fonda
mental, notamment pour améliorer la compréhension des troubles
psychosomatiques. Parmi les fonctions neuro-végétatives, Pélectro-
dermogramme (EDG) revêt un intérêt tout particulier pour le psychol
ogue. Une étude critique des recherches récentes sur ce sujet a paru
opportune d'autant plus que les résultats EDG obtenus chez l'Homme
étaient beaucoup plus sujets à controverse que ceux que l'on avait
obtenus chez l'Animal en explorant d'autres variables neuro-végétatives.
Dans une partie introductive, nous situerons tout d'abord le pro
blème dans son contexte général : on tentera de clarifier certaines
imprécisions sur la nature du conditionnement appliqué aux fonctions
végétatives. Cette introduction sera plus particulièrement destinée à
familiariser avec ces problèmes les lecteurs qui ne seraient pas spécialisés
dans ce domaine.
Le corps du travail sera centré sur l'examen des travaux les plus
significatifs concernant l'EDG. Ils seront envisagés du point de vue
des raisons qui pourraient expliquer les divergences des résultats
obtenus d'une étude à l'autre.
RÉALITÉ D'UN CONDITIONNEMENT
OPÉRANT DES FONCTIONS VÉGÉTATIVES
Conditionnement opérant et conditionnement instrumental
On a généralement distingué les réponses de type opérant des
réponses de type respondent par le fait que ces dernières sont déclenchées
par un stimulus spécifique identifiable alors que les premières seraient
1. Crédit FRSM. 522 REVUES CRITIQUES
« émises » spontanément par l'organisme. Le conditionnement de ces
deux types de réponse se ferait sur la base de deux processus distincts
(Skinner, 1938) : conditionnement classique (ou de type S ou de type I)
pour les réponses respondent et conditionnement opérant (ou de R) les de type opérant.
Comme on le sait, le classique (pavlovien) consiste
dans « un transfert de pouvoir excitateur, vis-à-vis d'une réaction
déterminée, d'un excitant absolu, c'est-à-dire inconditionnellement
efficace, à un excitant primitivement neutre, mais qui devient efficace
à son tour, à condition d'avoir été donné en concomitance plus ou moins
parfaite avec l'excitant absolu ou inconditionné » (de Montpellier,
1964).
Le conditionnement opérant (skinnérien) consiste, quant à lui, en
une augmentation ou une diminution de la probabilité d'occurrence
d'une réponse donnée si on fait suivre cette réponse par un stimulus
de renforcement positif (récompense) ou négatif (punition).
Miller et Konorski (1928) ont mis en évidence une forme inte
rmédiaire de conditionnement qu'ils ont appelé conditionnement instr
umental ou de type II. Il s'agit d'un processus mettant en jeu des réponses
de type respondent et un stimulus de renforcement tel qu'on le trouve
dans les expériences de Skinner. Par exemple, Miller et Konorski ont
pu maintenir une réponse motrice de rétraction de la patte (réponse
respondent qui est d'abord provoquée par un stimulus inconditionné,
notamment un choc électrique) en la renforçant par de la nourriture.
Le conditionnement opérant et le conditionnement de type II ne
manquent pas de points communs ; l'essentiel est sans doute que, dans
les deux cas, la réponse est véritablement « instrumentale », c'est-à-dire
nécessaire à l'obtention du renforcement. C'est pourquoi Hilgard et
Marquis (1940) ainsi que la plupart des auteurs parlent indifféremment
de conditionnement instrumental ou de conditionnement opérant. De
toute façon, la majorité des expériences que nous examinerons ont été
faites selon le schéma skinnérien puisqu'il s'agit de l'activité électro-
dermale (EDG) spontanée. On trouvera dans les Actes du XVIIe Congrès
international de Psychologie de Moscou (Symposium n° 4, organisé
par Konorski), une discussion sur la parenté entre les différents types
de conditionnement (voir aussi Richelle, 1966).
Conditionnement instrumental et fonctions neuro-végétatives
On a longtemps soutenu que les comportements relevant du système
neuro-végétatif ne pouvaient être modifiés que par les procédures du
conditionnement classique (Kimble, 1961). Le système végétatif en effet
n'interagit pas directement avec le milieu extérieur et échapperait ainsi
totalement à l'emprise des techniques instrumentales. En outre, ces
techniques exigent pour être efficaces l'existence d'une fonction affé- LEMINEUR ET E. MEURICE 523 R.
rente d'information qui ferait entièrement défaut au système en question
(Smith, 1954).
Il n'en est pas moins vrai que, depuis quelques années, certains
auteurs ont rapporté des résultats positifs dans ce domaine en condi
tionnant de manière instrumentale l'activité neuro-végétative spon
tanée. Shearn (1962), Miller et Di Cara (1967), Shapiro, Tursky et
Schwartz (1970) par exemple montrent qu'on peut modifier instru-
mentalement le rythme cardiaque. On a contrôlé de la même manière
les activités de vaso-constriction (Kimmel et Kimmel, 1967 ; Plumlee,
1969), de vaso-dilatation (Lisina, cité par Razran, 1961), les contrac
tions des muscles lisses du gros intestin (Miller et Banuazizi, 1968)
et surtout l'activité électrodermale spontanée (Kimmel et Hill, 1960 ;
Van Twyver et Kimmel, 1966 ; Shapiro, Crider et Tursky, 1964 ; Crider,
Shapiro et Tursky, 1966 ; Shapiro et Crider, 1967 ; Gavalas, 1967,
1968 ; Greene, 1966 ; Johnson et Schwartz, 1967 ; Schwartz et Johnson,
1969 ; McMullin et Greene, 1969, etc.).
Les résultats de Miller et de ses collaborateurs laissent peu de doute
quant à la réalité d'un conditionnement du rythme cardiaque chez
l'Animal. Miller et Di Cara (1967) ont travaillé sur des rats curarisés,
éliminant ainsi toute médiation d'ordre musculaire. La respiration était
assurée artificiellement de façon à maintenir les battements cardiaques
dans les limites normales de 300 à 500 par minute. Les renforcements
étaient constitués par des stimulations intracérébrales. Un groupe
de rats était renforcé pour chaque accélération du rythme et l'autre
groupe pour chaque ralentissement. Les résultats montrent des augment
ations et des diminutions très nettes dans les deux groupes. Miller et
Banuazizi (1968) contrôlent dans des conditions de rigueur expéri
mentale identiques les contractions des muscles lisses du gros intestin
et montrent que les variations dans les contractions de l'intestin ne
s'accompagnent pas de le rythme cardiaque. Ils prouvent
ainsi que les variations observées dans l'une ou l'autre fonction neuro
végétative ne sont pas dues à une activation générale mais bien au
conditionnement de la fonction elle-même.
Le des fonctions neuro-végétatives chez l'Animal
semble donc un fait acquis, encore qu'on n'ait pas contrôlé les médiat
ions d'ordre cognitif — question qui n'a d'ailleurs pas de sens selon
nous à ce niveau de l'échelle phylogénétique si l'on adopte une optique
behavioriste.
Intérêt général de la question
Les implications de telles études sont évidentes à plusieurs niveaux.
Les théoriciens de V apprentissage peuvent par la discussion de ces travaux
progresser dans la compréhension de certains processus physiologiques
intervenant dans l'apprentissage et voir s'il y a lieu notamment de
remettre en question la distinction proposée par Skinner concernant 524 REVUES CRITIQUES
le conditionnement classique et opérant. On voit aussi immédiatement
les applications possibles à la Symptomatologie psychosomatique. Les
symptômes psychosomatiques, les névroses d'organe notamment, pour
raient être acquis de deux manières : ils seraient, soit une réponse condi
tionnée à des stimulations données, soit une réponse renforcée instru-
mentalement. Dans ce dernier cas, les symptômes pourraient être
éliminés en récompensant spécifiquement et immédiatement, soit leur
non-occurrence, soit toute réduction de leur intensité (Miller, 1966).
La psychologie clinique et la psychopathologie quant à elles ont
pour objet, entre autres, l'étude du développement d'états affectifs
et émotionnels qui pourraient être entretenus ou modifiés par des
renforcements donnés par l'entourage. Il n'est donc pas indifférent
de savoir s'ils peuvent ou non — et dans quelles conditions — être
manipulés de façon opérante. S'ils ne peuvent l'être que par conditio
nnement pavlovien, les implications pratiques et thérapeutiques seraient
beaucoup plus limitées.
Enfin, il y a lieu de signaler un intérêt particulier de ces discussions
en ce qui concerne Y expérimentation en psychopathologie humaine.
Celle-ci s'intéresse en effet à toute une série d'indices, de symptômes
décrivant les anomalies morbides du psychisme. Une part de ces indices
concerne les manifestations et les expressions émotionnelles directement
accessibles à l'entourage et qui sont les premières données brutes
recueillies par le clinicien. Or ces manifestations sont difficilement
mesurables et manipulates de manière expérimentale, et un indice
physiologique qui en serait le reflet présenterait un très grand intérêt.
L'activité EDG pourrait être cet indice, à condition évidemment de
montrer qu'elle est liée aux expressions émotionnelles observables.
Nous avons consacré une expérimentation pilote à ce sujet (Meurice
et Lemineur, non publié).
Cas particulier de V électrodermo gramme humain
Par sa nature même, la réaction EDG intéresse particulièrement la
psychologie humaine ; contrairement aux variations cardio-vasculaires
par exemple, c'est principalement chez l'Homme qu'elle est étudiée.
Cela justifie donc que l'on examine séparément le conditionnement
de l'EDG. Nous avons dit par ailleurs que l'EDG pourrait être un
indice particulièrement utile en expérimentation sur les émotions parce
que ses variations sont plus univoques que d'autres. Enfin, il y a lieu
de relever que les données expérimentales recueillies sur le conditio
nnement opérant de l'EDG humain sont beaucoup moins claires que
celles qui ont pu être rassemblées chez l'Animal. Elles peuvent être aussi
beaucoup plus riches d'implications pratiques — mais elles peuvent
prêter à plusieurs interprétations. Enfin, si des résultats positifs ont
souvent été rapportés, un certain nombre d'auteurs pour leur part ont R. LEMINEUR ET E. MEURICE 525
systématiquement obtenu des résultats négatifs (Stern, 1967 ; Stern,
Boles et Dionis, 1966 ; Mandler, Preven et Kuhlman, 1962 ; Mednick,
1964) sans que l'on sache à quoi tient cet échec.
Tel est l'ensemble des raisons pour lesquelles il nous a paru inté
ressant de consacrer une revue critique à ce sujet. Ce travail était
commencé quand nous avons pris connaissance de la revue de Katkin
et Murray (1968) consacrée aux phénomènes de conditionnement instru
mental des fonctions neuro-végétatives en général. Ces auteurs ont
surtout examiné les travaux publiés sur le sujet en se demandant s'il
s'agissait ou non d'un conditionnement vrai, répondant à des critères
stricts, ou si, le plus souvent, d'autres mécanismes, notamment média-
tionnels, ne pouvaient pas être mis en cause. Ils ont conclu que chez
l'Homme de telles médiations ne pouvaient jamais être exclues. Ils ont
observé par ailleurs que, malgré ces considérations théoriques, le fait
qu'une modification neuro-végétative puisse être réalisée par renforce
ment instrumental était important du point de vue pratique. Cela étant
acquis, nous avons repris à l'intention des lecteurs de langue française
qui ne sont pas spécialisés dans la question au point d'avoir eu connais
sance de cet article les aspects d'intérêt le plus général des problèmes
soulevés par Katkin et Murray. Mais nous avons surtout centré notre
revue sur la question suivante : quels sont les facteurs qui paraissent
responsables de l'échec de certaines tentatives et de la réussite d'autres
tentatives, faites dans des conditions apparemment semblables ? De
plus, nous avons intégré à la discussion des travaux publiés après la
revue de Katkin et Murray. Il s'agit d'une part d'une réponse et de
critiques que leur ont adressées Crider, Schwartz et Shnidman (1969),
et d'autre part de nouvelles recherches expérimentales.
Quels sont les critères d'un conditionnement réussi ?
Dans les expériences sur l'Homme, où de nombreux facteurs possibles
ne peuvent être contrôlés comme chez l'Animal et où la cognition inter
vient par ailleurs de façon incontrôlable elle aussi, certaines questions
se posent même en présence de résultats positifs.
Dans leur revue critique, Katkin et Murray se demandent à quelles
conditions on peut dire que des résultats positifs prouvent la réalité
d'un conditionnement opérant végétatif ; ils établissent les critères
suivants.
Il faut une augmentation de la fréquence, de l'amplitude ou de
la probabilité d'occurrence de la réponse par rapport à une période
initiale sans renforcement (niveau opérant). Il faut, en outre, qu'il y ait
des comparaisons possibles entre les groupes expérimentaux et des
groupes de contrôle appropriés ; il faut enfin qu'il n'y ait pas d'autre
explication possible. Leur conclusion est que le conditionnement peut
être considéré comme effectif chez l'Animal mais qu'il n'est jamais
prouvé chez l'Humain, l'un des trois critères faisant toujours défaut REVUES CRITIQUES 526
dans l'ensemble des travaux revus. Ainsi qu'il a été dit plus haut,
Katkin et Murray se demandent d'ailleurs quel est l'intérêt pratique
d'un conditionnement « pur » des fonctions neuro-végétatives. Le fait
de vouloir à tout prix conditionner l'EDG sans qu'aucune médiation
n'intervienne est un problème qui concerne davantage le physiologiste
que le psychologue. Pour ce dernier, les médiations notamment de type
cognitif sont sans aucun doute du plus haut intérêt. L'activité EDG
n'est en effet importante pour le psychologue que dans la mesure où
elle est l'indice de « quelque chose ». Si l'on désire que le sujet contrôle
ses réactions neuro-végétatives, n'aurait-on pas intérêt justement à
profiter pleinement des médiateurs somatiques et cognitifs ? De toute
façon, il est pratiquement impossible d'éliminer les recours à une
médiation cognitive sans rendre le sujet inconscient, de même qu'il est
impossible d'éliminer les médiations musculaires sans procéder à une
curarisation complète.
Nous voudrions soulever ici une autre question qui nous paraît
importante. A notre point de vue, le conditionnement opérant est une
procédure expérimentale spécifiant l'agencement de certains événe
ments (réponse, renforcement) et destinée à obtenir une augmentation
de la probabilité de la réponse renforcée. Il nous semble que cette
procédure n'a par elle-même aucune valeur explicative, ainsi que le
note d'ailleurs Agathon (1968). Il est abusif de réserver la dénomination
de conditionnement aux seuls cas où le sujet serait « inconscient » de
ce qui se passe, comme le font beaucoup de tenants du conditionnement.
Une fois mis à jour des résultats positifs, c'est-à-dire une augmentation
de la fréquence de réponse, il reste à les expliquer, à élucider les modes
d'action possibles du stimulus de renforcement et les stratégies déve
loppées par les sujets. L'action directe et automatique du renforcement
qui est impliquée pour beaucoup d'auteurs dans le conditionnement
opérant est sans doute une explication, mais il en est d'autres. Dans
une perspective expérimentale, il s'agit d'établir par des méthodes
adéquates des faits qui étayent les explications proposées. Il nous
semble que l'utilisation d'animaux en conditionnement opérant place
le chercheur dans la plus mauvaise des positions à ce point de vue ;
elle exclut en effet toute possibilité de rapport verbal du sujet après
l'expérience et prive l'expérimentateur d'une source féconde d'hypo
thèses explicatives.
Ainsi qu'on l'a dit plus haut, Crider, Schwartz et Shnidman (1969)
se sont chargés de répondre point par point à la revue de Katkin et
Murray en tâchant de montrer que le conditionnement opérant des
fonctions végétatives était effectif chez l'Homme. Et, par conditionne
ment, ils entendent évidemment en plus de la simple augmentation de
fréquence des réponses, une action directe et automatique du renforc
ement (direct opérant conditioning). Nous verrons les réponses de Crider
et de ses collaborateurs lors de l'examen des différents points contestés. LEMINEUR ET E. MEURICE 527 R.
LES FACTEURS SUSCEPTIBLES DE FAVORISER
DES RÉSULTATS POSITIFS OU NÉGATIFS
Pour tâcher de comprendre le pourquoi des résultats contradictoires
observés à ce jour chez l'Homme, nous envisagerons successivement
le schéma d'expérience habituellement utilisé, les diverses techniques
opérantes que l'on a appliquées à l'EDG, l'effet des instructions et le
contrôle des médiateurs possibles.
Avant d'examiner ces différents points, il convient de définir clair
ement l'objectif de ces expériences. L'effet caractéristique désiré est
l'augmentation de la fréquence d'émission des réponses EDG spontanées,
de leur amplitude ou de leur probabilité d'occurrence par renforcement
positif donné de manière contingente (CR)1. Il y a augmentation en
fonction de la fréquence observée durant une période de repos préalable,
autrement dit, par rapport au « niveau opérant ». Cette
est du même type que celle que l'on observe dans les expériences de
conditionnement opérant des comportements moteurs. De tels résultats
mettraient en évidence une action des renforcements plus active qu'une
simple prévention de l'habituation qui se manifesterait par un maintien
de la fréquence initiale. Crider, Shapiro et Tursky (1966) ainsi que
Gavalas (1968) ont cependant conclu que les processus observés se
limitaient à une telle prévention de l'habituation. Certains auteurs,
comme Grings et Carlin (1966) et comme Shnidman (1970), ont condi
tionné de manière instrumentale non pas des EDG spontanés mais des
réactions provoquées par une stimulation extéroceptive (composante
électrodermale de la réaction d'orientation). L'effet obtenu dans ce cas
consiste en un maintien de la réaction EDG consécutive à la stimu
lation et pourrait donc être défini comme une prévention de l'habi
tuation. Ici encore, d'autres auteurs Gavalas (1968) montrent
que le renforcement instrumental n'empêche pas nécessairement cette
adaptation.
Schéma <T expérience
Le schéma d'expérience habituellement utilisé consiste à établir
la fréquence des réactions spontanées émises au cours d'une période
de repos variable (de 5 à 10 minutes), ce qui permet, part, de
constituer des groupes appariés quant à l'activité spontanée, et d'autre
part d'établir pour chaque sujet l'amplitude qui définira les réactions
discrètes à renforcer. Dans certains cas, le critère définissant ces réac
tions est établi en fonction de l'amplitude des réactions EDG provoquées
1. Le terme contingent est la traduction directe de l'adjectif anglais
contingent ; il indique une relation de concomitance temporelle plus ou
moins absolue entre la réponse et le stimulus de renforcement (de Montp
ellier, 1964). REVUES CRITIQUES 528
par des chocs électriques (on retient par exemple la moitié de l'amplitude
moyenne des réactions aux chocs). Dans d'autres cas, c'est en fonction
de la résistance de base des sujets qu'on détermine le critère (on renforce
par exemple les variations correspondant à 1 % de la résistance de
base). Suit alors une période de renforcement. Un des groupes constitués
est soumis à une condition de renforcement contingent, c'est-à-dire
que les sujets de ce groupe sont renforcés chaque fois qu'ils émettent
une réaction EDG répondant au critère défini plus haut. Les renforce
ments provoquant généralement une réaction EDG, on évite de renforcer
ces réactions (ce temps « mort » variant suivant les auteurs de 3 à
10 secondes). Les sujets du deuxième groupe reçoivent également des
renforcements positifs mais jamais après l'émission d'un EDG (condi
tion nCR). On définit un intervalle minimum entre les deux événements.
Chaque sujet de ce groupe bénéficie du même nombre de renforcements
que le du expérimental qui lui est apparié. Ce contrôle
est nécessaire si l'on veut être assuré que l'augmentation de la fréquence
des EDG est bien due au renforcement en tant que tel et non à son
simple pouvoir de stimulation. Il est clair que les sujets peuvent servir
à leur propre contrôle si l'on veille à contrebalancer les conditions CR
et nCR. Le renforcement positif utilisé est généralement un gain symb
olisé par l'allumage d'une lampe ou l'apparition de points sur un
compteur. Schwartz et Johnson (1969) doutent de la puissance effective
de ces renforcements et préconisent l'utilisation de renforcements
présentant un caractère affectif plus prononcé tel que, pour des sujets
masculins, la projection de diapositives présentant des nus féminins.
Ce type de renforcement fournit d'excellents résultats.
Vient alors une période d'extinction pendant laquelle plus aucun
renforcement n'est accordé. Pour terminer, on procède en général à
une interview des sujets destinée à mettre éventuellement en lumière
une prise de conscience de la relation entre une de leurs réactions ou un
certain type de représentations mentales et l'arrivée du renforcement.
En cas d'expérience réussie, on note généralement, comme on l'a
déjà dit, que, dans le groupe CR, la fréquence des réponses augmente,
demeure constante ou ne diminue que très légèrement pendant le
renforcement et décline pendant la période d'extinction. On observe
dans le groupe nCR une diminution de fréquence pendant le renforc
ement et une augmentation pendant la période
Crider et al. font remarquer que l'augmentation de fréquence est
un critère valable à condition que le niveau de base demeure stable
au cours du temps. Or il semble que ce niveau ne soit pas constant
dans le cas de la réponse EDG. Il diminue selon Johnson (1963). Il
s'agit donc d'apprécier une modification de la probabilité d'occurrence
de la réponse en fonction de cette diminution. Qu'il n'y ait pas d'aug
mentation de fréquence de la réponse ne constitue donc pas en soi
une preuve d'échec. Pour apprécier correctement une augmentation R. LEMINEUR ET E. MEURICE 529
de la probabilité d'occurrence, il faut comparer les fréquences de réponses
du groupe CR et du groupe nCR et montrer que les différences entre
ces fréquences s'accroissent au cours du conditionnement. Une telle
comparaison, pratiquée par Schwartz et Johnson (1969), par exemple,
autorise ces auteurs à considérer leurs résultats comme témoignant
positivement d'un conditionnement de la réponse EDG.
Rappelons qu'un groupe de chercheurs (Stern et coll., 1966) dont
on a parlé plus haut a échoué systématiquement dans ses tentatives
de conditionner l'EDG instrumentalement. Un examen minutieux de
leurs travaux ne révèle pas de différence dans les procédures expéri
mentales utilisées ; le plus souvent d'ailleurs, ces auteurs ont manifesté
le souci particulier de respecter les procédures qui avaient amené des
résultats positifs (celles utilisées notamment par Kimmel et ses
collaborateurs).
Certains travaux suggèrent que l'on devrait examiner plus en détail
le problème de la durée de la période d'adaptation précédant le condi
tionnement. Les processus en jeu pourraient en effet être différents
suivant la période d'adaptation autorisée. On sait que, durant une
période d'habituation, les réactions EDG spontanées d'amplitude élevée
finissent par disparaître alors que celles de faible amplitude se main
tiennent (Greene et Kimmel, 1966). Il pourrait donc y avoir deux types
distincts de réactions EDG spontanées : les réactions de forte amplitude
qui seraient dues à l'action de stimulus extéroceptifs indéterminés (Corah
et Stern, 1963) et celles d'amplitude plus faible qui refléteraient l'activité
spontanée de tissus localisés (par exemple, la membrane épidermique
semi-perméable) (Lacey et Lacey, 1958). On voit donc l'importance
d'un contrôle de la durée de la période d'adaptation, sans quoi on
risque de renforcer deux types distincts d'EDG. Ceci expliquerait
peut-être pourquoi certains expérimentateurs réussissent leur condi
tionnement et d'autres pas. Il semble en effet beaucoup plus problé
matique de conditionner les réactions du second type que celles du
premier.
Le même problème se pose au niveau de la constitution des groupes
de contrôle et expérimentaux qui sont appariés sur la base d'une activité
initiale moyenne. Des sujets à activité initiale faible et élevée se trouvent
ainsi mélangés. Est-on sûr que ce procédé soit légitime ? On sait peu
de chose quant aux conséquences sur le conditionnement d'une activité
initiale forte ou faible. Crider, Shapiro et Tursky (1966) se sont intéressés
à ce problème, mais d'une manière plutôt accessoire, semble-t-il. Ils
montrent qu'on parvient à conditionner tous les sujets, quel que soit
leur niveau opérant, mais la courbe d'acquisition présente une pente
différente selon l'intensité de ce niveau opérant : ce fait paraît parti
culièrement important. Il semble en effet qu'on se trouve en présence
de deux phénomènes distincts selon qu'on a affaire aux sujets à niveau
d'activité élevé ou bas. D'après les données fournies par Crider, Shapiro