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Le salaire des ouvriers du bâtiment à Paris, de 1400 à 1726 - article ; n°2 ; vol.26, pg 463-483

De
24 pages
Annales. Économies, Sociétés, Civilisations - Année 1971 - Volume 26 - Numéro 2 - Pages 463-483
21 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Micheline Baulant
Le salaire des ouvriers du bâtiment à Paris, de 1400 à 1726
In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 26e année, N. 2, 1971. pp. 463-483.
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Baulant Micheline. Le salaire des ouvriers du bâtiment à Paris, de 1400 à 1726. In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations.
26e année, N. 2, 1971. pp. 463-483.
doi : 10.3406/ahess.1971.422372
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1971_num_26_2_422372ENQUÊTE EN COURS
Le salaire des ouvriers du bâtiment
à Paris de 1400 à 1726
d'ouvriers aux que s'inscrivent fonciers. Germain (surtout historiques Dieu, Comme Les archives les Quinze-Vingts, le recherches collections et (XVIIe-XVIIIe collège dans sur Saint-Denis, des l'histoire le l'enquête communautés dit cadre entreprises de « de Saint- comptes siècles), très de couvent Beauvais sur divers Jacques-aux- large les sur : (XVe-XVIe à communautés des loyers, de »). types l'exclusion le l'enquête salaire Mais Blancs- de nous Pèlerins, on siècles) revenus des n'a Manteaux), avons menée religieuses ouvriers pu devis Incurables) utiliser ou fait : au loyers les et Centre appel hospitalières du (abbayes pour marchés mémoires bâtiment urbains, x, essentiellement de ces ou Recherches recherches fort de collèges et revenus (Hôtel- à Saint- nombrôles Paris
reux mais où ne figure jamais le salaire payé aux ouvriers 2.
Deux catégories de documents de première main : les rôles, les mémoires.
Les rôles se présentent sous forme de cahiers contenant par semaine ou par
quinzaine un état de tous les ouvriers ayant travaillé sur un chantier donné,
classés par catégories : tailleurs de pierre, maçons, limousins, couvreurs, manœuvres
etc.. 3. En face du nom de chaque ouvrier sont mentionnés son salaire journalier,
le nombre de jours de présence 4 et — presque toujours — son pendant la
période donnée. Le plus ancien rôle retrouvé à Paris date de 1644, mais certains
1 . Le fonds des Incurables a déjà été exploré par les chercheurs, notamment en ce qui concerne
les salaires : pour l'époque de Louis XIV, Jean Meuvret y a fait des dépouillements très détaillés
qu'il a eu l'extrême obligeance de nous communiquer. Par ailleurs, Yves DURAND ayant tiré des
cartons du XVIIIe siècle la matière d'un Diplôme d'Études Supérieures dont il a extrait un article :
« Recherches sur les salaires des maçons à Paris au XVIIIe siècle » paru dans la Revue d'histoire
économique et sociale, 1 966, pp. 468-480, nous avons clos notre enquête en 1 726.
2. Ce qui interdit tout recours aux archives notariales pour combler les lacunes.
3. Éventuellement poseurs, bardeurs, porte-mortiers, carriers, porte-terre, porteurs de hotte.
4. Sous forme de bâtonnets ; les fractions de journées étant figurées par diverses combinaisons
de ronds et de bâtonnets.
4«3
Annales (26* année, mars-avril 1971, n* 2) 14 ENQUETE EN COURS
comptes du XVIe siècle dérivent de « rôles » et en reproduisent assez fidèlement la
teneur. Tel le registre KK 339 des Archives nationales : Compte des travaux
d'agrandissement de la chambre des comptes qui, semaine après semaine,
nous donne pour chaque catégorie : tailleurs de pierre, maçons et aides, le nom
de chaque ouvrier, son salaire journalier et le nombre de jours ouvrés \
Dans les mémoires, un entrepreneur : maître-maçon, charpentier, couvreur
ou autre, récapitule à l'intention de son client ses journées de travail, celles des
compagnons ou des manœuvres qu'il emploie et les fournitures employées.
Les travaux accomplis peuvent avoir duré plusieurs mois : dans bien des cas la
seule date indiquée est celle de rédaction de la facture, parfois même celle de son
règlement. A cette imprécision s'ajoute une autre source d'incertitudes : il n'est
pas sûr que la somme que l'entrepreneur réclame pour ses ouvriers soit exacte
ment celle qu'il leur a versée. Disons encore — c'est une pratique qui semble surtout
courante au XVIIe siècle (qu'on se reporte à la scène I du Malade imaginaire) —
que les mémoires sont susceptibles de « rabais » : c'est-à-dire que le client réduit,
de son propre chef, les sommes demandées par l'entrepreneur dans une pro
portion variable, mais qui atteint facilement 25 à 30 %. Rare dans les mémoires
qui facturent journées et matériaux *, cet usage est presque constant pour les tr
avaux à façon : on ne rencontre à peu près pas de mémoire de menuisiers, par
exemple, qui n'en soit victime.
Les comptabilités que nous avons utilisées sont vérifiées et examinées, pièces
justificatives à l'appui; il y a donc peu d'apparence pour qu'elles contiennent
des indications fantaisistes ou gonflées systématiquement; mais elles ajoutent
aux défauts des mémoires dont elles dérivent le plus souvent, un laconisme qui
s'aggrave avec les années, omettant par exemple d'indiquer le salaire journalier
ou le prix unitaire des matériaux, puis la part des salaires et celle des fourni
tures 3. A la fin du XVIe siècle, l'évolution est accomplie pour presque toutes les
institutions 4 : le compte mentionne simplement le paiement d'un mémoire et
parfois ses références d'archives sans s'intéresser à son contenu.
Aucune de ces sources ne peut nous servir de guide pendant beaucoup plus
d'un siècle. L'Hôtel- Dieu qui, de façon parfois fort intermittente, nous apporte
de nombreux renseignements entre 1 41 6 et 1 540, est à peu près muet après cette
date; le collège de Beauvais et Saint- Jacques-aux- Pèlerins, si précieux pour le
XVe siècle, ne nous livrent plus grand-chose après 1500 et 1520; les Quinze-
Vingts, la meilleure source pour la fin du XVIe siècle, ne contiennent que quelques
indications éparses au début. Mais la multiplicité des séries est plutôt un avantage;
1. Un peu moins précis, le compte des travaux entrepris en 1519 pour la construction d'un
nouvel hôpital adopte le même principe mais ne donne pas le nom de tous les ouvriers, plus de
60 manœuvres certaines semaines. Le registre KK 286 A : Préparatifs de l'entrée du roi et de la
reine à Paris qui dérive, lui aussi, d'une collection de rôles les résume encore un peu plus. Par
exemple : semaine du 1 5 au 20 avril 1 549 à 24 hommes manœuvres qui ont travaillé ainsi que dit
est les uns 5 jours 112. autres 4 jours 1 12. autres 4 jours. 3 jours 1/2, 2 jours 1/2, 1 jour 1 /2r
1 jour à 4 s. par jour : 191. 16s.t.
2. Un exemple pourtant en 1693 (Incurables, carton 50, Mémoire 2022) : des journées de
maçon facturées 35 s. sont payées 30 s. De même en 1 694, un mémoire montant à 225 I. sur la
base de 35 s. !a journée est réduit à 200 I. carton 52).
3. A partir de ce moment on peut encore utiliser certaines mentions très simples, paiement
de quelques journées pour une réparation, par exemple, mais les rubriques plus complexes ne
nous apprennent plus rien.
4. On peut utiliser un peu plus longtemps les journaux (Blancs-Manteaux) ou les semainiers
(Quinze-Vingts) qui restent plus détaillés.
464 SALAIRES DU BATIMENT, 1400-1726 M. BAULANT LES
elle permet des recoupements et des contrôles d'une source par l'autre. Au total,
nous nous trouvons en présence d'une masse considérable de données assez
irrégulièrement réparties laissant subsister plusieurs lacunes de quelques années
consécutives, dont la principale couvre vingt années du règne de Louis XIII.
I
Dans les métiers du bâtiment deux types de rétribution apparaissent : rémun
ération à la tâche (maçonnerie payée à la toise, charpente payée à la pièce),
et salaires journaliers. Dans le premier cas, il ne s'agit pas de salaires purs et il
nous a semblé difficile de traiter ces données composites. Nous avons donc
extrait de nos sources une série de salaires journaliers. Trois problèmes préa
lables 1 se posaient :
1. La journée de travail2. L'édit de 1567, confirmé à diverses reprises, notam
ment en 1667, 1675, 1712, fixait la durée de la journée pour les ouvriers du bât
iment s à 12 heures en hiver (6 heures-18 heures) et 14 heures en été (5 heures-
19 heures) 4, sans préciser à quelle date on passait de l'horaire d'hiver à l'horaire
d'été et vice-versa. Une ordonnance de police de 1572 assignait comme limites
à la saison d'été le 1er avril et le 15 septembre, mais nous ne savons si ces dates
se sont maintenues au XVIIe siècle*. En tout cas, l'horaire 5 heures- 19 heures
semble avoir été d'un usage tellement général que l'Encyclopédie de Diderot et
d'Alembert, comme le Dictionnaire de commerce de Savary des Bruslons, le
prennent comme base à leur définition des gens de journée : « ouvriers qui se
louent pour travailler tout le long d'un jour, c'est-à-dire depuis 5 heures du matin
jusqu'à 7 heures du soir ».
En deçà de 1 567, la réalité est plus difficile à cerner, non faute de textes, mais
parce que beaucoup de métiers vivent sur des règlements déjà anciens et, même
quand ils ont été renouvelés, leur interprétation fait parfois difficulté e, car du
Moyen-Age au XVIe siècle, l'évolution revêt un double aspect.
a) Passage d'une journée durant laquelle // est permis de travailler à une
journée pendant laquelle il faut travailler. A l'origine, en effet, la réglementation
des heures de travail consiste essentiellement à interdire le travail de nuit pour
1. Sur tous les problèmes du salariat et des salariés à Paris, consulter B. GEREMEK : Le
salariat dans l'artisanat parisien aux X/i/'-XV siècles. Trad, française, Paris, 1968, in-8°, très
utile quoiqu'il concerne une période en grande partie antérieure à celle que nous étudions.
2. La journée constitue la plus petite unité rencontrée pour le salaire; elle a pour sous-
multiples demi-journée, tiers de journée et même demi-tiers de journée. En aucun cas, nous
n'avons trouvé de rétribution à l'heure. C'est un terme ignoré et même dans le cas de journées
incomplètes, les ordonnances prescrivent de payer au prorata du prix accoutumé.
3. Cet édit touche les ouvriers maçons, tailleurs de pierre, charpentiers, tuiliers, couvreurs
et manœuvres appelés autrement aides sans comprendre les plombiers. L'ordonnance de 1648
qui concerne ces derniers, ne mentionne qu'un seul horaire (5 heures- 19 heures).
4. Les statuts — sauf un très ancien statut des tondeurs de drap (1384) — ne précisent pas
la durée de la pause accordée pour le déjeuner et se contentent en général de dire que les ouvriers
prendront leurs repas à heure raisonnable.
5. Ni si elles s'appliquaient aux couvreurs pour qui elles avaient été fixées en 1566 à Carême
prenant et à la Saint- Rémy.
6. La plupart des statuts de métiers consacrent un paragraphe aux heures de travail mais
certains ne mentionnent que le début ou la fin de la journée, d'autres que l'horaire d'été ou celui
d'hiver. Voir GEREMEK, op. cit.. pp. 78 à 82.
465 ENQUETE EN COURS
des raisons d'humanité, de sécurité (couvre-feu) et de méfiance x. Cependant si
dès 1322, Philippe Le Bel avait donné l'autorisation de travailler à toute heure du
jour et de la nuit 2, si contraire à l'esprit de toutes ces réglementations qu'on ne
trouve nulle trace de son application, au cours du XIVe apparut dans certains
statuts l'obligation de travailler entre certaines heures. Très nets à cet égard sont
le titre XV de l'ordonnance du roi Jean consacré à la journée du vigneron8,
l'ordonnance de 13954 et le statut des tondeurs de draps de 13845. On doit
sans doute lier ce renversement au manque d'ouvriers consécutif aux épidémies
du XIVe siècle e.
b) Si, dès le XIVe siècle, les limites de la journée de travail obéissent à un
horaire fixe pour les métiers en chambre, ouvriers du bâtiment, vignerons et
généralement « toutes manières de gens gaignanset ouvrans ajournées » doivent
aller en besogne « dès heure de soleil levant jusqu'à heure de soleil couchant »7.
A cette journée naturelle, s'est substituée, à une date difficile à préciser, une
journée de 14 heures en été, 12 heures en hiver. En juin 1520, à l'occasion de
travaux entrepris sur les bords de la Seine 8, des équipes de nuit furent employées
pour vider l'eau sans interruption, la seconde équipe, celle de la « matinée » tra
vaillait de 2 heures après minuit à 5 heures du matin ; dès cette date la « journée »
devait donc commencer à 5 heures9. De leurs anciennes conditions naturelles
de travail, les ouvriers du bâtiment, comme les ouvriers agricoles ont conservé
une journée privilégiée surtout en hiver: les en métaux 10 ou du textile
doivent souvent prolonger leur travail jusqu'à 8 ou 9 heures du soir et assumer
ainsi des journées de quinze ou seize heures, en théorie tout au moins.
2. Incidences du cycle des saisons.
Si, aux XVe et XVIe siècles, les sources sont trop maigres pour nous permettre
de suivre le mouvement de l'emploi, pour le XVIIe siècle, grâce au fonds des
Incurables où nous avons recensé plus de 200 000 journées de travail, on peut
tenter de le dégager sommairement u. Pour chacune des grandes catégories
1. C'est un aspect sur lequel LEVASSEUR {Histoire des classes ouvrières, t. I, pp. 320-322)
a déjà insisté. On trouve encore la trace de cette méfiance dans les statuts des serruriers de 1543
qui disent que « nul serrurier ne peut ouvrer fors seulement à la veue du jour... pour ce que la veue
de la nuit n'est pas si souffisante... et par le soupçon qu'il nefacefaulse œuvre». (LESPI NASSE,
Métiers de Paris, t. Il, p. 475).
2. LES PI NASSE, op. cit., t. I, p. 1.
3. Ibid., p. 26.
4. Ibid., p. 32.
5. LESPINASSE, op. cit., t. Ill, p. 107.
6. GEREMEK (op. cit., p. 132) analyse une ordonnance de 1331 qui montre comment à une
taxation trop rigoureuse des salaires, les ouvriers avaient répondu en raccourcissant la durée de
la journée de travail.
7. Ces limites flottantes ont dû faire l'objet de contestations et d'aménagements divers (les
vignerons, par exemple, peuvent quitter leur travail de manière à arriver à la nuit en leur maison).
8. Pour construire un hôpital de pestiférés.
9. Si l'ordonnance de 1 566 prescrivait aux couvreurs d'aller en besogne « de bon matin »
c'est sans doute parce qu'elle reprenait les termes d'une ordonnance plus ancienne.
10. Fondeurs, potiers d'étain, plombiers, taillandiers, couteliers.
11. Sommairement, parce que les données sont très irrégulièrement réparties et que leur
utilisation rigoureuse demanderait des calculs très longs.
466 LES SALAIRES DU BATIMENT, 1400-1726 M. BAULANT
d'ouvriers : tailleurs de pierre, maçons, limousins, manœuvres \ nous avons noté
le nombre de journées travaillées chaque mois pour les années les plus complètes.
Pour les quatre séries le schéma obtenu est le même, accusant une baisse très nette
en janvier et février, suivie d'une reprise très vive dès le mois de mars; un premier
maximum apparaît en avril ou mai, suivi d'un léger fléchissement durant les mois
d'été; l'emploi est maximum à l'arrière-saison (septembre pour les limousins,
octobre pour les autres catégories). Ce résultat est corroboré par la courbe tirée
des données du chantier de reconstruction de Saint-Germain-des-Prés. Là
aussi, après un niveau très bas en janvier et février, deux sommets : printemps 2et
automne encadrent une dépression en été 3. L'examen de la courbe mensuelle des
jours « ouvrables » montre que la répartition des fêtes chômées au cours de l'année
ne joue pas un rôle prépondérant dans le mouvement de l'emploi. Il y a notamment
autant de jours ouvrables au mois d'août, qui accuse une baisse de l'emploi,
qu'au mois de septembre où la reprise est très nette. Sans doute faut-il voir
dans la baisse du mois d'août le contrecoup des travaux d'été, plus spécialement
de la moisson; il n'y a pas chômage, mais changement d'emploi. Par contre,
durant les mois d'hiver, décembre, janvier, février, une partie seulement des
ouvriers trouvaient à s'employer; c'est donc une période de chômage partiel.
Ce chômage relatif des mois d'hiver s'aggrave généralement d'une baisse
saisonnière des salaires. L'analyse en est plus aisée au XVIIe siècle où les données
sont abondantes : l'amplitude du mouvement saisonnier apparaît variable et
presque toujours faible, le plus souvent 1 0, 1 2, 1 5 % du salaire d'été, dans quelques
cas 20 %; elle descend parfois jusqu'à 5 ou 6 % et, dans certains cas extrêmes,
se réduit à rien : en 1682, par exemple, malgré un nombre important de données,
le salaire journalier pour les manœuvres s'établit durant toute l'année à 15 s. par
jour.
Hausses et baisses peuvent se produire en plusieurs étapes : ainsi, en 1557,
les manœuvres qui, depuis juillet, gagnaient 4 s. 6 d. par jour sur le chantier de la
Chambre des Comptes, n'en touchent plus que 4 de la fin de septembre à la fin
d'octobre, et 3 s. 6 d. à partir de novembre; Macé Mallet, tailleur de pierre sur le
même chantier voit son salaire durant la même période passer de 10 s.t. par jour
à 9 s.t, 8 s.t. et finalement 7 s.t. On pourrait multiplier les exemples et, certaines
années où les données sont nombreuses et bien datées, il est possible de distinguer
un plateau de bas salaires, un plateau de hauts salaires encadrés par deux périodes
de transition ; mais, le cas où les étapes intermédiaires sont escamotées et où il ne
subsiste qu'une alternance est aussi fréquent.
Les différentes phases sont de durée variable : ouvrons le dossier des maçons :
4 mois de hauts salaires en 1715 (avril -juillet), 5 mois en 1687 (mai -septembre),
1 . Couvreurs et charpentiers sont trop peu nombreux.
2. Avril à juin suivant les catégories.
3. La comparaison des deux courbes permet une critique réciproque. Il est probable que le
très grand nombre d'ouvriers engagés pour faire démarrer le chantier de Saint-Germain-des-Prés
en avril et mai pèse sur l'ensemble des données réparties sur deux ans seulement et rehausse
peut-être excessivement le maximum de printemps. En revanche, aux Incurables, l'année 1667
est celle où l'on emploie le plus d'ouvriers; elle se distingue des autres par un profil tout à fait
particulier et notamment une activité débordante au mois de décembre. Il est très vraisemblable
qu'en l'éliminant, nous verrions le niveau de l'emploi s'effondrer en décembre aux Incurables
comme à Saint-Germain-des-Prés. Déjà, le Livre des métiers (XXIV, 9) contient un statut per
mettant aux valets de s'absenter durant le mois d'août. « Et doivent aler les valiez chacun un mois,
en aoust se il vuelent », cité par GEREMEK, p. 83, n. 2.
467 1 . — Mouvement mensuel de l 'emploi sur les chantiers Fig.
de Saint-Germain-des-Prés (avril 1644 - mars 1646) et des Incurables (1654-1688).
Base 100 : nombre moyen d'ouvriers, par mois, pour chaque catégorie, et pour chaque période.
St GERMAIN DES PRÉS INCURABLES
1644-1646 1654-1688
MANOEUVRES
LIMOUSINS
Illustration non autorisée à la diffusion
TAILLEURS
DE PIERRE
MAÇONS
ENSEMBLE
DES OUVRIERS
jJ F M { A M Jjj A S[0 N Dj |J F M[ A U J| J A S [ 0 N D|
FBY. EPHE 2. — Comparaison du mouvement de l 'emploi avec le nombre de jours ouvrables Fig.
(2 hypothèses extrêmes, A et B, calculées suivant la date de Pâques et la lettre dominicale).
Mouvement de l'emploi : base 100 : nombre moyen d'ouvriers, par mois, sur le chantier des
Incurables (1654-1688).
Jours ouvrables : base 1 00 : nombre moyen de jours ouvrables, par mois.
200
AVANT 1666
Jours ouvrables
A
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0 — l'r' •
J F MA M J J A SO N D
200
APRES 1666
Jours ouvrables
A 100'
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Ercpfoi
I ' м j I j 0 N ENQUETE EN COURS
8 mois en 1 670 (mars-octobre) ; elles peuvent être aussi plus ou moins précoces :
en 1669 — toujours pour les maçons — le salaire maximum est atteint dès le mois
de mars, il ne l'est qu'en juillet en 1720; la tendance à la hausse des salaires se
manifeste aussi bien par une augmentation plus précoce que par une prolongation
des hauts salaires d'été.
Tel qu'il se présente, il est impossible de lier le mouvement saisonnier, si
mobile, des salaires au passage de l'horaire d'été à l'horaire d'hiver, qui devait
se faire à date fixe quoique la réduction du salaire corresponde à peu près à la
réduction des heures 1; on peut au contraire le mettre en relation très étroite avec
le mouvement de l'emploi que nous avons examiné au XVIIe siècle.
Au XVIe siècle, le mouvement saisonnier n'apparaît qu'épisodiquement,
soit que les données soient plus fragmentaires 2, soit parce que les comptes que
nous utilisons dérivent de mémoires et que les entrepreneurs qui les rédigent
facturent à leurs clients des journées à un taux uniforme 3. Au XVe siècle, malgré
la rareté des mentions datées, on relève des exemples indubitables de mouvement
saisonnier4. Par ailleurs, dès 1400, les salaires se groupent assez fréquemment
autour de deux modes parallèles. Mais, en l'absence de dates, il n'est pas toujours
facile de discerner ce qui, dans les écarts de salaires, relève d'un mouvement
saisonnier ou de l'existence de plusieurs catégories d'ouvriers 5, sauf dans les cas
assez nombreux où l'on précise le nom de l'ouvrier e. Dans tous les cas, où nous
sommes certains que ces écarts sont la conséquence du mouvement saisonnier,
leur amplitude est exactement comparable à celle du XVIIe siècle : 10 à 15 %
dans la majorité des cas.
3. L'année de travail effective est limitée en droit par le nombre des fêtes
chômées auquel s'ajoutent en pratique les aléas de l'embauche et l'instabilité
de la main-d'œuvre. '
En ce qui concerne le nombre de jours ouvrables, la charnière se place en 1666,
date à laquelle le nombre des fêtes chômées a été réduit à 30 seulement, ce qui,
compte tenu des fêtes susceptibles de tomber un dimanche, donne une année
de travail de 286 ou 287 jours, 280 à 282 à partir de 1673, quelques fêtes ayant
été rétablies 7. Au XVe siècle, au XVIe et pendant les deux premiers tiers du XVIIe,
1. GEREMEK {pp. cit., pp. 91 -92) lie au contraire les deux mouvements et admet un certain
flottement dans la date de changement d'horaire.
2. Par exemple, le compte de construction d'un hôpital pour les pestiférés, en 1520, serait
assez détaillé pour faire apparaître un mouvement, mais les travaux durent de la fin mars à la fin
août; il n'y a rien d'anormal à ce qu'on ne rencontre aucune variation.
3. Qui, d'après l'exemple du XVIIe siècle, se rapproche le plus souvent du tarif d'été, incluant
peut-être un léger profit pour l'entrepreneur. Il est vrai aussi qu'un plus grand nombre de travaux
devait être entrepris à la belle saison, donc payés normalement au tarif d'été.
4. Par exemple : le 24 juillet 1450, Estienne Laurens, maçon, gagne 5 s. par. pour sa journée;
il en gagne 4 en mars 1451 (n. st.) (Arch. nat. H3 27859, 1446-54, fol. 31 v° et 32). GEREMEK
(pp. 91-92 et n. 3) donne plusieurs exemples d'un mouvement saisonnier avec des écarts de
20 % et plus.
5. Par exemple, dans l'exercice 1443-1444, on paie — sans autre précision — pour répara
tions à l'Hôtel des Trois-Têtes, 1 journée de maçon à 5 s. 8 d., 1 3 1 /2 à 5 s., 3 à 4 s. 8 d., 7 1 /2 à
4 H3 s., 27858, plus 9 fol. jours 79). 1 /2 d'aides-maçons à 3 s. par jour, 19 journées à 2 s. 4 d., 1 à 2 s. (Arch. nat,
6. Par exemple dans le compte 1447-1448 de Saint-Jacques-aux- Pèlerins : Jacques Rogier
gagne 5 s. par. fol. 29 v°, 4 s. par. fol. 30 et 30 v° et de nouveau 5 s. par. fol. 32 et 32 v° : en
même temps son fils gagne successivement 3 s. et 2 s. 8 d. par., son aide 2 s. 8 d. et 2 s. 4 d, par.
7. VAUBAN, Projet d'une dixme royale (1707), publié par E. COORNAERT, Paris, 1933,
p. 74, compte 38 jours de fête chômée.
470 SALAIRES DU BATIMENT, 1400-1726 M. BAULANT LES
on oscille entre 42 fêtes et demie en 1 549, et 47 en 1 621 ; jointes aux 52 dimanches
de l'année et en retranchant les 5 ou 6 fêtes qui, chaque année, devaient tomber
un dimanche \ nous arrivons à une année de travail théorique de 272 à 277 jours.
Sur ce point, nous pouvons confronter les dispositions des ordonnances
avec l'application pratique qui en était faite. En effet, les comptes de différents
travaux nous donnent, semaine après semaine, le détail des salaires versés à
chaque ouvrier. Nous en avons extrait le nombre maximum de journées de travail
effectuées par les diverses catégories d'ouvriers 2 employées sur le chantier
durant une période donnée. En 1 520, les travaux entrepris pour la construction
d'une annexe de l'Hôtel-Dieu s'échelonnent de la fin mai à la fin août. Sur une
durée de 1 53 jours, on a travaillé effectivement 1 1 1 jours, soit 72,5 %. En 1 557,
les travaux de reconstruction de la Chambre des Comptes 3 durent de la mi-juillet
au début de décembre, avec 99 jours de travail sur 139, soit 71,2 %; ils s'inte
rrompent et reprennent de mai à novembre avec 144 jours de travail sur 196,
soit 73,5 %. Nos sources laissent malheureusement à l'écart 4 mois : décembre
à mars ; mais, à supposer une répartition à peu près égale des fêtes chômées 4, nous
trouvons une année effective de 260 à 268 jours un peu inférieure à l'année
théorique 5. Au XVIIe siècle, où nous sommes encore mieux renseignés puisque
les travaux de l'église Saint-Germain-des-Prés se sont poursuivis sans inter
ruption durant 112 semaines, d'avril 1644 à mai 1646, nous arrivons à un max
imum de 274 jours ouvrables pour la première année de chantier, et 256 pour la
seconde, années privilégiées puisque le chantier n'a souffert d'aucune interruption
pendant les mois d'hiver alors que les gelées étaient susceptibles de réduire plusieurs semaines e toute une catégorie d'ouvriers à un chômage que
ne tempérait bien entendu aucun système d'assurances 7.
En outre, même en l'absence d'intempéries, l'année possible de travail était
en fait réduite par les possibilités d'embauché et par les caprices d'une main-
d'œuvre d'une mobilité suraiguë. Nous avons vu, en étudiant le mouvement de
l'emploi, qu'il existait un chômage partiel de décembre à février. Les données du
chantier de Saint-Germain-des-Prés — exemple limité, mais d'une grande portée
en raison de la durée et de la continuité des travaux — nous permettent d'aborder
un autre aspect du problème. Examinons, non plus le nombre de journées effec
tuées chaque mois sur le chantier, mais le nombre d'ouvriers nouvellement arrivés
chaque mois; nous pouvons en conclure sans forcer les chiffres que les possib
ilités d'embauché, bonnes dès la fin du mois de février, sont excellentes en avril
et mai, presque nulles à partir de juillet, et que les perspectives améliorées fin août
et en septembre sont de nouveau fort médiocres à partir du mois d'octobre.
1. Sept fêtes sont toujours en semaine : lundis et mardis de Pâques et de Pentecôte, Ascens
ion, Saint-Sacrement et son octave. Il faut sans doute ajouter à cette liste générale la fête paroiss
iale, celle du patron de la corporation et les occasions exceptionnelles qui pouvaient se pré
senter de temps à autre : entrée de la reine, naissance d'un prince, etc.
2. Ceci à titre de contrôle, un des groupes pouvant être amené pour des raisons techniques,
à interrompre son travail pendant un ou plusieurs jours.
3. Arch. nat., KK 339.
4. En fait, pour cette période, les mois de travail les plus courts sont novembre, décembre et
suivant les années, mai ou juin.
5. GEREMEK (op. cit., pp. 82 à 85), par un calcul semblable aux nôtres, aboutit à une année
de 275 jours ouvrables en 1 320, sur le chantier de construction de l'hospice Saint-Jacques.
6. VAUBAN (/oc. cit.) compte 50 jours de gel.
7. Certaines confréries prévoyaient un secours en cas de maladie ou d'accident (GEREMEK,
op. cit., p. 11 1 et n. 3) mais les intempéries ne semblent pas avoir été mentionnées.
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