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Le vieillissement des composants de la mémoire : analyse factorielle de 17 scores de mémoire - article ; n°2 ; vol.91, pg 169-186

De
20 pages
L'année psychologique - Année 1991 - Volume 91 - Numéro 2 - Pages 169-186
Résumé
Afin d'étudier l'évolution différentielle de différents processus de la mémoire dans le vieillissement, un inventaire de plusieurs épreuves de mémoire (permettant d'obtenir 17 scores) a été appliqué à des sujets jeunes (20 ans) et âgés (80 ans) sous la forme de quatre modules ; les principaux paramètres de la mémoire sont testés, mots/images, rappel immédiat/différé, rappel/reconnaissance, images/visages, organisation verbale. Une analyse factorielle (ACP) a été entreprise afin de mettre en évidence les composants de la mémoire qui interviennent le plus massivement dans le vieillissement. Cinq facteurs principaux émergent à égalité : un facteur de Codage verbal, un facteur de Stockage imagé, un facteur de Contrôle des réponses, un facteur lexical (visuo-graphique) de reconnaissance des mots et enfin un facteur de stockage des visages familiers. L'évolution de ces composants en fonction du vieillissement montre une grande différence dans le « vieillissement » des composants. Le stockage imagé se dégrade peu avec l'âge tandis que le codage verbal et le stockage des visages se détériorent à une grande vitesse (le stockage visuo-graphique des mots a une évolution intermédiaire). Sur le plan psychométrique, le calcul d'un QM (quotient mémoire) permet d'indiquer l'amplitude de la détérioration des différents processus mnésiques. Sur le plan théorique, ces résultats suggèrent de dépasser la dichotomie entre processus automatiques et contrôlés en une conception modulaire avec différents systèmes de stockage et interfaces de communication en fonction de la nature de l'information.
Mots clés : mémoire, vieillissement, analyse factorielle, modules.
Summary : Development of memory components with age.
To study the differential development of memory with aging, a serie of memory paradigms was constructed which measure 17 parameters and which has been applied to young (20 years) and elderly subjects (80 years). The main memory scores were words/pictures, immediate/delayed recall, recall/recognition, pictures/faces, and free recall/hierarchical organization. A factorial analysis shows the main factors of the parameters which are associated with aging of memory. Five factors contribute to the same proportion of variability : Verbal Coding, Image Storage, Lexical Storage (perhaps visuo-graphical), an intrusion Control Factor and a Face Storage factor. Development of these memory factors from 20 to 80 years shows many differences of the « aging » of the components of memory. Image storage declined slighty whereas verbal coding and face recognition deteriorated considerably. For psychometric applications a MQ (memory quotient) shows the amount impairment of mnesic processing. On a theorical level, the results suggest extending the automatic/controlled processes dichotomy to a modular view of memory with storage modules and communication interfaces specific to the nature of the information.
Key-words : memory, aging, factorial analysis, modules.
18 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Alain Lieury
Pascale Trebon
Christophe Boujon
M. Bernoussi
Hervé Allain
Le vieillissement des composants de la mémoire : analyse
factorielle de 17 scores de mémoire
In: L'année psychologique. 1991 vol. 91, n°2. pp. 169-186.
Citer ce document / Cite this document :
Lieury Alain, Trebon Pascale, Boujon Christophe, Bernoussi M., Allain Hervé. Le vieillissement des composants de la mémoire :
analyse factorielle de 17 scores de mémoire. In: L'année psychologique. 1991 vol. 91, n°2. pp. 169-186.
doi : 10.3406/psy.1991.29452
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1991_num_91_2_29452Résumé
Résumé
Afin d'étudier l'évolution différentielle de différents processus de la mémoire dans le vieillissement, un
inventaire de plusieurs épreuves de mémoire (permettant d'obtenir 17 scores) a été appliqué à des
sujets jeunes (20 ans) et âgés (80 ans) sous la forme de quatre modules ; les principaux paramètres de
la mémoire sont testés, mots/images, rappel immédiat/différé, rappel/reconnaissance, images/visages,
organisation verbale. Une analyse factorielle (ACP) a été entreprise afin de mettre en évidence les
composants de la mémoire qui interviennent le plus massivement dans le vieillissement. Cinq facteurs
principaux émergent à égalité : un facteur de Codage verbal, un facteur de Stockage imagé, un facteur
de Contrôle des réponses, un facteur lexical (visuo-graphique) de reconnaissance des mots et enfin un
facteur de stockage des visages familiers. L'évolution de ces composants en fonction du vieillissement
montre une grande différence dans le « vieillissement » des composants. Le stockage imagé se
dégrade peu avec l'âge tandis que le codage verbal et le stockage des visages se détériorent à une
grande vitesse (le stockage visuo-graphique des mots a une évolution intermédiaire). Sur le plan
psychométrique, le calcul d'un QM (quotient mémoire) permet d'indiquer l'amplitude de la détérioration
des différents processus mnésiques. Sur le plan théorique, ces résultats suggèrent de dépasser la
dichotomie entre automatiques et contrôlés en une conception modulaire avec différents
systèmes de stockage et interfaces de communication en fonction de la nature de l'information.
Mots clés : mémoire, vieillissement, analyse factorielle, modules.
Abstract
Summary : Development of memory components with age.
To study the differential development of memory with aging, a serie of memory paradigms was
constructed which measure 17 parameters and which has been applied to young (20 years) and elderly
subjects (80 years). The main memory scores were words/pictures, immediate/delayed recall,
recall/recognition, pictures/faces, and free recall/hierarchical organization. A factorial analysis shows the
main factors of the parameters which are associated with aging of memory. Five factors contribute to
the same proportion of variability : Verbal Coding, Image Storage, Lexical Storage (perhaps visuo-
graphical), an intrusion Control Factor and a Face Storage factor. Development of these memory factors
from 20 to 80 years shows many differences of the « aging » of the components of memory. Image
storage declined slighty whereas verbal coding and face recognition deteriorated considerably. For
psychometric applications a MQ (memory quotient) shows the amount impairment of mnesic
processing. On a theorical level, the results suggest extending the automatic/controlled processes
dichotomy to a modular view of memory with storage modules and communication interfaces specific to
the nature of the information.
Key-words : memory, aging, factorial analysis, modules.L'Année Psychologique, 1991, 91, 169-18(5
MÉMOIRES ORIGINAUX
Laboratoire de Psychologie expérimentale
Université Rennes 2l de Pharmacologie clinique
Faculté de Médecine de Rennes2
LE VIEILLISSEMENT DES COMPOSANTS
DE LA MÉMOIRE :
ANALYSE FACTORIELLE
DE 17 SCORES DE
par Alain Lieüry1, Pascale Trebon, Christophe Boujon,
Mohamed Bernoussi et Hervé Allain2
SUMMARY : Development of memory components with age.
To study the differential development of memory with aging, a série
of memory paradigms was constructed which measure 17 parameters and
which has been applied to young (20 years) and elderly subjects (80 years).
The main memory scores were words /pictures, immediate I delayed recall,
recall/recognition, pictures/faces, and free recall\hierarchical organization.
A factorial analysis shows the main factors of the parameters which are
associated with aging of memory. Five factors contribute to the same
proportion of variability : Verbal Coding, Image Storage, Lexical Storage
(perhaps visuo- graphical), an intrusion Control Factor and a Face
Storage factor. Development of these memory factors from 20 to 80 years
shows many differences of the « aging » of the components of memory.
Image storage declined slighty whereas verbal coding and face recognition
deteriorated considerably. For psychometric applications a MQ (memory
quotient) shows the amount impairment of mnesic processing. On a
theorical level, the results suggest extending the automatic/controlled pro
cesses dichotomy to a modular view of memory with storage modules and
communication interfaces specific to the nature of the information.
Key-words : memory, aging, factorial analysis, modules.
1. 6, avenue Gaston-Berger, 35043 Rennes.
2. Avenue du Pr Léon-Bernard, 35043 Rennes. 170 A. Lieury, P. Trebon, C. Boujon, M. Bernoussi el H. Allain
La diminution de la mémoire est souvent associée au vieilli
ssement (Derouesné et Bakchine, 1988 ; Poitrenaud, Piette, Moy,
Girousse et Wolmark, 1989). Dans des tests classiques, toujours
utilisés (wais ou wms, Flicker, 1988), la mémoire est un test qui
« ne tient pas » selon la distinction de David Wechsler, entre
tests qui tiennent ou ne tiennent pas avec l'âge (Wechsler, 1956).
Depuis Wechsler les recherches sur le vieillissement de la
mémoire se sont doublement développées à la fois comme une
application des recherches faites dans la perspective du tra
itement de l'information et comme une conséquence médicale de
l'accroissement de l'espérance de vie avec le développement
concomitant des études en gérontologie, en neuropsychologie et
en pharmacologie.
Les déficits dus à l'âge apparaissent dans toutes les grandes
catégories de fonctionnement de la mémoire : encodage en
mémoire à court terme (effets sériels) ou au premier essai d'ap
prentissage (Delbecq-Derouesné et Beauvois, 1989), ralentiss
ement de la vitesse d'apprentissage (Drachman et Leavitt, 1972),
très grande faiblesse des capacités d'organisation (Zivian et
Darjes, 1983), ainsi qu'une faible capacité d'utilisation d'indices
de récupération qu'ils soient alphabétiques, associatifs, sémant
iques ou catégoriels (Hultsch, 1975 ; Smith, 1977 ; Rabinowitz
et Ackerman, 1982; Craik et Byrd, 1982; Reder, Wible et
Martin, 1986).
L'idée que les sujets âgés ne subissent une baisse que pour les
processus de récupération et non d'encodage vient d'une recherche
de Schonfield et Robertson (1966) montrant que si le rappel
diminue par tranche d'âge de 20 à 60 ans et plus, la reconnais
sance reste remarquablement stable, ce qui témoigne de l'enr
egistrement correct des informations. La stabilité de la mémoire
mesurée par une épreuve de reconnaissance et sa forte diminution
dans les épreuves de rappel, spécialement de rappel indicé ou
avec organisation, a également permis d'évoquer un parallélisme les processus automatiques et les processus contrôlés (Shif-
frin et Schneider, 1977), les processus du vieillissement détério
rant d'abord les processus contrôlés (Hasher et Zacks, 1979).
Mais les sujets de Schonfield et Robertson n'étaient pas remar
quablement âgés (60 ans et plus) et la stabilité de la reconnais
sance qui a été retrouvée pour les dessins ne l'a pas été pour les
mots (Graik et Byrd, 1982). La distinction entre processus
automatiques et contrôlés est donc peut-être (au moins en Vieillissement et mémoire 171
partie) méthodologiquement confondue avec la distinction entre
la nature de l'information à traiter, information verbale et
imagée.
Une série d'épreuves de mémoire a donc été conçue avec
l'objectif principal d'obtenir une comparaison rappel/reconnais
sance en fonction de la nature verbale ou imagée de l'information.
L'étude du rappel des mots a été complétée par une épreuve
d'organisation (mots organisés selon une hiérarchie catégorielle)
sachant ces types de mécanismes très vulnérables dans le
vieillissement. Enfin, la série d'épreuves est également complétée
par une épreuve de reconnaissance de visages qui, d'après des
études neurologiques antérieures (Milner, 1970 ; Bruyer, 1983),
ne sont pas nécessairement assimilables à des dessins du point
de vue des mécanismes cérébraux. Si la reconnaissance repose
sur une unité de processus de type automatique, par exemple
un accès direct à l'unité épisodique stockée (Tulving, 1972,
1985 ; Lieury, 1979), la reconnaissance devrait rester stable,
ou du moins ne diminuer que faiblement avec l'âge quelle que
soit la nature de l'information, mots, dessins ou visages. Si)
à l'inverse, la mémoire dépend de la nature de l'information,
le rappel et la reconnaissance seront différemment affectés ave,
l'âge, selon la nature de l'information. Les résultats seront de ce
point de vue également traités de façon différentialiste par une
analyse factorielle afin de voir si la variabilité individuelle se
cristallise autour des processus contrôlés (rappel et organisatione
et automatiques (reconnaissance) ou sur d'autres variables.
MÉTHODE
BATTERIE D EPREUVES DE MEMOIRE
Les épreuves de mémoire sont celles d'un test originalement conçu
pour le test d'un médicament3 ; ce test, dénommé sm9 (9 Scores de
Mémoire) est destiné à mesurer des scores de mémoire apparaissant
comme fondamentaux d'après les recherches sur la psychologie cognitive
3. La batterie d'épreuves sm9 utilisée ici dans une perspective de recherche
fondamentale a été construite par trois des co-auteurs (Lieury, Trebon,
Allain) dans le cadre d'un contrat de recherche avec les Laboratoires phar
maceutiques Roche et la société de testing pharmacologique Bio trial (Rennes-
Atalante) et nous en remercions son directeur, le Dr J. M. Gandon. 172 A. Lieury, P. Trebon, C. Boujon, M. Bernoussi et H. Allain
de la mémoire (codage verbal/imagé ; rappel libre/organisé ; rappel/
reconnaissance ; images/visages, Lieury, 1990) tout en limitant en
longueur la batterie, connaissant la fatigabilité des sujets âgés ou
présentant une pathologie de la mémoire.
La batterie se présente sous la forme de quatre modules standardisés à
16 items à des fins de comparaison : Mots (M16), Dessins (D16), Orga
nisations (016) et Visages (VI 6). Les modules M16 et D16 sont composés
de mots fréquents et de dessins de concepts familiers (dessins réalistes en
couleur de l'imagier du P. Castor). Les modules Dessins et Mots sont
suivis de trois modes de récupération, Rappel libre immédiat, Rappel
différé avec un délai de deux minutes occupé par du comptage (tâche
Peterson) et Reconnaissance. La reconnaissance comprend la moitié
de la liste comme cibles et le double de pièges (pour se prémunir contre
d'éventuels comportements de persévération chez certains sujets âgés),
soit 24 mots (8 cibles et 16 pièges) et 24 dessins. Pour éviter de multiplier
les épreuves, la reconnaissance des dessins et des mots est mixte et
présentée sous forme d'une liste de 48 items dans un ordre aléatoire ;
comme les pièges sont en nombre double des cibles le score de recon
naissance corrigée est pondéré, en enlevant la moitié des fausses
naissances aux cibles reconnues. Le module 016 est une épreuve d'orga
nisation sémantique basée sur le fait que le rappel de mots organisés
en catégories familières est supérieur au rappel des mêmes mélangés.
C'est la seule épreuve non présentée en vidéo : elle consiste en une liste
de 16 éléments d'une maison organisés sur une planche selon un arbre
conceptuel avec trois catégories : Pièces de la maison (cave, grenier,
séjour, couloir), Ustensiles de cuisine (mixer, friteuse, plateau, verre) et
Meubles (horloge, fauteuil, buffet, table). Il y a donc 12 mots, plus
3 noms de catégories, plus le nom de super-catégorie, maison, soit
16 items comme dans toutes les listes. Une pré-expérience comparant
différentes planches, Maison, Animaux, Plantes, Hommes célèbres et
Géographie, avait montré des résultats équivalents chez de jeunes
sujets quel que soit le thème général de la planche mais nous avons
sélectionné la planche Maison comme regroupant des items familiers, y
compris à des sujets très âgés. Pour ce module, il n'y a qu'un rappel
immédiat sans reconnaissance, des travaux antérieurs ayant montré
que l'effet de l'organisation ne se retrouve pas en reconnaissance. Le
module VI 6 comporte pour moitié des visages familiers et des visages
non familiers qui sont testés uniquement en mode reconnaissance ; un
rappel (souhaitable pour une comparaison avec les mots et dessins)
n'était pas possible puisque au moins la moitié des visages ne sont pas
familiers. Les visages, filmés à partir de magazines télévisés, sont ceux
de personnages familiers de ceux qui regardent les programmes télévisés
courants depuis une vingtaine d'années ou non familiers (inconnus).
Une précédente recherche sur 400 visages avait montré que le pour
centage de reconnaissance de visages familiers mais dont on ne connaît Vieillissement et mémoire 173
pas le nom (ex. Teddy Savalas qui joue « Kojak ») était égal à celui des
visages dont on connaît le nom (ex. Marilyn Monroe) ; nous avons donc
regroupé ces deux catégories dans la catégorie des visages familiers.
Les pièges sont familiers ou non familiers en nombre double des cibles
comme pour les mots et dessins.
PROCÉDURE TEMPORELLE
Les listes de chaque module sont présentées en vidéo au moyen d'un
magnétoscope vidéo 8 à l'exception du module organisation qui est
présenté sur une planche (la hiérarchie étant peu visible sur écran). Les
items sont enregistrés en laboratoire à la vitesse de présentation de deux
secondes par item, sur un banc de montage Umatic et copiés ensuite dans
le format vidéo 8*. En reconnaissance, cibles et pièges apparaissent avec
un numéro de 1 à 48 ; le sujet écrit « oui » ou « non » sur une feuille de
réponse (où sont imprimés les nombres de 1 à 48), en face du nombre
correspondant s'il reconnaît, ou non, cette cible comme ayant été
présentée. L'expérimentateur écrit les réponses orales des patients âgés
ayant des difficultés à écrire (la passation est alors individuelle).
L'ensemble de l'épreuve prend environ une demi-heure avec les sujets
jeunes et une heure avec les sujets âgés, le temps de présentation des
cibles restant toujours identique du fait de la présentation en vidéo.
L'acuité visuelle des sujets âgés est vérifiée en faisant lire des lettres
de même grandeur que celle des mots apparaissant sur l'écran (3 cm
à 1,5 m). Les sujets jeunes ou âgés passent dans les mêmes conditions
(sauf de lieu) et avec un matériel de même type. La passation se fait
par petit groupe de deux à trois (parfois quatre pour les sujets jeunes),
espacés les uns des autres, et situés à environ 1,5 m d'un téléviseur
couleur.
SUJETS
La recherche a été conduite sur 122 sujets : 23 sujets âgés dont la
moyenne d'âge est de 78 ans 8 mois et 99 jeunes d'environ 20 ans,
étudiants en psychologie. Les sujets âgés ont de 66 à 88 ans. Les étudiants
ne sont pas complètement représentatifs de la population des jeunes de
20 ans mais ont été choisis pour servir, selon la méthode de Wechsler
(1956), d'échantillon ayant les meilleurs scores et constituer une réfé
rence absolue, en particulier avec des scores qui correspondent à ceux
de la littérature en psychologie cognitive (ex. rappel immédiat d'environ 7
pour les mots, 70 % de reconnaissance de mots, 90 % pour les des
sins, etc.). Une autre étude réalisée sur des jeunes du même foyer de
4. Les enregistrements vidéo ont été réalisés grâce à la collaboration
de Jacky Floch. 174 A. Lieury, P. Trebon, C. Boujon, M. Bernoussi elH.Allain
quartier que les sujets âgés indiquent des scores équivalents à ceux des
étudiants sauf pour l'épreuve d'organisation où ils présentent un score
moyen légèrement inférieur.
La population âgée a été choisie parmi les locataires d'un foyer5 afin
de collecter les performances de sujets indépendants, ambulatoires mais
différents quant à leur niveau d'étude et leur ancienne profession.
L'inscription volontaire des participants est faite sur un planning de deux
semaines avant l'épreuve. Chaque participant est convié à ces exercices
de mémorisation en même temps que deux autres sujets afin d'éviter tout
stress. Les sujets n'ont pas été, volontairement, présélectionnés sur la
base d'un autre test. On peut en effet critiquer la présélection sur la base
d'un test qui peut conduire à une surestimation des performances ;
ainsi chez Drachman et Leavitt (1972) il y a sélection des sujets par
un wais, qui contient comme on le sait un subtest de mémoire imméd
iate de chiffres ; comment s'étonner dès lors que les sujets âgés aient
le même score que les sujets jeunes au premier essai d'un apprentissage
de séquences de chiffres !
RÉSULTATS
I. — Les performances
Les résultats sont présentés sous forme du score moyen et du
pourcentage, le score moyen étant plus souvent utilisé en rappel
(le célèbre nombre magique 7 en rappel immédiat des mots)
tandis que les pourcentages sont plus souvent cités dans les
épreuves de reconnaissance. D'une façon générale, les perfo
rmances des personnes âgées sont inférieures à celles des sujets
jeunes ; les comparaisons spécifiques par score dans une analyse
de variance indiquent des F (ddl = 5-116) qui vont de 3,3
(p = .01) pour la reconnaissance corrigée des dessins, à 31,23
(p < .001) l'organisation. Pour les fausses reconnaissances
(annexe 3), seules celles concernant les visages sont significa
tives : F = 4,2 et 4,5 pour les visages familiers et non familiers
(dans les deux cas p < .01).
Afin d'estimer l'amplitude de la baisse du score des sujets
âgés, nous nous sommes inspirés de la méthode de Wechsler
5. Nous remercions chaleureusement tous les sujets qui ont bien voulu
participer à cette expérience, en particulier les locataires du foyer de per
sonnes âgées du quartier Patton à Rennes, et nous remercions son directeur,
M. Blanchard, pour son accueil. Vieillissement et mémoire 175
Tableau I. — Rappel et reconnaissance des mots en fonction
de l'âge
Recall and recognition of words as a function of age
Mots
Score moyen
[max. = 16] Ri (i Rd 0 Rcor. .)
20 ans ,40 4 ,45 12,59 11,91 6,
0/ n = 22 40 27,8 78,6 % /o 74,4 % %
80 ans ,17 1 ,04 4,00 6,51 3,
o/ n = 23 19,8 6,5 25 % 38,5 % % /o
49 23 31 54
(!) Ri = Rappel immédiat ; Rd = Rappel différé (2 mn) ; O = Organi
sation hiérarchique ; Rcor. = Reconnaissance corrigée (Bonnes réponses
moins fausses reconnaissances),
score 80 ans (2) QM = X 100. 20 ans
en calculant un qm (Quotient Mémoire : Score 80 ans / Score
20 ans x 100). En ce qui concerne les informations verbales,
les qm sont bas, jamais supérieurs à 50 mais avec des différences
notables selon les processus estimés par les différentes tâches
de mémoire : le qm en rappel immédiat n'est plus que de 49
tandis que les processus d'enregistrement (ou stockage) à long
terme, estimés par le rappel différé, baissent énormément
(23), ainsi que les capacités d'organisation (31) ; ces scores
sont d'ailleurs bien corrélés dans la matrice de corrélation
(tableau III). La reconnaissance corrigée (Rcor.) ne se maint
ient pas, contrairement aux résultats antérieurs de Schonfield
et Robertson (nos sujets ont 20 ans de plus en moyenne), mais
baisse de moitié (54) par rapport au groupe de référence des
20 ans.
On ne peut donc affirmer que le rappel est un processus
contrôlé puisque le rappel immédiat ne se dégrade pas plus que
la reconnaissance des mots.
Chez les 20 ans, on retrouve les résultats classiques. En
premier lieu, l'image est supérieure au mot ; plus spécifiquement,
le rappel verbal immédiat est de 9,18 et 90,8 % d'images sont
reconnues (score corrigé des erreurs). On trouve également 90 % 176 A. Lieury, P. Trebon, C. Boujon, M. Bernoussi elH. Attain
Tableau II. — Rappel et reconnaissance des informations
imagées
Recall and recognition of imagined informations
Dessins Visages (Rcor.)
Score moyen Fami- Non
[max. = 16] Ri (x) Rd Rcor. liers familiers
20 ans 9,18 6,77 14,54 15,00 12,54
n = 22 57,3 % 42,3 % 90,8 % 93,7 % 78,3 %
80 ans 5,65 3,21 12,48 5,39 4,87
n = 23 35,3 % 20,0 % 78,0 % 33,6 % 30,4 %
qm 61 47 86 38 39
(x) Ri = Rappel immédiat ; Rd = Rappel différé (2 mn) ; O = Organi
sation hiérarchique ; Rcor. = Reconnaissance corrigée (Bonnes réponses
moins fausses reconnaissances).
de reconnaissance de visages chez les jeunes mais une perfo
rmance moindre de 78,3 % pour les visages non familiers conforme
à notre étude antérieure.
Chez les personnes âgées, la performance diminue fortement
mais de manière très variée selon la nature de l'information
et des processus en jeu, d'un qm de 86 à seulement 38. Le qm
pour la capacité de rappel verbal (rappel immédiat) n'est plus
que de 61 ; la baisse est donc moins forte que pour les mots (49).
Les processus d'enregistrement (ou stockage) à long terme (Rd)
baissent de moitié (47) donc beaucoup moins que le stockage
des mots (qm de 23).
La reconnaissance imagée (corrigée) des dessins communs et
celle des visages se comportent de manière radicalement diff
érente puisque la reconnaissance des images diminue peu à 80 ans
(qm de 86) tandis que la reconnaissance des visages chute à 38,
en grande partie à cause d'une proportion considérable de
fausses reconnaissances, trois fois pour les visages non familiers
et jusqu'à 60 fois plus pour les visages familiers alors qu'il n'y a
guère plus d'erreurs en reconnaissance de mots ou d'images
(annexe 2). La correction du score de reconnaissance par les
erreurs apparaît comme méthodologiquement essentielle pour la
reconnaissance des visages.

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