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Les Morts violentes

De
452 pages

BnF collection ebooks - "Tout dit : adore-moi, je suis l'Éternel ! Depuis l'aigle impétueux dans sa course, jusqu'à la mouche capricieuse dans son vol ; du brin d'herbe qui brille, fier de sa goutte de rosée, jusqu'au cèdre orgueilleux qui, bravant l'orage, touche aux nues ; de l'éléphant qui se joue lourdement, insouciant de sa nourriture qu'il trouvera toujours, car il est fort, jusqu'à la fourmi déjà laborieuse."

BnF collection ebooks a pour vocation de faire découvrir en version numérique des textes classiques essentiels dans leur édition la plus remarquable, des perles méconnues de la littérature ou des auteurs souvent injustement oubliés. Tous les genres y sont représentés : morceaux choisis de la littérature, y compris romans policiers, romans noirs mais aussi livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou sélections pour la jeunesse.


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À propos de BnF collection ebooks

 

BnF collection ebooks est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection fine réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF par un comité éditorial composé de ses plus grands experts et d’éditeurs, BnF collection ebooks a pour vocation de faire découvrir des textes classiques essentiels dans leur édition la plus remarquable, des perles méconnues de la littérature ou des auteurs souvent injustement oubliés.

Morceaux choisis de la littérature, y compris romans policiers, romans noirs mais aussi livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou sélections pour la jeunesse, tous les genres y sont représentés.

Éditée dans la meilleure qualité possible eu égard au caractère patrimonial de ces fonds, conservés depuis de nombreuses années par la BnF, les ebooks de BnF collection sont proposés dans le format ePub, un format ouvert standardisé, pour rendre les livres accessibles au plus grand nombre sur tous les supports de lecture.

Potentibus atque oppressis

Loué par ceux-ci, blâmé par ceux-là, me moquant des sots, bravant les méchants

Je dédie ce livre aux Grands de la terre, puissent-ils faire couler moins de sang pour leur politique ambitieuse !

Je dédie ce livre aux amis de l’humanité.

Que leur âme sensible et aimante ne le repousse pas sans appel sur son titre effrayant.

N’ont-ils pas vu les persécutions, les violences enfanter les héros et les martyrs ?

N’ont-ils pas vu les révolutions, l’ambition étreindre leurs victimes ?

N’ont-ils pas vu enfin l’homme toujours faible ?

Ils se rappelleront en le lisant les nobles efforts qu’ils ont tentés pour assurer le bonheur de cet homme sur la terre, terre ingrate qui enfante et dévore ses enfants.

Tant d’infortunes les convaincront que le Ciel appartient à l’âme juste, quelle que soit sa fin ici-bas.

N’espérant pas rendre le monde meilleur qu’il est, puisque les générations passent et que le vice reste, je le laisserai tel que je l’ai trouvé, car dans mon intime conviction, la race humaine a sa destinée providentielle et tracée d’avance.

C’est pour cela que je réclame du public l’indulgence pour cette œuvre : il l’accorde volontiers à tout début dans les lettres, et pour moi plusieurs années de recherches historiques seront ainsi récompensées.

Paris, 1860-1864.

Préface

L’Apocalypse de saint Jean nous apprend qu’il vit un ange ouvrir le Ciel et compter les élus : il s’y trouva 144 000 juifs et une grande multitude d’autres de toutes nations.

Ce nombre est restreint comparé à ce qu’a souffert l’humanité, qui vit, s’agite et disparaît sans bonheur. En effet : laissons saint Jean au Ciel, restons modestement sur la terre et ouvrons l’Histoire ! Qu’y voyons-nous ?

La souffrance !

Mort de Beket, mort de Capel, mort d’Ancre, mort de Foulon, mort de Grandier, de Phocas, de Hus, de Fersen ! Mort ! Mort ! toujours Mort ! Et lesquelles ? Pendus, brûlés, empoisonnés, décapités !

Il faudra passer, sans verser une larme, les hécatombes humaines et guerrières des Alexandre, des César, des Charlemagne, des Napoléon : car la Gloire les conduisait.

Passer presque tout le vaste nécrologe de la Bible sans y croire, par la raison qu’il n’y a qu’elle qui parle d’elle-même et que pas un historien ancien n’a mentionné ses sublimes horreurs, ses miracles éclatants.

Oublier si l’on peut, l’Inquisition et ses martyrs, bien autrement sanglants que ceux du Christianisme, car c’est lui-même qui les a faits, lui qui avait tant souffert, lui qui devait pardonner : hélas ! il a maudit trop souvent.

Oublier, sans avoir le cœur serré de pitié, la multitude et les imprécations des Indiens de la découverte. Fermer l’oreille et contempler sans pâlir les révolutions de tous pays, les passions infernales, les idées mauvaises qui firent couler tant de sang. Il ne faudrait rien connaître, mais c’est en vain ; semblable au jugement éternel, mille millions de spectres sanglants bondissent de leurs tombeaux : innocents ou coupables, tous veulent voir le jour effrayé de leur nombre.

Faut-il donc croire à la fatalité du crime ! Loin de moi la pensée de vouloir réveiller ici la vieille et toujours jeune querelle des philosophes qui y ont cru : le fatalisme est-il un jeu de l’imagination ? Tout ce qui se passe sur la terre arrive-t-il par la permission de Dieu ? Graves questions qui ne seront résolues qu’à la fin des temps : quoique la progression humaine fasse croire à l’éternité des siècles.

Ceci posé, sans m’inquiéter de ces hautes questions théologiques, je vais simplement raconter et énumérer autant que possible, les crimes politiques, les morts violentes qui se présenteront par époque dans tous les pays. Ma devise sera : Vérité et Justice pour tous, car l’Histoire, en éclairant les faits, donne l’Immortalité.

Antiquité
Chapitre Ier

L’Univers existe, le soleil resplendissant d’or et de feux échauffe la terre, qui s’émerveille, avec ses créatures, des beautés que Dieu y a placées. Ce n’est déjà plus l’âge d’or. Hélas ! que n’a-t-il toujours duré ! Mais que de richesses encore !

Tout dit : adore-moi, je suis l’Éternel !

Depuis l’aigle impétueux dans sa course, jusqu’à la mouche capricieuse dans son vol ; du brin d’herbe qui brille, fier de sa goutte de rosée, jusqu’au cèdre orgueilleux qui, bravant l’orage, touche aux nues ; de l’éléphant qui se joue lourdement, insouciant de sa nourriture qu’il trouvera toujours, car il est fort, jusqu’à la fourmi déjà laborieuse ; du ruisseau limpide qui murmure doucement dans la prairie, faisant éclore les fleurs, amours fidèles des papillons volages, jusqu’au fleuve écumant, qui se roule, qui se tord et qui précipite ses eaux dans l’immensité de l’Océan !

Tout dit : adore-moi, je suis l’Éternel !

Tout à coup… un grand cri traverse l’espace… Cri lamentable que la terre effrayée alors entendra si souvent. Le sang coule pour la première fois… Abel est mort !

C’est le premier anneau d’une chaîne immense et sans fin, que le temps se chargera de dérouler à mesure que l’éternité s’avancera.

Que cette plainte ne nous effraye pas, que cette mort du juste n’arrête pas notre courage, bien des innocents se trouveront encore dans l’ossuaire infernal du crime. Continuons donc en passant rapidement quelques siècles pour arriver à l’époque où l’histoire, dégagée de la fable par la vérité, écrit elle-même les faits qui se pressent sous son burin ineffaçable.

Dans cette période, les empires se forment, c’est-à-dire que les peuples, éloignés les uns des autres, se rapprochent ensuite par les populations qui vont croissantes ; telle démarcation de famille le devient de la tribu, puis du peuple : mais une querelle survient, le plus faible recule, les limites sont étendues, la Gloire apparaît, et désormais on appellera héros, celui qui, au lieu de tuer un seul homme, en fera tuer des centaines de mille.

Les Indiens et les Chinois faisant remonter leur origine bien au-delà de nos calculs, nous en dirons peu de chose, bien que les annales chinoises soient remplies du récit d’exécutions capitales. Dans cette nuit des temps, on parle de Nemrod, puis de Ninus qui agrandit Ninive, 3174 : Sémiramis, son épouse, étendit ses conquêtes et mourut vers 2080, assassinée, disent quelques auteurs, par ordre de son fils Ninias qui lui succéda.

Puis vint Sésostris. Ce roi d’Égypte, qui fut peut-être le plus grand conquérant de l’antiquité, n’a rien laissé de certain sur son compte ; sinon qu’un si grand homme dut faire périr beaucoup de monde : on croit qu’il vivait vers l’an 1720 av. J.-C.

En 1184, les Grecs prennent la ville de Troie après un siège meurtrier de dix années : ils détruisent cette ville florissante, tuent ou emmènent les habitants en captivité. Plusieurs de ces héros périrent assassinés par les leurs qui les avaient oubliés ou remplacés, tels : Agamemnon, Ajax, Ménélas, Pyrrhus.

– Vers 1095, la guerre éclata entre les Athéniens et les Héraclites : Codrus, roi des premiers, se fit tuer par un soldat ennemi pour satisfaire l’oracle qui avait déclaré que le chef des deux peuples qui mourrait le premier, donnerait la victoire aux siens. Dévouement d’autant plus remarquable qu’il a été peu imité par les princes, car s’ils avaient terminé ainsi leurs querelles, ils auraient sans doute été moins ardents aux combats.

– En 892, Didon fonde Carthage, ville aînée et rivale de Rome, avec une colonie de Tyriens, fuyant comme elle la tyrannie de Pygmalion, son frère, qui avait tué Sichée son mari et qui lui-même périt par ordre de sa femme Astartée.

– Les royaumes d’Orient sont en guerres continuelles, les familles royales se détruisent, les peuples souffrent.

– Romulus et Rémus fondent Rome 753 ans av. J.-C., 430 ans environ après la prise de Troie.

Cette ville célèbre, qui devint la reine du monde, en fut aussi le tyran impitoyable ; mille années de guerre ne satisfont pas son avidité, il faut que le Barbare la foule de son pied grossier et brutal pour la réduire à la paix, et il faut que son temple de Janus soit détruit pour que ce mot devienne une vérité. Son épée laisse dans l’histoire un large sillon de cadavres ; car, pour Rome, conquérir c’était exterminer. Elle ne civilisait les peuples que lorsqu’elle n’en avait plus rien à craindre et encore, sous les empereurs, cette civilisation consistait à les perdre de ses propres vices.

« On ne doit jamais oublier, dit M. de Lamartine dans son histoire de César, p. 238, que le peuple romain était dans l’origine et avait continué d’être depuis un peuple d’oppresseurs et de meurtriers, qui avait mis hors la loi de l’humanité tout ce qui n’était pas romain, c’est-à-dire le genre humain tout entier. »

Dans cette histoire, constatons simplement les guerres civiles et les proscriptions qui leur font toujours suite : Les rois, les consuls, les tribuns, les empereurs se succèdent et Rome les anéantit. Rémus et Romulus, leurs premiers chefs, meurent assassinés ; Odoacre1, le dernier, périt aussi. César, le grand homme, tombe aux pieds de la statue de Pompée, qui, lui aussi, fut grand ; et Héliogabale, l’être double, l’hermaphrodite, le plus méprisable de leurs tyrans, meurt assassiné.

Ce n’est pas la gloire, la vertu, la beauté, tout ce que l’homme aime, qui trouveront grâce devant Rome ; ce n’est pas le vice, la cruauté, la tyrannie qui la maîtriseront. Non. Il faut disparaître. Étrange destinée d’une ville unique dans sa gloire, qui plus tard courba son orgueil et ses souvenirs sous la main de vieillards sans défense !

Nous traverserons donc l’histoire du monde sans parler de la sienne qui n’est qu’un vaste nécrologe.

1Après Odoacre viennent encore huit rois, mais plutôt goths, vandales, etc., que romains.
Chapitre II

Sardanapale, roi d’Assyrie, règne mollement ; assiégé dans Ninive, il se brûle, lui, ses femmes, ses trésors et ses serviteurs, 770.

– Néchao I, roi d’Égypte, est tué par Sabaccus après huit années de règne, 712.

– Archiloque, poète, est assassiné par ceux qu’il avait satyrisés, 676.

– Apriès, roi d’Égypte, est vaincu et étranglé par ordre d’Amasis, 619.

– Anacharsis, le philosophe, est tué par ordre de son frère Saulius, roi des Scythes, 592, qui prétendit que ce sage voulait changer les lois de l’état.

– Périandre, tyran de Corinthe, monstre qui opprima ses sujets quarante-quatre ans, mourut tranquille dans son lit en 585.

– Nous sommes en Orient dans le palais des rois de Perse : une salle immense et magnifique, brille de mille clartés ; les riches tentures, les colonnes de porphyre, l’or, la pourpre, les pierreries le disputent au soleil, jaloux de leurs feux étincelants.

C’est la salle des festins : les courtisans, serviteurs dorés, qui cachent leurs bassesses sous l’habit somptueux, leur ambition sous le sourire fardé, attendent leur maître, Cambyse. Il paraît, mais soucieux et sévère ; aussi tous s’inclinent bien bas, redoutant, pour eux-mêmes, quelque disgrâce fâcheuse. En effet, le roi prend place, mais pour ce jour, pas de musique enivrante, ni de chants qui bercent mollement la pensée, point de danses voluptueuses qui récréent les yeux et l’imagination ; le monarque boit et s’enivre, non de cette ivresse qui reflète la teinte des vins généreux qui coulent dans sa coupe richement ciselée, mais de cette ivresse morne et bestiale qui fait de l’homme une brute. L’orgie est finie, le silence est glacial. Cambyse se lève, fait un signe et Prexaspe s’avance ; c’est un des principaux seigneurs de sa cour : – Ne m’avez-vous pas tenu ce langage il y a quelque temps, lui dit-il, « que, de tous les vices, aucun n’était plus honteux pour un roi que l’ivresse, lui sur qui les yeux de tous ses sujets sont attachés et dont les actions et les paroles sont sues de tout le monde : » – Seigneur, répondit le courtisan, vous avez une heureuse mémoire : ce sont bien là mes paroles. – Oh ! dit le monarque, je vais vous faire voir, en outre, que, quoiqu’ayant bu beaucoup, mes yeux et mes mains n’en sont pas moins en état de faire leurs devoirs accoutumés, mais pour cela il me faut votre fils, qu’on aille donc me le chercher.

L’enfant confus et joyeux arrive conduit par sa mère, heureuse d’un tel honneur. – Gardes, s’écrie le tyran en montrant l’enfant déjà effrayé, qu’on le mette à l’extrémité de la salle, la main gauche sur la tête ; j’en veux à son cœur. À ces mots, il saisit son arc, ses flèches… On recule, on craint, on doute encore… Sa mère, ah ! sa mère surtout, doute avec angoisses, elle voit sourire son fils, qui dans son innocence ne comprend pas l’horrible scène qui se prépare et dont il va être la victime !

Malheureuse, tu as trop vécu… La flèche part, siffle, un gémissement lui répond, l’enfant est percé au cœur…

– Ai-je la main sûre ? demande froidement Cambyse.

Que va répondre ce malheureux, dont la femme est évanouie, que va-t-il faire ?

Il va tuer son roi… Gardes, entourez votre maître…

Ah ! ah ! rassurez-vous, c’est un courtisan, et il répond simplement : – Seigneur, Apollon lui-même ne tirerait pas plus juste ! 528.

Quel est le plus misérable des deux ? Pour moi, je haïs l’assassin, je méprise le valet.

– Phalaris, tyran d’Agrigente fit faire, par le fondeur Périllus, un taureau d’airain pour brûler vives les personnes qui lui déplaisaient. Périllus y fut enfermé le premier ; mais peu de temps après, le tyran subit le même sort, sixième siècle.

– Polycrate, tyran de Samos, attiré à Sardes par Oronte, satrape de Perse, y est crucifié, l’an 524.

– Smerdis, fils de Cyrus, est tué par ordre de son frère Cambyse, 524.

– Aristogiton et Harmodius, assassins d’Hipparque, fils de Pisistrate, sont mis à mort cruellement, par ordre d’Hippias, frère de leur victime. Une courtisane, torturée avec eux, se coupa la langue avec ses dents plutôt que de répondre, 513, la même année qu’on chassa les rois de Rome.

– Zénon d’Élée, philosophe, voulut délivrer sa patrie de la tyrannie de Néarque, qui le fit torturer et tuer, 430.

– Sogdien, roi de Perse, fait détrôner et massacrer son frère Xercès : lui-même est tué sept mois après par ordre d’Ochus, leur autre frère, 425.

– Phynicus, général athénien, offrit de trahir les siens pour Sparte ; dénoncé, il est poignardé sur la place publique, 410.

– Périclès, bâtard du fameux Athénien, et cinq autres amiraux, sont condamnés à mort quoique vainqueurs des Spartiates, pour avoir négligé de recueillir les corps tombés à la mer, 405.

– Théramène, un des trente tyrans d’Athènes, est tué par ordre de ses collègues, dont il réprouvait les crimes et les excès, 404.

– Alcibiade, général athénien, élève de Socrate, rendit de grands services à sa patrie toujours ingrate. Exilé, puis rappelé, exilé de nouveau, Alcibiade fut tué à coups de flèches en Phrygie sur la demande de Lysandre, généralissime de Sparte et des trente tyrans, l’an 404.

Ces mêmes tyrans sont passés au fil de l’épée peu après dans une révolte.

– Cléarque, Ménon, Proxène, Agis, Socrate, généraux grecs, sont massacrés en Perse par trahison, l’an 401, lors de la retraite des Dix-Mille ; Xénophon, Timasion, Xanthicle, Cléanor et Philésius leur succédèrent.

– Socrate, fils d’un sculpteur et d’une sage-femme, naquit l’an 470 av. J.-C. Jeune, il travailla avec son père, puis servit l’État dans les armées. Plus tard, s’appliquant à la philosophie, à la science, sa morale était pure et sublime ; ses leçons n’étaient taxées d’aucun prix.

Un homme sage, au milieu d’un peuple de fous, est facilement remarqué : en peu de temps Socrate eut beaucoup d’ennemis qui résolurent sa perte.

Aristophane, le poète satyrique, commença l’attaque par ses comédies mordantes, dans lesquelles il raillait l’homme ; chez un peuple moqueur, léger, frivole, la raillerie tue plus sûrement que le poignard, et la calomnie n’est pas difficile à insinuer. Mélitus fut son accusateur.

Socrate se défendit noblement par un discours que Platon nous a conservé ; deux cent quatre-vingt-un juges opinèrent pour la mort, deux cent vingt pour la liberté !

Grand et sublime devant la mort, ce sage consola sa famille, ses amis, les entretenant de l’immortalité de l’âme.

Sa cendre était à peine refroidie, qu’on lui éleva des statues, des autels ; puis ce peuple inconséquent punit les délateurs et les juges, les uns par la mort, les autres par l’exil et le mépris, 400.

– Archelaüs, bâtard de Perdiccas, molesta beaucoup de citoyens, en fit tuer plusieurs ; un de ses favoris l’assassina, l’an 399.

– Tissapherne, satrape de Perse, seigneur fourbe et cruel, grand ennemi des Grecs, est mis à mort par ordre d’Artaxercès, en 393.

– Isménias, Thébain convaincu d’avoir reçu de l’argent des Perses pour faire révolter sa patrie contre Sparte, est condamné à mort, 386.

– Datamès, fils du satrape Comissarès, est assassiné par un seigneur révolté nommé Mithridate, jeune homme de vingt-trois ans et fils du satrape Ariobarzanès, 361.

– Artaxercès Memnon, ayant tué son frère Cyrus le jeune dans une bataille, Pariatris, leur mère, pour venger ce fils, empoisonna Statira, femme du premier. Celui-ci qui eut dit-on cent cinquante fils, en ayant désigné un au trône, l’un d’eux, Darius conspira. Le roi le fit mourir ; lui-même périt assassiné par un autre fils, Ochus, qui lui succéda, 361.

C’est sous le règne de ce prince, qu’Appollonides, médecin grec, ayant abusé d’Amytis, sœur de la reine, fut torturé pendant deux mois, puis enterré tout vivant, le jour de la mort de cette princesse.

– Ésope, le fabuliste, irrita les Delphiens par ses apologues ingénieux et satyriques ; ils le précipitèrent du haut d’un rocher. Ésope aurait dû savoir que les peuples sont comme les rois ; ni les uns, ni les autres, n’aiment entendre la vérité, 360.

– Cléarque, disciple de Platon, ne ressembla guère à son maître ; tyran d’Héraclée, il tua ou exila les principaux citoyens : Chïon, l’un d’eux, le tua d’un coup d’épée. Le meurtrier et ses complices périrent suppliciés, 332.

– Nous disions, au sujet d’Ésope, que les peuples, comme les rois, n’aimaient pas la vérité, nous dirons ici, une fois pour toutes, que les uns et les autres sont souvent ingrats : un doute, un caprice, une faute peut-être, font oublier mille services rendus.

Léon de Bysance, disciple de Platon, avait des talents politiques qui le firent choisir par les Bysantins dans des occasions difficiles. Il vint plusieurs fois en ambassadeur à Athènes et à la cour de Philippe de Macédoine : ce roi ambitieux et rempli d’artifices, désirant ardemment Bysance, voulut corrompre Léon qui ne répondit à ses avances qu’en prenant mieux encore les intérêts de ses compatriotes.

Philippe, désespérant de posséder cette cité tant que vivrait Léon, usa de ruse en faisant parvenir aux Bysantins une fausse lettre, par laquelle l’ambassadeur avait promis de livrer sa patrie. Cette lettre est lue publiquement par les ennemis de Léon, ami du monarque ; le peuple assemblé, murmure, s’agite, éclate enfin et va se précipiter comme un torrent impétueux et aveugle sur la maison de Léon, qui s’étrangle lui-même pour échapper aux déchirements de la populace, 350.

Lorsqu’un conquérant sans foi opprime un pays vaincu, les crimes commis retombent sur sa mémoire, odieuse à la postérité.

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