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Mémoire de dessins et de phrases en fonction de la durée de présentation - article ; n°1 ; vol.74, pg 145-156

De
14 pages
L'année psychologique - Année 1974 - Volume 74 - Numéro 1 - Pages 145-156
Résumé
On a tenté de vérifier l'hypothèse selon laquelle la supériorité de la mémoire de dessins par rapport à celle de phrases serait due à un double codage, iconique et verbal, du matériel concret.
Le matériel consistait en une série de dessins comportant une mise en relation de deux éléments et une série de phrases décrivant ces dessins.
Afin d'empêcher ou au contraire de faciliter la verbalisation du contenu des dessins, on a fait varier l'intervalle entre les stimulus (de un tiers de seconde à une seconde et demie).
Les sujets devaient évoquer en rappel libre, après une seule présentation, les items présentés.
Quand l'intervalle entre les stimulus est trop bref (inférieur à 500 ms) pour permettre le codage verbal, la mémoire des dessins n'est pas supérieure à celle des phrases. Mais la mémoire des dessins croît de 100 % lorsque augmente l'intervalle entre les items, alors que celle des phrases ne croît que de 20%.
Les résultats sont du même ordre en mémoire différée. L'hypothèse du double codage iconique et verbal des dessins est donc vérifiée, même quand la verbalisation du contenu est plus complexe que celle d'objets singuliers.
Summary
The present study is an attempt to test the hypothesis that the superiority of memory for drawings over memory for sentences is due to double (iconic and verbal) coding of concrete material.
The material consisted of a series of drawings showing two elements related to each other, and a series of sentences describing these drawings.
In order to hinder, or, on the contrary, to facilitate the verbalization of the content of the drawings, the interval between stimuli was varied from one third of a second to one and a half seconds.
The Ss. were required to evoke the items in a free recall situation, after one single presentation.
When the inter-stimulus interval is too brief (less than 500 ms) for a verbal coding to be possible, memory for drawings is not better than memory for sentences. But there is a 100 % increase in memory for drawings when the interstimulus interval is increased, while the corresponding increase of memory for sentences is only 20 %.
The results are comparable when recall is delayed.
The hypothesis of double, iconic and verbal, coding of drawings is supported by the results, even in the case when verbalization of drawings is complex.
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Paul Fraisse
Mémoire de dessins et de phrases en fonction de la durée de
présentation
In: L'année psychologique. 1974 vol. 74, n°1. pp. 145-156.
Citer ce document / Cite this document :
Fraisse Paul. Mémoire de dessins et de phrases en fonction de la durée de présentation. In: L'année psychologique. 1974 vol.
74, n°1. pp. 145-156.
doi : 10.3406/psy.1974.28029
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1974_num_74_1_28029Résumé
Résumé
On a tenté de vérifier l'hypothèse selon laquelle la supériorité de la mémoire de dessins par rapport à
celle de phrases serait due à un double codage, iconique et verbal, du matériel concret.
Le matériel consistait en une série de dessins comportant une mise en relation de deux éléments et une
série de phrases décrivant ces dessins.
Afin d'empêcher ou au contraire de faciliter la verbalisation du contenu des dessins, on a fait varier
l'intervalle entre les stimulus (de un tiers de seconde à une seconde et demie).
Les sujets devaient évoquer en rappel libre, après une seule présentation, les items présentés.
Quand l'intervalle entre les stimulus est trop bref (inférieur à 500 ms) pour permettre le codage verbal,
la mémoire des dessins n'est pas supérieure à celle des phrases. Mais la mémoire des dessins croît de
100 % lorsque augmente l'intervalle entre les items, alors que celle des phrases ne croît que de 20%.
Les résultats sont du même ordre en mémoire différée. L'hypothèse du double codage iconique et
verbal des dessins est donc vérifiée, même quand la verbalisation du contenu est plus complexe que
celle d'objets singuliers.
Abstract
Summary
The present study is an attempt to test the hypothesis that the superiority of memory for drawings over
memory for sentences is due to double (iconic and verbal) coding of concrete material.
The material consisted of a series of drawings showing two elements related to each other, and a series
of sentences describing these drawings.
In order to hinder, or, on the contrary, to facilitate the verbalization of the content of the drawings, the
interval between stimuli was varied from one third of a second to one and a half seconds.
The Ss. were required to evoke the items in a free recall situation, after one single presentation.
When the inter-stimulus interval is too brief (less than 500 ms) for a verbal coding to be possible,
memory for drawings is not better than memory for sentences. But there is a 100 % increase in memory
for drawings when the interstimulus interval is increased, while the corresponding of
for sentences is only 20 %.
The results are comparable when recall is delayed.
The hypothesis of double, iconic and verbal, coding of drawings is supported by the results, even in the
case when verbalization of drawings is complex.Année psychol.
1974, 74, 145-156
Laboratoire de psychologie expérimentale et comparée
Université Bené-Descartes et E.P.H.E., 3e section
associé au C.N.R.S.
MÉMOIRE DE DESSINS ET DE PHRASES
EN FONCTION DE LA DURÉE DE PRÉSENTATION1
par Paul Fraisse
SUMMARY
The present study is an attempt to test the hypothesis that the superiority
of memory for drawings over memory for sentences is due to double (iconic
and verbal) coding of concrete material.
The material consisted of a series of drawings showing two elements
related to each other, and a series of sentences describing these drawings.
In order to hinder, or, on the contrary, to facilitate the verbalization
of the content of the drawings, the interval between stimuli was varied
from one third of a second to one and a half seconds.
The Ss. were required to evoke the items in a free recall situation,
after one single presentation.
When the inter-stimulus interval is too brief (less than 500 ms) for
a verbal coding to be possible, memory for drawings is not better than
memory for sentences. But there is a 100 % increase in memory for drawings
when the interstimulus interval is increased, while the corresponding
increase of memory for sentences is only 20 %.
The results are comparable when recall is delayed.
The hypothesis of double, iconic and verbal, coding of drawings is
supported by the results, even in the case when verbalization of
is complex.
Les études comparées de la mémorisation d'images d'objets
et des noms qui y correspondent ont été très nombreuses depuis
1. Travail réalisé de bout en bout avec la précieuse collaboration de
Madeleine Léveillé. 146 MÉMOIRES ORIGINAUX
dix ans. Leurs résultats sont sans ambiguïté. A court terme
comme à long terme, on retient mieux les images que les noms.
Le phénomène est vérifié dans des situations de reconnaissance,
lorsque stimulus et réponses sont de même nature (Shepard,
1967 ; Snodgran, Volvovitz et Walfish, 1972), aussi bien que
lorsque les stimulus sont des dessins et les réponses des listes de
mots dans lesquelles il faut reconnaître ceux qui désignent les
dessins (Jenkins, Neale, Deno, 1967). On trouve les mêmes
résultats dans des épreuves d'évocation, que ce soit chez les
enfants (Ducharme et Fraisse, 1965) ou chez les adultes (Sampson,
1970).
On a pu s'étonner qu'en situation de reconnaissance ou
d'évocation, les réponses verbales à des dessins soient plus
disponibles que celles à des mots lus ou entendus, puisque le
codage des images apparaît moins direct. En effet, la difficulté
du codage des images est attestée objectivement par le fait que
le temps de dénomination des objets (ou des dessins) est plus
long que le temps de lecture des noms correspondants (Fraisse,
1964 et 1968).
Plusieurs auteurs (Fraisse et Ducharme, 1965 ; Paivio, 1971)
ont alors émis l'hypothèse que les dessins bénéficiaient d'un
double codage visuel et verbal. Une expérience antérieure
(Fraisse, 1970) a montré que même les performances des enfants
n'étaient pas améliorées lorsqu'on leur présentait le dessin avec
le nom correspondant. La verbalisation se produirait quasi
spontanément.
Si l'hypothèse du double codage est vraie, la supériorité
des dessins devrait diminuer ou disparaître quand la verbali
sation est difficile et demande une interprétation de l'image.
Nous avons en partie vérifié ce phénomène dans notre recherche
de 1970, en comparant l'évocation de dessins comprenant deux
objets (avec un rapport d'action, ex. : le pompier monte à l'échelle ;
ou de contenant à contenu, ex. : la cigarette sur le cendrier ;
ou avec deux objets indépendants, ex. : un réveil et une échelle)
à celle des phrases qui les décrivent. Avec les trois types de
matériel, la mémoire immédiate des dessins est meilleure que
celle des phrases ; mais ici le rappel des dessins dénommés par
l'E. au moment de la présentation est supérieur à celui des
dessins présentés sans commentaire. Le codage verbal ajoute
quelque chose au codage visuel.
Cette recherche reprend ce problème sous un autre angle. P. FRAISSE 147
Compte tenu du fait que le temps de réaction verbale aux dessins
est plus long que le temps de lecture du nom correspondant,
comment évoluera la mémorisation des dessins et des phrases
quand le temps de présentation des items variera de telle manière
que la verbalisation sera possible ou impossible ?
Même pour des lettres, on sait que la mémoire immédiate
est meilleure si la durée de présentation croît de 250 ms à 1 000 ms
(Murray, 1966). Par une méthode de reconnaissance de stimulus
témoins présentés avant ou après une série de lettres, Henderson
et Matthews (1970) ont trouvé que l'efficience diminuait quand
on raccourcissait le temps de présentation des lettres, surtout
dans la gamme de durées comprises entre 500 et 80 ms. La même
constatation a été faite pour des séries de dessins présentés
rapidement (Potter et Levy, 1969). La probabilité (corrigée pour
le hasard) de les reconnaître passe de .16 pour un intervalle de
125 ms entre les dessins à .93 pour un intervalle de 2 s.
Paivio et Csapo (1969 et 1971), eux, se sont intéressés dire
ctement à ce problème : comparer l'effet de la durée de présentation
sur la mémorisation de séries de dessins d'objets et des noms
concrets correspondants. Ils ont utilisé deux durées de présen
tation : 188 et 500 ms, la première permettant de reconnaître
le stimulus mais non de le verbaliser, la seconde permettant une
verbalisation implicite.
Dans deux situations où l'ordre du rappel n'intervient pas,
la mémoire immédiate des dessins est légèrement inférieure à
celle des noms concrets pour la durée brève de présentation,
mais pour la durée plus longue la mémoire des dessins est supé
rieure à celle des noms. Ce résultat ne nous satisfait pas entièr
ement car il a été obtenu après plusieurs présentations des mêmes
items et plusieurs évocations. Or, il est apparu dans plusieurs
recherches, que la différence entre dessins et noms était nette sur
tout après la première évocation, mais qu'avec les répétitions
la différence diminuait (Fraisse, 1970).
Notre projet a été d'étudier le même problème dans le cas
où la verbalisation des dessins, nécessaire à leur évocation,
est plus difficile, parce que ces dessins représentent deux objets
ayant entre eux une relation, comme dans notre précédente
recherche.
Nous nous sommes cependant heurtés à une difficulté parti
culière. Si des dessins simples et des noms concrets assez brefs
donnent lieu à des seuils de reconnaissance très voisins, il n'en MÉMOIRES ORIGINAUX 148
est pas de même pour des dessins complexes et des phrases.
Le seuil de reconnaissance de ces dernières est, en effet, assez
élevé, parce qu'il y a plusieurs éléments à appréhender (au
minimum, deux noms, deux articles et un verbe (ou une prépos
ition)). Une saisie globale n'est pas possible. Nous n'avons donc
pas pu égaliser les durées physiques de présentation, mais nous
avons choisi des comparables par rapport au seuil d'iden
tification.
L'hypothèse principale était que l'augmentation de la durée
du temps disponible pour le codage entraînerait un accroissement
de l'étendue de la mémoire immédiate plus important pour les
dessins que pour les phrases correspondantes, étant entendu
que, pour des temps de codage assez brefs, la mémoire des
dessins serait inférieure à celle des phrases.
jl^ En outre, dans les mêmes conditions, nous avons décidé
de comparer la mémoire différée des dessins et des phrases aux
résultats obtenus en mémoire immédiate. Par mémoire différée,
nous entendrons ici un intervalle de 20 s entre la fin de la pré
sentation des items et le rappel, intervalle occupé par un comp
tage arithmétique selon la méthode de Peterson, pour éviter
toute verbalisation ou répétition.
Notre seconde hypothèse était donc de vérifier, avec ce
matériel complexe et en variant la durée de présentation, les
résultats obtenus avec des dessins et les noms correspondants
d'objets uniques. Sampson (1970) a trouvé que le rappel des
dessins était supérieur à celui des mots après 30 mn comme après
24 h, et que la différence s'accroissait s'il n'y avait pas eu anté
rieurement de rappel immédiat. En serait-il de même si l'on
empêchait la verbalisation pendant la présentation des stimulus
et entre la présentation et le rappel ?
Nous avons cherché à minimiser les effets de récence qui
auraient pu introduire un biais entre dessins et phrases, surtout
en mémoire immédiate. Ils auraient aussi rendu difficiles les
comparaisons entre mémoire immédiate et différée. En effet,
l'effet de récence est fort en mémoire immédiate (Craik, 1970 ;
Madigan, McCabe et Itatani, 1972), mais disparaît en mémoire
différée, aussi bien pour les mots que pour les dessins. Pour
minimiser l'effet de récence, un chiffre terminait chaque liste
de phrases et de dessins. En mémoire immédiate, le sujet devait
d'abord inscrire ce nombre qu'il ne pouvait donc pas ignorer.
En mémoire différée, le comptage partait de ce nombre. P. FRAISSE 149
MÉTHODE
SUJETS
12 groupes de 14 sujets, étudiants ou étudiantes en psychologie.
Chaque groupe n'a passé que dans une condition de l'expérience.
MATÉRIEL
Nous sommes partis d'images en couleurs réalisées par un dessinateur.
Ces dessins ont été montrés à plusieurs personnes, et nous n'avons
retenu que celles qui étaient décrites dans les mêmes termes par les
sujets interrogés. Nous avons ainsi sélectionné 21 dessins. Ces descrip
tions nous ont conduits à construire les phrases correspondant à chaque
image. Les phrases sont de deux types : a) un sujet animé, un verbe
et un objet direct. Ex. : une fille cueille une fleur, un homme fume la
pipe ; les dessins correspondants représentent un être humain ou un
animal en train d'exercer une action ; b) deux syntagmes nominaux
reliés par la préposition dans ou sur. Ex. : un oiseau sur un nid ; une
cigarette dans un cendrier ; les dessins correspondants sont statiques.
Nous avons mélangé ces deux catégories de stimulus et nous ne les dis
tinguerons pas dans l'analyse.
PROCÉDURE
Avec ce matériel, nous avons composé une série d'entraînement
et six séries expérimentales.
Chacune des séries comporte 7 dessins et 7 phrases. Dessins et phrases
ont été filmés, puis on a réalisé un film par montage. Le projecteur
(Bell et Howell) marchant à 24 vues par seconde, la durée des dessins
est de 5 vues par seconde, soit 208 ms. La durée des phrases est de
12 vues par seconde, soit 500 ms. Cette différence s'est révélée indispen
sable pour que nous soyons sûrs que chaque dessin et chaque phrase
étaient perçus au cours de la séquence. On a testé ces durées en deman
dant à des juges expérimentés s'ils pouvaient percevoir les stimulus.
Dessins et phrases sont suivis d'un intervalle blanc pour éviter des
phénomènes d'interférence ou de masquage, et surtout pour offrir
au sujet un temps de codage. Celui-ci est de 791 ms pour la série d'en
traînement. Pour les séries expérimentales, il y avait trois durées
des intervalles : Dl : 125 ms ; D2 : 458 ms ; D3 : 1 125 ms (soit, respec
tivement, 3, 11 et 27 vues).
Si on estime que le codage commence dès le début de la présentation,
les durées disponibles pour le codage des dessins sont : Dl : 333 ms ;
D2 : 666 ms ; D3 : 1 333 ms. Pour une durée de 333 ms, nous sommes sûrs
que le sujet ne peut pas verbaliser l'image et que le codage est seulement 150 MÉMOIRES ORIGINAUX
visuel ; pour 666 ms le codage verbal est difficile ; il est par contre aisé
pour 1 333 ms.
Les intervalles blancs pour les phrases sont les mêmes que pour les
dessins, ce qui donne les durées : Dl : 625 ms ; D2 : 958 ms ; D3 : 1 625 ms.
La durée Dl permet difficilement de répéter la phrase, alors que cette
tâche est aisée avec la durée D3.
Dans les séries expérimentales constituées de 7 images et de 7 phrases,
les phrases ne correspondent pas aux dessins. Mais, dans un plan contre
balancé, aux images d'une série correspondent les phrases de l'autre,
et réciproquement. En outre, la moitié des sujets ont vu d'abord les
images puis les phrases ; pour l'autre moitié l'ordre était inverse.
Pour tester notre seconde hypothèse, la moitié des sujets ont travaillé
en mémoire immédiate, l'autre moitié en mémoire différée. A la fin
de chaque série de phrases ou d'images apparaît un chiffre (de 0 à 9),
afin de diminuer les effets de récence.
En mémoire immédiate, les sujets, dès la fin de la présentation des
7 dessins ou des 7 phrases, devaient écrire le nombre qui terminait la
série, puis tous les items rappelés, sans qu'un ordre leur soit imposé.
En mémoire différée les sujets comptaient de 3 en 3 pendant 20 s à partir
du nombre projeté, puis évoquaient, toujours sans se soucier de l'ordre,
le maximum d'items.
Les petits films étaient projetés à 4,30 m de distance du sujet,
l'image ayant une dimension de 80 x 55 cm. Le dessin occupait toute cette
surface, la phrase toute la longueur de l'image projetée.
Dans le dépouillement, nous avons compté comme bonne réponse,
qu'il s'agisse des dessins ou des phrases, une réponse contenant tous les
éléments de la situation : substantifs et verbe (ou préposition). La seule
tolérance acceptée était l'emploi de synonymes. Ex. : homme pour
garçon, grimper pour monter, etc. Ces cas représentent moins de 5 % de
l'ensemble des réponses.
TABLEAU I
Nombre moyen de dessins ou de phrases
évoquées complètement
[D = 333 \D = 666 ,ID = 1333
m\P — 625 Ulî\p = 958 U6\P = 1 625
Rappel immédiat :
Dessins 2,1 2,9 4,2
Phrases 2,4 2,7 2,9
Rappel différé :
Dessins 1,5 2,7 4,2
Phrases 1,3 2,1 2,5
Dl, D2, D3 indiquent les durées entre le début de la présentation d'un
item et celle de l'item suivant ; D : dessins ; P : phrases. P. FRAISSE 151
RÉSULTATS
Le fait que les dessins aient précédé les phrases (ou inverse
ment) n'ayant eu aucun effet systématique et significatif, nous
avons regroupé les résultats (tableau I).
Une analyse globale de ce plan qui peut s'écrire S14 [G2
xD3x R2], où S sont les sujets, G l'ordre dessins-phrases,
D les trois durées de présentation, et R le rappel immédiat ou
différé, fait ressortir les faits suivants :
En rappel immédiat
1° Les durées de présentation ont un effet très significatif
(p < .0005) sur la mémoire des dessins qui passe de 2.1 à 4.2 et
un très léger effet systématique, quoique non significatif, sur la
mémoire des phrases.
Ceci vérifie notre hypothèse. Quand le sujet a le temps
d'ajouter un codage verbal au codage visuel, la capacité de sa
mémoire augmente beaucoup. L'inverse ne se produit pas pour
les phrases, comme ceci avait déjà été démontré pour des stimulus
singuliers.
2° La supériorité de la mémoire des dessins sur celle des
phrases est globalement très significative (p < .001), mais avec
une interaction entre durées et type de matériel. En effet,
pour Dl, durée la plus petite, la rétention des dessins est infé
rieure (d'une manière non significative) à celle des phrases.
Nous nous attendions à ce résultat, puisque le temps de présen
tation ne permet aucun codage verbal de l'image. Mais le résultat
reste ambigu puisque la durée de présentation n'est pas la
même pour les dessins et pour les phrases. Si l'on compare la
mémoire des dessins en D2 à celle des phrases en Dl (c'est-à-dire
à durée de présentation égale), la mémoire des dessins devient
supérieure (quoique non significativement). Mais à cette durée,
qui est de l'ordre de 600 ms, un certain codage verbal des dessins
est possible.
En rappel différé
1° Les durées de présentation ont un effet très significatif,
aussi bien pour les dessins (p < .0005) que pour les phrases
(p < .01). La consolidation du stockage, grâce à l'augmentation 152 MÉMOIRES ORIGINAUX
des durées de présentation (qui restent cependant très brèves
si on les compare aux durées de 3 et 4 s employées en général),
est très marquée.
2° La supériorité de la mémoire des dessins sur celle des
phrases est encore plus significative qu'en mémoire immédiate
(p < .005).
Comparaison de la mémoire immédiate et différée
1° En considérant globalement les trois durées, la mémoire
des images ne se dégrade pas significativement au bout de 20 s.
Par contre, la rétention des phrases diminue (p < .005). Cepen
dant, ce résultat n'a pas beaucoup de sens car les durées de
présentation ont des effets très différents. En effet, si pour une
durée de présentation d'une seconde et demie environ (D3),
il n'y a pas de dégradation de la mémoire ni pour les dessins ni
pour les phrases, par contre après 20 s, pour les durées de pré
sentation liminaires Dl, la diminution de la rétention est très
significative, aussi bien pour les dessins que pour les phrases.
2° Si on veut comparer les résultats à durée approximati
vement égale de présentation des dessins et des phrases, c'est-à-
dire D2-dessins à Dl-phrases, on trouve les valeurs suivantes,
extraites du tableau I.
TABLEAU II
Rappel à durée égale de présentation (600 ms)
Rappel Rappel
immédiat différé
Dessins 2,9 2,7
Phrases 2,4 1,3
Puisque la rétention des dessins est meilleure, il faut estimer
que le codage visuel résiste mieux à l'érosion d'un intervalle
de 20 s que le codage verbal. Ce résultat serait sans doute vrai
à long terme et à très long terme ; nous gardons tous un stock
d'images de notre vie passée, alors que les phrases échangées
aux mêmes époques se sont évanouies.
On peut cependant objecter que dans notre expérience le