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Milice bourgeoise et identité citadine à Paris au temps de la Ligue - article ; n°4 ; vol.48, pg 885-906

De
23 pages
Annales. Économies, Sociétés, Civilisations - Année 1993 - Volume 48 - Numéro 4 - Pages 885-906
The Bourgeois Militia and Urban Identity in Paris in the Period of the Ligue.
In sixteenth-century Paris bourgeois rights were not general juridical category Rather they took shape through local social practices. Religious crisis and war prompted the renovation of the militia in 1562 which became one of the social spaces where bourgeois identity was reformed. The principle of obligatory service uniting the entire stable population (as defined with respect to residence) was altered at the discretion of captains who established more or less successful dialogue with the bourgeois within their jurisdictions. The bourgeois community defined itself relatively by virtue of conflicts played out within it. The apprenticeship of the bourgeoisie occurred in reference to the corporative institutionalization of territory the subsequent failure of which accounts for the alienation of the people of Paris in the period of the Enlightenment.
22 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Robert Descimon
Milice bourgeoise et identité citadine à Paris au temps de la
Ligue
In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 48e année, N. 4, 1993. pp. 885-906.
Abstract
The Bourgeois Militia and Urban Identity in Paris in the Period of the Ligue.
In sixteenth-century Paris bourgeois rights were not general juridical category Rather they took shape through local social
practices. Religious crisis and war prompted the renovation of the militia in 1562 which became one of the social spaces where
bourgeois identity was reformed. The principle of obligatory service uniting the entire stable population (as defined with respect to
residence) was altered at the discretion of captains who established more or less successful dialogue with the bourgeois within
their jurisdictions. The bourgeois community defined itself relatively by virtue of conflicts played out within it. The apprenticeship
of the bourgeoisie occurred in reference to the corporative institutionalization of territory the subsequent failure of which accounts
for the alienation of the people of Paris in the period of the Enlightenment.
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Descimon Robert. Milice bourgeoise et identité citadine à Paris au temps de la Ligue. In: Annales. Économies, Sociétés,
Civilisations. 48e année, N. 4, 1993. pp. 885-906.
doi : 10.3406/ahess.1993.279181
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1993_num_48_4_279181MILICE BOURGEOISE ET IDENTITE CITADINE
PARIS AU TEMPS DE LA LIGUE
Robert DESCIMON
on est pas seulement bourgeois une ville Ce statut privilégié
acquiert par insertion dans des lieux particuliers où exercent les devoirs
contreparties des droits dont on jouit est le jeu social intérieur des
micro-localités qui construit la logique générale de appartenance intégra
tion se paie ainsi avec une menue monnaie locale La logique des corps terri
toriaux est sans doute pas différente de celle des corps de métier elle se
crée au travers de conflits de faible intensité qui manifestent une culture
hiérarchique et holiste
Anecdote micro-historique Comment doit vivre un bourgeois
Aux débuts de la Ligue Antoine Montaudouin maître ceinturier était
capitaine enseigne la Villeneuve-sous-Gravois modeste faubourg poussé
au pied de la butte Montmartre sur les déblais de la construction de Paris Il
avait aussi été marguillier de sa paroisse Notre-Dame de Bonne Nouvelle
Ce très modeste notable est mis sur la sellette en avril 1588 origine du
conflit semble-t-il une dispute avait opposé au clerc de église maître
Guillaume Aridon auquel il aurait reproché il ne faisoit que prendre
huiet sous de la messe Saint Roch Montaudouin soutient avoir dit que la
confrairie Sainct Roch ne pouvoit pas porter ceste charge de huiet sous par
messe mais il la feroit plutost dire ses propres cousts et despens Un
témoin entendu dire il avait traité le prêtre de caffart un autre
affirme que Montaudouin vécu autrement que bon catholique sinon
il eu quelque colère contre Maistre Guillaume Aridon pour luy avoir
reproché il ne debvoyt jouer aux quilles avoir des garses La
rumeur sans doute entretenue par le clergé local vite transformé
Montaudouin en huguenot qui avoit dénigré la messe et diet des
motz abominables et exécrables contre le Saint Sacrement On avait même
885
Annales ESC juillet-août 1993 pp 885-906 IDENTITES URBAINES
véu quelquesfois les festes que ledici Montaudouin manioit ses outilz et
besongnes de ceinturier pour les marchants accusation était étayée dans
opinion du quartier par absence de lors des dernières fêtes
de la Pentecôte et de la Toussaint Il répondait un procès avait retenu
Chartres dont il était originaire Mais la rumeur était accréditée il se
retiroit aux festes sollennelles de peur assister église le lendemain de
la Toussaint faisant la monstre du quartier on murmuroyt de ce que ledict
Montaudouin estoit pas Absence fâcheuse il est vrai pour celui qui
avait la charge du drapeau de la compagnie symbole de appartenance du
faubourg la communauté militaire municipale Les divers ordres obliga
tions sociales imbriquaient les uns dans les autres La communauté était
indissolublement religieuse et politique et on était habitant la fois une
paroisse et un quartier
Ce cadre assurait des solidarités efficaces la quasi-totalité des déposants
certifiait que Montaudouin avait jamais vescu aultrement que comme
catholique il se rendait souvent aux Cordeliers et aux Jacobins ouir le
sermon il était homme de bien aux pauvres gens et se seroit mis la
confrairie du Sainct Sacrement et de Sa nete Barbe laquelle il aurait
donné une aulbe une chazuble et ung calice estain
Alors Montaudouin était-il bon catholique et bourgeois zélé selon
la terminologie mise en honneur par la Ligue catholique Un témoin affirme
aussi on ne avait jamais entendu proférer de propos scandaleux de
estat du Roy de la religion catholique Montaudouin aurait-il été poli
tique est-à-dire catholique mais royaliste Les misérables héros de cette
dispute de faubourg néanmoins instruite au Parlement1 ne réapparaissent
pas sur la scène politique ligueuse
Une telle affaire fait ressortir des cadres existentiels un côté la commu
nauté ecclésiastique paroissiale toujours attentive est hostile émancipa
tion territoriale que représente exercice de la dévotion dans les couvents des
Mendiants centres de la piété catholique nouvelle cette communauté appa
raît elle-même médiocrement réformée et soucieuse de sa vie matérielle qui
est certainement pas aisée De autre côté la communauté civique du quar
tier semble animée une vie intense tissée de relations sociales très denses
Entre les deux le monde mitoyen des confréries unit les clercs et les laïcs dans
une même dévotion qui est elle aussi enracinée dans un lieu
Le présent travail est dédié la communauté civique en vertu du postulat
que est elle qui est première comme expérience sociale même si la commu
nauté mystique transcendée durant les guerres de Religion
Sans négliger la dimension sacrale et religieuse de identité citadine il
importe en effet de souligner ancienneté du système des valeurs collectives
qui sont uvre dans affaire Montaudouin ordonnance pour la bour
geoisie remontant la fin du xme siècle mais reproduite telle quelle dans
édition de 1595 des Ordonnances royaux expliquait comment continuer
sa bourgeoisie le bourgeois ou la bourgeoise devait être présent de la
Toussaint la Saint-Jean sauf maladie ou pèlerinage De la Saint-Jean la
AN X2B 1176 avril 1588 information menée par Denis de Heere et Urbain Durand
conseillers
886 DESCIMON LA MILICE BOURGEOISE PARIS
Toussaint temps de la moisson et des vendanges il laissera valet ou cham
brière continuellement au lieu de bourgeoisie et pourra aller. là où il lui
plaira Mais ordonnance insistait sur la participation personnelle des bour
geois toutes les festes au moins ils sont au pays et sur la nécessité
acquitter les charges de ville2
La Ligue ne percevait pas autrement les obligations municipales Le len
demain de assassinat des Guise il est défendu aux bourgeois de désempa
rer la ville et le 18 janvier 1589 il est enjoint aux manants et habitants
absents de Paris revenir sous huitaine comme les aultres bourgeois de
lad ville peine que des garnisons soient mises en leurs maisons et gens
commis pour eux et leurs dépens aux guets et gardes tant de jour que de
nuit mais en février le Bureau envoie un colonel un mandement défen
dant de loger autrement que par commission expresse aucunes personnes
dans les maisons de son quartier sous prétexte que les bourgeois propriétaires
ou locataires ont laissé que leurs gens et serviteurs ou bien que ces mai
sons sont fermées ou il que les femmes desd est ainsi
que les royalistes purent sans trop de risques rejoindre le roi Tours en lais
sant femme et enfants Paris pourvu que leur maison continuât de contribuer
aux charges communes5 Après entrée Henri IV Paris les marchands tra
fiquant hors de Paris devraient avertir leurs capitaines de leurs départemens
et du temps de leur séjour pendant lequel ils laisseront personne cappable
pour aller aux champs La qualité première du bourgeois est être là
Au printemps 1590 un maître menuisier du faubourg Saint-Denis Paul
Fleurdemontaigne pour se libérer de la garnison de vingt-cinq ou trente
Suisses installés dans une maison vacante qui lui appartenait rue du Temple
présenta une requête au prévôt des marchands afin que les soldats soient can
tonnés es maisons qui se trouveroient vuides audict quartier Il indiquait
au colonel des Suisses la maison de mademoiselle Delavau veuve un
conseiller au Parlement rue du Temple maison que son locataire avait déser
tée pour se réfugier aux champs avec femme et enfants Le fils de la demoi
selle Jean Delavau un secrétaire du roi demeuré Paris transigea avec
Fleurdemontaigne pour il gardât ses Suisses ou en tout cas il promît
de garantir la maison de ladicte damoiselle de toute garnison de soldats
estrangers Fleurdemontaigne recevait vingt livres tournois7 Au-delà des
clivages politiques et sociaux que cette histoire évoque aussi une question
simple était posée tous devaient-ils contribuer aux charges communes selon
leurs facultés
Les ordonnances royaux sur le faict et jurisdiction de la Prevosté des Marchands... Paris
MOREL 1595 311
Registre des Délibérations du Bureau de la Ville IX 212 26 décembre 1588 et 255
18 janvier 1589
Ibid. 309 27 février 1598
Un exemple entre cent AN ZIH 378 1-6 octobre 1592 damoiselle Etiennette Goret
femme de monsieur maître Prosper Bauyn conseiller au Parlement restée Paris avec trois
enfants et deux servantes serait contrainte mendier si elle ne touchait pas les loyers de
leurs maisons Le capitaine Nicolas Dupuys lui oppose que son mari est notoirement du party
contraire résidant et exer ant son office en la ville de Tours
Reg des Délib du Bureau de la Ville XI 23 mai 1594
Min Cent. LXXXVIII mars 28 avril et ILr mai 1590
887 IDENTITES URBAINES
La bourgeoisie parisienne aurait-elle donc avant tout un caractère
réel Sans doute Et est pour avoir joué avec ce principe Antoine
Montaudouin éprouva les ennuis exemplaires que nous avons relatés Le
privilège de bourgeoisie était mis dépendre un principe territorial
qui avait perdu sa généralité initiale pour enraciner dans une pratique
locale
La territorialisation du privilège bourgeois
exercice de la bourgeoisie
Paris les droits de bourgeoisie ont une origine fort ancienne8 et un
caractère elitaire marqué Comment se sont-ils mis intéresser aussi
modestes habitants que Montaudouin et ses accusateurs
La réponse ne semble ni ordre politique ni ordre économique ni
ordre juridique élection du corps de ville le prévôt des marchands et les
échevins les conseillers de ville les quarteniers mobilise prioritairement
des spécialistes sous le contrôle attentif du roi et de ses représentants Les
avantages matériels offre le statut de bourgeois intéressent surtout les
marchands et les propriétaires fonciers Malgré importance du privilège de
ne pouvoir être jugé hors les murs en défendant la multiplicité des justices
et des seigneurs nuisait homogénéité de espace judiciaire parisien La
définition juridique de la bourgeoisie Paris est coutumière et laisse de
larges plages indécision sociale elle ne va pas plus loin que la résidence
an et jour et le paiement des charges communes Le privilège avait
donc un fondement géographique vague
Or appartenance la cité dépendait autres critères qui ne se réfé
raient pas forcément une inscription stable dans espace urbain par
exemple intégration aux divers corps des métiers qui dépendaient du
Châtelet juridiction royale ordinaire et non de Hôtel de Ville et leurs
confréries informe pas des structures spatiales de la cité Seules les
paroisses favorisaient inscription des habitants dans un espace au demeu
rant non privilégié
Restait la fiscalité municipale Si elle était pas en elle-même produc
trice de solidarités elle offrait pourtant une matrice géographique et cultu
relle elle était organisée dans le cadre des quartiers elle faisait référence
une idéologie des charges communes plus vivante dans le système urbain
que dans Etat royal Les deniers communs étaient levés pro necessi-
tatibus civitati occurentibus En 1576 Jean Combes un magistrat auvergnat
commentait le fameux juriste Balde en ces termes Un bon citoyen et qui
mérite être honoré de ce beau titre ne doit refuser de faire tout office
auquel le lieu de son origine ou de sa demeurance oblige naturellement
Voir Joseph DI RCIA Bourg Bourgeois Bourgeois de Paris from the Eleventh
to the Eighteenth Century Journal of Modern History vol 50 1978 pp 207-233
Robert DESCIMON Bourgeois de Paris Les migrations sociales un privilège Histoire
globale Histoire sociale Christophe CHARLE éd. colloque de janvier 1989
888 DESCIMON LA MILICE BOURGEOISE PARIS
Autrement ne le faisant pas il mérite être dégradé du titre et honneur de
citoyen et privé de tous les privilèges et commodités appartenant sa
cité
Paris en 1553 établissement de la taxe des fortifications pour la
réfection de enceinte eut une influence novatrice en ce elle permit la
tenue régulière de rôles de maisons et de bourgeois procédure laquelle
Hôtel de Ville opposait traditionnellement par crainte des capitations10
Fortifications de la ville et garde bourgeoise entraient évidemment dans un
rapport de dépendance logique
La territorialisation du service militaire bourgeois
On peut dire avec Max Weber que la compétence militaire des
citoyens constitue un des fondements du développement urbain de
Europe occidentale Mais cette compétence exer ait-elle sur une base
corporative ou territoriale Au xv siècle la bourgeoisie parisienne
armait pour trois occasions la garde des portes et des remparts réunissait
occasionnellement les habitants sous le commandement de leur quartenier
quand les circonstances exigeaient11 Le guet était assis la nuit en ren
fort du guet royal commandé par le chevalier du Guet et dépendant du
Châtelet Mais le guet était surtout affaire des métiers La joyeuse
entrée du roi ou un prince mobilisait également les parisiens dans
une parade coûteuse mais plus appréciée en tout cas que la mobilisation
générale qui résultait une menace militaire directe comme après la
défaite de Saint-Quentin le 10 août 155712 On voit que la compétence mili
taire des bourgeois passait époque autant par leur organisation corpo
rative que par la communauté territoriale
En mai 1559 le guet des métiers fut supprimé Le guet royal poursuivait
cette réforme depuis longtemps Aux lettres du roi avril 1550 qui repre
naient des articles baillés au roy par ceulx du guet royal le prévôt des
marchands avait répondu semble que la conservation des habitans de la
ville de Paris et de leurs biens ne peult toucher autre plus vivement que
eulx mesmes qui sont naturels de lad ville et ont interest principal la
conservation de leur bien et partant ne se peult faire meilleur guet que de
celuy qui interest que son bien et de son voisin et concitoyen soit conservé
en seureté Il notait également que la substitution un impôt au service
Jean COMBES Traité des tailles et aultres charges et subsides Paris 1576 fol 129-130
10 Reg des Délib du Bureau de la Ville IV pp 110-1151-5 février 1553 assemblée sur les
lettres patentes du 20 janvier
11 On citera par exemple Archives de la Préfecture de Police coll Lamoignon VI
fol 110 juin 1524 pour le guet de nuit bourgeois Reg des Délib du Bureau de la Ville IV
34 20 octobre 1552 pour la garde des portes Voir André BARROUX Essai sur le guet ordi
naire Paris cole des Chartes Positions des thèses Paris 1922 pp 7-12
12 Reg des Délib du Bureau de la Ville IV pp 494-496 27 août 1557 ordonnance pour
faire monstre generalle des mestiers il est enjoint aux maîtres des métiers eulx équiper en
armes... sur peyne. estre privez du privilleige de bourgeoisye Les Reg notent occasion
de cette revue des métiers passait par devant Hostel de Ville venoient de tous les quar
tiers de lad ville et faulxbourgs tellement que toute lad ville estoit en armes
889 IDENTITES URBAINES
personnel risquait de provoquer une émotion populaire et que assiette
en serait impossible établir parce que la pluspart des artizans de Paris
changent de maisons de quartier en quartier 13 Il était exact une organi
sation territoriale de la force publique supposait la stabilité de habitat
La suppression du guet rendit disponibles les Parisiens pour de nouvelles
institutions militaires Avec apparition des troubles religieux le Conseil du
roi songea très vite établir une division des tâches pour le maintien de
ordre public les campagnes aux baillis et gouverneurs et aux forces
royales les villes aux municipalités et aux gardes bourgeoises Le discours
que pronon le chancelier Michel de Hospital aux tats généraux
Orléans le 13 décembre 156014 offre une illustration parfaite de
entente cordiale qui régnait encore époque entre la royauté et les
bonnes villes malgré la résurgence des conflits15
Paris le 17 mai 1562 le Parlement enregistra les lettres patentes qui
organisaient la garde bourgeoise sur une base territoriale Ces lettres avaient
été poursuivies avec vigueur par le Bureau de Ville sans doute appuyé par
le parti guisard et le maréchal de Brissac alors lieutenant du gouverneur de
Paris16 La Popeliniere notait la crainte qui était emparée des plus grands
et plus riches et du populasse surtout est alors que le prevost de la
ville obtint de la reine que les armes auparavant ostées aux Parisiens
pour les ordinaires tumultes et insolences qui survenoient leur feussent
rendues 17 Dès le 11 mai les Parisiens avaient élu dans chaque dizaine un
capitaine et un lieutenant lesquelz firent rolles de toutz ceulx qui pouvoint
porter les armes en sondit quartier Fut commandé que chasqun chef de mai
son se tint prest avec telles armes que fut ordonné pour la tuition et defanse
de la ville 18
emblée la milice se révéla un redoutable instrument de guerre civile
beaucoup plus une force ordre Aussi Paris fut-il compris dans le désar
mement général essaya imposer édit Amboise 19 mars 1563) la
fin de la première guerre de Religion Les arguments employa le parquet
du Parlement de Paris pour justifier le privilège bourgeois du port armes
retiennent attention
personne qui puisse doubter ny revocquer en doubtes que par
chartres et privilèges anciens tant du Roy Charles Cinquiesme que aultres
successeurs Roys il ne soit permis aux bourgeois de lad ville acquérir fiefz
baronnyes et jusques aux comtés et neantmoins francs de arriére banc et
eo nomine subjectz et abstrinctz avoir armes en leurs maisons pour la
13 Reg des Délib du Bureau de la Ville III 205 13-avril 1550
14 Michel de HOSPITAL uvres complètes Pierre DUFEY éd. Paris 1824 pp 403-
405
15 Bernard CHEVALIER Les bonnes villes de France du xiv au xvie siècle Paris Aubier
1982 pp 101-106
16 Estienne PASQUIER Les uvres II Amsterdam 1723 livre IV lettre XVI col 100
17 Lancelot DU VOISIN DE LA POPELINIERE histoire de France Paris 1581 livre
fol 287 1562)
18 Pierre DE PASCHAL Journal de ce qui est passé en France durant année 1562 Michel
FRAN OIS éd. Paris Didier 1950 35
890 DESCIMON LA MILICE BOURGEOISE PARIS
conservation garde et tuition de lad ville tellement que salutis publicae
tuendae gratia les armes sont non seulement permises mais commandées
par les privilèges aux bourgeois de la ville de faire et quisqu perditorum
hominum non loquar et aultant que est chose qui appartient plus la
cognoissance des Prevostz des Marchantz et Eschevins qui ont la charge
des affaires de la ville et cognoissent plus importance de tel affaire que
nul autre plaira la Cour les mander pour après estre ouys remons
trances estre taietes19
Le Parlement faisait sonner fort haut la revendication des privilèges
parisiens
Plus sourdement la rénovation de 1562 recréait ancienne obligation
sous ses deux aspects garde des portes parfois éloignées du quartier et
guet de nuit sur le territoire même de la compagnie Mais elle avait opéré
un changement radical abord elle dissociait dans les quartiers enca
drement civil quarteniers cinquanteniers dizainiers et encadrement
militaire capitaines lieutenants enseignes ensuite elle donnait aux
bourgeois la faculté élire leurs chefs avec toutes les ambiguïtés
implique le terme élection époque même où les offices civils
devenaient des charges transmissibles Enfin elle créait une organisation
spatiale unitaire qui marginalisait le rôle militaire des structures corpora-
tives jusque-là la complexité de ancienne organisation alliant la fonction
policière effectuée par le guet royal rémunéré le guet des métiers corpo-
ratif et le guet bourgeois assis territorial et la mobilisation générale des
métiers corporative) établissait une division fonctionnelle des missions
entre quartiers et métiers
La nouvelle organisation unitaire avait tous les caractères qui la prédis
posaient se transformer en structure holiste En 1590 le curé Jean
Hamilton prêtait avocat Louis de Sainct-Yon capitaine ancien un dis
cours où il vantait la supériorité de la milice parisienne sur celles de Jéru
salem Athènes et de Rome simplement établies pour la conservation
des susdictes villes alors que nous avons esté instituez pour aydes
maintenir la loy de Dieu et nostre sa nete religion catholicque et romaine
ensemble pour la deffense de nostre ville et patrie contre invasion et
oppression des hereticques 20
La réforme soudait donc la communauté territoriale dans une unité
mystique qui supposait concrètement exercice une charge pesante
valorisante toutefois pour le simple bourgeois est seulement partir de
1562 on peut dire de Paris avec Bernard Chevalier Le peuple mobi
lisé pas autres structures que celles qui soutiennent la société elle-
même 21
19 BN fr 18282 fol 458-459 21 août 1563
20 Jean HAMILTON curé de Saint-Come) Remonstrance dicte en assemblée générale des
colonels cappitaines. par Monsieur de Sainctyon un desditz cappitaines Paris 1590
21 Bernard CHEVALIER Les bonnes villes... op cit. 118
891 IDENTITES URBAINES
La constitution de la communauté le principe obligation du service
Qui était admis faire partie de la milice bourgeoise
Les auteurs sont persuadés du caractère censitaire du service militaire
citadin22 Cette opinion masque les tendances holistes qui habitaient institu
tion milicienne
Car ensemble de la réglementation commencer par les lettres
patentes de 1562 pose en principe la généralité de obligation mander
tous les habitans de ladicte dizaine de quelque qualité ilz soient tant
maistres que serviteurs... faire assister en personne tous les chefz hostel et
chambrelans 23 Ce cadre juridique taillait très large les limites sociales de la
milice Tout de suite les règlements imposèrent des dimensions plus
souples II est enjoinct tous bourgeois chefz hostel et aultres privilé
giez et non privilégiez aller en personne aux gardes des portes 24
Les ordonnances en aboutissaient pas moins élargir le champ du pri
vilège bourgeois en estompant toute différence entre bourgeois manants
et habitants En effet accomplissement des charges entraînait toujours
un certain point du moins la participation aux droits Dans le voca
bulaire courant sous la Ligue comme sous la Fronde soldats de la milice et
bourgeois sont pris pour synonymes
La jurisprudence avait pas la simplicité de la loi Hôtel de Ville eut
juger des centaines de procès qui impliquaient des bourgeois réfractaires de
conditions variées La milice étant ressentie comme une charge et assimilée
un impôt la mauvaise volonté de beaucoup habitants était patente Cer
tains se prévalaient de leur statut occupant un qui est dit impri
meur et qui est) manqué la garde parce il avoyt la commodité
et aussi il ne tient que six chambres et attendu le nouveau règlement 25
Ces excuses furent considérées comme très mauvaises Un solliciteur de pro
cès sous le coup une contrainte avance trois bonnes raisons de ne pas
22 Citons Léon LECESTRE La bourgeoisie parisienne au temps de la Fronde Paris Pion
1913 pp 37-41 Charles NORMAND La fran aise au xv lie siècle Paris Alean 1908
pp 327-332 Jean-Louis BOURGEON île de la Cité pendant la Fronde Paris et Ile-de-
Fran Mémoires de la Fédération des Sociétés historiques et archéologiques vol 13 1962
66 ss Roland MOUSNIER Les hiérarchies sociales de 1450 nos jours Paris PUF 1969 46
notait Les bourgeois de Paris allaient des plus humbles artisans maîtres de métiers aux
plus riches marchands mais il éprouvait de la gêne devant ce corps qui ne correspondait
pas idée il se faisait des ordres Dans La stratification sociale Paris aux xvi et
xv siècles échantillon de 1634 1635 1636 Paris Pedone 1976 23 il écrivait Une
qualité très embarrassante est celle de bourgeois de Paris Pour être bourgeois de Paris il
faut donc être propriétaire ou principal locataire et avoir re du Bureau de la Ville le pouvoir
de payer personnellement les taxes municipales Cette reconstitution juridique aucun fon
dement dans les sources mais elle permet de faire économie de penser un corps travers
ses qualifications locales réelles et non personnelles
23 AN X1A 8624 fol 277 17 mai 1562 Le terme chambrelan entend époque des
locataires qui vivent en chambres garnies
24 Reg des Délib du Bureau de la Ville XI 349 12 mars 1597 Les stipulations sont
identiques dans les règlements antérieurs
25 ZIH 86 18 août 1588 lläin capitaine contre Léon Cavelart)
892 DESCIMON LA MILICE BOURGEOISE PARIS
monter la garde il serait au service du roi comme gouverneur des pages de
curie il est que chambrelan il est estropiât Il en faudrait plus pour
convaincre le Bureau de la Ville On voit condamner la même époque un
autre chambellan est-à-dire chambrelan qui estimait dispensé parce
que locataire du dizainier27 Un archer de ville que sa charge exempte de
droit abrite en sa maison quatre pauvres veuves et un pauvre cordonnier qui
tient mesnaige Toutes ces petites gens sont sommées de satisfaire la
garde2S Il en est de même une pauvre femme revendeuse habits qui loge
en chambre garnie29 On peut noter que ces deux sentences datent de 1597
année de calme relatif La Ville se met fort en colère quand le sous-locataire
une maison du pont Notre-Dame argue de cette qualité que la municipalité
propriétaire des maisons du pont ne lui jamais conférée30 La répétition de
argument de la sous-location pourtant dénué de toute base juridique fait
donc douter de application cohérente de la règle imposant le service obliga
toire Certains sous-locataires pouvaient être tentés accepter de servir pour
intégrer au prix un sacrifice producteur honorabilité ou bien par dévoue
ment la cause catholique autres exemptaient eux-mêmes attendant
éventuelles sanctions du capitaine lesquelles pouvaient fort bien ne jamais
venir
Une enumeration aléatoire de quelques-unes des vacations exercées par
des soldats bourgeois rencontrés au fil des procès achèvera de convaincre que
la milice bourgeoise était pas bourgeoise au sens social et anachronique
du mot un crocheteur un compagnon menuisier un gagne-denier un fro-
magier de cresme quelques jardiniers un joueur instrument deux rac-
commodeurs de bas étame un autre crocheteur un compagnon tapissier31
Ce est pas dire que le petit peuple en son ensemble ait été enrégimenté
dans la milice Le service supposait occupation un foyer autrement dit la
fixité relative du domicile La masse des pauvres déstabilisés par la crise
économique au long terme et par la guerre civile au court terme ne parvenait
pas assurer durablement un gîte Logeant en garni la journée la
semaine au mois le véritable petit peuple était délocalisé il échappait au
contrôle social exercé par les solidarités territoriales Seules les franges supé
rieures du peuple parvenaient enracinement qui permettait intégration
la milice phénomène qui pouvait ailleurs être éphémère Il est possible que
par un jeu de compensation entre honneur et la charge ces éléments popu
laires aient moins renâclé que les bourgeois aisés devant les obligations mili
taires Il est possible aussi que la milice soit retombée sur le peuple comme
toute charge dans une société de privilège En tout cas la revendication sociale
est absente de la Ligue alors elle éclate sous la Fronde en 1649 et en 1652
26 ZIH S7 17 juillet 1587 plainte de Philippe Janvier)
27 Ibid. 14 octobre 1587 affaire Marc de Bourges Le capitaine et le dizainier étaient père
et fils est dire si argument leur semblait de nulle valeur
28 ZIH 95 22 avril 1597 affaire des locataires de Panthaléon Gilles)
29 96 23 août Jeanne Faucheur)
30 Ibid. 30 janvier 1598 affaire Simon Baudouyn)
31 Respectivement ZIH 86 22 juin 1589 ibid. 30 décembre 1588 ZIH 94 30 décembre
1595 ZIH 92 juillet 1594 ibid. 22 septembre 1594 ZIH 89 août 1589 ZIH 95 mai
1597 ibid novembre 1596
893

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