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Mobilité en France et à Paris depuis 1945. Le filtre parisien - article ; n°5 ; vol.46, pg 1161-1183

De
25 pages
Population - Année 1991 - Volume 46 - Numéro 5 - Pages 1161-1183
Bonvalet Catherine, Lelièvre Eva. - Mobilité en France et à Paris depuis 1945. Le filtre parisien Ce deuxième article basé sur la confrontation des données des deux enquêtes de FINED, présente en détail les résultats que l'on peut tirer d'une mise en perspective de données locales dans le contexte national. Des particularismes régionaux sont mis en évidence ainsi que le rôle primordial de la Région parisienne dans l'organisation des migrations mais aussi, dans la structuration économique cl sociale de l'espace national. Le rôle de filtre de la Région parisienne est analysé : elle attire les jeunes provinciaux, mais laisse rapidement repartir une partie d'entre eux le plus souvent vers leur région d'origine. Les caractéristiques familiales des résidents sont d'une part la résultante de migrations différentielles des couples et des célibataires, d'autre part déterminées par d'autres facteurs comme la fécondité (cette dernière est plus basse en Région parisienne que l'on soit natif de cette région ou migrant). La comparaison non seulement des trajectoires résidentielles des individus mais également leur trajectoire sociale, montre combien mobilité géographique et mobilité sociale sont deux phénomènes liés. Paris apparaît nettement comme le lieu privilégié des réussites sociales.
Bonvalet Catherine. Lelièvre Eva. - Mobility in France and moves to Paris since 1945: Paris - the filter This second paper (the first was published in Population) is based on a comparison of data from two surveys organized by INED and represents a detailed study of the conclusions that can be drawn from regional sources in a national context. The paper emphasizes regional peculiarities as well as the fundamental role played by the Paris area in the pattern of migration trends, and the economic and social structuring of the national area. The role of Paris as a filter is analyzed; the area attracts young provincial migrants, but quickly filters out some of them who leave, most often in order to return to their regions of origin. The family characteristics of residents are determined by differential migrations rates among couples and single persons, as well as by birth rates (the birth rate in Paris is the lowest both for natives and migrants). A comparison of the social as well as of the residential histories of individuals shows the close link that exists between geographical and social mobility. Paris is clearly the place to migrate to in order to achieve social success.
Bonvalet Catherine, Lelièvre Eva. - Movilidad Geografico-Social en Francia y en Paris a partir de 1945: El rol de la región de Paris Este segundo articulo, que se basa en la confrontaciôn de dos encuestas del 1NED, présenta en detaile los resultados que se pueden obtener de la proyección de los datos locales en el contexto nacionál. Resaltan las particularidades régionales y el roi primordial de la región parisina en la organización de las migraciones, como también en la estructuración económica y social del espacio nacionál. Se Analizó el roi de filtro que desempeňa la región de Paris: ella constituye un foco de atracción para los jóvenes de provincia, pero rapidamente déjà que una parte de éstos, tomen nuevos runibos y en general se dirigen hacia su region de origen. Las caracten'sticas familiares de los résidentes, de una parte, son la résultante de migraciones diferenciales de las parejas y de los solteros, de otra parte, están determinadas por otros factores, como ser la fecundidad (particularmente, es nias baja en la region parisina, tanto para los nativos de esta región como en los migrantes). La comparación, tanto de las trayeetorias residenciales como de las trayeetorias sociales de los individuos. muestra en que medida están ligados los fenómenos de la movilidad geografica y de la movilidad social. Asi, Paris se destaca como el lugar privilegiado de los exitos sociales.
23 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Catherine Bonvalet
Éva Lelièvre
Mobilité en France et à Paris depuis 1945. Le filtre parisien
In: Population, 46e année, n°5, 1991 pp. 1161-1183.
Citer ce document / Cite this document :
Bonvalet Catherine, Lelièvre Éva. Mobilité en France et à Paris depuis 1945. Le filtre parisien. In: Population, 46e année, n°5,
1991 pp. 1161-1183.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pop_0032-4663_1991_num_46_5_3737Résumé
Bonvalet Catherine, Lelièvre Eva. - Mobilité en France et à Paris depuis 1945. Le filtre parisien Ce
deuxième article basé sur la confrontation des données des deux enquêtes de FINED, présente en
détail les résultats que l'on peut tirer d'une mise en perspective de données locales dans le contexte
national. Des particularismes régionaux sont mis en évidence ainsi que le rôle primordial de la Région
parisienne dans l'organisation des migrations mais aussi, dans la structuration économique cl sociale de
l'espace national. Le rôle de filtre de la Région parisienne est analysé : elle attire les jeunes provinciaux,
mais laisse rapidement repartir une partie d'entre eux le plus souvent vers leur région d'origine. Les
caractéristiques familiales des résidents sont d'une part la résultante de migrations différentielles des
couples et des célibataires, d'autre part déterminées par d'autres facteurs comme la fécondité (cette
dernière est plus basse en Région parisienne que l'on soit natif de cette région ou migrant). La
comparaison non seulement des trajectoires résidentielles des individus mais également leur trajectoire
sociale, montre combien mobilité géographique et mobilité sociale sont deux phénomènes liés. Paris
apparaît nettement comme le lieu privilégié des réussites sociales.
Abstract
Bonvalet Catherine. Lelièvre Eva. - Mobility in France and moves to Paris since 1945: Paris - the filter
This second paper (the first was published in Population) is based on a comparison of data from two
surveys organized by INED and represents a detailed study of the conclusions that can be drawn from
regional sources in a national context. The paper emphasizes regional peculiarities as well as the
fundamental role played by the Paris area in the pattern of migration trends, and the economic and
social structuring of the national area. The role of Paris as a "filter" is analyzed; the area attracts young
provincial migrants, but quickly filters out some of them who leave, most often in order to return to their
regions of origin. The family characteristics of residents are determined by differential migrations rates
among couples and single persons, as well as by birth rates (the birth rate in Paris is the lowest both for
natives and migrants). A comparison of the social as well as of the residential histories of individuals
shows the close link that exists between geographical and social mobility. Paris is clearly the place to
migrate to in order to achieve social success.
Resumen
Bonvalet Catherine, Lelièvre Eva. - Movilidad Geografico-Social en Francia y en Paris a partir de 1945:
El rol de la región de Paris Este segundo articulo, que se basa en la confrontaciôn de dos encuestas
del 1NED, présenta en detaile los resultados que se pueden obtener de la proyección de los datos
locales en el contexto nacionál. Resaltan las particularidades régionales y el roi primordial de la región
parisina en la organización de las migraciones, como también en la estructuración económica y social
del espacio nacionál. Se Analizó el roi de filtro que desempeňa la región de Paris: ella constituye un
foco de atracción para los jóvenes de provincia, pero rapidamente déjà que una parte de éstos, tomen
nuevos runibos y en general se dirigen hacia su region de origen. Las caracten'sticas familiares de los
résidentes, de una parte, son la résultante de migraciones diferenciales de las parejas y de los solteros,
de otra parte, están determinadas por otros factores, como ser la fecundidad (particularmente, es nias
baja en la region parisina, tanto para los nativos de esta región como en los migrantes). La
comparación, tanto de las trayeetorias residenciales como de las trayeetorias sociales de los
individuos. muestra en que medida están ligados los fenómenos de la movilidad geografica y de la
movilidad social. Asi, Paris se destaca como el lugar privilegiado de los exitos sociales.MOBILITE EN FRANCE ET A PARIS
DEPUIS 1945
LE FILTRE PARISIEN
présente Y-a-t-il Produit des comportements d'un spécificités centralisme fortes propres séculaire, qui la aux distinguent habitants la population des de la provinciaux. parisienne région pa
risienne ou celle-ci attire-t-elle et retient-elle en priorité ceux dont
les caractéristiques s'écartent de la moyenne nationale ? Sélec
tion par Paris ou adaptation de ses résidents à des conditions de
vie particulières ? Ce sont les questions classiques de l'analyse
démographique différentielle posées ici par Catherine Bonvalet
et Éva Lelièvre* à partir de deux enquêtes complémentaires de
l'INED.
La Région parisienne a toujours constitué un cas particulier dans le
processus d'urbanisation de la Fiance. Même si son pouvoir d'attraction diminue,
Paris continue d'attirer les jeunes provinciaux et étrangers tandis que les départs
vers la province augmentent chez les jeunes adultes. Les résultats du recensement
de 1982 ont clairement montré les différences de courants migratoires depuis
1954(1\ La Région Ile-de-France est devenue non seulement un lieu où l'on
s'installe, où l'on constitue sa famille, mais également un endroit que l'on quitte
pour s'installer en province. Plus que jamais la notion de filtre dégagée par
D. Pumain, M.C. Robic et P. Pinchemel^2) s'applique à la Région parisienne.
Cette notion a été définie par ces auteurs dans une optique transversale, comme
la capacité de la ville à attirer, fixer et retenir une population. La sélectivité
vis-à-vis des courants migratoires a été saisie alors en comparant la structure
des flux d'immigrants et d'émigrants du point de vue de leur composition (âge,
activité économique...). Nous sommes en présence d'un phénomène de filtre si la
Région parisienne attire une population spécifique et laisse repartir une seconde
population, différente de la première quant à l'âge, le sexe et la catégorie sociale.
INED.
Courgeau et M. Lefebvre, «Les migrations internes en France de 1954 à 1975»,
Population 3, 1978 et Population 2, 1982. - J. Boudoul et J.P. Faur, «Trente ans de migrations
intérieures», Données sociales 1987.
(2)D. Pumain, M.C. Robic, P. Pinchemel, «Croissance urbaine et échanges migratoires»,
Revue de Géographie Alpine, 1972. - C. Balley, D. Pumain, M.C. Robic, Ville et Migrations : La
fonction de filtre des agglomérations urbaines françaises de plus de 50 000 habitants -1962-1968,
Univ. de Paris-I, 1972.
Population, 5, 1991, 1161-1184 1 162 MOBILITÉ EN FRANCE ET À PARIS DEPUIS 1945
De nombreuses études ont montré combien la Région parisienne s'opposait à la
province, avec une fécondité plus faible et une structure sociale particulière.
D'autres auteurs, à l'aide de données quantitatives biographiques, ont
insisté sur le fait que les individus acquièrent au cours de leur existence certaines
caractéristiques qui les prédisposent alors à migrer^3). On peut avec des analyses
fondées sur des méthodes spécifiques^4^, mettre en évidence ces caractéristiques
de manière à dégager la nature du filtre. L'action du filtre est ici précisée
dans le temps en identifiant le moment du cycle de vie qui correspond à la
mobilité spatiale étudiée. Cette approche dynamique permet de mieux cerner les
mécanismes du phénomène.
Le travail que nous présentons ici s'inscrit dans le prolongement d'un
article sur le bilan résidentiel d'une génération^5). Nous y proposons une ana
lyse du rôle de la Région parisienne dans les migrations à partir des deux
enquêtes rétrospectives de l'INED, l'enquête «Triple biographie» et l'enquête
«Peuplement et dépeuplement de Paris». Dans chacune d'entre elles, des types
de trajectoires : parcours résidentiels, parcours sociaux, peuvent être identifiés.
Grâce à ces deux échantillons, nous sommes en mesure de caractériser la sélec
tion qui s'est opérée à la faveur d'itinéraires sociaux et géographiques dont
l'aboutissement partage les individus d'une même génération en Parisiens et
en provinciaux. Il s'agit ici d'identifier en quoi les personnes attirées vers
Paris, distinguées selon qu'elles y restent ou qu'elles en sont reparties, ont un
comportement démographique (en termes d'état matrimonial, de descendance
finale, de mobilité professionnelle, etc) différent du reste de la population
française, différent également des Parisiens de souche.
I. - Le passage par la Région parisienne
Alors que l'enquête PDP a recueilli les témoignages de ceux qui résident
dans la Région parisienne, les données de l'enquête 3B, représentant l'ensemble
des migrations sur le territoire, permettent de décrire précisément l'itinéraire
géographique des générations 1926-1935 et d'étudier ainsi le filtre parisien. En
prenant pour origine le dernier logement des individus chez leurs parents, on
peut donc étudier le déroulement des trajectoires résidentielles.
Si 19 % de l'ensemble des individus de ces générations résident en Région
parisienne à l'enquête, en fait, 29 % des trajets résidentiels sont passés par
celle-ci. Un trajet sur trois passant par la Région parisienne ne s'y est donc pas
stabilisé, et 3 % de jeunes issus de l'Ile-de-France ne s'y sont jamais installés
après le départ de chez les parents (tableau 1 ).
Par région, on peut mesurer l'attraction différentielle que la Région pari
sienne exerce sur le reste du territoire : en effet 30 % des trajets résidentiels issus
. Courgeau, «Constitution de la famille et urbanisation», Population, 1, 1987.
(4)D. E. Lelièvre, Analyse démographique des biographies, PUF, 1989.
(5)C. Bonvalet et E. «Mobilité en France et à Paris depuis 1945 : bilan résidentiel
d'une génération», Population, 3, 1989. MOBILITE EN FRANCE ET A PARIS DEPUIS 1945 1163
de l'Ouest de la France passent par la Région parisienne, la Bretagne figurant
en tête comme bassin de migrants (36 % des trajectoires qui en sont issues se
dirigent vers la Région parisienne). Le Bassin parisien qui se trouve en deuxième
position comme pourvoyeurs de migrants, n'a cependant que moins d'un quart
des trajectoires de ses habitants qui se dirigent vers la Région parisienne.
L'origine des trajectoires passant par la Région parisienne est à 58 %
extérieure à la région (tableau 2), c'est-à-dire que la majorité des Parisiens ont
vécu leur enfance en province, en particulier dans l'Ouest et le Bassin parisien
qui fournissent un tiers du flux, confirmant ainsi les résultats de G. PourcherC3).
Tableau 1. — Répartition des trajets résidentiels selon leur origine^)
ENQUÊTE 3B (en %)
Trajets^) passant par la R.P. (29%) Dernier domicile Trajets Total
chez les parents hors R.P. restés (19%) repartis (10%) Ensemble
Région parisienne 3 79 18 97 100
Ouest 70 15 15 30 100
Bassin parisien 77 15 8 23 100
Sud-Ouest 83 11 6 17 100
Méditerranée 83 11 6 17 100
Centre-Est 88 7 5 12 100
Est 90 3 7 10 100
Nord 92 3 5 8 100
(a) dernier domicile chez les parents.
(") un trajet = un ndividu.
Tableau 2. — Origine des trajets passant par la région parisienne
ENQUÊTE 3B (en %)
Trajets passants par la R.P. (29%)
Dernier domicile chez les parents
restés (19%) repartis^) (10%) Ensemble
Région parisienne 51 24 42
Ouest 13 26 17
Bassin parisien 16 17 16
Sud-Ouest 8 9 8
Méditerranée 7 8 7
Centre-Est 4 6 5
Est 1 6 3
Nord 1 4 2
Ensemble 100% 100% 100%
(a) n'étant plus en R.P. à l'enquête.
. Pourcher, Le peuplement de Paris : origine régionale - Composition sociale Attitudes
et motivations, INED/PUF, Travaux et documents, cahier numéro 43, 1964. 1 1 64 MOBILITÉ EN FRANCE ET À PARIS DEPUIS 1945
Installés dans leur région après avoir quitté le domicile familial, les
jeunes Parisiens y restent au moins, huit fois sur dix jusqu'aux âges mûrs.
Les proportions sont sensiblement plus faibles pour les provinciaux venus vivre
en Ile-de-France : ceux qui viennent du Sud ou du Bassin Parisien se fixent six
fois sur dix, mais du Nord ou de l'Est seulement trois ou quatre fois sur
dix. Ainsi les originaires de ces dernières régions, déjà peu attirés par Paris,
en repartent souvent après y être venus; ils concourent donc très modestement
à la population des quinquagénaires de la Région parisienne (tableau 2). Il
existe d'ailleurs une association entre la fréquence des passages et la proportion
des installations durables, mais l'Ouest y échappe : ce sont les migrants qui
passent le plus souvent par Paris, mais qui y restent moins fréquemment que les
méridionaux par exemple et qui comptent alors pour plus d'un quart (tableau 2)
dans les flux quittant la Région parisienne.
On peut se poser la question de savoir si les trajets qui passent par la
Région parisienne sans s'y stabiliser constituent des retours au pays après une
«montée à Paris» ou bien si le passage en Région parisienne n'a été qu'une étape
dont le rôle reste à identifier. En fait, les régions d'accueil après un passage par
la Région parisienne sont d'une part, les deux principales régions d'origine des
trajets : l'Ouest (22 %) ou le Bassin parisien (23 %); d'autre part, le Sud (44 %) :
Méditerranée, Sud-Ouest ou Centre-Est. En confrontant, pour ces trajectoires le
lieu d'origine (dernier domicile chez les parents) et de destination (logement
à 45 ans), le retour au lieu d'origine est la règle. Les régions réaccueillent
pour la plupart au moins les trois quarts de leurs originaires «montés à Paris»
temporairement, à l'exception de la région Centre-Est (région lyonnaise) dont
les originaires se répartissent également à leur retour dans le Sud-Ouest et la
région Méditerranée.
Durée de séjour L'âge moyen d'installation^7) en Région
dans la Région parisienne parisienne des populations migrant vers
la région est assez uniforme quand on
considère l'ensemble des passages : 23-24 ans (tableau 3). Les jeunes Parisiens
qui n'ont pas besoin de migrer pour trouver un emploi, s'installent les premiers
(16 ans).
Mais si Paris constitue pour certains la fin d'une trajectoire, pour d'autres,
elle n'est qu'une étape dans le cursus résidentiel. Les Parisiens, en quittant
leur région plus tardivement que les migrants, y séjournent le plus longtemps
(tableau 4). Le départ des provinciaux arrivés eux vers 22-23 ans se fait après
5 ans en moyenne. Leur séjour est donc très bref. La distribution de ces durées
de séjour en Région parisienne montre d'ailleurs la brièveté du passage puisque
la fréquence des départs est maximale dans l'année qui suit l'installation, avant
de se réduire rapidement à mesure que l'ancienneté s'accroît (graphique 1).
(7)Qui correspond dans l'enquête 3B à l'âge du premier emploi ou à l'âge de la première
installation dans un logement indépendant. EN FRANCE ET A PARIS DEPUIS 1945 1165 MOBILITÉ
Tableau 3. — Age moyen d'installation^ En région parisienne, (enquête зв)
Ceux qui repartent^) Dernier domicile Ceux qui passent Ceux qui restent
chez 20 ans 9 mois 20 ans 4 mois 21 ans 7 mois
les parents (± 9 mois) (±7 mois) (±12 mois)
effectif effectif effectif
15 ans 10 mois 200 Région 1 6 ans 0 mois 243 16 ans 9 mois 43
parisienne f± 4 mois) f± 4 mois) (± 12 mois)
Ouest 23 ans 4 mois 90 25 ans 1 mois 47 21 ans 5 mois 43
(± 1 7 mois) (± 15 mois) (± 16 mois)
22 ans 10 mois 58 23 ans 4 mois 30 Bassin 23 ans 0 mois 88
parisien (± 18 mois) (± 12 mois) (± 26 mois)
26 ans 5 mois 75 24 ans 3 mois 55 Reste de 25 ans 6 mois 130
la Fiance (± 15 mois) (± 20 mois) (± 20 mois)
(a) L'âge pris en compte est soit celui de la première résidence indépendante,
soit celui de la résidence au premier emploi.
(b) Avant l'enquête auprès d'individus âgés de 45 à 55 ans.
Tableau 4. — Age moyen au départ de la Région parisienne
et durée moyenne de séjour, (enquête 3b)
Dernier
domicile chez Age de départ Durée de séjour
les parents effectif
Région parisienne 30 ans 2 mois (± 40m) 13 ans 4 mois (± 38m) 43
Ouest 27 ans 6 (± 30m) 6 ans 1 (± 26m) 43
Bassin parisien 28 ans 7 mois (± 33m) 5 ans 3 mois (± 28m) 30
Reste de la France 29 ans 10 mois (± 33m) 5 ans 3 mois (± 22m) 55
.Taux(%)
8 9 10 11 12
Durée (en année)
Graphique 1. - Durée de séjour en Région parisienne de ceux
qui n'y restent pas. 1 166 MOBILITÉ EN FRANCE ET À PARIS DEPUIS 1945
Au total, la population de la Région parisienne apparaît entre 50 et 60 ans
comme le produit d'un brassage complexe. Près de la moitié des habitants sont
originaires de province et le nombre de ceux qui sont passés par la Région pari
sienne sans s'y fixer durablement est encore plus important, de moitié environ.
Les migrants sont certes le plus souvent restés, mais ceux qui sont partis n'ont
séjourné que très brièvement avant de retourner vers leur région d'origine ; leur
flux est alors grossi d'un tiers par les Parisiens de souche quittant leur région
pour la province .
II. - Mobilité géographique et vie familiale
L'état matrimonial Une caractéristique principale de la Région pari
sienne est d'attirer une population jeune constituée
surtout de célibataires. Cependant l'action du filtre au moment de l'arrivée en
Région parisienne est difficile à mesurer avec l'enquête 3B qui, contrairement
à l'enquête PDP, n'a pas recueilli l'année d'arrivée dans cette région, mais
la succession des logements stables occupés plus de 6 mois. Ainsi la période
d'instabilité résidentielle entre l'arrivée des migrants et leur installation dans
un logement ordinaire n'est pas saisie. Ce traitement différent de l'information
entre les deux enquêtes rend la comparaison difficile. Ce problème est identique à
celui que posait l'identification de la décohabitation tel que nous l'avons détaillé
dans l'article précédent.
Cette imprécision nous conduit à caractériser l'action du filtre parisien par
la comparaison de l'état matrimonial au moment de l'enquête des personnes
ayant eu divers parcours géographiques. Les différences qui apparaissent sont
mineures (graphique 2). Les personnes qui sont passées par la Région parisienne
se sont mariées dans la même proportion (92 %) que celles qui sont restées en
province : les célibataires du monde rural compensent donc les célibataires
parisiens; mais les ruptures d'union sont plus fréquentes pour ceux qui ont vécu
dans la Région Ile-de-France : elles touchent près de 20 % des mariages contre
moins de 15 % pour ceux qui n'ont résidé qu'en province (graphique 2A). Rien
ne distingue parmi les personnes passées par la Région Parisienne à l'âge adulte
celles qui en sont originaires de celles qui sont venues de province (graphique
2B). Mais il en va différemment lorsque l'on compare ceux qui sont restés au
moins jusqu'à 50 ans en Ile-de-France et ceux qui sont partis (ou repartis)
vers la province avant cet âge (graphique 2C). On remarque la proportion
plus importante de célibataires et de veufs restant dans la Région parisienne.
Ce phénomène de départ des couples pour des raisons professionnelles, mais
également pour des raisons de conditions de vie (logement, niveau de vie) se
trouvera sensiblement accentué au moment de la retraite dans la mesure où ce
sont également les couples qui quittent le plus la Région Parisienne^8). Celle-ci
. Bonvalet, «Projets de retraite» in Stratégies résidentielles Paris, INED, Plan Construct
ion, Colloque et Congrès 2, 1990. F. Cribier, M.L. Duffau, A. Kych, «Mobilité résidentielle et
stratégie dans les 15 ans qui suivent la retraite : suivi d'une génération : Projets de retraite» in
Stratégies résidentielles Paris, INED, Plan Construction, Colloque et Congrès 2, 1990. |
MOBILITÉ EN FRANCE ET À PARIS DEPUIS 1945 1167
Enquête 3 В
Passées par Paris
f ~~\ Hors Paris
Séparés- Veufs
divorcés
Mariés Remariés Séparés- ' Célibataires Veufs
divorcés
Restés à Paris
Repartis de Paris
Mariés Remariés Séparés- Célibataires Veufs
divorcés
Graphique 2. - Etat matrimonial à 45 ans selon l'implantation parisienne. MOBILITÉ EN FRANCE ET À PARIS DEPUIS 1945 1168
a donc tendance à perdre une partie non négligeable de couples mariés, ce qui
accentue le caractère bien particulier de la population qui retient les célibataires,
les divorcés et les veufs. Le filtre joue donc essentiellement à la sortie; il
combine ses effets aux particularismes du comportement de ceux qui vivent (ou
ont vécu) dans la région. Ceci explique la structure spécifique des ménages que
l'on observe au moment des recensements : en 1982, Paris intra-muros donne
une image encore plus typée, avec un ménage sur deux composé d'une seule
personne.
La fécondité De nombreux travaux ont mis en évidence les grandes dispar
ités régionales de la fécondité française. Ils révèlent à la fois
une moindre fécondité pour les personnes qui résident dans la Région parisienne
au moment où elles constituent leur descendance et un nombre plus faible pour
celles qui continuent ultérieurement à y habiter. Nos données confirment ces
résultats, mais contribuent, en outre à préciser le mécanisme qui dégage deux
aspects de la sous-fécondité parisienne. Les personnes qui ont passé au moins
une partie de leur vie adulte en Ile-de-France ont une descendance significati-
vement plus faible que celles qui ont toujours vécu en province (2,19 contre
2,50 enfants). Celles qui viennent de province ont un peu plus d'enfants que les
Parisiens d'origine et celles qui partent (ou repartent) en province avant 50 ans,
ont aussi un peu plus d'enfants que celles qui restent dans la Région parisienne
au moins jusqu'à cet âge (2,28 contre 2, 15), mais ces écarts sont secondaires et
n'atteignent pas le seuil de signification statistique. Une analyse dynamique des
phénomènes, telle que celle de D. Courgeau^9), avait mis en évidence la reprise
de fécondité des femmes qui quittaient les zones métropolitaines pour s'installer
en province.
Tableau 5. — Descendance finale Tableau 6. — Descendance
des générations 1926-1935 finale des résidants de la
selon les trajectoires géographiques - région parisienne
enquête pdp (enquête 3b)
Type de Nombre moyen Enquête PDP
d'enfants
Nés en R.P. 1,95(0,10) Trajectoires ne passant pas Nés en Province 2,12(0,14) par Paris 2,50(0,10)
Nés à l'étranger 2,92 ( 0,24) passant par Paris 2,19(0,16)
Ensemble 2,24 ( 0,08) Parmi ces dernières
Effectifs 1986 Ceux qui restent à Paris 2,15(0,18)
Ceux qui repartent de Paris 2,28 ( 0,26)
(9)D. Courgeau, «Constitution de la famille et urbanisation», Population 1, 1987.

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