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Passages réticulaires, acteurs et grammaire de la domination - article ; n°4 ; vol.36, pg 705-724

De
21 pages
Revue française de sociologie - Année 1995 - Volume 36 - Numéro 4 - Pages 705-724
Harrison С. White : Netzübergänge, Aktoren und Grammatik der Beherrschung.
Getrennte Netze sind soziale Realisierungen in Form von Verbindungen zwischen verschiedenen kulturellen Gebieten, die ihrerseits erstarrte Schnitte der Aktionsorte sind. In diesem Aufsatz wird eine Näherung des soziokulturellen Prozesses erstellt, als Übergänge zwischen Netztypen deren Aktoren Unterprodukte sind. Es werden die verwirrten Beziehungen des Sozialen als Netz mit dem Kulturellen als « Domän » in der Definition des Umfeldes unterstrichen. Der Diskurs entsteht aus Beherrschungsstrukturen und erzeugt sie in solchen Prozessen, wobei er die Grammatik als Spur produziert.
Harrison C. White : Network switches, actors and domination grammar.
Distinct networks are social realizations, in types of tie, of different cultural realms as cross-sectional snapshots of some locale of action. I build here a view of socio-cultural process as switches between types of networks, with actors of all scopes being shaped as byproducts. Discourse both comes from and engenders structures of domination within such process, yielding grammar as a trace.
Des réseaux distincts sont des réalisations sociales, sous forme de relations, différents domaines culturels, eux-mêmes coupes figées de lieux d'action. On ici une approche du processus socio-culturel comme passage entre types de dont les acteurs sont des sous-produits. On insiste sur les relations inextricables social comme réseau avec le culturel comme « domaine » dans la définition du contexte. Le discours provient de structures de domination et les engendre dans de tels processus, produisant la grammaire comme trace.
Harrison С. White : Redes de pasages, actores y grámatica de la dominación.
Las distintas redes de las realizaciones sociales, cortadas ellas mismas de los sitios fijos de la acción aparecen bajo la forma de relaciones, en los diferentes dominios culturales. Aqui se construye una aproximación del proceso socio-cultural como pasage entre los tipos de redes de los cuales los actores son los sub-productos. Se insiste sobre las relaciones intrincadas de la red social con lo cultural como « dominio » en la definición del contexto. El discurso de las estructuras de dominación viene engendrado en esos procesos, produciendo la grámatica como huella.
20 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Harrison C. White
Passages réticulaires, acteurs et grammaire de la domination
In: Revue française de sociologie. 1995, 36-4. pp. 705-724.
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White Harrison C. Passages réticulaires, acteurs et grammaire de la domination. In: Revue française de sociologie. 1995, 36-4.
pp. 705-724.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfsoc_0035-2969_1995_num_36_4_4425Zusammenfassung
Harrison С. White : Netzübergänge, Aktoren und Grammatik der Beherrschung.
Getrennte Netze sind soziale Realisierungen in Form von Verbindungen zwischen verschiedenen
kulturellen Gebieten, die ihrerseits erstarrte Schnitte der Aktionsorte sind. In diesem Aufsatz wird eine
Näherung des soziokulturellen Prozesses erstellt, als Übergänge zwischen Netztypen deren Aktoren
Unterprodukte sind. Es werden die verwirrten Beziehungen des Sozialen als Netz mit dem Kulturellen
als « Domän » in der Definition des Umfeldes unterstrichen. Der Diskurs entsteht aus
Beherrschungsstrukturen und erzeugt sie in solchen Prozessen, wobei er die Grammatik als Spur
produziert.
Abstract
Harrison C. White : Network switches, actors and domination grammar.
Distinct networks are social realizations, in types of tie, of different cultural realms as cross-sectional
snapshots of some locale of action. I build here a view of socio-cultural process as switches between
types of networks, with actors of all scopes being shaped as byproducts. Discourse both comes from
and engenders structures of domination within such process, yielding grammar as a trace.
Résumé
Des réseaux distincts sont des réalisations sociales, sous forme de relations, différents domaines
culturels, eux-mêmes coupes figées de lieux d'action. On ici une approche du processus socio-culturel
comme passage entre types de dont les acteurs sont des sous-produits. On insiste sur les relations
inextricables social comme réseau avec le culturel comme « domaine » dans la définition du contexte.
Le discours provient de structures de domination et les engendre dans de tels processus, produisant la
grammaire comme trace.
Resumen
Harrison С. White : Redes de pasages, actores y grámatica de la dominación.
Las distintas redes de las realizaciones sociales, cortadas ellas mismas de los sitios fijos de la acción
aparecen bajo la forma de relaciones, en los diferentes dominios culturales. Aqui se construye una
aproximación del proceso socio-cultural como pasage entre los tipos de redes de los cuales los actores
son los sub-productos. Se insiste sobre las relaciones intrincadas de la red social con lo cultural como «
dominio » en la definición del contexto. El discurso de las estructuras de dominación viene engendrado
en esos procesos, produciendo la grámatica como huella.R. franc, sociol. XXXVI, 1995, 705-723
Harrison С. WHITE
Passages réticulaires, acteurs
et grammaire de la domination*
RÉSUMÉ
Des réseaux distincts sont des réalisations sociales, sous forme de relations, de
différents domaines culturels, eux-mêmes coupes figées de lieux d'action. On construit
ici une approche du processus socio-culturel comme passage entre types de réseaux
dont les acteurs sont des sous-produits. On insiste sur les relations inextricables du
social comme réseau avec le culturel comme « domaine » dans la définition du contexte.
Le discours provient de structures de domination et les engendre dans de tels processus,
produisant la grammaire comme trace.
Les sciences socio-culturelles ont enfin un choix axiomatique du fait
de l'élaboration récente du réseau social comme représentation. L'attention
peut se déplacer de la «personne» ou de Г «âme» à la «relation». En
trente ans, le «réseau» est passé de la métaphore au modèle analytique
de la structure d'un espace social construit par des relations (Wellman et
Berkowitz, 1989). Pendant cette même période, une certaine attention au
domaine culturel a été introduite en analyse de réseau, par le biais de la
superposition de différents types de liens, comme dans l'analyse des block-
models (Boyd, 1991 ; Pattison, 1993) ou dans des applications de la théorie
mathématique des digraphes (Hage et Harary, 1994). Les résultats, aussi
bien dans l'espace social que culturel, sont rassemblés en un éventail de
plus en plus large de combinaisons statistiques (Hubert et Arabie, 1988 ;
Wasserman et Faust, 1994).
Cependant, l'action et la culture restent encore trop étrangères aux
études de réseaux (Brint, 1992; Emirbayer et Goodwin, 1994) à quelques
exceptions près (Bott, 1957; Breiger, 1990; Burt, 1992; Padgett et Ansell,
* Je remercie les participants du sémi- Poros, Valli Rajah, Robert Remez, Allan Se-
naire « Langage et culture », du Center for gai, Robert Shapiro, Charles Tilly, Masako
the social sciences : James Carey, Michael Watanabe, mes collègues Herbert Gans et Al-
Delli Carpini, Peggy Davis, Mustafa Emir- Ian Silver, ainsi que Laurie Essig, David Gib-
bayer, Miki Hasegawa, Jo Kim, Michael son et en particulier Holly Raider du
Mulhaus, Jeffrey Olick, Shepley Orr, Maritsa Département de sociologie.
705 Revue française de sociologie
1993; White, 1961), de sorte que la contribution de la théorie des réseaux
à la sociologie générale reste encore à développer. Dans cet article, je
souhaite détourner l'attention de la structure vers des processus socio
culturels consistant en identité et contrôle se poursuivant l'une l'autre au
travers de réseaux et d'idiomes culturels (White, 1992).
Dans cette perspective, le processus socio-culturel et les réseaux de re
lations s'engendrent mutuellement, comme ils engendrent des attributs
d'acteurs (Me Adam et Paulsen, 1993). La personne est en germe dans un
tel processus comme un lien est en germe dans un réseau en tant qu'espace
social. L'analyse socio-culturelle ne rejoint son propre espace qu'en met
tant l'accent sur les processus, comme l'a noté DiMaggio (1994, p. 226;
voir aussi White, 1993, chap. 2 et 4). Tout comme les espaces sociaux
sont induits comme contextes à partir de la connectivité entre liens dans
des réseaux, les espaces-temps culturels devraient être induits comme des
contextes à partir de la connectivité entre signaux - à savoir du discours
s'énonçant dans des domaines multiples. Cet article nous conduit à la so
cio-linguistique et à la psycho-linguistique comme lieux d'explorations et
de tests empiriques.
On ne s'étonnera pas que je porte une attention particulière à la litt
érature anglaise récente, bien qu'il faille réintégrer la place des contribu
tions françaises dans ce domaine (par exemple, Meillet, 1958, sur la
grammaticalisation). Je résisterai cependant à la multiplication des réfé
rences illustratives car je souhaite me consacrer aux idées. On commencera
par rendre compte de processus en termes de passages d'un réseau à l'au
tre (1) comme unités de base. Cette présentation qui détourne l'attention
de l'architecture de réseau au bénéfice des transitions dans le discours
reviendra ensuite vers l'analyse de réseaux synchronique en s'intéressant
à la manière dont se forment les acteurs.
Les passages d'un réseau à l'autre
«Zapper» d'un canal de télévision à l'autre, puis à un troisième, puis
retourner au premier, semble être une expérience individualiste de la vie.
Vous pouvez commencer avec un jeu télévisé, puis vous avez le choix
entre un programme sur les ours polaires en Sibérie ou un vieux film de
(1) Note du traducteur: nous traduisons sein d'une population donnée, sans changer
le terme network switch par «passage réticu- de population. L'idée du network switching
laire » ou «passage d'un réseau à l'autre». est liée à la superposition de plusieurs ré-
II me semble que le terme passage traduit - seaux (par exemple de conseil, de collabora-
mieux que transition, changement, déplace- tion, etc.) dans une même population,
ment ou glissement - l'idée de l'auteur selon superposition étudiée par l'auteur au début
laquelle l'acteur peut changer de réseau au des années 1970.
706 Harrisson C. White
pirates, etc. A mesure que l'on «zappe», nos perceptions passent comme
par magie d'un monde à l'autre.
On perçoit souvent la société et la culture environnantes comme une
suite de mondes distincts, et les passages de l'un à l'autre comme disjoints
et arbitraires. Le « zapping » offre une image de ces mouvements : il est
une métaphore de la manière dont nous passons de la vie quotidienne à
l'intrigue politique, au travail, et retour, puis au travail de recherche, puis
aux loisirs, etc. Ces passages peuvent être rationnels et lucides, mais on
peut ne pas en être toujours conscient. Le zapping comme modèle est am
bigu. Lorsque le conjoint, les enfants ou d'autres sont présents, des «zaps»
répétés déclenchent des disputes pour le contrôle de la télécommande, de
sorte que le bon plaisir individuel est remplacé par la réalité sociale in
teractive. Les «zaps» nous rappellent bien que les signaux et les signifi
cations font partie intégrante de toute action sociale. Mais ils ne sont
qu'une métaphore de ces passages parmi d'autres.
Dans tout régime social, à toute époque, les acteurs passent, ou tentent
de passer, d'un réseau à l'autre, ensemble ou seuls. Considérons un exemp
le familier. Six collègues travaillent autour d'une table à la préparation
d'un cours : quatre d'entre eux peuvent, à un moment donné, se diriger
vers la machine à café, passer aux ragots de la profession, puis d'autres
collègues qui se trouvaient là peuvent les rejoindre et détourner la conver
sation sur un scandale au département, tandis que certains retournent tra
vailler à la préparation du cours avec ceux qui n'avaient pas arrêté. Nous
voyons ici les passages d'un discours de travail à un discours mondain
puis à un discours de politique interne, passages corrélés à nouveau avec
les changements de relations et d'acteurs. Ils sont aussi très contraignants :
essayez d'ignorer un passage qui vient d'avoir lieu autour de vous et r
apidement, sinon instantanément, vous serez dépassé par les attentes pro
jetées par les membres du réseau. Les passages sont mis en œuvre
socialement aussi rapidement, et parfois aussi brutalement, que n'importe
quelle opération cognitive.
Une question centrale est de savoir comment représenter de tels passages
de manière cohérente. Ce n'est qu'avec de telles représentations que l'on
peut interpréter et prédire l'action pour construire la théorie. Ceci est un
problème dont la solution exige des adaptations qui dépassent les pers
pectives théoriques actuelles. Un corps peut marcher, mais un sommet ne
peut pas bouger dans un ou plusieurs réseaux sociaux qui constituent un
«espace» social. Ce dernier ne ressemble pas à l'espace physique et aux
espaces simplistes de la stratification modelés à son image.
707 Revue française de sociologie
Le discours dans ses domaines
Les passages deviennent réels dans le discours, mais comment?
Combien et quels sommets passent, dans quelle sorte de mouvement
commun, d'une activité dans un contexte discursif à une autre activité dans
un autre contexte discursif? Comment les nodes et les réseaux changent-ils
tous deux à la suite de ces mouvements? Le discours est le lieu où les
perceptions de passages deviennent communes de manière à produire cultu-
rellement un placement, tout comme la connectivité du réseau donne forme
à la perception de l'espace social. Le discours produit des énoncés concrets
en signaux de différentes sortes dans une population en réseau. Ainsi, le
discours dépend de ce qui est considéré comme évident par tous, et y
conduit.
Nous devons distinguer, dans le discours lui-même, les conventions par
ticulières qui correspondent à un ensemble social spécifique. Le domaine
désigne cet ordre du discours qui s'accompagne de la perception d'un
monde socio-culturel distinct (2). De même que les liens d'un réseau peu
vent être classés en fonction des signaux qui réalisent ces liens, de même
le discours peut être fractionné en domaines considérés comme des en
sembles ordonnés de signaux. Chaque domaine comprend non seulement
des signaux, mais les sujets pour lesquels ces signaux sont évidents. Nous
devons faire la différence, dans le discours, entre les conventions particu
lières selon les groupes sociaux particuliers qui les acceptent. Je définis
un domaine comme un tel ensemble de signaux et la population dans l
aquelle ils sont considérés comme évidents. Par rapport à d'autres concept
ions, c'est le lien avec les réseaux sociaux qui distingue mon utilisation
du terme «domaine». Un domaine peut être considéré comme une pro
duction conjointe dans un réseau d'acteurs. Les récits se forment en fai
sceaux de signaux qui aident à distinguer des acteurs particuliers dans des
domaines différents et à comprendre leur action dans chaque domaine don
né.
Les domaines caractérisent les termes culturels différents dans lesquels
les réseaux sont perçus et mis en œuvre par les participants d'une
activité sociale. Les domaines n'existent pas comme des scènes culturelles
(2) Un terme voisin est celui de contexte, (realm) dans un sens macrosociologique et
développé par exemple pour les transitions conventionnel (White, 1992, p. 31 par exem-
dans la vie tribale (Leach, 1965, 1976). Des pie), comme lorsqu'on parle de domaines ins-
termes analogues, conçus pour notre propre titutionnels économiques et politiques, usage
société, comprennent par exemple les «en- commun aux historiens et commentateurs so-
sembles sociaux (social settings) » de Cicou- ciaux. On peut aussi situer un domaine par
rel (1987), les «domaines» de Laumann et rapport à des termes renvoyant à des théories
Knoke (1987) pour les systèmes organisa- sociales plus générales comme l'habitus de
tionnels. J'ai déjà utilisé le terme domaine Bourdieu ou le «monde» de Habermas.
708 Harrisson C. White
nettement séparées entre lesquelles les acteurs se déplacent librement. Les
réseaux et les domaines, en tant que construits encore grossiers, s'inte
rpénétrent dans des « domaines réticulaires » et nous permettent de rendre
compte de chaînes sociales et de construits culturels qu'une analyse pu
rement dyadique - ou purement culturelle ou purement cognitive ou
rement de connectivité — ne peut pas accomplir. Les domaines réticulaires
sont des formations socio-culturelles entre lesquelles les passages sont re
quis et endémiques. Le nombre de domaines est flou, puisque la perception
de ces domaines peut varier, même parmi les sommets fortement connectés
dans un réseau donné. Un réseau identifié par son type de lien n'est qu'un
résumé sommaire d'un seul aspect des relations entre les membres d'une
population. De sorte que le discours ne peut être qu'une approximation
de l'ensemble des domaines, tout comme l'organisation sociale n'est dé
finie qu' approximativement par la superposition de réseaux de différents
types de liens (3). Les domaines rejoignent les types de lien comme base
de la modélisation sociologique des processus sociaux, où l'on trouve au
jourd'hui les principaux défis de la recherche structurale (Padgett et Ansell,
1993).
Retour aux réseaux comme coupes
Depuis ses débuts dans la sociométrie des classes scolaires des années
1930, l'analyse de réseaux a réintroduit clandestinement des questions
culturelles, comme la distinction entre apprécier/ne pas apprécier quel
qu'un. Le pas suivant a été de faire des frontières du réseau une question
ouverte, à inférer de Г intérieur-même de la logique structurale. Ce pas fut
franchi d'abord par Anatol Rapoport et son équipe qui ont mis au jour
des choix (dans un collège, voir à ce sujet White, 1992, chap. 3) de dif
férentes intensités produisant des réseaux différents et introduisant la dis
tinction entre liens forts et faibles. Des tentatives de discussion de la
polyvalence (multiplexity) des liens s'embourbèrent et donnèrent lieu à la
superposition de réseaux multiples. Le domaine peut être compris comme
l'étape suivante, mais aussi en partie comme une simple élaboration du
type de lien. De même, le passage a émergé de notions antérieures sur la
succession des rôles. La question reste de savoir quelle définition opéra
tionnelle du domaine et du passage (comme du type de lien et du réseau)
produit les analyses les plus informatives.
Les cours et l'infrastructure nécessaires à l'apprentissage des théories
des réseaux sociaux sont de plus en plus répandus. Ceci est vrai pour les
méthodes de mesure (par exemple Freeman, White et Romney, 1989 ;
(3) II faut noter qu'on peut utiliser plus d'un type de lien pour un seul domaine, par
exemple à la fois des liens de soutien et des liens d'hostilité.
709 Revue française de sociologie
Knoke et Laumann, 1982), pour les algorithmes comme les blockmodels
(par exemple Boyd, 1991 ; Pâtisson, 1993; Wasserman et Faust, 1994), les
analyses fondées sur les regroupements par la distance minimale (smallest
space) (Burt, 1992), les approches plus phénoménologiques (Granovetter,
1985 ; Wellman et Berkowitz, 1989) et la spécification du concept de réseau
(par exemple Bearman, 1993; Fernandez et Gould, 1994). Je souhaite ici
étendre ces approches aux domaines.
Initialement, au temps des tribus, les types de signaux dans chaque do
maine ne se réfèrent pas et ne s'appliquent pas à des individus, mais plutôt
à des classes d'âge, des lignages, des sociétés secrètes, des clientèles, des
groupes de chasse. La base pour la constitution de domaines était diffé
rente. La parenté émergea peut-être comme le premier domaine distinct,
d'un passage à la production et à la surveillance plus systématique des
enfants.
L'analyse de réseaux sociaux peut commencer dans n'importe quel
contexte avec l'apparition de quelques types de liens une population
d'acteurs. La description des chemins et la superposition des réseaux mult
iples peuvent alors suggérer, à travers le blockmodelling de l'équivalence
structurale, plusieurs agrégations-partitions, chacune portant à la fois sur
les acteurs et sur les liens en blocks conjoints. Ce n'est que lorsque l'on
observe de fait des processus à travers des passages réticulaires que l'ana
lyse en vient à s'intéresser aux domaines du discours. Qu'en est-il des
participants eux-mêmes? La connectivité à travers un réseau définit tout
un espace social pour l'analyste. Les acteurs dans ce réseau, qui n'obser
vent qu'une partie locale du tissu des liens, n'en construisent pas moins
une perception commune qui se traduit en discours qui peuvent gérer des
mouvements aussi bien qu'un espace. Ces comprennent les per
ceptions communes de liens indirects, les chevauchements, les absences
de réciprocité. De sorte que certaines formes de discours finissent par sous-
tendre les perceptions des acteurs portant sur les chemins, les dépendances
et les frontières des groupes.
Les analyses en termes de blockmodels cherchent l'équivalence struc
turale dans des réseaux multiples. Sans modèles dynamiques explicites, le
résultat est certainement approximatif et hypothétique. On peut penser que
les acteurs concrets sont exposés à des répétitions et des cycles sans fin
le long de chemins relationnels dans les réseaux multiples soutenant des
domaines distincts. On peut même s'attendre à trouver que des personnes,
qui ne sont pas fortement reliées dans un domaine particulier, constituent
un ensemble d'acteurs structuralement équivalents du fait d'une exposition
commune à d'autres ensembles de ce type construits sur plusieurs types
de liens et domaines. Les individus d'un tel ensemble sont considérés
comme reliés de manière semblable à d'autres ensembles, pas seulement
lorsqu'ils ont strictement les mêmes liens avec exactement les mêmes per
sonnes, mais s'ils sont reliés en tant qu'ensemble à (quelques personnes
dans) d'autres ensembles suivant les mêmes chemins composites. Dans une
710 Harrisson C. White
telle situation les ensembles de chemins spécifiques que l'observateur per
çoit pour reconstituer des ensembles d'acteurs peuvent se substituer les
uns aux autres. Ils sont perçus comme structuralement équivalents. On peut
ensuite se tourner, du point de vue des perceptions des acteurs eux-mêmes,
au niveau d'abstraction suivant, celui de Y équivalence de rôle (Burt, 1992),
définie comme le fait d'avoir des liens analogues avec les autres rôles
analogues du système.
En tant que procédure technique, le blockmodelling consiste en une fa
mille d'algorithmes visant à obtenir des bipartitions de chemins et d'en
sembles d'acteurs. La procédure analogue dans les domaines sera, pour
un ensemble d'acteurs donné, des séquences couplant des signaux parti
culiers. Dans la mesure où le domaine est couplé avec le réseau, l'équi
valence de structure et de rôle peut être utilisée pour dégager des
blockmodels de domaines, tout comme on les a beaucoup utilisés pour frac
tionner des réseaux. Je soutiens que le blockmodel diagnostique les struc
turations qui peuvent se développer dans une population particulière à
partir de ses séries chaotiques de passages au travers des productions cultu
relles dans des domaines distincts. On pourrait comparer cela à la démarche
des archéologues reconstituant l'organisation sociale à partir de détritus
épars et de poubelles dans quelques hameaux ou quartiers.
Retour aux acteurs
L'élégance de l'axiome de l'«âme» pour les théoriciens d'aujourd'hui
tient à ce qu'on n'est pas pressé de le questionner, alors même que son
acceptation a été bien difficile (Mauss, éd. 1985; Taylor, 1989). Mais la
manière dont les acteurs sont constitués et intégrés socialement, en parti
culier dans le discours, devient un thème urgent en sciences humaines et
sociales. Davies et Harré (1992) affirment de manière convaincante la mult
iplicité des « soi » (selfs) émergeant des positions dans la communauté du
discours. Perinbanayagam (1991) commence un panorama des discours,
personnels et littéraires, avec un chapitre sur le soi dialogique : «Au cours
de ces interactions, le soi de chaque participant s'adresse à l'autre et ces
discours deviennent le milieu dans lequel le soi advient. Un tel soi n'est
pas seulement là, et ce n'est pas un être qui est là. Le soi est plutôt une
réponse à la stimulation signifiante de l'environnement». Les sciences so
ciales doivent précisément spécifier ce processus en termes de dynamique
de réseau et de culture signifiante.
Les approches de l'acteur seront sûrement d'autant plus efficaces pour
la construction d'une théorie socio-culturelle qu'elles seront formulées en
termes homothétiques. Pour les acteurs les mêmes construits doivent être
applicables pour tout un éventail d'échelles et de perspectives. Ceci devrait
être faisable. Les réseaux sociaux permettent une approche très flexible
de ce qui constitue un acteur, de ce qui justifie que l'on appelle quelqu'un
711 Revue française de sociologie
acteur. Deux ouvrages de théorie sociologique indépendants l'un de l'autre
(Fararo, 1989; Kontopolous, 1993) invitent l'analyse de réseaux à appro
fondir ces questions. J'ai soutenu ailleurs (White, 1992) que tous les ac
teurs se constituent de nouvelles identités par des passages entre des
réseaux, mais ils ne survivent pour se reproduire qu'au sein de certaines
disciplines. Celles-ci à leur tour, survivent en créant de nouveaux liens
qui sont réalisés dans des histoires (4). Et pourtant cette identité peut plus
tard se diviser ou disparaître. Ou, au contraire, s'établir en d'autres acteurs
encore plus complexes au cours de luttes de contrôle continuelles entre
disciplines ; ces nouveaux acteurs exigent des niveaux supplémentaires de
discours, de même que des niveaux d'analyse pour les
observateurs des réseaux.
La conceptualisation en termes de liens dans des réseaux et de processus
de passage n'est pas encore capable d'avancer des arguments aussi sophis
tiqués que ceux qui se fondent sur des siècles de déploiement des âmes.
L'axiome de l'âme continue à dominer beaucoup de théories en sciences
sociales, en particulier la théorie économique anglo-américaine. Sa dernière
recrudescence est la «théorie du choix rationnel» qui n'est que du Hobbes
réchauffé et du Bentham remis à neuf. Nous pouvons reformuler en termes
plus colorés le débat par lequel j'ai commencé, la personne ou l'âme contre
les relations, et le considérer comme un débat entre sainteté et agence,
dans la mesure où l'idée de maximisation de l'utilité dans les théories du
choix rationnel n'est que sainteté à peine déguisée. Notons combien les
préférences, goûts, évitements de risque et autres bagages a priori sont
bien adaptés aux analyses du purgatoire et de la prédestination. Les prêtres
sont toujours avec nous, mais cette fois avec la rhétorique de la « théorie »
économique.
Ma position est que la substitution de la relation en lieu et place de
l'âme comme axiomatique renforcera l'efficacité opérationnelle de la théor
ie, tout en laissant de la place pour les âmes comme personnes indivi
duelles (5). Je retrace ailleurs (White, 1995, mais voir aussi Milroy, 1987),
en utilisant une combinaison de théorie micro-économique actuelle et de
psychologie de la personnalité, la manière dont cette dernière se développe
dans un type de réseau orienté. Jusqu'à présent, je me suis opposé à une
conception trop cognitive de la personne, mais ceci ne veut pas dire que
la personne est un construit plus efficace si l'on ne met l'accent que sur
les émotions. Les émotions, tout autant qu'une conscience de soi comme
être logique, sont des phénomènes contextuels (Turski, 1993).
(4) Dans Identité et contrôle (1992, pose naïvement une grande partie de l'appa-
chap. 2), je propose une théorie où les ac- reillage d'analyse des réseaux sociaux poly-
teurs, y compris les personnes, sont dérivés valents. Une telle ambiguïté n'est pas
comme disciplines plutôt que présupposés. vraiment surprenante : les liens commencent
(5) II faut noter cependant, comme il est à résister à l'analyse parce qu'ils deviennent
manifeste dans la présente exploration des axiomatiques, tout comme l'âme a résisté à
passages, les difficultés soulevées par la no- l'analyse pendant son règne.
tion de lien ou de relation, sur laquelle re-
712