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Phonation. Langage. Dessin. Musique. - compte-rendu ; n°1 ; vol.25, pg 600-612

De
14 pages
L'année psychologique - Année 1924 - Volume 25 - Numéro 1 - Pages 600-612
13 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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X. Phonation. Langage. Dessin. Musique.
In: L'année psychologique. 1924 vol. 25. pp. 600-612.
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X. Phonation. Langage. Dessin. Musique. In: L'année psychologique. 1924 vol. 25. pp. 600-612.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1924_num_25_1_6209600 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
sentation ». L'auteur considère cette imprécision de notre connais
sance comme n'étant qu'un cas particulier de la loi physique suivant
laquelle les aspects photographiques d'une chose sont de moins en
moins différenciés à mesure que nous nous éloignons de cette chose.
G. N.-P.
X. — Phonation. Langage. Dessin. Musique.
H. DELACROIX. — Le langage et la pensée. — (Bibliothèque de
philosophie contemporaine), Paris, Alcan, 1924, 602 p., in-8°,
30 francs.
Ce n'est pas sans appréhension que les linguistes voyaient autrefois
les philosophes aborder leur domaine. Les temps sont changés ; la
philosophie a renouvelé ses méthodes, comme la linguistique le&
siennes, et voici que les représentants des deux disciplines peuvent
se rencontrer avec profit sur un terrain commun.
De la linguistique de M. D. je ne dirai rien ; elle est puisée aux
meilleures sources, assimilée, repensée par l'auteur, et souvent enri
chie d'observations ou de réflexions personnelles. Je ne parlerai pas
non plus de sa psychologie en tant que telle ; il y faudrait un spécial
iste. Mais j'ai eu trop souvent à m'interroger sur la pensée en étu
diant la langue pour ne pas apprécier le profit qu'on peut retirer
d'un livre où se trouvent analysés, confrontés, conjugués de façon si
intéressante ces deux aspects de l'activité humaine.
Dans un premier chapitre, qui est une sorte d'introduction histo
rique, M. D. s'attache à suivre l'évolution de la linguistique moderne,
depuis le temps « où l'on rattachait le langage à une philosophie
absorbée dans l'universelle Pensée », jusqu'à l'époque actuelle, où
l'on a reconnu que la principale tâche de la philosophie du langage,
c'est, d'une part, de faire une histoire complète des faits, d'autre part,
les ayant isolés pour les constater, de les rapprocher pour les com
prendre (p. 56). Le progrès de la linguistique a consisté pour une
bonne part à reconnaître et à étendre le rôle de la pensée dans la
formation et le fonctionnement du langage. Et M. D. ne manque pas
une occasion de faire à la pensée sa place : le chapitre II est consacré
en partie à revendiquer contre une sociologie intempérante les droits
de la psychologie : l'avantage qu'on a trouvé souvent à considérer le
langage comme un « fait social » ne doit pas faire oublier qu' « il y a
un esprit » et que la langue exprime l'esprit.
Une autre revendication essentielle est celle du psychologue contre
le linguiste lui-même. Il y a une espèce de « réalisme linguistique »,
dit M. D., — je dirais plutôt d'idéalisme, — qui fait que les spécial
istes, à force d'étudier isolément un type linguistique, en viennent
à lui accorder une valeur absolue, immuable à travers les vicissitude»
de la langue, si bien que la forme grammaticale finit par apparaîtra
à certains comme une manière d'Idée platonicienne (p. 122). Il faut
savoir gré à un philosophe (les philosophes nous ont habitués à tant
de systématisations trop satisfaisantes pour l'esprit) de nous rappeler LANGAGE. DESSIN. MUSIQUE 60t PHONATION.
qu'un des caractères essentiels du langage humain, c'est l'unité de
fonction sous la diversité des formes, la diversité des fonctions sous
l'unité des formes, la discordance de la fonction et de la forme
(p. 123).
Contre une pareille affirmation la logique proteste : bonne occasion
de dire son fait à la logique. Car c'est de la psychologie et non de la
logique que relève la théorie du langage. Sans doute les grammaires
doivent obéir aux lois de la pensée. Mais grammaire et pensée sont
choses différentes. La langue est au niveau de l'intuition sensible,
de la perception, de l'imagination et du sentiment (p. 19). Une
langue obéit à trop d'impulsions pour ne refléter que l'esprit (p. 586).
Si les conditions du langage imposent à toute langue un minimum
de logique, du moins à partir de ce minimum les catégories grammati
cales et les catégories logiques cessent de se correspondre (p. 583).
Tout n'est pas arbitraire dans le langage, mais ce qui y est naturel ou
logique ne joue qu'un rôle de second plan ; c'est la convention et
l'habitude qui font les valeurs (p. 365). Et souvent une forme, un
procédé ont d'autant plus de vitalité qu'ils ne sont pas fondés en
logique (M. D. cite avec raison l'exemple fameux du genre grammati
cal) ; pas de meilleure défense contre les innovations raisonnables
que d'échapper pour une bonne part à la raison, pas de meilleure
défense contre la raison que d'être déraisonnable (p. 131).
On me pardonnera d'insister beaucoup, comme l'a fait M. D. lui-
même, sur cet ordre d'idées ; mais il n'en est pas qui soit resté plus
étranger, sinon aux linguistes, du moins à certains grammairiens
traditionnellement occupés de philologie formelle.
Et M. D. me pardonnera de négliger d'autres aspects essentiels de
sa théorie du langage. Il y aurait grand profit à suivre son exposé
sur le sens de l'évolution des langues, sur le mouvement d'oscillation
entre le chaos et le cosmos qui aboutit à un équilibre perpétuellement
instable (cf. la théorie opposée du Progress of language de M. Jesper-
sen, p. 234) ; — sur la possibilité et la conception d'une grammaire
générale, — sur la théorie de la « dominance et de la résistance »
appliquée aux faits de langue comme à la phonétique (les termes sont
de M. Juret, qui, si je ne me trompe, n'est pas cité) ; — sur le rôle
de la pensée dans l'évolution phonétique (p. 149 et sq.)...
Mais, occupé en ce moment de stylistique, je voudrais signaler,
surtout à ceux qu'intéresse cet ordre d'idées, le profit qu'ils peuvent
tirer de la psychologie appliquée au langage. Le meilleur de W^undt,
de van Ginneken, de Jespersen, de Brunot, de Bally, vient confluer
dans ce livre pour fournir les éléments (épars, il est vrai, et trop peu
systématisés) d'une sorte de stylistique générale : valeur du geste et
de l'inexprimé (p. 65 et sq., 378), valeur expressive ou sémantique
des éléments phoniques (p. 416), caractère relatif du sens du mot
(p. 417), rôle des « syntagmes », groupes, associations, schemes et
clichés (p. 433 et sq.), rôle du mécanisme et tyrannie des habitudes
[passim), part de l'affectif dans l'expression (p. 379 et passim, en
liaison avec les théories de Ch. Bally), rôle de l'évocation et de
l'image (cf. p. 446-447, les remarques si ingénieuses sur la métap
hore)... En liaison avec ce que dit M. D. de l'extension dans le temps
de la conscience linguistique, qui réunit dans une perception unique "602 ANALYSES BIBL10CBAPHIQÜES
le souvenir de l'énoncé antérieur et la prévision de ce qui va suivre,
je. m'étonne qu'il n'ait pas invoqué plus qu'il n'a fait la considération
de l'ordre des mots : les correspondances-,, Ie& préparations et les
rappels que ménagent les procédés de construction fournissant un
moyen, de délimiter,, pour ainsi dire,, dans l'énoncé et dans le perçu
urne « zone d'attention » et de soumettre presque à la mesure la pensée
discursive.
Par les enseignements que nous donne ce livre et par les réflexions
qu'il suggère, on voit qu'outre les psychologues, il intéresse au même
titre le linguiste qui analyse le langage ou la parole, et le philologue
qui étudie la langue, la littérature, le style. A ce double titre, il mér
ite, d'être lu et médité par ceux qui aspirent à se dégager et de la
linguistique formelle et de la philologie livresque.
J. Marouzeau.
HEINZ WERNER. — Studien über Strukturgesetze. — HI. (en
colL ave« FLIEL LAGERCRANZT). Experimentell-psycholor
gisehe Studien über die Struktur des Wortes {Etudes sur les
lais de structure. — ///. Etudes psychologiques expérimentales
swr lai structure du mot), — Z. für Ps.? XCV, 1924, p. 316-363.
Recherches de phonétique psychologique liées à la conception
générale de l'auteur,, exposée dans ses deux précédents articles,
(voir les analyses, plus haut, p. 432). des lois de structure : ass
imilation et dissimilation. Les phonèmes sont considérés non en
eux-mêmes mais comme formes, comme figurations psycholog
iques,.
Technique : oreille inscriptrice de Rousselot pour les propriétés
acoustiques de la parole, enregistreur de Wirth-Krüger pour la voix
laryngée. Procédé essentiel utilisé : accentuation physique (intensité,
hauteur, clarté, force, timbre) ou psychique (attention perceptrice
et reproductrice). Tests : syllabes à initiale consonantique (explo
sives sourdes p, trk; explosives sonores b, d, g; continues sourdes
h, s, f). On étudie les transformations des phonèmes (modifications
de durée, de sonorité, d'aspiration, etc.) sous l'action des divers
facteurs.
Comme toutes les figures sensorielles et motrices, les mots pré
sentent des « centres », des « sommets ».Ainsi un mot dissyllabique
sente, selon la manière dont il est prononcé, un ou deux sommets.
L'effet sera différent dans les deux cas. La double articulation pro
voque une différenciation, une accentuation des particularités (les
explosives deviennent des continues). La prononciation avec un seul
centre maintient le phonème accentué mais tend à assimiler les autres,
(ainsi quand le « central » est une sourde, une sonore non
accentuée tend à devenir également une sourde). C'est; en somme,
une explication du principe général de la réalisation maxima des
tendances figuratives. Une forme présentant une seule dominante,
tend à tout assimiler à cette dominante, et quand cette dominante
faiblit il s'établit une manière de nivellement.. Une forme différenciée
■tend à accentuer ses diverses particularités» chaque membre provo- LAJSGAGE» DESSUS. MUSIQUE 60 J PHONATION.
quaat celles des voisin.es par le fait même de marquer les siennes,
pïopres.
L'action de la liaison et de la séparation permet de serrer de plus
près le problème des relations de la partie au tout. Deux syllabes
identiques séparées maintiennent leurs propriétés intactes ; deux
syllabes liées tendent à se différencier par l'intensité, la durée ou
même la qualité des sons. La signification théorique de ces constata
tions est la suivante. La figure totale est déterminée par le caractère
nécessaire de la fonction de chaque partie ; l'unité supérieure tire sa
supériorité du fait que chaque partie est là à cause des autres et pour
les autres. Mais pour cette raison, chaque partie tend à s'opposer
aux «autres ». La différenciation est donc la condition nécessaire de
toute unité supérieure. Le développement de la rythmique est une
excellente illustration de cette règle.
En face du problème des variations se dresse celui de la stabilisa
tion des formes, essentiel en psychologie génétique., L'enfant, l'ani
mal, n'ont pas de formes stables. La poule ne reconnaît pas un triangle
qui a été retourné. On peut dire d'une manière générale que les
formes sont d'autant plus stables qu'elles sont plus différenciées.
L'expérience phonétique confirme cette loi.
Enfin, dernière question,, il faut étudier la « stratification » du mot,
il faut étudier le mot « en profondeur », et voir quelle est l'action des
diverses couches les unes sur les autres. Considérons schématique-
ment deux : le premier plan (phonèmes sur lesquels l'atten
tion est attirée), l'ar*rière-plan. Lorsque les phonèmes corrélatifs
d'une seule des deux couches sont différents, leur différence tand à
se communiquer aux phonèmes (semblables) de l'autre couche (l'ac
tion du premier plan est, dans ces cas, plus forte que celle de l'arrière-
plan)„ Lorsque les deux couches sont différenciées, la différence sa
maintient, se « stabilise » ou même se renforce. Lorsque les phonèmes
corrélatifs de chacune des deux couches sont semblables, le premier
plan reste homogène, cependant que l'arrière-plan se différencie. A
ce « principe de l'action des couches », il faut ajouter le « principe de
l'action des corrélats » qui peut se résumer ainsi : les phonèmes
correspondants d'un mot (d'un groupe de deux syllabes) conservent
ou accentuent leurs particularités lorsqu'ils sont différents, ils se
différencient légèrement lorsqu'ils, sont semblables
De toutes ces considérations on. peut tirer quelques conclusions
touchant les lois phonétiques. L'assimilation et la dissimilation ont
longtemps été décrites comme des propriétés des phonèmes considérés
comme tels, isolément. Le principal facteur de l'explication a été
d'ordre biologique : la force de certains éléments, la débilité, de cer
tains autres. Herzog le premier (1904) a posé la question sur le terrain,
psychologique., La dissimilation, pour lui, est fondée sur ce fait que
la différence entre deux excitations assez semblables nous paraît plus
grande qu'elle n'est en réalité quand ce& deux, excitations sont très
voisines,, dans le temps ou dans l'espace. Si vicinus devient vecinus
alors que morire se maintient, cela tient à ce que la différence entre
les deux i, l'un accentué, l'autre, noa, est, exagérée par l'ouïe ; cette
•exagération, entraîne la chute de i. non. accentué qui. devient e. 11
■faut compléter cette conception : Le phénomène, n'est pas exclusive- 604 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
ment auditif et auditivo-intellectuel, il est auditivo -moteur élément
aire, il est lié aux lois générales de la figuration exposées plus haut.
I. M.
E.-R. JAENSCH, — Beziehungen von Erlebnisanalyse und Sprach
wissenschaft, erläutert an den Verben der sinnlichen Wahrneh
mung (Les relations entre l'analyse du vécu et la science du langage
précisées à propos des verbes désignant la perception sensorielle). —
Z. für Ps., XCI, 1923, p. 343-348.
Les grammairiens et les logiciens considèrent l'accusatif comme
un « causatif ». Il en résulterait que seuls devraient le gouverner les
verbes qui désignent une fonction causale par rapport à un objet.
D'où vient alors que les verbes de perception, dépourvus en appa
rence de cette qualité, sont transitifs ? Les explications par simple
analogie semblent insuffisantes.
Deutschbein a cherché à résoudre la difficulté en disant que la
perception est un acte intentionnel, l'activité intentionnelle résidant
en une manière de prise de l'objet de la perception et de son intro
duction dans le moi.
Par un développement subtil, l'auteur substitue à cette concep
tion sa théorie de la perception eidétique.
La perception primitive est agie. Son univers est mobile, soumis à
des actions, à nos actions. Les objets de la vue, notamment, subissent
des changements de forme et de lieu.
Cette perception active est, selon l'auteur, la forme normale de
l'enfant et du primitif. Elle est réellement, à ce moment, causale,
causative. Mais, chez l'adulte même, elle serait moins rare qu'on ne
le croit : le fait grammatical n'en serait pas l'unique survivance.
I. M.
KARL BUEHLER. — Ueber den Begriîf der sprachlichen Darstellung
(Sur le concept de représentation linguistique). — Ps. For., III,
3, 1923, p. 284-294.
Bühler rappelle sa distinction des trois « dimensions » ou fonctions
de la langue : expression (Auslösung), renseignement (Kundgabe),
et représentation (Darstellung), suivant son rapport particulier avec
celui qui parle, avec celui qui écoute, ou avec l'objet désigné. La est l'aspect le plus évolué, celui qui est devenu le plus
important.
L'idée même de représentation correspond à différents types de
relations : l'ambassadeur représente son souverain, l'acteur incarne
son rôle, une courbe figure des variations de température. Le repré
sentant ressemble par certains caractères au représenté : au contraire
le mot, comme phénomène sensible, est très différent de ce qu'il
représente. Mais, si indirect que soit ce rapport, le mot fait l'illusion
d'une image dans laquelle se peindrait directement l'objet.
Il y a des signes qui, par leurs qualités sensibles, aident à cons
truire le représenté ; d'autres qui n'en imitent que les relations et
l'ordre. Les premiers ne doivent pas être définis de façon trop res- LANGAGE. DESSIN. MUSIQUE 605 PHONATION.
treinte, la relation de signe à chose signifiée pouvant être plus ou
moins apparente. Les seconds sont des moyens de retrouver ou de
ranger les choses. Leur rôle est surtout nécessaire quand les choses
avec leur ordre ne sont pas immédiatement présentes et perceptibles.
Les mots ont cette fonction. L'intelligence d'une phrase peut aller
des choses nommées à leurs relations, ou inversement partir d'un
schéma des relations auquel on donne ensuite un contenu. Ces idées
sont exposées, dans l'article dont nous ne pouvons donner qu'un
aperçu, sous une forme vivante et concrète. P. G.
D. USNADZE. — Ein experimentelle Beitrag zum Problem der
psychologischen Grundlagen dei Namengebung. (Une contribution
expérimentale au problème des bases psychologiques de V attribution
de noms): — Ps. For., V, 1924, p. 24-43.
Comment les noms sont-ils donnés aux choses ? Le problème
peut être traité par la méthode expérimentale. La création linguis
tique existe toujours dans les langues actuelles. L'expérimentation
place donc les sujets des conditions normales.
On présente aux sujets six dessins dépourvus de sens, pendant
cinq secondes chacun, et on leur demande de choisir pour eux des
noms convenables dans une liste de mots complètement inconnus.
Ils cherchent à comparer ces dessins dans leur ensemble ou dans
leurs détails à des objets connus, ou se laissent aller à des associations
d'idées, II se fait entre l'objet et le complexe sonore une « assimila
tion », souvent sur la base d'une nuance affective commune éprouvée,
à laquelle ne correspond aucune idée précise.
Le langage connu joue un rôle ; des mots connus peuvent servir
d'intermédiaire entre le vocable et l'objet. Mais il n'en est pas tou
jours ainsi. Les vocables possèdent leurs qualités propres de forme,
qui peuvent être comparés à ceux des objets, sans le secours d'aucun
intermédiaire (du moins ce sont les sujets qui l'affirment !) Un cas
curieux est celui où, malgré la ressemblance avec des mots usuels, le
sujet a le sentiment que tel vocable ne convient pas. Aux yeux de
l'auteur les associations sont des phénomènes superficiels, tandis que
les sentiments d'une mystérieuse harmonie du mot et de la chose
ont plus de « profondeur » II cherche à donner à ce jugement une
base objective en montrant que, reprises un peu plus tard, les expé
riences donnent des résultats beaucoup plus constants dans le
deuxième cas que dans le premier Les sentiments de rapports har
monieux ne sont donc ni fugitifs, ni arbitraires. — Autre critérium :
le degré notable de concordance entre les sujets dans le choix des
vocables ne peut être attribué au hasard. P. G.
A. PICK. — Bemerkungen zu der Abhandlung von S. Fischer « über
das Entstehen und Verstehen von Namen » (Remarques sur le mé
moire de S. Fischer « Sur la naissance et la compréhension des
noms »). A. f. ges. Ps., XLVIII, 1-2, 1924, p. 174.
Fischer avait trouvé que des syllabes dépourvues de sens avaient
une valeur expressive. (Cf. An. Ps., XXXIII, p. 474). 606 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Pick rapporte une observation analogue faite par Stumpf sut son
fils qui employait des mots forgés par lui-même, en affirmant une
ressemblance entre V -aspect visuel de l'objet et l'aspect sonore du
mot.
D. W.
ROBERT H. GAULT. — Progress in experiments on tactual inter
pretation of oral speech (Nouvelles expériences sur l'interprétation
tactile de la parole). — J. of Abn. Ps., XIX, 2, 1924, p. 154-159.
L'auteur opère sur um étudiant à audition normale. Une première
expérience avait permis d'établir que cet étudiant, mis «Lans l'im
possibilité d'entendre, reconnaissait sept mots parlés, n'ayant
comme critérium que le fait d'avoir la paume de la main disposée de
manière à ressentir les vibrations de la voix de l'expérimentateur,
cheminant le long d'une colonne d'air de 14 pieds de long.
Le même genre d'expérience a été recommencé avec un cornet
acoustique, où, tenant la partie devant aller normalement dans
l'oreille, on perçoit la vibration. Ces impressions tactiles peuvent-
elles être interprétées ? Les expériences qui se poursuivent semblent
répondre affirmativement. En particulier, après un certain nombre-
d'expériences éducatives préliminaires, l'auteur a obtenu une exac
titude de 91 °/o en ce qui concerne ridentification des voyelles par
les sensations tactiles. M. L.
LEON DUPRE STRATTON. — A factor in the etiology of a sub-
breathing stammerer (Un facteur de Vétiologie du bégaiement sous-
respiratoire). — J. of comp. Ps., IY, 3, 1924, p. 325-346.
îl s'agit -d'un enfant de neuf ans sujet à des troubles de nutrition
et classé comme bègue à respiration insuffisante. Ce bégaiement
présente des fluctuations ; dans certaines périodes, il arrive à dispa
raître complètement. S. a étudié chez lui, en même temps que l'effet
d'exercices de respiration et de prononciation, le métabolisme général
mesure par les dosages de créatine et de créatïnine dans l'urine. Con
sidérant comme normal un coefficient de 8 miïîigr. 5 par kilogramme,
iltrouve que les variations d'intensité du bégaiement sont précédées
par des variations -de ces produits dans l'urine. Les analyses ont été
poursuivies, pendant plusieurs mois. L'excitation mentale, les écarts
de régime, la fatigue abaissent ce coefficient, le repos, les exercices
de respiration et de parole, les purgatifs l'élèvent. Le trouble méta
bolique semble être un des facteurs du bégaiement.
P. G.
EUGEN KAGARGW. — UeT>er den Rhythmus der rassischen Prosa.
{Du rythme danslaproserusse).—Z. fur Ps., XCIV/1924,p. 293-299.
Le rythme le plus habituel est : 1 L- ; l'intervalle entre deux
syllabes accentuées est constitué par deux syllabes non accentuées.
Ce rythme coïncide avec celui de la prose d'art allemande.
Les syllabes initiales ont une structure rythmique montante, les LANGAGE. 0ESSm. MUSIQUE 607 PHONATION.
clausules une structure descendante. La dernière syllabe accentuée
est précédée d'une ou de deux syllabes sans accent (fait en accord
avec les règles de la prosodie grecque et byzantine). On rencontre le
plus habituellement dans les syllabes initiales le peau, dans les clau
sules le trochée.
I. M.
C. STUMPF. — Singen und Sprechen (Le chant et la parole}. — Z. für
Ps., «4, 1924, p, 1-37,
L'organe vocal peut être caractérisé par la Téunion de trois pro
priétés : 1° il peut, à tonalité constante, donner des résonances va
riées, et, à résonance constante, des tonalités variées (voyelles) ;
2° il peut, outre les sons, produire des bruits (voyelles chuchotées,
consonnes) ; 3° il peut donner des variations de hauteur continues
ou discontinues. Il est classique, depuis Aristoxène, de considérer ce
dernier trait comme pouvant servir de critérium dans la distinction
du chant et de la parole. Le son du chant passe par des variations
brusques, la musique connaît essentiellement des tons fixes et des
intervalles déterminés. La parole est variation continue, irrégulière ;
la valeur absolue du changement est de peu d'importance (Helm-
holtz a ajouté une autre différence : le timbre grinçant de la parole).
Les formes extrêmes paraissent bien répondre à ces distinctions,
mais l'étude des intermédiaires montre que la question est moins
simple.
Le récitatif (Sprachgesang, Parlando-Singen) respecte T)eaueoup
moins les intervalles. Chez les primitifs il les supprime quelquefois :
des chants entiers sont chantés sur le même ton, de même que de
longs fragments de chants grégoriens. On sait que la parole est ainsi
monotone dans certaines circonstances : lorsqu'elle est impersonnelle,
dépourvue de charge affective (lecture d'actes officiels, appel des
noms, etc.).
Par ailleurs, la musique, tout comme la parole, connaît la variation
continue : le portamento du violon et dû chant ; et tout le monde
sait quel abus en fait la mauvaise musique. La gamme chromatique
jouée un peu vite, dès qu'on oublie son ethos particulier, nous donne
une impression analogue. Avec des intervalles de quart-de-ton, l'im
pression est plus nette encore (certains chants populaires turcs la
donnent dans ces conditions d'une manière frappante).
La parole chantante met des tonalités, du discontinu dans le continu
du son vocal. On connaît la mélodie de certaines interjections, de cer
tains cris de marchands-de-quatre saisons, etc. C'est, pour l'audi
teur, de la parole ou du chant, selon sa disposition, son « montage »
(Einstellung). On sait aussi que, dans certaines langues (le chinois,
certains dialectes africains), la mélodie a valeur sémantique. On a sou
vent noté ces mélodies verbales.
La distinction classique ne tient donc pas. Comment se représenter
la différence ? On a cherché un critérium, experimental. Köhler a
soutenu que les sonsmusicaux possèdent une propriété fondamentale,
que n'ont pas les autres : la hauteur '(Torihöhe), définie ainsi : «pro
priété que l'on met en jeu lorsqu'on veut retrouver en chantant un 608 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
son déterminé ou bien lorsqu'on désigne un son déterminé comme
étant la quinte d'un autre ».
On appelle aujourd'hui, de façon générale, hauteur (Tonhöhe) une
propriété qui change avec le nombre des vibrations et permet de
distinguer des sons graves ou aigus, etc. On l'appelle aussi clarté. Il
est utile de se rappeler une propriété des sons, que Lotze et Bren
tano ont appelé « qualité musicale » (musikalische Qualität), et qui
est commune aux sons correspondants de toutes les octaves : c et c1
ont la même qualité, mais une hauteur, une clarté différente. Il
semble que Köhler ait pensé à la qualité quand il a parlé de hauteur,
et qu'il ait tendu en somme à établir entre le chant et la parole la
même distinction qu'entre le son et le bruit.
Le critérium de Köhler se défend-il mieux que la distinction clas
sique ? Il ne le semble pas. Il semble que la différence essentielle
réside dans des phénomènes psychologiques : l'intention, le « mont
age », la direction et la répartition de l'attention. Si nous pouvions
être maîtres de nos réactions, nous entendrions dans les paroles,
à la limite, selon le montage, la « signification pure » dépourvue d'él
éments sonores, — ou la sonorité pure dépourvue d'éléments signifi
catifs. Et il ne faudrait pas dire alors que les éléments non aperçus
n'ont pas existé. Ils n'ont pas été aperçus, voilà tout. Il s'agit bien
d'aperception, non de perception.
Mais revenons au problème du continu et du discontinu. Qu'est-ce
qu'un son continu ? Quelles sont ses propriétés ? On peut lui assigner
une hauteur et une force. Sa hauteur sera une hauteur mouvante, sa
force pourra également varier ou rester constante. Ce ne sera pas une
somme de hauteurs ou de forces, mais une hauteur, une force. On
sait qu'on observe de semblables variations de la force dans la suc
cession des sons discontinus.
Ce son continu possède-t-il la « qualité musicale » ? La question
peut-être controversée. Autant qu'on puisse se rendre compte expé
rimentalement, on apprécie surtout l'intervalle entre les points
extrêmes. On a l'habitude des tons fixes, des repères statiques. Cepen
dant un mouvement continu assez lent peut nous donner, à chaque
octave, ces impressions de retour qui caractérisent bien la « qualité ».
Il n'est pas étonnant que l'impression de « qualité » soit plus faible :
son développement est, phylogénétiquement, plus tardif, lié au
choix des tons et intervalles fixes au sein du continu primitif. Mais
elle n'est pas, originellement, la propriété de ces sons fixes, c'est-à-
dire de quelques points arbitraires, elle est celle de tout le continu
sonore.
I. M.
ANDOR JUHASZ. — Zur Analyse des musikalischen Wiedererken-
nens (Contribution à V analyse de la reconnaissance [recognition]
musicale). — Z. für Ps., XCV, 1924, p. 142-180.
Etude de la mémoire musicale d'après les procédés mis en jeu
pour les recherches sur la mémoire mécanique des mots (syllabes dé
pourvue de sens). Les séries de syllabes sont remplacées ici par des
séries de suites de sons dépourvus de « sens musical », c'est-à-dire ne