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Psychologie clinique et pathologique - compte-rendu ; n°1 ; vol.87, pg 139-154

De
17 pages
L'année psychologique - Année 1987 - Volume 87 - Numéro 1 - Pages 139-154
16 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Psychologie clinique et pathologique
In: L'année psychologique. 1987 vol. 87, n°1. pp. 139-154.
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Psychologie clinique et pathologique. In: L'année psychologique. 1987 vol. 87, n°1. pp. 139-154.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1987_num_87_1_29193Psychologie clinique el pathologique 139
II s'agit d'une discussion au troisième degré de synthèses de centaines
de données provenant d'enquêtes, de tests et d'expériences. Elle a eu
le mérite de pouvoir procéder à d'importantes études longitudinales et
d'étudier les répercussions de l'apprentissage des rôles sexuels sur la
construction du moi, de la personnalité et des facultés cognitives.
Une étude interculturelle a pu être faite entre les Etats-Unis, l'An
gleterre et les quatre pays Scandinaves : le portrait de l'homme et de
la femme à travers une liste de dix adjectifs montre que l'image de
soi des hommes est présentée avec des termes impersonnels alors qu'ils
sont interpersonnels pour la femme. Face à un idéal culturel, le pro
cessus de socialisation a des effets différents sur le développement de
la personnalité des filles et des garçons.
L'auteur fait une critique détaillée du livre d'E. Maccoby et C. Jacklin,
Psychologie des différences sexuelles, 1974, qui conclut au peu d'impor
tance de ces différences. Alors que, pour elle, dans l'éducation vécue et
intériorisée, elles sont très importantes car elles conduisent à deux types
de personnalité contrastés. Ne pas avoir réussi à prouver une différence
n'implique pas sa non-existence ; en particulier les études portent sur
des enfants trop jeunes pour qu'elles soient sensibles.
Est aussi étudié l'influence comparée des parents et de la société sur
l'apprentissage des rôles sexués. Les parents se montrent plus exigeants
et plus sévères pour une fille, tout en trouvant que l'administration des
punitions est plus difficile. La socialisation se fait mal lorsque les parents
ont eux-mêmes des rôles indifférenciés (androgynes) et non nettement
masculins et féminins. Et l'auteur va jusqu'à conclure que pour certaines
filles qui ont des problèmes d'identification féminine, l'éducation dans
des collèges de filles est préférable à celle dans des collèges mixtes.
M. -A. Descamps.
PSYCHOLOGIE CLINIQUE ET PATHOLOGIQUE
Horton (A. M. N.) et Wedding (D.). — Clinical and behavioral neuro-
psychology, an introduction, New York, Philadelphie, Praeger, 1984,
308 p.
Les auteurs soulignent dans l'ouvrage analysé l'intérêt de l'interface
entre la neuropsychologie clinique et les thérapies comportementales. Ils
rappellent qu'historiquement une partie des tests utilisés en pratique
clinique ont été élaborés pour écarter la population de malades présen
tant des signes d'organicité, inadaptée à une prise en charge psychothé
rapique ; ces malades présentant une pathologie organique ont vu négli
ger leurs troubles émotionnels et leurs troubles d'adaptation sociale. Ils
considèrent qu'à côté de l'évaluation quantitative des performances 140 Analyses bibliographiques
assurée par les tests classiques (Wais, Weschler, Bender...) doit figurer
une estimation des capacités d'adaptation de l'individu à son environ
nement : les batteries de Halstead-Reitan, et plus récemment Luria-
Nebraska leur paraissant adaptées à cette cision fonctionnelle du système
nerveux. Les chapitres 3 et 4 rappellent des données classiques concer
nant les structures cérébrales, l'organisation hémisphérique
ainsi que les moyens diagnostiques neurologiques et des éléments de neu
ropathologie. Les auteurs rapportent ensuite à travers les chapitres 5
et 6 leur expérience des évaluations quantitatives qu'ils dénomment
neuropsychologie clinique, divergence d'appellation par rapport à la
nôtre. Puis les chapitres 7 et 8 détaillent l'utilisation des batteries Hals
tead-Reitan et Luria-Nebraska, composites toutes deux, associant des
tests sensori-moteurs, perceptifs et cognitifs. Ils concluent par l'utilisa
tion possible de ces renseignements pour la compréhension du compor
tement des patients et l'élaboration d'une prise en charge. Il est à remar
quer que l'originalité de l'ouvrage aurait justement résidé dans le déve
loppement de ces aspects comportementaux et de cette prise en charge que
semblait annoncer leur titre. L'ouvrage renvoie plutôt à une expérience
clinique d'évaluation des troubles présentés par leur population de
patients (un certain nombre d'exemples sont décrits à la fin de l'ouvrage),
à l'aide de tests psychométriques classiques ou de batteries plus globales.
F. Odier.
Bellack (A. S.) et Hersen (M.). — Research methods in clinical psychol
ogy, New York, Pergamon Press, 1984, 418 p.
On sera intéressé par cet ouvrage important, d'autant plus que les
Français n'en publient guère sur ce sujet ! De ce côté de l'Atlantique, en
effet, le développement de la psychologie dite « clinique » a connu des
controverses de tous ordres, dans lesquelles les considérations de méthod
ologie psychologique furent trop souvent absentes. D'autre part, le
but du livre (Préface, p. vm) est d'éclairer et de stimuler les débutants :
le programme qui leur est proposé, et que symbolise la table des matières,
est donc pleinement caractéristique pour eux et pour nous. Après avoir
affirmé la nécessité d'une perspective multidisciplinaire, on procède à
l'exposé critique des méthodes statistiques propres à apprécier des cas
singuliers et des groupes de cas et l'on s'interroge ensuite sur l'abord
scientifique de plusieurs domaines : la personnalité, la psychopathologie,
la psychothérapie, la construction des tests, l'épidémiologie, la médecine
« behavioriste » et l'enfance.
Le lecteur français sera sans doute surpris (mais n'est-ce pas salu
taire ?) de constater qu'Eysenck et Wolpe occupent le devant de la
scène en psychothérapie, aux dépens de Freud et des psychanalystes.
R. Doron. clinique el pathologique 141 Psychologie
Dolto (F.). — L'image inconsciente du corps, Paris, Seuil, 1984, 378 p.
Dans ce livre, Françoise Dolto s'appuie sur sa pratique de psycha
nalyste d'enfants pour développer une réflexion sur la construction de
l'image du corps et sur ses avatars au cours du développement de l'en
fant. A travers les productions graphiques et plastiques de l'enfant dans
le dialogue analytique, Dolto retrace la genèse de cette image du corps.
L'hypothèse qu'elle illustre tout au long des 373 pages du livre, tant par
des vignettes cliniques que par des réflexions théoriques est que : « La
non-structuration de l'image du corps est en grande partie due au fait
que l'instance tutélaire ne sait ou ne peut donner les castrations néces
saires au développement de l'enfant pour qu'il abandonne les plaisirs
immédiats du corps à corps et accède à la symbolisation qui en fera un
homme. » Dans un premier chapitre, schéma corporel et image du corps,
Dolto rappelle quelques définitions théoriques et distingue le schéma
corporel qui est une réalité de fait, la même pour tous les individus, de
l'image du corps spécifique à chacun, liées à l'histoire du sujet, incons
ciente : « synthèse vivante de nos expériences émotionnelles ».
Dans le second chapitre, les images du corps et leur destin : les cas
trations, Dolto montre comment grâce aux différentes castrations ombil
icale, orale, anale, primaire et œdipienne l'enfant va pouvoir ou non
accéder aux sublimations et à l'ordre symbolique de la loi humaine. C'est
grâce à la « castration symboligène » que le circuit court de corps à corps
qui est celui qui existe entre le nourrisson et sa mère, va devenir un circuit
long de communication, de psychisme à psychisme.
Dans le troisième chapitre, pathologie des images du corps et clinique
analytique, Dolto étudie les « ratés » dans le développement lorsqu'il y a
échec de la symbolisation, du langage.
La fonction symbolique, la castration et l'image du corps sont donc
étroitement liées.
Tout au long de l'ouvrage, le clinicien, les éducateurs, les parents
trouveront des notations cliniques riches et stimulantes par exemple sur
la succion du pouce, sur la façon de réagir devant un échec de l'enfant,
sur la nécessité de laisser l'enfant faire ses progrès aux rythmes qui sont
les siens, sur l'importance de la tolérance aux bruits et au désordre des
enfants jusqu'à trois, quatre ans, sur la nécessité des négociations par le
langage.
Malgré un style parfois difficile, Françoise Dolto sait transmettre la
richesse de son expérience clinique et faire partager sa passion pour la
compréhension de l'enfant en devenir.
A. -M. Mairesse.
Dayan (M.). — Inconscient et réalité, Paris, puf, 1985, 476 p.
Nous avons là une grande partie de la thèse de doctorat d'Etat sou
tenue par l'auteur à l'Université de Paris VII et dirigée par Jean La- 142 Analyses bibliographiques
planche (Centre de recherches en psychanalyse et psychopathologie).
Pour Dayan, si l'inconscient est nos de jours reconnu, il est aussi encore
largement méconnu : « Mais l'on ne peut impunément concéder l'incons
cient à une communauté de spécialistes. Chacun le porte en soi et se débat
avec lui » (p. 8). D'où le projet de débusquer ce monstre protéiforme qu'on
surprend dans le langage et se tapit dans le corps (ibid.). La voie choisie
est celle de l'abord historico-théorique ; le but est de faire l'unité des
réflexions tenues ça et là au sujet de la problématique psychanalytique.
S'il en existe une, en effet, c'est que la théorie ne se borne pas à rassem
bler un ensemble de textes : elle se rattache à une expérience dont la
formulation échappe au langage même si elle y trouve sa première expres
sion. Ce qui explique le plan adopté. La première partie porte sur « La
problématique de la réalité dans la technique psychanalytique » et la
seconde s'intitule : « Position de l'infantile et composition du réel ».
Le lecteur devra faire un effort constant pour suivre des analyses
d'une précision minutieuse et d'une rigueur incomparable. Mais le psy
chologue, en particulier en sera largement récompensé. Car tous ces déve
loppements qui touchent au transfert, au dire, à la résistance, à l'inte
rprétation lui permettront de mieux juger des limites de la psychogenèse
et de notre relation à l'infantile. Dans le domaine considéré, cet examen
critique est l'un des meilleurs actuellement publiés en langue française.
R. Doron.
Delaisi de Parseval (G.). (Edit.). — Les sexes de l'homme, Paris,
Seuil, 1985, 280 p.
Les femmes se sont longtemps plaintes que les livres sur la sexualité
féminine soient écrits par des hommes. Puis elles en ont écrit. Voici un
nouveau type de livre : une femme étudie la sexualité masculine. Et elle
en détaille tous les problèmes : l'homosexualité réhabilitée, la révolution
contraceptive qui permet aux femmes d'avoir le contrôle de la filiation,
la nouvelle peur des hommes « qu'on leur fasse un enfant dans le dos »,
les nouvelles femmes demandeuses sur le plan de l'initiative sexuelle ou
du partage des soins des enfants, la reconnaissance de la responsabilité
des hommes dans la stérilité du couple, l'insémination artificielle par
donneur qui dissocie la procréation de la paternité en permettant aux
femmes d'utiliser à la fois un donneur et un père, les transexuels avec les
hommes voulant devenir corporellement des femmes, la stérilisation masc
uline, la sexologie dévoilant la misère sexuelle masculine, la demande de
certains hommes de pouvoir étendre leur zone érogène à tout leur corps
comme les femmes... Tout ceci concourt à un trouble de l'identité masc
uline, qui est étudié à travers des articles divers, d'inspiration lacanienne
ou libertaire. Malheureusement une toute petite partie de ce programme
est traité et l'ensemble reste lacunaire et laconique.
M. -A. Descamps. Psychologie clinique el pathologique 143
Hansen (J. G.) et Okun (B. F.) (Edit.). — Family therapy wich school
related problems, The family therapy collections, Rockwille (md),
Aspen Publication, 1984, 126 p.
Dans le cadre d'une approche systémique d'esprit comportemen-
taliste, les auteurs évoquent les problèmes posés par l'intervention famil
iale destinée à des enfants présentant des difficultés d'ordre scolaire,
qu'elles soient comportementales cognitives ou affectives. Le thérapeute,
consulté en dernier recours, s'estime en bonne position s'il peut saisir les
effets des interactions entre les deux systèmes les plus importants dans
lesquels vit l'enfant (la famille et l'école) et surtout s'il peut obtenir la
coopération de ces deux systèmes suivant le modèle classique de l'école
californienne. Les différents auteurs de cet ouvrage collectif insistent
avec différentes nuances sur l'importance de l'évaluation des problèmes
et des interactions sur la formation des hypothèses et la définition des
triangles pathogènes dont font éventuellement partie les enseignants.
Les contextes socio-culturels des familles latino-américaines sont évoqués
parfois de façon caricaturale, de même que ceux des familles atypiques
ou économiquement handicapées, en deçà d'une attitude dite de respect
à l'égard de ces populations marginalisées.
J. Lemaire.
Alleon (A. -M.), Morvan (0.) et Lebovici (S.) (Edit.). — Adolescence
terminée, adolescence interminable, Paris, puf, 1985, 240 p.
Le choix du titre Adolescence terminée, adolescence interminable sug
gère que l'objectif était de cerner les modes et processus de la fin de l'ado
lescence et de souligner, dans certains cas, les difficultés de l'accession à
l'autonomie adulte. Par ailleurs l'allusion à la formule freudienne « Anal
yse terminée, analyse interminable » laisse entendre, par un jeu sur les
signifiants, que l'on envisage des correspondances entre « adolescence »
et « analyse » (n'y a-t-il pas dans les deux cas réflexion sur sa propre indi
vidualité et éventuellement modification active de celle-ci ?)
En fait, cet ouvrage est la publication des actes d'un colloque sur
la post-adolescence et il est par là même très hétérogène. Les 17 contri
butions publiées ont globalement deux objectifs : proposer Jdes analyses
de la mais aussi de l'adolescence en général (analyses
sociologique, épidémiologique, psychanalytique, psychopathologique)
et discuter les modes d'intervention auprès d'adolescents en difficultés
(à ce propos, la réflexion porte essentiellement sur les institutions et le
caractère « transitionnel » — au sens de Winnicott — des environnements
institutionnels).
Plus précisément les contributions se différencient selon les points
suivants : les populations concernées (depuis les adolescents présentant
des troubles psychotiques, jusqu'aux étudiants simplement dépressifs,
en passant par le cas des jeunes incarcérés, etc.), le degré de centration 144 Analyses bibliographiques
sur le thème du colloque, l'originalité de l'analyse (on retrouve par
exemple le débat classique qui oppose ou intègre les interprétations socio
logiques générales et les situations individuelles), la rigueur de la méthode
(procéder par affirmations ou discuter véritablement des données cl
iniques).
Quelques problèmes techniques gênent la lecture : une erreur « sémio-
tique » dans le graphique de la p. 34 oblige le lecteur à se référer au texte
de la page précédente, les bibliographies sont présentées dans un ordre
non alphabétique, enfin il est difficile de suivre les discussions qui accom
pagnent les contributions (les interventions ne font pas référence à leurs
auteurs successifs et on saisit mal la logique de leur enchaînement).
En définitive, le lecteur pourra trouver dans cet ouvrage des info
rmations utiles, des études de cas instructives et des analyses parfois
stimulantes. Mais on aurait aimé plus d'ouverture vers la psychologie
génétique, en particulier wallonnienne. L'ensemble est finalement un peu
décevant par rapport à l'objectif de départ et S. Lebovici lui-même, dans
sa postface, semble quelque peu perplexe.
H. Lehalle.
Perron (R.) et Misés (R.). — Retards et perturbations psychologiques
chez l'enfant. Facteurs et conditions d'apparition, modalités évolutives,
repérage et prise en charge, cntrhi, série Recherches, Paris, 1984,
294 p.
Imprimée à la diable, collée à la va-vite (les différents chapitres cou
rent un risque chronique de dispersion), voici pourtant une étude import
ante, dont chaque professionnel de la psychologie — qu'il soit théoricien
pur ou praticien engagé — devrait absolument prendre connaissance.
Ses signataires (non présentés explicitement dans le volume) sont
bien connus : il s'agit, d'une part, de Roger Perron, psychologue, direc
teur de recherches au cnrs, de Roger Misés, d'autre part, professeur de
psychiatrie à l'Université de Paris-Sud et médecin-chef de la Fondation
Vallée où sont traités des enfants gravement perturbés (autisme, dyshar
monies évolutives sévères, etc.) La présente publication est tout à la fois
le résultat de leur très riche expérience quotidienne avec ces enfants
(travail de diagnostic et de thérapie), et d'une recherche, financée par
le Centre technique national d'Etudes et de Recherches sur les handicaps
et les inadaptations, qui, à partir de 1980, s'est étendue sur une durée de
quatre ans.
Deux volets très distincts dans ce rapport.
Nous prenons d'abord connaissance des résultats d'une investigation
de type extensif. Elle a porté sur 2 000 enfants âgés de 2 à 6 ans. Cette
population a été observée par le personnel en place (médecins) de quatre
consultations de Protection maternelle et infantile du Val-de-Marne.
Trois types de données ont été recueillis : éléments de base (par exemple Psychologie clinique el pathologique 145
sexe, nationalité, modes de garde, conditions de logement, rang dans la
fratrie, profession des parents, etc.), niveau de compétence à une épreuve
de vocabulaire, empruntée aux Echelles différentielles d'Efficiences
intellectuelles, performances à une épreuve non verbale d'activités caté
gorielles et précatégorielles. Plusieurs ordres de faits se dégagent des
elaborations que présentent les auteurs, dont la suivante : dès 3 ans envi
ron, on constate chez les jeunes consultants, en fonction des conditions
de vie, des différences nettes quant au niveau du vocabulaire employé.
En moyenne, ces écarts vont persister tout au long de la première enfance.
Sauf conditions défavorables extrêmes, le handicap de langage présenté
par certains, et que la scolarisation en maternelle ne parvient pas à comb
ler, n'est pas général, comme l'attestent des performances normales
chez les mêmes sujets aux tests de pensée catégorielle. Pourtant, dans
l'état actuel de notre système scolaire, cette pauvreté du langage risque
très certainement d'entraîner un « destin d'échec », selon l'expression des
auteurs.
La seconde partie de l'étude, d'inspiration peut-être plus directement
psychanalytique, concerne un échantillon plus restreint : 175 enfants
et adolescents pris en charge dans les divers services de la Fondation
Vallée, et présentant, pour la plupart, des troubles gravissimes, comme
nous l'avons dit plus haut. Les auteurs insistent sur le fait qu'il ne saurait
exister d'analyse des troubles du développement cognitif, si l'on omet
de les situer d'emblée dans le cadre plus général de distorsions graves du
développement et de la personnalité. La pesée considérable des familles
est probable dans la genèse de ces atteintes (fréquence impressionnante
de familles très perturbées sur divers plans). Enfin, on note, dans cette
population, des dysfonctionnements du langage nombreux et massifs.
Au total, donc, une grande quantité de faits nouveaux confirmant des
intuitions antérieures qui n'avaient pas toujours été vérifiées, comme ici,
avec un soin suffisant — et une mine de réflexions théoriques importantes
sur le développement de l'enfant, qu'il soit normal ou pathologique.
G. Meljac.
Lebovici (S.), Diatkine (R.) et Soulé (M.). — • Traité de psychiatrie
de Venfant et de l'adolescent, t. I : Introduction à la de
l 'enfant et de l'adolescent ; t. II : Les perturbations du fonctionnement
mental de Venfant et de l'adolescent ; t. III : Aspects psycho-sociolo
giques de la pathologie, Paris, Presses Universitaires de France,
3 tomes, 1985, 2141 p.
Cette œuvre monumentale réalisée sous la direction de trois personn
alités eminentes en ce domaine, fera date. Ouvrage collectif, rédigé
par quatre-vingts spécialistes, pour la plupart psychiatres, mais
aussi pédiatres, psychologues, sociologues, généticiens, etc., il offre un
panorama très complet des connaissances disponibles. Il ne s'agit cepen- 146 Analyses bibliographiques
dant en aucune façon d'un ouvrage « éclectique », au sens contestable
que semblent affectionner certains « éditeurs » américains de traités ou
de manuels, à savoir une simple juxtaposition de points de vue hété
rogènes, le lecteur étant supposé s'y voir offrir « le meilleur de tout ».
Le présent ouvrage, bien au contraire, procède d'une unité générale de
conception très clairement affirmée dès la préface, courte mais excellente.
Cette unité découle de quatre propositions fondamentales.
1) Les troubles de l'enfance sont à saisir en tant que troubles du
développement : l'analyse fonctionnelle est inséparable de l'analyse
développementale ; pour comprendre un trouble, il faut d'abord com
prendre son histoire. Il peut s'agir de troubles graves, à considérer
comme de l'ordre de la maladie, mais aussi, et peut-être plus souvent, de
distorsions ou dysharmonies évolutives pour lesquelles une référence à
l'opposition du normal et du pathologique est bien plus fâcheuse
(théoriquement et pratiquement) qu'utile. L'enfant étant « le père de
l'homme », la psychiatrie de l'adulte bénéficie elle-même de cet abord
du problème.
2) L'effort de compréhension trouve un appui considérable à être
soutenu par le recours à des notions et hypothèses empruntées au champ
de la pensée psychanalytique, mais ceci sans dogmatisme ni sectarisme.
Ce Traité « a été conçu et réalisé par une équipe de psychiatres d'enfants
profondément engagés dans la pratique et la recherche psychanalyt
iques. Nous avons cependant fait appel à des spécialistes d'autres
disciplines ou à des psychiatres abordant certains aspects de la cl
inique ou de la thérapeutique d'un point de vue différent : l'ouvrage
achevé, s'il se veut complet, n'est ni neutre ni éclectique ; il est clair
ement orienté par nos positions théoriques. Il n'est cependant pas destiné
aux seuls psychanalystes ni même aux lecteurs ayant une opinion favo
rable de la psychanalyse freudienne » (préface, p. xvi). — « Le psychiatre
doit écouter avec soin ce que lui apprennent les spécialistes des autres
disciplines. Il devrait se méfier de lui-même quand il se surprend à
parler en leur nom. C'est ce que nous espérons avoir évité dans ce
Traité, où chaque auteur parle de sa propre place » [ibid., p. xvm).
3) II convient d'accorder la plus grande attention, dans cet effort
de compréhension historique des troubles de l'enfance, aux facteurs et
conditions sociales du développement. Ceci va des interactions entre
l'enfant et ses proches (interactions précoces mère-enfant, dynamique
intra-familiale) à l'influence des groupes sociaux et des institutions,
au poids du donné socio-culturel, etc. L'étude psycho-pathologique est
inséparable d'une étude de l'individu « en situation », et de ce fait
même la théorie est inséparable de la pratique : « La psychiatrie de
l'enfant est en prise directe avec les pressions sociales, d'autant que est référé au spécialiste par sa famille, par l'école ou par d'autres
instances qui ont à se préoccuper de lui » [ibid., p. xvi).
4) La classification nosographique ne doit pas réduire l'enfant à une Psychologie clinique et pathologique 147
simple étiquette, démarche dont on sait bien à quel point elle conforte,
en les hypostasiant par la théorie, des pratiques sociales contestables
(c'est-à-dire qui doivent être mises en question). Il ne faut cependant
pas tomber dans l'excès inverse en supprimant tout repérage sémiolo-
gique. « La critique de la subordination possible d'une démarche noso-
logique au maintien d'un certain ordre ne doit cependant pas faire
perdre de vue la nécessité d'utiliser des classifications, premier temps
de tout essai de compréhension. Une grille sémantique est indispensable
à la réflexion » (ibid., p. xvi).
L'ouvrage comprend trois tomes (et deux mille pages, ce qui est
dire son ampleur).
Le tome I définit les limites et le champ de la psychiatrie infantile,
discute de l'apport des disciplines connexes (neuro-psychologie, psychol
ogie, éthologie, pédiatrie, génétique, etc.), donne un panorama des
moyens de diagnostic (l'enquête familiale, l'observation directe, l'examen
psychologique, etc.), et enfin consacre une large place à
des « conséquences psychiatriques des dysfonctionnements cérébraux
et somatiques » (épilepsie, aberrations chromosomiques, troubles métab
oliques, handicaps sensoriels et moteurs, etc.).
Le tome II présente d'abord les conceptions théoriques de quelques
auteurs majeurs (M. Klein, A. Freud, D. W. Winnicott, M. Mahler),
puis décrit quelques « grandes entités morbides » (hystérie, phobies,
névrose obsessionnelle, psychoses infantiles, etc.). On envisage ensuite
des tableaux symptomatiques qui, même s'ils n'entrent pas aisément
dans le cadre de la grande distinction entre névroses et psychoses, ne
s'en présentent pas moins avec une grande fréquence (déficiences intel
lectuelles, troubles psychomoteurs et du langage, troubles du sommeil et
de l'alimentation, etc.) ; l'accent est alors mis plus particulièrement sur
les formes d'expression des troubles en cause. La fin de ce second
volume est consacrée à un effort important pour recentrer l'approche
de ces divers types de troubles sur les étapes successives du développe
ment, et l'accent est alors mis sur les désordres psychosomatiques.
Le tome III est entièrement consacré aux « aspects psychosociolo
giques » de la pathologie mentale de l'enfance. Il est divisé en cinq
sections qui envisagent :
— les problèmes où le poids des facteurs sociaux est prédominant
(chez les enfants de migrants, les enfants victimes de sévices, les
délinquants juvéniles, les cas de toxicomanie, etc.) ;
— les cas où c'est la dynamique familiale qui apparaît jouer un rôle
majeur (carence de soins maternels, carence paternelle, rivalité
fraternelle, etc.) ;
— les cas où c'est la structure de la famille qui, par son caractère
particulier, retient au premier chef l'attention (enfants de mères
célibataires, adoptés, de parents divorcés, etc.) ;
— les problèmes liés à l'enseignement et à la formation professionnelle ;