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Psychologie clinique et pathologique - compte-rendu ; n°1 ; vol.88, pg 137-151

De
16 pages
L'année psychologique - Année 1988 - Volume 88 - Numéro 1 - Pages 137-151
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Psychologie clinique et pathologique
In: L'année psychologique. 1988 vol. 88, n°1. pp. 137-151.
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Psychologie clinique et pathologique. In: L'année psychologique. 1988 vol. 88, n°1. pp. 137-151.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1988_num_88_1_29260Psychologie clinique ei pathologique 137
domaine d'application, des informations sur la passation et le dépouille
ment, des données normatives et de validation ainsi que des éléments
bibliographiques succincts ; l'échelle elle-même est souvent reproduite.
L'ensemble se présente ainsi comme un guide pratique qui associe des
éléments méthodologiques, parfois insatisfaisants mais souvent stimul
ants, à un catalogue organisé, rigoureux et agréable à utiliser.
Y. Forner.
PSYCHOLOGIE CLINIQUE ET PATHOLOGIQUE
Actes du Colloque de Strasbourg, mai 1984. — Agression, Conflit,
Négociation, Paris, Société Française de Psychologie, 1984, 125 p.
C'est une démarche non dénuée d'artifice que de prétendre agencer
autour de quelque idée unificatrice la pluralité des thèmes traités tout
au long de ce Colloque. Et pourtant, une semblable idée s'est dégagée
dès la première séance (« De l'agression animale à l'agression humaine ») :
chez l'animal comme chez l'homme, une conduite agressive ne doit être
considérée ni la simple projection vers l'extérieur d'une quel
conque « agressivité » endogène, ni comme une réponse isolée à un aspect
particulier de l'environnement (dans une vision purement behavioriste
des choses), mais comme un événement révélateur d'une façon indivi
duelle — et historiquement constituée — d'appréhender et d'interpréter
les situations et d'y faire face afin de les maîtriser. Au sein du cerveau,
les représentations forgées par le vécu intègrent de façon étroite les
caractéristiques perceptives de l'environnement, les attentes qu'il
suscite et les stratégies comportementales qui sont susceptibles d'y
répondre (P. Karli). C'est dans le cadre général d'une épigenèse interac-
tionnelle — et non pas dans celui d'un déterminisme génétique — qu'on
peut comprendre les fonctions et le devenir des comportements agonisti-
ques du jeune enfant (H. Montagner et al.). Déjà chez la souris, les
différences individuelles dans les conduites d'agression relèvent d'inter
actions complexes de facteurs génétiques et de facteurs d'environne
ment, et les fondements génétiques de certaines différences sont eux-
mêmes variables (M. Carlier et al.).
Il est bien évident que l'éventail des déterminants s'enrichit singu
lièrement, dès lors qu'on envisage les conflits qui surviennent « dans le
milieu social et professionnel » ou « dans le cadre familial », ainsi que les
négociations ou démarches thérapeutiques qui visent à les résoudre.
Chez l'homme, les agressions verbales peuvent être fort traumatisantes,
et il en est ainsi de celles qui portent atteinte à la « dignité esthétique des 138 Analyses bibliographiques
siens » (R. Pages et L. Salhani). La résolution d'un conflit social présup
pose qu'on analyse de façon approfondie la façon dont les protagonistes
perçoivent la situation conflictuelle, et singulièrement les dispositions et
intentions de l'adversaire auxquelles chacun attribue la survenue du
conflit (B. Rüttinger). Au sein de l'entreprise, les rapports hiérarchiques
subissent une profonde mutation, et les modes de légitimation de l'auto
rité se diversifient de plus en plus selon des jeux d'interaction singuliers,
hors des normes traditionnelles de l'organisation hiérarchique du travail
(J. Rembert). Pour ce qui est des processus de négociation, l'observation
des négociations professionnelles ne confirme pas certaines conclusions
tirées des travaux de laboratoire : les discussions s'inscrivent étroit
ement dans la dynamique conflictuelle intergroupe, de telle sorte que la
délégation joue un rôle moins essentiel qu'on pouvait le supposer et que
le groupe de négociation ne constitue nullement un champ clos (G. Louc
he). Lorsqu'il y a intervention d'un médiateur, il importe que son com
portement soit adapté au type de négociation : la médiation aura plus
de chances d'être efficace si elle est centrée sur la tâche dans le cas d'une
négociation technique et centrée sur les relations interpersonnelles dans
le cas d'une négociation idéologique (H. Touzard). Dans le cadre familial,
certaines scènes de ménage répétitives ont d'évidentes fonctions défen
sives ; la conduite thérapeutique doit tenir compte du fait qu'en
raison d'un défaut de mentalisation, des fantasmes communs sont
constamment mis en acte dans des scènes de violence (M. Colin). Dans
les thérapies familiales analytiques, l'analyste doit avoir la pratique
d'une écoute familiale sur un temps long et cadré, qui seule lui permettra
d'induire le processus psychothérapique et d'intervenir en proposant
une interprétation (F. Maffre).
Si la lecture de ces Actes incite à la réflexion tout en l'enrichissant,
elle suscite aussi un regret : qu'aucun compte rendu ne soit donné des
discussions qui ont suivi la présentation des exposés.
P. Karli.
Weiner (M. F.). — Practical psychotherapy, New York, Brunner
Mazel, 1986, 322 p.
Disciple d'Adolf Meyer et de Jules Masserman l'auteur fonde sa
réflexion dans la théorie « psychodynamique ». Il présente ici le fruit
d'une vingtaine d'années d'enseignement et de pratique dans la forma
tion des thérapeutes et le traitement des patients. Le livre est illustré
par des cas cliniques qui permettent de mieux saisir ses intentions.
Même si sa pensée est « orientée » par la psychanalyse, Weiner s'efforce
d'éviter tout dogmatisme, toute obédience trop stricte et souhaite
avant tout pouvoir offrir à chaque patient la solution qui lui convient
le mieux. Ce point de vue très pragmatique intéressera les praticiens Psychologie clinique et pathologique 139
qui, après avoir solennellement refusé d'étiqueter leurs malades par une
nosographie rigide n'en maintiennent pas moins un compartimentage
rigoureux des thérapeutiques.
R. Doron.
Zilbach (J. J.). — Young children in family therapy, New York,
Brunner Mazel, 1986, 177 p.
J. J. Zilbach occupe une place un peu particulière dans le champ de
la thérapie familiale outre- Atlantique. La fréquence de ses références
aux travaux d'A. Freud et de ses émules américains, sa manière de
considérer S. Freud comme une sorte d'inspirateur de la thérapie famil
iale, tout en désignant N. Ackerman et V. Satir comme les pionniers
de cette discipline, laissent supposer un assez grand éclectisme théo
rique. Elle se définit d'ailleurs elle-même comme « clinicien, chercheur,
thérapeute familial et psychanalyste... ».
Le propos de cet ouvrage est de souligner la place et l'importance
des jeunes enfants dans la thérapie familiale.
J. J. Zilbach, tout en remarquant que bien des auteurs dereference
dans ce domaine (Bateson, Minuchin, Satir, Ackerman, Whitaker, etc.)
s'accordent sur ce principe, démontre la fréquence des résistances (au
niveau de l'expérience) à l'introduction des jeunes enfants en séance.
Toutes les objections à cette présence du jeune enfant ne tiennent
d'ailleurs pas devant l'argumentation de l'auteur.
Ayant donc analysé ces résistances à différents niveaux (celui des
parents, des enfants et surtout des thérapeutes eux-mêmes), J. J. Zi
lbach nous livre son expérience de thérapeute familial avec de jeunes
enfants.
Cette présence a de multiples implications. Il faut tout d'abord
accepter une communication au niveau du jeu. Gomme disait S. Freud :
« Le jeu ne s'oppose pas à ce qui est sérieux, mais à ce qui est réel... »
Prendre le jeu au sérieux c'est, pour l'auteur, lui reconnaître ses diffé
rentes fonctions dans la thérapie :
— réduction pour l'enfant de l'anxiété produite en séance ;
— soulagement de la tension accumulée à travers certaines discussions
des adultes en créant une diversion par rapport à celles-ci ;
— et enfin, fonction de représentation imagée de certains problèmes
familiaux.
Mais si le jeu de l'entant remplit ces différentes fonctions thérapeut
iques, l'enfant lui-même, par la place qu'il occupe dans la famille
(comme « patient désigné » ou, au contraire, comme élément complé
mentaire présumé « sain » du patient désigné) est un atout thérapeutique
supplémentaire dans la mesure où il exerce une fonction critique au sein
du système familial. ,."^""^\
/ H. P1ERON \
! 28, rue Serpente I
, 75006 PAR'S / 140 Analyses bibliographiques
Toute la suite de l'ouvrage consiste :
— dans un premier temps à identifier les principaux aspects de cette
fonction critique ;
— dans un deuxième temps à les illustrer par des exemples ponctuels,
ainsi que par l'analyse approfondie d'une famille engagée dans un
processus de divorce.
Avant de conclure, J. J. Zilbach propose au lecteur un petit cata
logue qui regroupe les principaux instruments techniques et procédures
utilisés en thérapie familiale avec de jeunes enfants. Cela va de l'accueil
de l'enfant aux modes d'intervention convenant à l'interprétation ulté
rieure des productions enfantines, en passant par le type de jouets à
prévoir et l'équipement de la salle de thérapie, l'attitude du thérapeute
face à certaines situations caractéristiques (désordre, usage des w.-c.
et de la salle d'eau, etc.), les multiples réactions parentales, etc.
A l'exception de quelques points particuliers (célébration des fêtes
et anniversaires par exemple), les propos de J. J. Zilbach s'appliquent
aussi bien à la thérapie « individuelle » de jeunes enfants (dont chacun
sait, à présent, qu'elle a peu de chances d'aboutir sans une implication
effective des parents dans le processus thérapeutique) qu'à la thérapie
familiale avec de jeunes enfants.
Ce qui surprendra sans doute le lecteur français, c'est la facilité
avec laquelle l'auteur s'accommode de positions théoriques parfois très
éloignées pour les intégrer, de façon très pragmatique, dans son champ
d'intervention.
Sont-ce nos collègues américains qui « mélangent tout » ou notre
cartésianisme hexagonal qui pousse sa logique jusqu'au dogmatisme ?
G. Poussin.
Maisondieu (J.) et Métayer (L.). — Les thérapies familiales, Paris,
PUF, 1986, 128 p.
Les auteurs de l'ouvrage nous offrent un bon aperçu des débuts de la
thérapie familiale aux Etats-Unis puis en Europe. A partir des années 50
le patient « désigné », porteur des symptômes les plus criants, témoigne
de l'existence d'une pathologie familiale : la famille constitue un ensemble
souffrant au sein duquel les relations sont perturbées. Les symptômes
de chacun des membres de la famille sont en rapport avec la souffrance
de tous. Telle est la conception des premiers adeptes d'une approche
familiale.
Les auteurs, après avoir donné une brève définition de la « famille »
(« groupe naturel ayant une histoire commune », mais aussi « tout groupe
qui se considère comme une famille, avec au moins deux générations »)
rappellent l'évolution des thérapies dans le temps : Psychologie clinique el pathologique 141
1. « L'aliénisme », à la fin du xvme siècle, vise à protéger la famille
du malade.
2. Puis l'antipsychiatrie, dans les années 60, cherche à protéger le
malade de sa famille.
3. Enfin la thérapie familiale va, quant à elle, se refuser à dissocier
malade et famille dans le projet thérapeutique. Les précurseurs des
thérapies familiales posent l'hypothèse de l'existence d'un « lien symb
iotique » dans les familles à fonctionnement pathologique : la famille
se ferme au monde extérieur, constituant ainsi un univers clos où les
inter-relations pathogènes ne permettent pas l'individuation des
membres.
La deuxième partie de l'ouvrage est essentiellement une comparaison
des thérapies familiales systémiques et analytiques. On peut regretter
la présentation trop rudimentaire de ces dernières, à l'heure où les
thérapies familiales psychanalytiques sont l'objet d'un large intérêt
de la part des soignants autant que des familles. Les différences entre
ces deux thérapies familiales se situent surtout au niveau de la « boîte
noire ». Si les systémiciens s'attachent au « comment » de la mauvaise
communication en tentant de traiter les difficultés de relation dans la
famille perturbée, les thérapeutes analytiques cherchent, eux, plus à
découvrir le « pourquoi » de la souffrance en étudiant le contenu de la
« boîte noire » et l'interfantasmatisation entre les membres. Cependant,
le soulagement de la souffrance familiale reste le but thérapeutique
commun, et une opposition aveugle des deux modes d'approche ne peut
qu'être néfaste au progrès de cette nouvelle thérapeutique.
Notons que les auteurs s'attachent un peu trop à l'image d'une mère
pathogène, dominatrice, agressive et peu sûre d'elle et à l'image d'un
père passif et indifférent, aboutissant à la caricature d'un couple parental
« psychotisant ». Une telle vision des faits renforce la culpabilité (et donc
la souffrance) du groupe familial vis-à-vis du patient « désigné ». Les
composantes interactionnelles ou psychodynamiques inconscientes sont
seules prises en compte par les auteurs, aux dépens du facteur génétique
éventuel. Le patient « désigné » psychotique n'est-il pas souvent un
« patient né » ?
Cet ouvrage est une synthèse claire de l'histoire et de l'actualité de la
thérapie familiale.
L. Baillv.
Widlöcher (D.). — Métapsychologie du sens, Paris, puf, 1986, 172 p.
Widlöcher, dans cet essai, se pose deux questions, qui, en réalité
n'en font qu'une : 1 / La métapsychologie est-elle devenue une langue
morte ? (p. 7) ; 2 / la psychanalyse peut-elle répondre de ses progrès ?
(p. 15). Il existe, en effet, une « énigme psychanalytique », car la psycha
nalyse est construite sur une « tautologie fondamentale » : « La cure Analyses bibliographiques 142
psychanalytique est faite pour soigner les névroses (entendons la décou
verte du conflit lié à l'existence de représentations inconscientes). Mais
la névrose est précisément définie comme l'expression de ces représen
tations inconscientes qu'explore la psychanalyse » (p. 16).
Pour montrer à quel point cet ouvrage est désormais essentiel pour
les psychopathologues et pour les psychologues cliniciens, il suffît d'en
Citer l'argument central : « Quand on discute du caractère scientifique
de la psychanalyse, on insiste trop souvent sur les difficultés de l'admi
nistration de la preuve et pas assez sur la capacité du psychanalyste à
définir ses ignorances. C'est ce qui fait que de nombreux psychanalystes
récusent l'idée d'une psychologie psychanalytique et considèrent le
modèle métapsychologique non comme un modèle de l'appareil psy
chique, mais comme un cadre conceptuel pour étudier la réalité
chique individuelle » (p. 22).
D'où le plan de ce travail qui vise à rapprocher le progrès de la cure
et « l'observation des effets produits dans l'activité mentale du psychanal
yste par le discours du patient » (p. 22). On examine alors successiv
ement : 1 / l'objet de la communication ; 2 / le pulsionnel sans la pulsion ;
3 / le statut de la représentation (sémantique et topique) ; 4 / la poly
sémie et l'enchaînement des représentations ; 5 / le langage de l'angoisse ;
6 / l'identification dans la cure et dans la conceptualisation.
Pour l'auteur, il n'y a finalement « pas d'instances mais des modes
d'activité mentale qui peuvent être décrits comme des actions intério
risées et des oppositions de systèmes de pensée » (p. 168).
Cet ouvrage constitue ainsi un jalon décisif dans la réorganisation
du savoir psychologique.
R. Doron.
Arrivé (M.). — Linguistique et psychanalyse. Freud, Saussure,
Hjelmshv, Lacan et les autres, Paris, Méridiens Klincksieck, 1986,
180 p.
Linguistique et psychanalyse : ayant affaire à deux domaines de la
connaissance dont la première moitié du xxe siècle a vu à la fois la
naissance et l'impétueux développement, dont les retombées foison
nantes forment aujourd'hui la toile de fond de ce département probl
ématique que constituent les sciences humaines et sociales, Michel Arrivé
a procédé à des délimitations draconniennes mais salvatrices. Il ne s'agit
pas des rapports entre linguistique et psychanalyse en général mais de la
question particulière posée par les emplois dans les deux disciplines de
termes que leur homonymie identifie : symbole, signifiant et métalan-
gage. Peut-on se fier à l'homonymie pour construire, voire emprunter,
ce qui serait une passerelle terminologique (p. 18) ou, au contraire, cette
homonymie aurait-elle pour fonction de signaler les fossés que par
artifice elle enjambe ?■■ Psychologie clinique et pathologique 143
Pour examiner les réponses possibles à de telles questions l'auteur se
livre à une enquête (p. 167) dont il définit l'objet, l'étendue et la méthode.
L'objet : principalement les trois homonymes ci-dessus cités ; l'étendue :
les écrits de Saussure et de Hjelmslev du côté des linguistes, ceux de
Freud et de Lacan du côté des psychanalystes ; la méthode enfin : les
emplois des trois termes dans le contexte écrit des œuvres de ces auteurs
en intégrant autant que possible le fait que l'écrit lui-même se profile
par rapport à une situation historique qui exigerait un état des lieux
épistémologiques. Etat des lieux qui reste en suspens dans le cas de
Lacan dans la mesure où son parcours participe lui-même de la mise en
place de ces lieux, mais état des lieux plus nécessaire à documenter dans
le cas de Freud dont les références n'ont pas bénéficié de ce main stream
qu'a été pour nous la linguistique dans l'après-deuxième guerre mond
iale.
Freud a ignoré Saussure (bien que le fils de ce dernier ait mené une
analyse avec lui) et si son oeuvre fourmille de descriptions de faits de
langues et si certaines de ses théories, en particulier celles qui fondent
les modèles de l'appareil psychique des débuts, s'appuient sur de tels
faits, l'énoncé d'une théorie de la langue en reste absent. Freud est
intéressé par la question de l'origine des langues, non pas dans le sillage
de l'engouement pour elle, dont avaient pu faire preuve les penseurs
des xvme et xixe siècles, mais parce que les modes de l'inconscient, dont
la nécessité s'impose à partir de l'interprétation des rêves, des lapsus»
des mots d'esprit, sont pour Freud intriqués à des profondeurs premières
et primitives : celles des traces visuelles, celles des traces de l'Œdipe
en enfance et des traces de modalités archaïques de la production
du sens dans les langues. En 1910, quand Freud publie « Des sens opposés
des mots primitifs » (in Essais de psychanalyse appliquée, Gallimard, 1971,
p. 59-67), les spéculations sur l'origine des langues étaient déjà suspectes
(on sait qu'aujourd'hui il n'est guère de mise de s'y adonner), or Sperber
et Abel, « ses linguistes », pour reprendre la formule d'Arrivé, sont de ceux
qui s'y attardent encore. Saussure, Hjelmslev — ce sont eux les linguistes
d'Arrivé dans cet ouvrage — , ne s'y attardent pas, pas plus d'ailleurs
que la linguistique qu'ils construisent ne tient à la notion de symbole.
C'est donc a priori que la passerelle est fragile car il y a certain artifice
à mettre en regard cette linguistique et la clinique psychanalytique
freudienne.
Car c'est bien de clinique qu'il s'agit du côté de Freud. De ses écrits
Arrivé dégage trois ensembles d'emplois du terme, qu'il propose de
maintenir distincts : ceux qui sont articulés à la question du symptôme
dans l'hystérie de conversion et c'est le symbole mnésique, ceux qui le
sont à celle des névroses d'angoisse et c'est le symbole des processus de
symbolisation, ceux enfin qui sont intimes à la névrose et font l'affaire
du rêve et c'est le symbole onirique. Dans une lecture serrée d'un ensemble
de textes fondamentaux de Freud, Arrivé relève les emplois du terme 144 Analyses bibliographiques
de symbole, illustre en quoi ces trois ensembles se différencient et quel
est peut-être leur socle commun.
La seconde partie de l'ouvrage s'oppose à la première par différents
aspects : chez Lacan la référence à la linguistique contemporaine est
centrale — c'est de ce point de vue d'ailleurs que l'ouvrage mérite
son titre — , la référence à la notion de symbole reste marginale, par
contre, il introduit la catégorie de l'ordre symbolique, enfin le terme
clé issu de la linguistique qu'il emploie est celui de signifiant. Là aussi
Arrivé fait un relevé précis des jalons d'un parcours dont il dégage les
traits suivantes : le signifiant est superposé au signifié — on sait que
Saussure propose la formule inverse — , par son intégration à l'ordre
symbolique le signifiant est le support des fonctions subjectives qu'il
organise. C'est ce dernier point qui est au centre de la réflexion de Lacan
et sans doute Arrivé aurait-il pu là être plus incisif et distinguer non
pas tant le signifiant saussurien du signifiant lacanien que les fonctions
linguistiques du premier des fonctions psychiques du second. Pour
Lacan comme pour Freud « la réalité psychique » est distincte de « la
réalité matérielle » (ces termes sont freudiens) et obéit à d'autres déter
minations qu'elle ; pour Lacan ces déterminations ont partie liée avec
le signifiant.
Dans la mesure où de telles problématiques mettent en cause au
fondement même de la psychanalyse une définition de la notion d'incons
cient, on ne sera pas surpris de ce que la démarche d'Arrivé le conduise
dans le dernier chapitre de l'ouvrage à l'examen de la proposition de
Lacan selon laquelle « il n'y a pas de métalangage ». Là encore Arrivé
reste au plus près des emplois et fait saisir par le choix des passages
cités et par ses commentaires à la fois les éléments de questionnement
que contient la démarche de Lacan et sa spécificité dans la mesure où
elle débouche sur la question des métalangages logiques.
Le travail accompli par Arrivé, de références nombreuses, mises en
contexte et présentées dans le cadre d'une critique raisonnée faite à
partir du point de vue précis du linguiste, fait de cet ouvrage un instr
ument indispensable. La vivacité de l'intérêt dont témoigne Arrivé
pour nombres de questions fondamentales, qui ont ici le mérite d'être
clairement formulées, fait même espérer que la curiosité réciproque
des linguistes et des psychanalystes conduisent les uns et les autres à des
lectures croisées et que les psychologues s'intéressent aux écrits des uns
et des autres.
A. Tabouret-Keller. Psychologie clinique ei pathologique 145
Brelet (F.). — ■ Le TAT ; fantasmes et situation projective ; narcissisme,
fonctionnement limite, dépression, Paris, Dunod, coll. « Psychismes »,
1986, 188 p.
Voici un ouvrage attendu et qui ne déçoit pas car il montre l'ampleur
et la diversité des ressources que les méthodes projectives — et ici le
tat — ■ peuvent receler, car il va loin dans l'exploration d'une recherche
clinique et théorique remarquablement exposée.
Après un bref historique, la première partie du livre est consacrée
aux travaux de V. Shentoub et à son système interprétatif dont l'essent
iel est repris : analyse de la situation tat, modèle théorique de référence,
méthodologie. Ce rappel de l'œuvre de V. Shentoub, même s'il en limite
parfois la portée, a le mérite d'en rassembler les nombreuses parties
constituantes (jusqu'ici encore éparses) et en propose une synthèse
unifiante qui les rend davantage saisissables, notamment dans le repérage
du modèle métapsychologique freudien qui les sous-tend.
Ces bases de travail étant posées, F. Brelet s'attache à reconstruire
sa propre démarche à partir des « butées interprétatives » qu'elle a pu
rencontrer : celles-ci relèvent, pour l'auteur, de la difficulté du modèle
interprétatif de V. Shentoub à véritablement rendre compte de modalités
de fonctionnement psychique n'entrant pas dans le cadre de la névrose :
la référence essentielle à l'organisation œdipienne dégagée par V. Shen
toub, notamment dans son analyse du matériel tat, ne peut structurer
l'approche de fonctionnements psychiques articulés par des conflits qui
se situent en deçà de cette problématique et de ses aménagements
défensifs.
Ainsi le tat, au-delà du « comment » de l'organisation fantasmatique,
est considéré ici comme mise à l'épreuve de la capacité à fantasmer.
C'est là la découverte parfaitement originale de l'auteur, trouvée dans
le questionnement ouvert par les protocoles de tat fournis par des
sujets présentant des modalités de fonctionnement psychiques autres
que celles de la névrose et de la psychose.
Les « prolongements théoriques » qui nourrissent la seconde partie du
livre permettent à F. Brelet d'exposer sa conception du processus tat
comme « mise à l'épreuve du penser-fantasmer » : au-delà de la structure
œdipienne du matériel, la situation projective qui réunit le psychologue
et le sujet autour du tat est comprise comme porteuse de séduction en
ce qu'elle consiste à « montrer » des planches dont les effets excitants
entraînent un déséquilibre dans le jeu pulsionnel rendu par là même
particulièrement explosif.
C'est donc un psychologue « contenant du pulsionnel » que F. Brelet
met en scène : s'il y a séduction, elle s'inscrit dans une certaine mutual
ité ; le sujet en test n'est pas seulement celui à qui l'on montre, il est
aussi celui qui donne à voir et à penser en occupant une place active dans
une situation littéralement conçue comme une interrelation.
L'analyse du concept de projection proposée par F. Brelet et son