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Psychologie clinique et pathologique - compte-rendu ; n°4 ; vol.84, pg 614-626

De
14 pages
L'année psychologique - Année 1984 - Volume 84 - Numéro 4 - Pages 614-626
13 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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B. Samuel-Lajeunesse
R. Doron
R. Menahem
Catherine Chabert
Denise Van Canneghem
Psychologie clinique et pathologique
In: L'année psychologique. 1984 vol. 84, n°4. pp. 614-626.
Citer ce document / Cite this document :
Samuel-Lajeunesse B., Doron R., Menahem R., Chabert Catherine, Van Canneghem Denise. Psychologie clinique et
pathologique. In: L'année psychologique. 1984 vol. 84, n°4. pp. 614-626.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1984_num_84_4_29059PSYCHOLOGIE CLINIQUE ET PATHOLOGIQUE
DSM III ( Manuel Diagnostique et Statistique des Troubles mentaux),
American Psychiatrie Association, traduction coordonnée par
P. Pichot, Paris, Masson, 1983, 536 p.
La publication en français de la 3e révision du Manuel Diagnostique
et Statistique des Troubles mentaux est un événement d'importance. Ce
manuel a en effet, depuis sa date de parution en février 1980, eu une
diffusion mondiale. Le DSM III est non seulement une méthode de
classification des troubles psychiques mais aussi un véritable manuel
de psychiatrie pratique amené à révolutionner l'état d'esprit des pra
ticiens.
Cet ouvrage est le fruit d'un travail qui, élaboré par un groupe
constitué en 1974 par l'Association américaine de Psychiatrie, avait
pour but la révision de la classification dite DSM II, datant
de 1968. Le DSM III est destiné à avoir une utilité clinique, tout en
servant de référence pour la recherche et les instances administratives.
Il est à cet égard intéressant de connaître les buts que s'étaient assignés
les membres de la Task Force qui supervisaient la progression des
travaux qui ont abouti à cet ouvrage :
— avoir une utilité clinique permettant de prendre des décisions pour
le traitement dans des situations cliniques diverses ;
— • se faire accepter des cliniciens et chercheurs d'orientations théoriques
différentes ;
— avoir une utilité pour la formation des professionnels de la santé ;
— permettre le maintien de la compatibilité avec la ci m 9 (Classification
internationale des Maladies élaborée par Poms) ;
— • éviter d'introduire une terminologie et des concepts nouveaux ;
— obtenir un consensus sur la signification des termes diagnostiques
nécessaires ;
— rester cohérent par rapport aux données fournies par les recherches
sur la validité des catégories diagnostiques ;
— convenir à la description des sujets dans des protocoles de recherche.
Pour réaliser ces objectifs certains concepts de base ont été utilisés :
— Les troubles psychiques sont, en l'absence de définition satis
faisante de leur nature, considérés comme un syndrome ou un ensemble
cliniquement significatif survenant chez un sujet donné et typiquement
associé à une souffrance ou/et à un handicap dans les principaux
domaines en fonctionnement. Psychologie clinique et pathologique 615
— Il s'agit d'une approche purement descriptive. En effet leDSM III
se veut et, réussit dans une large mesure, à être a-théorique. On sait
en effet combien les classifications psychiatriques existantes sont orga
nisées en fonction de données étiopathogéniques qui pour la plupart
ne sont que des croyances ; l'étiologie de la plupart des troubles psy
chiques restant inconnue.
— La description de ces troubles purement descriptive est également
employée pour leur répartition en classes diagnostiques. Ces dernières
nombreuses dans les premiers temps de l'élaboration de ce travail ont
progressivement été réduites, lors de confrontations multiples avec les
cliniciens et en l'absence de validité démontrée par la littérature. Ainsi
un des bouleversements apparaissant des plus notables du DSM III
est-il la disparition des névroses au profit des troubles névrotiques
définis de façon descriptive sans implication d'un processus étiologique
donné.
— L'utilisation de critères explicites du diagnostic représente un des
intérêts majeurs du DSM III. La nécessité de définition des troubles
psychiques s'est progressivement imposée depuis les années 1970 tout
d'abord en matière de recherche, pour l'établissement de jugements
diagnostiques catégoriels, typologiques ou nosologiques. L'absence de
fidélité des diagnostics psychiatriques jusque-là habituelle a dès lors
imposé l'usage de techniques standardisées d'examens et le développe
ment de critères opératoires dont les premiers ont été publiés dès 1972
par Feigher.
— Un système multiaxial est utilisé dans le DSM III afin d'enre
gistrer les informations recueillies.
L'évaluation diagnostique est portée sur les deux premiers axes
pour les troubles mentaux, sur le IIIe axe pour les troubles et affections
physiques. L'axe IV permet de relever la sévérité des facteurs de stress
psychosociaux et l'axe V le niveau d'adaptation et de fonctionnement
le plus élevé dans l'année écoulée.
Ce rapide aperçu du mode d'élaboration et de l'organisation prélu
dant à cette classification permet sans doute de mesurer l'impact que
peut avoir un tel travail. Il faut par ailleurs insister sur le fait que le
DSM III est une classification, par définition provisoire, toujours
soumise aux règles de l'expérimentation, elle est destinée à évoluer et
le DSM IV est déjà en voie d'élaboration.
— Depuis la publication de l'édition américaine du DSM III, une
multitude de travaux ont été consacrés à l'étude des diverses catégories
diagnostiques qui y sont inclues. Certaines critiques pertinentes se sont
fait jour, critiques portant sur le plan général, ainsi en soulignant les
difficultés de compatibilité du DSM III avec une classification inter
nationale des maladies mentales ou sur les inconvénients manifestes
de l'abandon des conceptions étiopathogéniques. Critiques portant égale
ment sur des points particuliers, ainsi la définition de certains critères, 616 Analyses bibliographiques
l'utilisation de certains axes en particulier de l'axe V, voire la pertinence
de certaines catégories diagnostiques et en particulier de celles carac
térisant des troubles, qui telle la pyromanie par exemple, semblent plus
issus d'un consensus social et d'un jugement de valeur, que d'un véri
table jugement basé sur des données scientifiques.
— Par ailleurs l'application pratique quotidienne du DSM III reste
encore problématique. Elle se heurte en effet aux préjugés nationaux
et aux croyances étiologiques. Son utilisation, si elle permet des dia
gnostics fidèles et stables de certains des troubles psychiques, entraîne
cependant le classement de nombreux patients dans des catégories
diagnostiques résiduelles pour lesquelles la conduite thérapeutique
demeure encore plus incertaine.
Tel quel, le DSM III est un ouvrage de base dont la publication en
français marque un tournant irréversible des méthodes du diagnostic en
psychiatrie.
B. Samuel-Lajeunesse.
Anchin (J. C.) et Kiesler (D. J.). — Handbook of interpersonal
psychotherapy, New York, Pergamon Press, 1982, 346 p.
On perçoit mal, depuis l'Europe, l'extraordinaire efflorescence des
modalités psychothérapeutiques dont les Américains du Nord font
l'essai depuis une trentaine d'années. Certaines d'entre elles seulement
ont franchi l'Atlantique et c'est pourquoi ce livre nous sera utile. Non
certes qu'il nous présente des exposés exhaustifs et critiques approfondis
de ces différentes pratiques. Mais il les classe, les décrit et les apprécie
avec suffisamment de netteté pour que le lecteur puisse ensuite repérer,
dans la Bibliographie, les compléments indispensables pour satisfaire
une curiosité éveillée par ces chapitres brefs et bien ordonnés.
Le thème central du volume est de redéfinir la relation psycho
thérapeutique comme un système à deux personnes. En des langages
différents, trente auteurs environ partagent une conviction fondament
ale : la psychothérapie est une relation interpersonnelle et rien d'essent
iel ne la sépare de ce qu'on peut trouver dans les autres formes de rela
tions humaines. Pour eux, il s'agit là d'une véritable « révolution » :
à l'inverse du point de vue psychanalytique, la « situation thérapeu
tique » n'est pas la relation du patient au thérapeute et le thérapeute
n'est pas le réceptacle passif du transfert du patient. On utilise un
nouveau modèle de la personnalité : celle-ci n'est pas une entité fixe,
mais une partie du monde physique et interpersonnel dans lequel elle
existe. Dans ces conditions, la relation thérapeutique est l'ensemble
momentané des implications réciproques et cumulées qui se tissent entre
le thérapeute et le client, l'évolution continue des messages qu'ils
émettent et reçoivent. ■
Psychologie clinique et pathologique 617
Tout au long de cet ouvrage, plusieurs façons de concevoir des
échanges sont exposées et discutées, puis comparées à d'autres situations :
le chapitre consacré à la comparaison entre 1' « entretien amical » et la
« technique scientifique » nous a paru spécialement suggestif. S'adressant
à leurs collègues psychanalystes, les auteurs voient dans leurs recherches
l'occasion d'étendre les théories de la relation d'objet et du contre-
transfert.
R. Doron.
Pichot (P.). — Un siècle de psychiatrie, Paris, Roche, 1983, 190 p.
L'un des obstacles majeurs auxquels se heurtent les psychologues
dans leurs rapports de travail avec les psychiatres est bien celui de
l'hétérogénéité de leur terminologie. Eux-mêmes en sont conscients,
qui viennent, pour leur propre compte, en publiant leur DSM III,
de tenter d'unifier les « deux origines » de leurs nosologies. Mais il ne
suffit pas, à une époque donnée, de s'aider de statistiques et d'ordinat
eurs, pour éclairer le champ de la psychopathologie. C'est bien en
effet pour souligner les mérites de l'ouvrage de Pichot au bénéfice des
psychologues, dont les recherches s'articulent souvent ici à celles des
médecins, que nous tenons Un siècle de psychiatrie pour un ouvrage
de base. Nous faisant tous profiter de son inépuisable érudition, l'auteur
dégage, d'un point de vue historique, les grandes lignes directrices — on
pourrait dire les principaux paradigmes — de la psychiatrie contempor
aine. Car si l'on s'interroge sur les conditions qui rendraient « scienti
fique » la clinique (médicale ou psychologique), on peut se demander,
par exemple, pourquoi le DSM III réduit autant que faire se peut
l'usage du mot de névrose alors qu'on réserve encore une place au Syn
drome de Briquet (1859). L'ampleur du travail de Pichot — dont l'équipe,
et ce n'est pas par hasard, est précisément responsable de plusieurs
traductions européennes du DSM III — répond à ces questions fonda
mentales. Ce serait une vue superficielle et ruineuse que de voir là de
simples querelles de mots. Si en effet la science est bien une sorte de
discours, il ne suffit pas, pour en saisir l'esprit, de décrire les objets et
phénomènes que désignent les mots, mais de comprendre aussi comment
s'instituent les écoles et pourquoi elles prennent la parole. C'est à cette
vaste entreprise qu'est consacré l'ouvrage de Pichot, guide indispensable
de notre lucidité.
R. Doron.
Coles (E. M.). — Clinical psycho pathology, an introduction, Londres,
Routledge & Kegan Paul, 1982, 502 p.
Il s'agit d'un manuel particulièrement stimulant pour un public
français cruellement dépourvu dans le domaine considéré. L'esprit en 618 Analyses bibliographiques
est marqué sur la page des épigraphes. On y cite d'abord Aristote
(Métaphysique) : « Celui qui souhaite réussir doit poser les véritables
questions premières. » Mais on précise aussitôt en quel sens cette formule
est prise : il s'agit de savoir ce qu'on entend par... car on ne peut trouver
la solution d'un problème qui n'a pu être défini ! Pour Coles, la psycho
pathologie n'est pas seulement l'étude de ce qui est rare dans les
conduites : elle aborde scientifiquement ce qu'il y a en elles d'anormal,
envisagé dans les perspectives de nombreuses professions : psychiatrie,
psychologie clinique, éducation spécialisée..., etc. Le but, en face de
cette diversité, étant de ne rien laisser échapper qui puisse servir à
chacun. Rappelons enfin qu'il s'agit d'une introduction, qui traite d'une
façon élémentaire les problèmes suivants : I) Classification et diagnostic ;
II) Symptomatologie ; III) Facteurs des conduites normales ; IV) Thé
rapeutique. Aux 390 pages de texte s'ajoutent 112 pages de références
diverses.
R. Doron.
Jaccard (R.), Histoire de la Psychanalyse, Paris, Hachette, 1982,
464 p.
Cet ouvrage présente 10 variations sur le thème de la Psychanalyse
en autant de versions qui sont fonction de l'appartenance culturelle et
professionnelle des auteurs.
Ceux-ci ne sont pas tous psychanalystes, mais aussi universitaires
ou psychiatres.
Il semble utile de les nommer avec leurs contributions respec
tives : pour la France, A. de Mijolla, psychanalyste, pour l'Allemagne
J. Le Rider, universitaire, pour la Hongrie, J.-M. Palmier, universitaire,
qui traite aussi de l'analyse en Union soviétique.
La psychanalyse aux Etats-Unis est traitée par R. Jaccard, docteur
es Sciences sociales ; M. David, universitaire, traite de la psychanalyse
en Italie, alors que C. Girard, psychanalyste, expose les courants anglais.
C'est un psychiatre japonais qui présente la psychanalyse au Japon ;
la péninsule Ibérique est traitée par un attaché culturel, Christian
Delacampagne.
Trois auteurs, tous psychanalystes, traitent de l'analyse en Argentine.
Il est évident que les points de vue adoptés seront essentiellement
différents et centrés en fonction des préoccupations des présentateurs ;
il faut noter aussi qu'ils ne sont pas tous ressortissants des pays
étudiés.
Si chacune des contributions est intéressante en elle-même (et
pour cela nous ne pouvons que renvoyer à la lecture de ce livre), pour
comprendre les modalités selon lesquelles les idées freudiennes sont
reçues et élaborées, l'impression d'ensemble qui s'en dégage en rend la
lecture passionnante. Psychologie clinique et pathologique 619
On y découvre l'influence des régimes politiques et religieux, des
cultures préexistantes, mais aussi celle de la langue même.
Cette rencontre d'opinions fort hétérogènes fait ressortir avec
éloquence les liens inextricables qui relient les conflits personnels aux
institutions sociales, d'une part, et aussi ce qui constitue le noyau même
de la théorie psychanalytique et qui reste invariant en dépit de toutes
les distorsions.
R. Menahem.
Marcelli (D.), Braconnier (A.). — Psychopathologie de V adolescence,
Paris, Masson, 1983, 480 p.
Le travail de D. Marcelli et de A. Braconnier, s'inscrivant en filiation
directe avec l'ouvrage précédent : Abrégé de Psychopathologie de l'enfant
(Ajuriaguerra, Marcelli), apparaît surtout comme un manuel qui tente
de couvrir de larges champs de connaissances et d'expérience dans le
domaine de l'adolescence.
Ce livre comporte cinq grandes parties dont voici un résumé du
contenu :
La première partie s'ouvre sur un chapitre consacré aux « modèles
de compréhension » de l'adolescence, dans une perspective d'approche
à la fois théorique et clinique. Le chapitre suivant s'efforce de décrire
les particularités de l'interaction clinique entre l'adolescent et sa
famille à travers les premiers entretiens et le bilan psychologique. Les
auteurs s'attachent plus particulièrement à la discussion de la notion
de « crise » associée à l'adolescence qu'ils comprennent davantage
comme un processus qui ouvre la question du normal et du pathologique
à cette période de la vie.
La seconde partie est consacrée à l'étude des conduites regroupées
au sein de quatre chapitres : un chapitre traite du problème de l'agir
et des passages à l'acte, en particulier dans leurs aspects suicidaires.
Le chapitre suivant est centré sur les conduites qui impliquent le corps
(conduites alimentaires, conduites de sommeil et d'endormissement).
Puis sont traitées les questions relatives aux « conduites internes de
mentalisation » (angoisses hypocondriaques, dysmorphophobie, timidité,
inhibition). Enfin, le dernier chapitre de cette partie est consacré à la
sexualité comprise encore en termes de conduites sexuelles fantasmées
ou agies qui peuvent témoigner d'une intégration plus ou moins harmon
ieuse des trois types de conduites précédents (agir, corps, mental
isation).
La troisième partie comprend l'étude des grandes catégories noso-
graphiques. Sont traités successivement : la dépression, la névrose,
les différents états psychotiques, la notion d'état-limite, les conduites
psychopathiques, les toxicomanies dont est différenciée la consommation
d'alcool (chaque regroupement fait l'objet d'un chapitre distinct). 620 Analyses bibliographiques
La quatrième partie aborde l'étude de l'adolescent et de son enviro
nnement après avoir cerné les notions de pathologie situationnelle et de
facteurs de risques. Sont traités successivement l'analyse des relations
entre l'adolescent et sa famille, entre l'adolescent et l'école, entre
l'adolescent et le monde médical. Enfin les deux derniers chapitres
de cette partie sont consacrés aux rapports de l'adolescent avec les
structures sociales d'une part, le droit d'autre part.
La cinquième partie s'attache à la présentation de la thérapeutique
en dégageant les diverses orientations offertes à l'adolescent ; les auteurs
montrent comment certaines approches thérapeutiques doivent tenir
compte du processus de l'adolescence et comment les particularités
de ce processus rendent telle ou telle approche particulièrement féconde.
Si nous nous centrons sur l'approche informative de cet ouvrage,
c'est parce qu'elle témoigne de son intérêt essentiel : il s'agit en effet
d'un vaste inventaire de toutes les questions et problèmes posés par
l'adolescence en termes de symptômes, de fonctionnement mental, de
rapports à l'environnement dans ses aspects les plus divers (familial,
social, légal) et de réponses thérapeutiques.
Le lecteur y trouvera des exposés plus ou moins développés sur
chaque point abordé, ainsi qu'une bibliographie adaptée au contenu
de chacun des chapitres. Celle-ci vient étayer une présentation à la
fois exhaustive et fine des principaux courants théoriques qui articulent
la recherche sur l'adolescence.
Mais ce travail présente les défauts de ses qualités : à vouloir tout
embrasser, il pèche parfois par manque d'approfondissement et de
nuances. La lourdeur de l'éventail des questions traitées nuit à l'approche
plus reflexive et différenciée du fonctionnement psychique des adoles
cents. Le découpage des chapitres maintient un abord en secteurs dans
lequel les liens dialectiques ne sont pas mis en évidence.
Les tentatives d'unification apparaissent parfois dans la recherche
notionnelle, par exemple dans le rassemblement de l'ensemble des
fonctions sous le terme de « conduites » qui peut parfois apparaître
artificiel.
De même, le choix de la notion de « processus » pour rendre compte
de l'adolescence traduit le souci des auteurs d'inscrire cette période
de vie, qualifiée de « crise » par d'autres, dans une continuité développe-
mentale dont on pourrait souhaiter une argumentation plus convaincante.
Enfin nous regrettons, en ce qui concerne l'étude des différentes
organisations psychopathologiques, leur attachement encore trop net
à une nosographie quelque peu rigide dont la dimension dynamique
ne constitue pas le moteur de la présentation.
Il reste que le travail de D. Marcelli et d'A. Braconnier obéit aux
critères de qualité des outils de base, référence nécessaire et utile à toute
réflexion en psychologie clinique et pathologique.
C. Chabert. Psychologie clinique et pathologique 621
Goldstein (A. P.), Segall (M. H.) (Edit.). — Aggression in global
perspective, New York, Oxford, Pergamon Press, 1983, 496 p.
Le titre donné à ces 19 articles pourrait induire en erreur : il ne s'agit
ni d'un discours global sur la violence, ni d'une synthèse prématurée de
l'ensemble des disciplines « agressologiques », aujourd'hui bien incapables
de donner un sens unique au terme d'agression. Il s'agit — seulement (!)
— d'un tour du monde de la recherche où chacun des 18 pays représentés
présente dans un article ses problématiques, ses méthodologies et ses
résultats les plus significatifs. De ce tour du monde, il ressort que, s'il
existe des conditions universelles de l'agression et une baisse inquiétante
du prix de la vie dans le monde (sauf en Irlande du Nord où l'on vire à
la non-violence), il existe cependant d'énormes variantes culturelles
relativement à la nature et à l'intensité des agressions ; relativement
surtout aux jugements de valeur que les ethnies portent sur elles.
Certes, nous le savions depuis Montaigne et M. Mead, mais les études
biologiques, éthologiques et statistiques de ces dernières décennies por
tant sur un monde uniformisé avaient tendance à nous le faire oublier.
Voici donc revenue sur le devant de la scène l'immense variabilité des
identités culturelles, par-delà la monotonie des statistiques du crime,
du suicide, des accidents, de l'alcoolisation, de la guerre, de la torture,
des châtiments corporels infligés aux enfants jusqu'à l'école, des lyn
chages approuvés par les polices, etc.
Il semble, à la seule lecture des titres, que les articles se regroupent
en quatre paquets : I) Les uns demeurent proches des faits, même si des
modèles divers ont permis de les choisir et de les coder comme significa-
tivement liés les uns aux autres. Ainsi, pour Hawaii, D. C. et H. Blanchard
titrent : « Violence, a preliminary analysis ». Pour Israël, M. F. Landau
et B. Beit-Hallahmi titrent : « Aggression in psycho-historical Perspect
ive ». Pour le Nigeria, L. Bloom et Hi Amatu titrent : « Aggression, a
Psychoethnography ». Pour l'Irlande du Nord, M. McWhirter titre :
« Growing up with the troubles ». Pour la Nouvelle-Zélande, J. et
J. Ritchie titrent : « Developmental and social antécédents ». Pour la
Turquie, G. O. Fisek titre : « Understanding and altering Family and
Political Violence ». Pour l'Inde, A. Bharati titre : « South Asian Perspect
ives on Aggression ». Partout les statistiques témoignent d'un accroi
ssement global de la violence et d'une corrélation entre ses formes
actuelles d'une part, les traditions culturelles du pays d'autre part.
II) Un autre groupe d'articles est plus directement centré sur les modèles
théoriques et sur les méthodologies. Ainsi, pour les Etats-Unis, M. H. Segall
titre : « A Research Strategy » (art. 1), et A. P. Goldstein : « Causes
controls and alternatives to Aggression » (art. 19). Pour le Brésil,
A. M. B. Biaggio titre : « Competing theories of aggression and Initial
Research Findings ». Pour l'Allemagne fédérale, J. Groebel titre :
« Aggression and aggression Research ». Pour l'Italie, F. Ferraccuti et
F. Bruno titrent : « A systems Perspective ». Pour la Hongrie, J. Ransch- 622 Analyses bibliographiques
burg titre : « Aggression Research at the Institute for Psychology of the
Hungarian Academy of Sciences ». Ill) Un troisième groupe affiche
dans les titres des soucis d'efficacité sous la forme du contrôle, de la
prévention ou de l'alternative, plus rarement de la sanction, voire de
l'autodéfense et des assurances. Ainsi pour les Etats-Unis, op. cit., n° 19.
Pour la Chine, M. H. Bond et Wang Sung-Hsing titrent : « Aggressive
Behavior and the Problem of Maintening Order ». Pour la Hollande,
O. Wiegman, E. Seydel, Ben Baarda titrent : « Research on the causes
and prévention of aggression ». Pour la Finlande, L. Pulkkinen titre :
« The Search for Alternatives to Aggression », remarquable travail de
psychologie différentielle dans la ligne des Glück-Sheldon et qui remet
bien des idées reçues en question, notamment sur la manière de prédire
le haut risque délinquant à 8, 14 ou 20 ans. Pour le Japon, S. B. Gold
stein et Toshio Ibaraki titrent : « Aggression et Aggression control in
Japanese Society ». On le voit, « contrôler », maintenir « l'ordre », « pré
venir », et trouver des « alternatives » pourraient à eux seuls désigner
la différence d'esprit des divers pays. Ces buts différents se répercutent
d'ailleurs sur les « variables » scientifiquement choisies pour définir la
violence. IV) La France tranche sur cet ensemble et fait cavalier seul,
avec Renaud Du Long qui titre « Autodéfense », comme s'il y avait là
une spécificité de notre pays dominé par les classes moyennes (pouja-
distes, au moins par les réflexes) ou une forme particulièrement aiguë
des symptômes qui accompagnent toujours le divorce entre société
civile et Etat. A lire attentivement. A lire parallèlement à l'article de
J. Anicama : « Peru : a functional analysis of Aggression », où la froideur
des chiffres arrive à peine à masquer l'horreur multiforme, terroriste
et tortionnaire des sociétés déchirées où l'on fait face au terrorisme par
la terreur, malgré la suppression de la peine de mort, malgré l'effort
pour rééduquer au respect, malgré la charité des Eglises des pauvres.
Au total, un ensemble d'articles assez impressionnant, mais qui
nous laisse sur notre faim quant aux remèdes. L'impression déprimante
qui demeure, c'est même que plus il y a de spécialistes doués et informés
sur ces questions et plus il y a de crimes et de violence.
D. Van Canneghem.