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Psychologie du développement, psychopédagogie et vieillissement - compte-rendu ; n°3 ; vol.95, pg 519-532

De
15 pages
L'année psychologique - Année 1995 - Volume 95 - Numéro 3 - Pages 519-532
14 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Psychologie du développement, psychopédagogie et
vieillissement
In: L'année psychologique. 1995 vol. 95, n°3. pp. 519-532.
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Psychologie du développement, psychopédagogie et vieillissement. In: L'année psychologique. 1995 vol. 95, n°3. pp. 519-532.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1995_num_95_3_28849Psychologie du développement, psychopédagogie 519
PSYCHOLOGIE DU DEVELOPPEMENT,
PSYCHOPÉDAGOGIE ET VIEILLISSEMENT
Johnson M. H. (Edit.) — (1993) Brain development and cognition : A
reader, Oxford, Blackwell, 734 p.
Voici un volume de synthèse, visant à faire le point sur les relations
entre la maturation du système nerveux et le développement cognitif. Il
regroupe, précédés par de claires introductions rédigées par l'éditeur (Mark
H. Johnson), des articles « clés » déjà publiés ailleurs, certains d'entre eux
ayant fait l'objet d'une mise à jour. Leur réunion clairement structurée en
huit chapitres en fait un outil de travail pour l'étudiant (avancé) et l'ensei
gnant. L'éditeur souhaite les convaincre que les progrès des neurosciences
cognitives tout autant que ceux de la recherche sur le développement
dépendent grandement de leurs interactions mutuelles.
Dans le premier chapitre l'inusable débat « inné/acquis » dans le déve
loppement reprend du service. On rencontre d'abord un article de Lorenz
écrit sur la fin de sa carrière pour répondre aux critiques concernant ses
affirmations d'exclusion mutuelle des composantes innées et acquises du
comportement. Pour S. Omaya, l'utilisation même de la dichotomie inné-
acquis est de nature à égarer la recherche sur le développement. Il importe
plutôt de savoir si les gènes déterminent ou non le La
compréhension des processus de passage d'un état stable à un autre est
plus nécessaire que celle des moyens par lesquels cet état est atteint. Dans
cette conception très actuelle du développement vu comme un processus
dynamique, les déséquilibres sont porteurs de changement. On mesure, à la
lecture de l'article de Piaget, qui vient ensuite, à quel point cette concep
tion « dynamiste » du développement était déjà présente dans sa définides stades.
Le chapitre 2 (maturation cérébrale) est centré sur l'étude des détermi
nants intrinsèques du changement survenant pendant le développement.
Les articles sélectionnés montrent que le développement n'est pas un pro
cessus uniforme. Il y a des variations dans le rythme de ce développement
entre les différentes régions cérébrales d'une part et à l'intérieur de celles-ci
d'autre part. L'article de Nowakovski présente une revue des études sur le
développement cérébral des premiers stades embryonnaires à la naissance.
Il aborde séparément les questions du « quand », du « où » et du « com
ment » se mettent en place les structures cérébrales. Il est question, en
particulier, du mécanisme de progression de cellules corticales le long des
cellules gliales décrit en détail dans l'article de Rakic qui vient ensuite. Ce
dernier discute de façon comparative interspécifique le rôle des régulations
génétiques dans ce processus. Les études sur le développement fonctionnel
du cerveau humain menées par Chugani et coll. à l'aide de la désormais 520 Analyses bibliographiques
fameuse technique de TEP (tomographie à émissions de positons) sont pré
sentées dans le dernier article. Elles décrivent entre autres le décalage tem
porel entre l'activation précoce des zones corticales sensori-motrices et
celle plus tardive des zones frontales.
Le chapitre 3 présente un état des connaissances actuelles sur les rela
tions entre l'apparition (ou la disparition) de certaines habiletés eognitives
et la maturation des structures nerveuses qui les sous-tendraient. Sont
ainsi mis en relation les progrès rapides de la vision binoculaire humaine
vers le quatrième mois avec le développement des colonnes de dominance
oculaire du cortex visuel primaire (Held), ceux de l'attention visuelle et de
l'orientation avec les changements survenant dans les patrons de connecti
vité entre le cortex primaire et d'autres structures nerveuses (M. H. Johns
on), ceux de la mémoire « cognitive » avec le développement du système
limbique (Bachevalier et Mishkin), de la permanence de l'objet avec la
maturation du cortex préfrontal dorsolatéral (Diamond), et enfin des capac
ités d'apprentissage d'une deuxième langue avec l'état de maturation
neurologique qui caractériserait la puberté (Johnson et Newport).
Dans le chapitre 4, Johnson regroupe un ensemble d'articles sur la
plasticité cérébrale. Ils proposent des modèles (celui de Grenough que
Johnson confronte en introduction à celui qu'il a lui-même proposé avec
Morton) et les résultats d'expérimentations qui aident à comprendre de
quelle façon les influences du milieu peuvent agir sur la mise en place des
structures nerveuses, spécialement au niveau du cortex (O'Leary).
L'article de Changeux et Dehaene qui ouvre le chapitre suivant (5)
consacré aux rapports entre la plasticité cérébrale et la cognition présente
le désormais fameux modèle « sélectionniste » selon lequel les régressions
structurales nerveuses sont la base de la plasticité. Selon Johnson ce
modèle qui peut rendre compte des événements survenant au niveau ner
veux est moins clairement validé au niveau des changements cognitifs. Les
deux articles suivants (Bellugi et al. et Neville) posent la question, impor
tante en termes de plasticité, de la spécialisation de certaines zones corti
cales. Cela est envisagé à partir des travaux relatifs à la spécialisation de
l'hémisphère gauche humain dans le traitement des signaux langagiers. Les
données électrophysiologiques présentées par Neville viennent conforter le
modèle sélectionniste proposé par Changeux et Dehaene.
Les articles retenus dans le chapitre 6 sur les contraintes s'exerçant sur
la plasticité montrent comment la prise en compte desdites contraintes
peut permettre de résoudre le paradoxe repéré entre l'apparente équipo-
tentialité fonctionnelle des différentes régions du cerveau et la spécialisa
tion de telle ou telle région corticale qui constitue le fonde
ment de la neuropsychologie classique. Dans l'article de Marier sur
l'acquisition par les oiseaux du chant de leur espèce, des formes de réacti
vité innée aux stimuli peuvent faciliter et guider cet apprentissage. Turke-
witz et Kenny montrent ensuite comment les limitations sensorielles et
motrices du jeune enfant ne sont pas un handicap à son développement Psychologie du développement, psychopédagogie 521
mais apportent des avantages adaptatifs immédiats et différés en « proté
geant » l'enfant contre la confusion qu'apporterait la perception du foiso
nnement de l'univers environnant et en facilitant l'intégration perceptive et
cognitive ultérieure. Enfin, dans un article consacré à la synthèse de nom
breux travaux sur les bases de l'empreinte chez le poussin, Horn apporte
des données qui indiquent qu'il existe chez le jeune poussin un système
neuronal indépendant qui lui fait « attendre » plutôt un stimulus proche
de la poule qu'un objet coloré mouvant auquel il s'imprègne rapidement
quand elle n'est pas présente dans l'environnement.
On retrouve dans le chapitre 7 : « Auto-organisation et développe
ment », la conception dynamique du développement basée sur l'interac
tion de processus « de bas niveau », déjà présentée dans le chapitre 1. Les
trois articles présentés donnent des exemples de l'application de cette
approche à différents niveaux d'analyse : niveau neuronal, comportement
al et cognitif. Le premier niveau est illustré par l'article de Miller et coll.,
qui propose une modélisation de l'organisation « en colonnes » du cortex
visuel. Un article d'E. Thelen, illustré par divers travaux dont ceux qu'elle
a conduits sur les activités rythmiques du bébé, aborde le niveau comport
emental. Enfin A. Karmiloff-Smith montre en s'appuyant sur divers
exemples comment les prédispositions innées contraignent la façon dont,
au contact de l'environnement, la connaissance se construit et acquiert
flexibilité et créativité.
Cet ouvrage se conforme à la tradition qui veut que le dernier chapitre
soit consacré à l'évocation des « nouvelles directions » de recherche. On y
trouve des points de vue aussi variés que le connexionnisme, les approches
neuropsychologiques basées sur la pathologie, une approche neurobiolo
gique du développement de la mémoire, une approche génétique molécul
aire de la latéralité. M. Johnson apporte une contribution finale dans une
analyse des facteurs qui contraignent la plasticité du cortex et leur rôle
dans notre compréhension du développement cognitif en relation avec la
maturation cérébrale.
J. Fagard et J.-P. Lecanuet.
Friedman S. L. et Sigman M. D. — (1992) The psychological develop
ment of low birthweight children, Annual advances in applied
mental psychology, Vol. 6, Norwood, Ablex, 494 p.
Les progrès de la médecine font que l'on arrive à sauver des enfants
de très faible poids de naissance. Mais que vont-ils devenir ? En lisant ce
livre nous pouvons découvrir les conditions tant psychologiques, sociales
et biologiques qui permettent le développement harmonieux d'enfants
prématurés.
Les éditeurs, qui avaient déjà publié un livre sur le même thème
en 1981, présentent ici des travaux scientifiques réalisés au cours des
années 1980. Alors que, dix ans auparavant, les études étaient plutôt cen- 522 Analyses bibliographiques
trees sur l'évaluation des fonctions sensorielles et cognitives, celles de cet
ouvrage s'intéressent, plus particulièrement, au développement social et
émotionnel d'enfants de faible poids de naissance.
Après une introduction survolant l'ensemble des problèmes liés à la
prématurité et énumérant les points qu'auraient à prendre en compte les
futures recherches, la première partie de l'ouvrage est consacrée à des
considérations épidémiologiques, médicales et théoriques. Les facteurs respon
sables de la prématurité sont énumérés par Kleinman qui explique pour
quoi le facteur racial a tant d'importance. Pour McCornick, les naissances
de plus en plus précoces ont une incidence capitale sur le développement
de l'enfant au sein de sa famille : il faut donner aux parents la possibilité
d'être acteurs en ce qui concerne l'évolution de leur enfant. Les considéra
tions théoriques sont abordées par Horowitz qui reprend le modèle tran
sactionnel de Sameroff et Chandler (1975), disant que le développement
dépend des influences mutuelles de l'enfant sur son environnement et vice
versa. L'auteur reprend également le concept de risque du point de vue de
l'analyse transactionnelle.
La deuxième partie de l'ouvrage est consacrée au développement social et
émotionnel de l'enfant. Eckerman et Oehler ont réalisé une série d'études des
tinées à construire un modèle des débuts des interactions sociales entre les
prématurés et leurs parents en se gardant bien de faire des comparaisons
d'infériorité par rapport aux enfants nés à terme. Les bébés prématurés sont
des partenaires actifs très sensibles à la parole et au toucher. En se basant sur
le modèle transactionnel, Greenber, Carmichael-Olson et Crnic ont mené une
étude longitudinale, sur quatre ans, où le développement cognitif, linguis
tique, social et comportemental d'enfants de petit poids de naissance est
comparé à celui d'enfants nés à terme. Les études longitudinales prospec
tives sont très appréciées dans cet ouvrage. Quelles sont les variables qui, dès
la naissance, peuvent prédire le fonctionnement intellectuel et socio-émo
tionnel d'enfants plus âgés, voire même de jeunes adultes ? D'après une
revue de la littérature, Buka, Lipsitt et Tsuang prennent en compte des
variables comme le sexe, l'environnement social et des problèmes neurologi
ques ou comportementaux. Dès le début de la vie, l'environnement familial a
une responsabilité importante dans l'apparition et la persistance des pro
blèmes comportementaux de l'enfant né prématurément (Cohen, Parmelee,
Beckwith et Sigman). Pour Magyary, Brandt, Hammond et Barnard, il est
intéressant de prendre en compte le tempérament de l'enfant à la naissance :
des variables comme l'auto-régulation, le niveau de réactivité, l'émotion et
les cycles d'activité veille-sommeil devraient être corrélées à des problèmes
socio-émotionnels décelés huit ans après.
Les performances intellectuelles et scolaires (troisième partie) sont abor
dées à partir de quatre études différentes. Même si les enfants nés préma
turément semblent avoir plus de problèmes d'apprentissage intellectuels
que les enfants nés à terme, seulement un faible pourcentage souffrent de
sérieux déficits intellectuels. Sostek compare la performance intellectuelle Psychologie du développement, psychopédagogie 523
d'enfants nés prématurément et ayant des hémorragies intraventriculaires,
avec celle d'enfants de petit poids de naissance mais sans hémorragie, ou
celle d'enfants nés à terme. Là encore, les études prédictives ont un franc
succès. Barsky et Siegel cherchent à prédire le devenir cognitif, scolaire et
comportemental d'enfants de petits poids de naissance. C'est à partir de
mesures comme la réaction aux stimuli visuels, l'intégration des états de
sommeil et l'interaction enfant-soignant que Sigman, Cohen, Beckwith,
Asarnow et Parmelee ont cherché à prédire le développement cognitif à
l'âge de 8 et 12 ans. Hunt, Tooley et Cooper ont également voulu détermi
ner les aspects spécifiques de la physiologie néo-natale qui sont reliés à des
problèmes cognitifs huit ans après.
L'idée de la dernière partie du livre, les interventions et leurs effets, est
que la survie du prématuré est influencée par la qualité de l'environne
ment social dans lequel l'enfant grandit. Toujours d'après le modèle tran
sactionnel, le devenir de à risques sera dépendant de l'interaction
continue entre les facteurs biologiques et environnementaux. Als propose
de rendre le service hospitalier plus humain et de faire en sorte que la
famille devienne plus active en ce qui concerne les soins de leur enfant.
Beckwith et Rodening interviennent auprès de mères issues d'un milieu
socio-économique défavorisé. L'étude la plus ambitieuse est celle de Gross,
Brooks-Gun et Spiker. Les auteurs ont apporté un suivi pédiatrique, médic
al, développemental et social à 985 enfants pendant trois ans. Rauh et
Brennan concluent cet ouvrage en utilisant une fois encore le modèle tran
sactionnel : le succès des interventions est dû à l'influence mutuelle des
facteurs démographiques, socio-économiques, ainsi que des caractéristi
ques psychologiques des parents et de l'enfant.
Au moyen de 18 contributions différentes le lecteur découvrira, dans
cet ouvrage, un large éventail de recherches expérimentales, de considéra
tions conceptuelles ou théoriques, de méthodes pratiques et d'analyses sta
tistiques dans le domaine de la prématurité. C'est, dans l'ensemble, un
livre intéressant même si toutes ces études prédictives sont, me semble-t-il,
à considérer avec prudence. Ce livre reste capital pour qui veut se tenir au
courant ou connaître tout ce qui s'est fait dans ce domaine depuis dix ans.
J. Provasi.
Daniels H. (Edit.) — (1993) Charting the agenda : Educational activity
after Vygotsky, Londres, New York, Routledge, 222 p.
Cette publication collective rassemble plusieurs contributions récentes,
notamment anglaises, qui éclairent l'intérêt porté dans le monde anglo-
saxon à la sélection de l'œuvre de Vygotsky diffusée en Occident. Celle-ci
apparaît constituer une référence que partagent dans le domaine de la psy
chologie de l'éducation des auteurs entendant, tout à la fois, se démarquer
d'une conception trop strictement empiriste des acquisitions scolaires et 524 Analyses bibliographiques
s'intéresser aux facteurs socioculturels. Les chapitres de l'ouvrage alter
nent des analyses relatives aux fondements théoriques de la démarche de
Vygotsky et des études relevant du domaine de l'éducation.
Au second registre appartiennent notamment les contributions de
P. Evans (Londres) consacrée à l'éducation spéciale, de G. B. Saxe et al.
(Los Angeles) qui envisagent le rôle des interactions entre enfants dans la
compréhension des mathématiques, d'I. Lunt (Londres) portant sur l'ap
port à l'évaluation des possibilités mentales de la notion de zone proximale
de développement, d'A. Pollard (Bristol) présentant un modèle des
apprentissages effectués à l'école primaire, de J. Levine (Londres) relative
à de la pédagogie de l'acquisition de la langue anglaise dans les classes
« multilinguales ».
Au registre des analyses relatives à la pensée de Vygotsky située dans son
rapport à celle de ses précurseurs et contemporains, appartiennent notam
ment la préface de B. Bernstein (Londres) ainsi que les chapitres de T. Bur
gess (Londres) et de H. Daniels (Londres). Une contribution russe, celle de
V. V. Davydov et V. P. Zinchenko, restitue (trop brièvement) quelques él
éments de la biographie et de l'influence intellectuelle de Vygotsky en URSS.
Une mention particulière est à accorder à la contribution de
J. V. Wertsch (Clark University) et A. L. Butamante Smolka (Sao Paulo)
qui entendent rectifier les interprétations — souvent trop limitatives aux
Etats-Unis — de la théorie vygotskienne de la priorité du social sur l'ind
ividuel dans le développement des fonctions mentales supérieures. Lorsque
Vygotsky déclare que « toute fonction dans le développement culturel de
l'enfant apparaît deux fois, ou sur deux plans (interpsychologique puis
intrapsychologique) », c'est bien parce qu'il considère que le plan de l'él
aboration intrapsychologique ne se réduit pas à celui de l'élaboration inte
rpsychologique. Ouvrant un dialogue entre Vygotsky, le linguiste russe et
théoricien de la littérature Bakhtine et le sémioticien de l'école de Tartu
Y. Lotman, les auteurs s'emploient à montrer que les notions de dialo-
gisme, de langage social et de genre ainsi que celles de dualisme fonctionnel
des textes sont susceptibles d'étayer les conceptions de Vygotsky sur le
rôle des outils médiationnels. D'élaboration culturelle et de transmission
institutionnelle et sociale, ceux-ci informent les processus mentaux et, à ce
titre, permettraient d'éclairer les relations entre le fonctionnement « inte
rmental » et « intramental ».
G. Netchine-Grynberg et S. Netchine.
Case R. — (1992) The mind's staircase : Exploring the conceptual under
pinnings of children's thought and knowledge, Hillsdale (Nj), Lawrence
Erlbaum, 412 p.
Dans la préface, R. Case écrit qu'au début des années 90 deux explica
tions du développement ont cours, avec le même objectif de réajuster le
système piagétien classique aux théories et aux faits expérimentaux Psychologie du développement, psychopédagogie 525
récents. Toutes deux utilisent la métaphore de l'ordinateur : dans l'une, le
développement s'opère dans tous les domaines selon le même plan général
avec des changements périodiques au cours desquels, les capacités de base
évoluant, de nouvelles structures de contrôle se mettent en place ainsi que
des habiletés de complexité croissante ; dans l'autre, le plan est modulaire,
chacun des modules ayant ses propres structures et ses propres modalités
de développement. Si, selon Case, chacune de ces théories tend à étudier
des phénomènes subtilement différents à l'aide de méthodes aussi subtil
ement différentes, elles sont toutes deux vraisemblablement valides. Plu
sieurs aspects du fonctionnement intellectuel de l'enfant peuvent en effet
s'avérer modulaires, chacun se développant selon sa propre trajectoire ;
mais il peut se produire également des changements généraux du système,
les uns si larges qu'ils affecteraient l'actualisation, dans les divers
contextes de l'environnement, des capacités de base, et d'autres qui affec
teraient des capacités à tous égards modulaires. Dans le but de réduire
l'hiatus entre les deux perspectives, Case, qui appartient à la première, le
néo-structuralisme, se propose d'étendre son champ d'investigation aux
domaines traités par la seconde, où les informations sont encapsulées, et de
s'intéresser, non seulement aux processus de fonctionnement, mais égal
ement aux produits de l'exercice des structures de contrôle et de la mémoire
de travail de l'enfant. En bref, l'objectif de Case, et des coauteurs qui par
tagent son point de vue, est de combiner les deux approches en s'intéres-
sant aux savoirs accumulés dans l'expérience quotidienne, bases de la com
préhension de problèmes plus généraux de tous ordres. L'accent est mis sur
les structures conceptuelles centrales, introduites auparavant par Case pour
compléter sa théorie, définies comme des réseaux de concepts interreliés de
nature logico-mathématique ou sociale, correspondant aux répertoires de
connaissances transsituationnelles dont dispose l'enfant à chaque étape de
son développement. C'est l'exposé et le bilan d'un premier programme de
recherche, conçu dans cette perspective par Case et ses coauteurs, qui cons
tituent l'ouvrage.
La première partie du livre comporte trois chapitres théoriques écrits
par Case, en guise d'introduction, où il montre les avantages des positions
néo-structuralistes — la sienne en particulier — et leurs limites, ainsi que
celles de la perspective modulariste, en justifiant le bien-fondé de sa
démarche. Dans la seconde partie, le rôle des structures conceptuelles cen
trales dans le développement logico-mathématique est étudié en trois cha
pitres concernant principalement le raisonnement scientifique (Z. Marini),
la connaissance mathématique pratique, telle celle de l'heure, de la monn
aie (S. Griffin, R. Case, R. Sandieson), la notation musicale (A. Capodi-
lupo), avec un dernier chapitre qui tend à mettre en évidence l'existence
d'une structure centrale quantitative (R. Case et R. Sandieson). La troisième
partie traite du rôle de ces mêmes structures centrales dans divers
domaines du développement de la « pensée » sociale et émotionnelle de
l'enfant : la conception qu'ont les filles jeunes du rôle de leur mère 526 Analyses bibliographiques
(J. Goldberg- Reitman), le développement de l'empathie (Bruchkowsky),
de la narration enfantine (A. McKeough), de l'intelligence intrapersonnelle
(S. Griffin). Elle se termine par la description d'un paradigme expériment
al susceptible de mettre en évidence l'existence d'une structure centrale
sociale spécifique (A. McKeough). Dans la quatrième partie, où il s'agit du
développement spatial, deux études, l'une de S. Dennis, l'autre de
D. T. Reid, suggèrent qu'un nombre limité de structures conceptuelles
centrales sont à la base du développement dans un large éventail de tâches
spatiales et qu'il existe un certain parallélisme entre leur évolution et celle
des structures logico-mathématiques et sociales. L'objectif des recherches
rapportées dans la cinquième section est l'étude des synchronies et asyn-
chronies dans l'acquisition des différentes structures conceptuelles cen
trales. Ces recherches concernent : la question du parallélisme développe-
mental entre les activités sociales, numériques et spatiales (Case et al.), les
processus de développement d'enfants retardés (J. Grammond), la compar
aison des performances différemment doués, verbalement et/ou
spatialement (M. Porath), et la variation interculturelle dans la structura
tion de la pensée enfantine (T. A. Fiati).
En conclusion Case, après avoir résumé les traits spécifiques des cou
rants théoriques actuels, avance que les données expérimentales présentées
dans l'ouvrage confortent tout autant la position néo-structuraliste que la
position modulariste en mettant en évidence l'existence de types divers de
changement, les uns généraux, les autres locaux et/ou intermédiaires. Ainsi
se dégage l'idée d'un esprit humain conçu comme un système à niveaux mult
iples où les changements se produisent à tous ces niveaux, de manière
recursive et interactive, selon un processus qui dépend à la fois de facteurs
biologiques et socioculturels. Dans cette perspective, Case postule l'exi
stence d'un ensemble de structures conceptuelles centrales spécifiques dont
le contenu sémantique serait dépendant du contexte culturel et de son sys
tème symbolique, tandis que les contraintes générales auxquelles elles sont
soumises dépendraient de leur substrat biologique et/ou neurologique. Si
l'on peut être réticent quant à la portée des faits expérimentaux rapportés
relativement au but poursuivi, il n'en reste pas moins que l'effort de syn
thèse effectué par Case est des plus intéressants et particulièrement
louable.
J. BlDEAUD.
Howe C. J. — (1993) Language learning : A special case for development
al psychology ?, Hillsdale, Erlbaum, 220 p.
Ce livre se propose d'approfondir et de discuter les postulats qui
sous-tendent une approche innéiste de l'acquisition du langage et, éven
tuellement, de proposer une approche alternative. Deux points semblent
centraux à l'auteur. Tout d'abord, les tenants de l'hypothèse innée ont
souvent eu tendance à traiter les enfants comme des linguistes en minia- Psychologie du développement, psychopédagogie 527
ture, considérant la forme et la représentation des phrases comme des
fins en soi. L'auteur préfère une conception dans laquelle les enfants
seraient plutôt comparés à des techniciens de la communication, emmag
asinant les phrases en vue d'optimiser la recherche et la production du
sens. Encore ne faut-il pas présumer que les significations dont il est
question seraient identiques à celles des adultes, même si la plupart des
erreurs de compréhension passent inaperçues dans la conversation
courante.
Après une introduction aux débats concernant l'innéité, le premier
chapitre envisage la possibilité d'un processus alternatif, qui mettrait l'ac
cent sur le fait que les enfants autour de 21 mois seraient essentiellement
concernés par la dérivation du sens à partir des énoncés adultes, et non par
leur grammaticalité. Les trois chapitres suivants, se limitant à l'acquisition
de l'anglais, conduisent à un chapitre final qui suggère des voies de recher
ches interlangues au vu des résultats précédents.
Le chapitre 2 est donc centré sur Vinput dont disposent les enfants
anglophones. Il insiste sur les significations potentielles des phrases
anglaises (imperatives, interrogatives, déclaratives) en discutant divers
résultats de la littérature. L'auteur tente une estimation de l'importance
relative des facteurs linguistiques et du recours au contexte extralinguis
tique dans l'interprétation de ces phrases. Elle en déduit que l'inférence à
partir des données contextuelles impose des limites à l'attribution de cer
taines significations, et permet des décalages importants entre les inten
tions de l'adulte et les interprétations de l'enfant. Le verdict général est
donc que les significations sur lesquelles opère le procès de communication
peuvent très bien être une distorsion de l'intention de l'adulte. Une telle
distorsion peut-elle se révéler utile et, si oui, en quoi ?
Le chapitre 4 propose que Vinput concernant la signification des
phrases change au fur et à mesure que l'acquisition progresse : il en résul
terait deux périodes développementales, la première allant jusqu'à deux
ans et demi. Cette période pourrait être qualifiée de prégrammaticale : les
expressions communicatives de l'enfant deviendraient de plus en plus
conventionnelles. Elles contiendraient un nombre croissant d'items lex
icaux qui s'organiseraient en séquences de plus en plus orthodoxes. Cepend
ant, ces items lexicaux ne seraient pas organisés en classes morphologiq
ues, et leur ordre séquentiel ne serait pas encore régi par des règles. Ce ne
serait qu'après deux ans et demi que l'on pourrait parler de grammaire, et
le chapitre estime que cette étape serait prédictible. Il y aurait là un pas
sage rapide à un système gouverné par des règles, et ces règles produiraient
des syntagmes formellement équivalents à ceux du système final. Le pas
sage aux classes de formes et aux catégories qui les dominent prendrait
plus de temps et se ferait petit à petit. Les données empiriques disponibles
sur l'anglais sont envisagées en vue de déterminer dans quelle mesure elles
sont compatibles avec une telle vision : la conclusion est qu'il n'y aurait
pas de problèmes insurmontables. Il y aurait donc bien, pour ce qui