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Psychophysiologie
In: L'année psychologique. 1975 vol. 75, n°2. pp. 599-612.
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Psychophysiologie. In: L'année psychologique. 1975 vol. 75, n°2. pp. 599-612.
doi : 10.3406/psy.1975.28115
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1975_num_75_2_28115Année psychol.
1975, 75, 599-676
ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Psychophysiologie
Archives italiennes de biologie, t. 111, fasc. 3-4. — Pise, Universita
Degli Studi, 1973.
Ce fascicule des Archives italiennes de Biologie est dédié au Pr A. Fes-
sard à l'occasion de son départ de la Chaire de Neurophysiologie du
Collège de France et de la direction du Centre d'Etude de Physiologie
nerveuse du C.N.R.S.
La réalisation d'un volume jubilaire peut prendre des formes variées.
Ici, la biographie et la carrière scientifique du Pr Fessard sont réduites
à quelques traits. L'ensemble de ce fascicule est composé de 35 articles
écrits par divers neurophysiologistes, français ou de langue française,
représentant tous les courants de recherches dans cette discipline. Cette
ouverture et le fait que la plupart des signataires ont été les élèves du
Pr Fessard témoignent de la place toute particulière et du rôle eminent
qu'il a joué dans le développement actuel de cette discipline en France.
Le lecteur curieux trouvera donc un panorama assez complet sur
la Neurophysiologie avec ses diverses orientations de recherches. Il
regrettera peut-être que certains articles ne soient que des rapports de
résultats et non pas l'occasion de petites revues sur un aspect donné
des sciences neurophysiologiques avec son évolution au cours des der
nières décennies, l'état actuel du problème et les perspectives d'avenir
dans la mesure où elles peuvent être esquissées. Il se peut que les contin
gences propres à une revue n'aient pas permis de prendre cette orientation.
J. Féger.
Rusinov (V. S.) (Ed.). — Elecrophysiology of the central nervous
system. — New York, Plenum Press, 1970, 516 p. (Traduction en
anglais d'un livre publié en russe en 1967.)
Il s'agit d'un livre jubilaire dédié au Pr M. N. Livanov, neurophys
iologiste soviétique. Ainsi que l'écrit R. Doty, éditeur de la traduction
anglaise, ce livre, en effaçant l'obstacle de la langue (partiellement pour
nous...) permet de connaître un ensemble important de travaux de neuro- ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 600
physiologie en U.R. S. S. En effet, sur les 36 articles qui composent ce
livre, 12 sont dus à des collaborateurs directs de Livanov, 12 à d'autres
collègues cependant que le dernier tiers est l'œuvre de chercheurs
nationalités.
L'essentiel de l'ouvrage traite de problèmes relatifs à l'électro-
encéphalographie. Livanov a mis au point des modes d'analyse des
potentiels d'origine corticale en faisant appel à un calculateur pour
établir des corrélations entre les activités recueillies au même moment
en diverses parties du scalp (V. S. Rusinov). Ce problème de l'analyse
des données électro-encéphalographiques ainsi que celui de leur concen
tration fait l'objet d'un article de A. Rémond cependant que M. A. Braz
ier expose pour quelles raisons il doit s'établir une collaboration entre
biologistes et mathématiciens tout en précisant les limites de ces rela
tions. On retrouve là l'éternel problème de l'établissement de modèles
mathématiques et de la validité de ces modèles. Comme on pouvait s'y
attendre puisque Livanov a poursuivi l'œuvre de Pavlov, un groupe
d'articles porte sur les relations qui peuvent être établies entre activité
électro-encéphalographique et établissement de réponses conditionnées
(V. N. Dumenko, I. N. Knipst, T. S. Naumova, G. I. Shul'Gina,
E. N. Sokolov et coll.) ou avec les processus de mémorisation (W. R. Adey
E. R. John, N. P. Bekhtereva et coll.). D'autres traitent, dans une
optique un peu différente, le problème du conditionnement d'activités
unitaires (Y. Hori et coll.) et celui de l'apprentissage de réponses condi
tionnées à des stimulations corticales (R. W. Doty). Bien que l'établi
ssement d'une relation entre activité électro-encéphalographique et
activité unitaire soit loin d'être établie (il suffit de songer à l'énorme
disproportion entre les populations cellulaires mise en cause dans l'un
ou l'autre des cas), le problème de l'activité électrophysiologique unitaire
ne pouvait manquer d'être évoqué, qu'il s'agisse de la synchronisation
de celle-ci (N. Y. Belenkov), du contrôle de l'activité des cellules pyra
midales (P. Andersen), des caractéristiques électrophysiologiques des
dendrites neuronaux (P. D. Purpura, A. I. Roitback) ou enfin des carac
tères différentiels des cellules situées dans les diverses couches du cortex
(A. B. Kogan, T. M. Efremova et coll.).
Les thèmes des autres articles sont plus disparates : corrélation entre
activité corticale et névroses (A. S. Aslanov) ou présence de perturba
tions de type épileptique (N. A. Gavrilova), inhibition de la réaction de
fuite chez le lapin (Buser et coll.).
Ces divers articles sont susceptibles d'intéresser des chercheurs
préoccupés par les problèmes de l'électrogenèse corticale ou par celui
de la corrélation entre activité électro-encéphalographique et condi
tionnement. Cela, d'autant plus qu'il s'agit d'auteurs dont les publications
et travaux ne sont pas toujours aussi directement accessibles.
J. Féger. PSYCHOPHYSIOLOGIE 601
(A. R.). — The working brain. — London, Allen Lane,
The Penguin Press, 1973, 398 p.
L'analyse clinique et anatomo-pathologique représente l'une des
voies d'accès à la connaissance des fonctions du cerveau, tout parti
culièrement pour celui de l'Homme. L'ensemble de l'œuvre de Luria
repose sur cette méthode et ce livre représente une tentative pour relier
des données neurophysiologiques comportementales obtenues de
manière expérimentale avec les observations pratiquées en clinique
neurologique de manière à rendre plus compréhensible le fonctionnement
du cerveau.
Dans une première partie, l'auteur procède à un réexamen des
données historiques sur l'organisation fonctionnelle du cerveau, en
séparant trois ensembles (vigilance ; perception et mémorisation ; pro
grammation, contrôle et régulation de l'activité) dont l'activité conjointe
est à la base de l'activité consciente et des processus psychologiques.
La deuxième partie est consacrée à l'étude des diverses aires corticales
et des fonctions qui leur sont attribuées. Enfin, dans une dernière
partie, l'analyse est faite en sens inverse, puisqu'elle porte sur les grandes
fonctions (perception, motricité, attention, mémorisation, langage,
réflexion) qui sont envisagées sous leurs aspects psychologiques et
anatomo-physiologiques. Cette double approche, analytique, puis syn
thétique, est très intéressante et devrait satisfaire la curiosité d'étudiants
qui cherchent à acquérir une vue globale du fonctionnement cérébral.
La manière d'approcher les problèmes, la limitation au cortex cérébral,
jointe à l'abondance des exemples illustrés et des schémas rendent la
lecture de ce livre accessible à des lecteurs dépourvus de connaissances
anatomiques ou neurologiques. Il est possible ensuite de critiquer le fait
que le rôle des structures sous-corticales n'apparaisse pratiquement pas
mais dans ce cas le volume de ce livre serait devenu excessif par rapport
à l'objectif fixé, qui est d'être une introduction à la neuropsychologie.
(La date de publication de l'édition russe n'est pas indiquée, sans doute
1972 ou 1973 d'après les références bibliographiques.)
J. Féger.
Sommerhoff (G.). — Logic of the living brain. — Londres, Wiley,
1974, 413 p.
Une réflexion critique et théorique visant à clarifier les concepts
fondamentaux concernant les mécanismes cérébraux impliqués par les
fonctions mentales est proposée par l'Auteur d' Analytical Biology (1950).
Sur la base de faits empruntés à la phylogenèse, à l'ontogenèse, et
à l'étude de l'adaptation des organismes dans un cadre expérimental, se
trouve discutée la conception classique du cerveau comme lieu de l'acti
vité de systèmes associatifs reliant des afférences sensorielles à des voies
efîérentes. Les insuffisances de la théorie S-R sont également soulignées
au niveau comportemental. 602 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
La théorie présentée vise à montrer que les patterns de comporte
ment complexes impliquent, du point de vue du fonctionnement cérébral,
la conjonction de signaux internes et d' inputs sensoriels aboutissant à
la constitution de représentations internes. Celles-ci correspondent à la
formation d' « agrégats neuroniques d'expectation », qui déterminent,
au niveau neurophysiologique, les attentes de tableaux sensoriels pré
parés par les mouvements des yeux, de la tête, et du corps.
Le recours à des modèles simples de réseaux neuroniques permet
de rendre compte de l'établissement de liaisons stables, de la suite des
étapes d'un raisonnement logique, de la constitution de buts orientant
le comportement.
L'analyse du fonctionnement de structures cérébrales particulières
— cervelet, système limbique, hippocampe, néo-cortex — est effectuée
à l'aide de l'addition d'hypothèses spécifiques à la conception générale.
Trois modalités de comportement complexes sont principalement
considérées :
— La formation des modèles internes de la réalité extérieure suppose
la formation d'images stables et de « cartes cognitives » d'un environ
nement variable, appréhendé par un corps lui-même variable dans ses
postures, ses positions, et sa réceptivité sensorielle.
— Le caractère téléologique du comportement est envisagé comme
une composante essentielle de la flexibilité adaptative, et interprété en
termes neurophysiologiques.
— Enfin, le langage et le raisonnement sont également analysés,
notamment dans leurs propriétés de classification lexicale et de catégo
risation, sur la base de la notion « d'agrégats neuroniques d'expectation ».
G. Sommerhoff ne masque nullement le caractère spéculatif de cer
tains de ses développements. Son ouvrage fournit une matière riche, et
constitue une introduction aux grandes questions de la neurophysiologie
du comportement, appuyée sur la convergence d'apports expérimentaux,
et de tendances à mettre en formules issues notamment de la cybernétique.
S. Netchine.
Freemon (F. R.). — Sleep research, a critieal review. — Springfield.
Charles C. Thomas, 1972, 205 p.
L'auteur, un neurologue, présente une revue générale sur les divers
aspects du sommeil. On trouvera les chapitres suivants : « Sommeil
normal chez l'homme », « Activité mentale durant le sommeil », «
chez l'animal », « Comparaison des sommeils chez l'homme et le chim
panzé », « Privation de sommeil », « Eveil », « Pharmacologie clinique du
sommeil », « Troubles du », « Théories sur le sommeil ».
Il s'agit d'une revue bibliographique à laquelle l'auteur a additionné
quelques résultats personnels : observations de clinique humaine et
études expérimentales sur le chimpanzé. La bibliographie (environ PSYCHOPHYSIOLOGIE 603
700 références) est arrêtée en 1972, ce qui lui fait manquer les deux
grandes revues de Moruzzi et de Jouvet publiées la même année. Elle
couvre essentiellement la période contemporaine (plus de neuf dixièmes
des références sont comprises entre 1963 et 1972). L'importance de cette
bibliographie est un peu disproportionnée avec l'ampleur du texte.
Ainsi, les résultats des nombreuses données biochimiques sont rapportés
de manière extrêmement brève, faiblement explicite et sans donner lieu
à un exposé des hypothèses qui ont pu être formulées, entre autres par
Jouvet, à partir de ces résultats. Aussi la mention « revue critique »
du titre paraît-elle inexacte. Enfin, le chapitre intitulé « Théories sur
le sommeil » ne comporte aucune mention en ce qui concerne l'évolution
historique des idées, théories et hypothèses anciennes sur ce sujet, ce
qui ne représente cependant pas un nombre élevé de références.
En conclusion, ce livre pourrait constituer une lecture de départ
pour quelqu'un qui s'intéresse aux divers aspects du sommeil, plutôt
avec une approche clinique. Ensuite, il lui faudra choisir une direction
en bénéficiant de cette abondante bibliographie. A la place de cette
revue, on peut donner la préférence à un autre livre sur le sommeil dont
a présentation est faite dans ce même numéro (Sleep : an active process).
J. Féger.
Webb (W. B.). — Sleep : an active process. — Glenview, Scott,
Foresman & Cy, 1973, 139 p.
C'est une intéressante idée, que celle qui consiste à demander à des
chercheurs d'exposer leurs résultats puis de les commenter.
Dans une introduction, brève mais dense, W. B. Webb indique les
grandes étapes de l'histoire du sommeil, donne une description rapide
des divers stades avec leurs dénominations. Ensuite figurent trois pre
miers chapitres regroupés autour du thème « La recherche d'un centre »
avec les auteurs suivants : M. Jouvet, W. C. Dement, D. G. Brooks et
E. Bizzi, dont les contributions à l'étude expérimentale du sommeil ont
profondément marqué les recherches de ces quinze dernières années.
Il est bien entendu que le sommeil induit aussi des modifications
de paramètres neuro-végétatifs et hormonaux. Ces variations font
l'objet de deux autres chapitres (« Variations de la respiration, du rythme
cardiaque et de la pression artérielle au cours du sommeil chez l'homme »
et « Modification du taux d'hormones cortico-stéroïdes »). Les comment
aires de ce dernier chapitre élargissent ce problème du rythme de
sécrétion hormonale en évoquant celles qui touchent d'autres systèmes
endocrines que l'ensemble cortico-surrénalien.
Ce livre n'est pas seulement un exposé de résultats, ni un assemblage
de chapitres dont certains, du reste, ont déjà été publiés dans des revues
ou dans d'autres livres. Dans ce cas, son intérêt serait réduit. Ce qui
accroît sa portée réside dans le fait qu'il y a une juxtaposition de résultats 604 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
et de commentaires de l'auteur. Dans ceux-ci, l'auteur essaie de critiquer
certaines de ses déductions anciennes, montre l'importance qu'a pu
prendre un résultat et tente de préciser les orientations qui seront suivies
dans le futur. Il est certain que le lecteur gagne d'abord à lire un article
écrit par un chef de file de la recherche dans ce domaine. Ensuite,
au-delà des faits, il est intéressant de connaître la ou les démarches qui
ont guidé le chercheur. Il est évident que tous les aspects du sommeil
ne sont pas évoqués dans ce petit livre et il ne faut pas en attendre
autant que des grandes revues ou des livres plus volumineux qui ont
pu être édités à la suite de congrès ou autres réunions sur ce thème. Par
contre, des étudiants ou des chercheurs débutants devraient en tirer
un grand profit.
J. Féger.
Williams (R. L.), Karacan (I.), Hursch (C. J.). — Eleetroencepha-
lography (EEG) of human sleep : clinical applications, New York
Wiley, 1974, 169 p.
Comme le souligne W. C. Dement dans sa préface, l'intérêt de ce
travail ne réside pas dans un apport théorique, mais dans les informa
tions fournies, sous forme de revues systématiques, qui en font un ouvrage
de référence pour le clinicien, et d'illustrations qui constituent un
petit atlas de l'EEG de sommeil.
Les recherches antérieures à « l'ère de l'EEG » sont brièvement
évoquées, l'accent étant placé sur les observations de comportements
objectifs. Si les travaux de Fechner sont rappelés, ceux de Harvey de
Saint-Denis, Maury, etc., ne sont pas indiqués. L'historique de « l'ère
de l'EEG » montre l'importance de la découverte de la phase des mouve
ments oculaires rapides par Aserinsky et Kleitman, mais les consé
quences de la découverte des systèmes de projection non spécifiques
sous-corticaux - corticaux, aussi bien que les travaux fondamentaux
de Jouvet et de son école, ne seront évoqués qu'accessoirement.
Des indications utiles sont fournies sur l'équipement d'un laboratoire
d'étude du sommeil, les techniques d'enregistrement, la définition des
variables EEG.
L'étude du sommeil normal est menée selon une perspective ontogé-
nétique, et porte sur l'évolution du pourcentage des différents stades
du sommeil depuis la période intra-utérine jusqu'à 80 ans, avec des
développements particuliers concernant l'évolution des phases de mou
vements oculaires rapides.
On peut regretter que l'abondance des données chiffrées, des résultats
de comparaisons statistiques entre périodes d'âge (et entre sexes), ainsi
que les graphiques illustrant l'évolution ontogénétique, ne soient
complétés d'aucune considération sur la constance et la variabilité en
fonction de l'âge de ce qui est indexé par chacun des concepts EEG PSYCHOPHYSIOLOGIE 605
utilisés — variables ou stades de sommeil — , généralement constitués
à partir de l'analyse des seuls EEG de jeunes adultes.
L'ouvrage se termine par une revue sur les études EEG des troubles
cliniques primaires et secondaires du sommeil, et par une enumeration
avec bibliographie des principales modifications physiologiques connues
accompagnant le sommeil.
S. Netchine.
Pribram (K. H.), Luria (A. R.). — Psychophysiology of the frontal
lobes. — New York, Londres, Academic Press, 332 p.
« Le cortex frontal : administrateur du cerveau ». Tel est le titre du
chapitre dans lequel Pribram tire les conclusions des nombreux travaux
expérimentaux qui font la substance de ce volume.
Une telle conception du statut des lobes frontaux illustre bien le
courant actuel des recherches en psychophysiologie cérébrale, qui a
conduit à rejeter la conception ancienne des fonctions localisées dans
autant de zones du cerveau, au profit d'interprétations plus synthét
iques. On définit ainsi des systèmes fonctionnels basés sur une interac
tion complexe entre des parties du cerveau fonctionnant conjointement.
Le rôle des lobes frontaux dans les mécanismes cérébraux a semblé
mystérieux et paradoxal à une époque où on s'est aperçu que ses lésions
n'entraînaient pas de troubles caractéristiques : on n'observait ni carence
sensorielle manifeste, ni incapacité motrice. De même, ces zones ont été
considérées comme « silencieuses » du fait qu'aucune réaction manifeste
n'était observée lors de leur stimulation électrique. Pourtant, Jacobsen
a montré dès 1935 que des lésions frontales provoquaient chez des singes
des perturbations dans des tâches où est exigée une réponse différée à
une stimulation. Depuis lors, les observations et les expérimentations,
par des approches très diverses, ont permis de mieux cerner les phéno
mènes. C'est ce que fait apparaître l'ensemble des rapports qui consti
tuent ce volume où sont confrontés essentiellement des travaux russes
et américains.
Les chercheurs moscovites ouvrent le débat à la suite de Luria, en
apportant des données électrophysiologiques sur les effets des lésions
frontales chez l'homme (Simernitskaya, Artemieva, Homskaya, Bara-
noskaya) et sur l'activité naturelle du cortex frontal (Livanov et al.).
Ces travaux font apparaître un rôle stabilisateur du cerveau frontal,
que Luria synthétise comme une régulation de l'état d'activation, de
l'initiative dans l'action, liée principalement à la préparation à la tâche.
Il insiste sur les perturbations des actes programmés verbalement et
des activités d'exploration dirigées (comme l'exploration oculaire),
observées chez des patients atteints de lésions frontales. Grey Walter
complète les données expérimentales sur l'activité spontanée des lobes
frontaux chez l'homme par la description de la fameuse variation
contingente négative (en anglais : CNV) ou « onde expectative ». Cette 606 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
onde est mise en évidence dans des situations de réponses de choix
comportant un signal de préparation (indicative stimulus) et un signal
d'exécution (imperative stimulus). Grey Walter l'interprète comme un
témoin des opérations de « sélection et de conservation des informations
sensorielles conduisant à un acte approprié » : les lobes frontaux sont vus
comme des calculateurs de probabilité et de contingence.
C'est dans cet esprit que l'activité cérébrale et les performances
comportementales de primates ont été étudiées aux Etats-Unis. Ces
travaux sont présentés par Donchin, Otto, Gerbrandt, Pribram d'une
part (While a Monkey waits), par Stamm et Rosen d'autre part. Les
animaux ont à accomplir des tâches impliquant une réponse différée.
Le rôle des lobes frontaux est ici interprété comme lié à l'acquisition
et la rétention de l'information, au cours des phases d'attente, en mémoire
à court terme.
Sur l'animal encore, les relations entre cortex frontal et structures
sous-corticales sont recherchées, dans l'idée de mettre en évidence des
mécanismes régulateurs généraux des activités mnémoniques ou des
activations et inhibitions sensorielles : Fuster (singes rhésus), Sauerland
et Clémente (chat). J. E. Skinner et Lindsley montrent ainsi (chez le
chat également) une intervention de ce qu'ils désignent comme le
« système non spécifique médiothalamique-fronto-cortical » sur l'élim
ination des « distractions » dues à des stimulations incidentes dans des
tâches de conditionnement instrumental.
Des modèles de la fonction des lobes frontaux sont proposés, tous
directement inspirés par l'informatique et les calculateurs. Gerbner, sur
la base de travaux expérimentaux par lésions et ablations, propose une
représentation du rôle des aires frontales comme le maintien d'un
équilibre entre des actions facilitatrices et inhibitrices dans l'intégration
des stimulations et des réponses. W. et J. Grueninger, montrant l'accroi
ssement de la réactivité à la nouveauté mais une diminution des réponses
psychogalvaniques chez des singes dont le cortex frontal est lésé, inter
prètent celui-ci comme un « interface biologique » couplant le système
néo-cortical aux couches plus primitives du cerveau. Le rôle essentiel
de ce « registre tampon » serait une stabilisation des réajustements
allostatiques, c'est-à-dire d'un mécanisme complémentaire à Phoméos-
tasie, permettant l'adaptation de celle-ci à des événements extérieurs.
Enfin, le dernier mot revient ici à Pribram qui conclut en proposant
également un « modèle » : il met l'accent sur le rôle de protection contre
les interférences dans le fonctionnement cérébral. A la façon dont
certains programmes hiérarchiques comportent des « drapeaux » qui
protègent le déroulement de certaines opérations contre des interrup
tions, de même la gestion de l'activité cérébrale suppose une organisation
à la fois souple et indépendante de certaines variabilités du contexte.
Le cortex frontal développerait ainsi des programmes de gestion
susceptibles d'intégrer les structures invariantes telles que « indice PSYCHOPHYSIOLOGIE 607
stimulus - réponse - renforcement » dans des tâches de discrimination.
Ce volume a été, à l'origine, conçu comme le compte rendu du
symposium Psychophysiologie des lobes frontaux tenu au XVIIIe Congrès
international de Psychologie à Moscou, en 1966. Il devait faire pendant
au Biology of Memory publié en 1970 par Pribram et Broadbent. Du
fait de certains retards, et pour ne pas faire double emploi avec le compte
rendu du XXVe Congrès international des Sciences physiologiques
(Jablona, Pologne 1971), le contenu a été progressivement complété
et infléchi vers le thème plus original : « Comment » les lobes frontaux
fonctionnent-ils ? Le délai considérable de la publication par rapport
aux exposés initiaux explique le vieillissement des bibliographies : la
majeure partie des références se situe dans les années 60, quelques-unes
seulement citent des travaux publiés entre 1970 et 1972. Toutefois, il
faut voir ce volume comme un travail de synthèse qui réunit des résultats
importants accumulés au cours de la dernière décennie. Il peut permettre
à des chercheurs ou des étudiants non initiés aux secrets de ce domaine
de se faire une idée de ce que pensent un certain nombre de sommités
en la matière. Pour les psychologues, en particulier, l'aspect le plus
intéressant de ces travaux est sans nul doute la rencontre entre les obser
vations comportementales et les données neurophysiologiques, chacun
des domaines apportant à l'autre une voie de recherche ou un moyen
de compréhension.
A. Lévy-Schoen.
Deutsch (J. A.) (Ed.). — The physiological basis of memory. —
New York, Academic Press 1973, 439 p.
Le problème des bases biologiques de la mémoire a fait l'objet de
plusieurs livres et revues parus dans les dix dernières années. Certains
insistent sur un aspect particulier de la mémoire, électrophysiologie,
biochimie ou autres, au détriment des autres aspects, absents ou insu
ffisamment développés. D'autres essaient d'avoir un caractère plus général
en procédant par association, malheureusement disparate, de plusieurs
auteurs sans qu'apparaisse un souci d'unité. On comprend dès lors
l'intérêt du livre publié par J. A. Deutsch dans la mesure où un effort
d'ouverture et d'homogénéité a été tenté.
Ce livre est constitué d'une série de chapitres rédigés par des auteurs
différents, de nationalités diverses. Les forment une progres
sion logique qui part des problèmes biochimiques pour aboutir à des
considérations psychologiques générales. De la discussion des aspects
moléculaires (G. Chapouthier, D. A. Booth) ou pharmacologiques
(J. A. Deutsch, R. G. Dawson et J. L. Gaugh) de la mémoire, on passe
à des considérations sur les effets de l'électrochoc (J. A. Deutsch), les
aspects électrophysiologiques (A. L. Leiman et C. N. Christian), l'auto-
sitmulation (C. R. Gallistel) et la dépression envahissante (A. M. Schneid
er). Après l'analyse des effets des lésions corticales (S. D. Iversen), le