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Monsieur Jean Vincens
Réflexions sur le chômage de longue durée
In: Revue française de sociologie. 1993, 34-3. pp. 327-344.
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Vincens Jean. Réflexions sur le chômage de longue durée. In: Revue française de sociologie. 1993, 34-3. pp. 327-344.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfsoc_0035-2969_1993_num_34_3_4259Resumen
Jean Vincens : Reflexiones sobre el desempleo de larga duración.
Las explicaciones comunes que se dan sobre la importancia о la falta de interés que produce el
"desempleo", parecen siempre parciales o dudosas. Este artículo propone una explicación combinando
el efecto de probabilidad y el efecto de paridad, en consecuencia, el de la selección. El efecto de
probabilidad nos indica que el desempleo en si, produce desempleados a largo plazo y que las
caracteristicas de lo que es el empleo, en especial de su duración, influyen sobre la proporción de los
desempleados de largo plazo dentro del indice del desempleo total. El efecto de paridad tiene como
primer objetivo el de relativisar la explicación común del desempleo en términos de selección y
menoscabo de ciertas categorias, y luego sugiere otra via de análisis para aclarar la banalización o
falta de interés del desempleo de larga duración ; es decir la idea que una empresa que emplea
personal buscando la paridad, no solo entre el empleo y el trabajador, sino también entre el trabajador
y el grupo en el cual el tiene que integrarse, puede ser una via para explicar el complicado problema
del desempleo de larga duración.
Zusammenfassung
Jean Vincens : Überlegungen zur Langzeitarbeitslosigkeit.
Die üblichen Erklärungen zur Bedeutung und Banalisierung der Langzeitarbeitslosigkeit scheinen
unvollständig und unsicher. Der vorliegende Artikel schlägt eine Erklärung vor, die auf die Verbindung
eines Wahrscheinlichkeitsmit einem Paarungs-, und folglich Auswahlseffekt, begründet ist. Der erste
dieser Effekte zeigt, dass die Eigenschaften der Arbeitsbeziehungen, besonders die Lange, einen
Einfluss auf den Anteil der Langzeitarbeitslosen in der Gesamtarbeitslosigkeit ausüben. Der zweite
Effekt erlaubt, die übliche Erklärung in der Form einer Auswahl zu relativieren, zum Nachteil bestimmter
Kategorien ; er lasst einen anderen Analysenweg durchblicken, mit dem die Langzeitarbeitslosigkeit
besonders beleuchtet würde : der Gedanke, dass das einstellende Unternehmen nicht nur eine Paarung
zwischen Stelle und Angestellten sucht, sondern auch zwischen dem Angestellten und der Grappe, in
die er sich integrieren muss, scheint hilfreich zur Entwirrung der Komplexitâ't der
Langzeitarbeitslosigkeit.
Abstract
Jean Vincens : Reflections on long-term unemployment.
Usual explanations concerning the wide-spread and mundane nature of long-term unemployment seem
often to be both incomplete and uncertain. This article puts forward an explanation based on the
combination of a probability effect and a matching effect (one of selection). The first effect indicates that
unemployment itself is responsible for generating the long-term unemployed and that the characteristics
of job relations, particularly the length, act on the percentage of long-term unemployed in the mass of
unemployed. The second effect allows habitual explanation to be measured in terms of selection,
disfavoring certain categories, and suggests analysis along other lines to help explain the mundane
nature of long-term unemployment : the idea that the firm which is hiring seeks a match not only
between the job and the worker but equally between the worker and the group in which he must
integrate would seem to be of help in trying to work out the complexities of long-term unemployment.
Résumé
Les explications courantes de l'importance et de la banalisation du chômage de longue durée
paraissent partielles ou incertaines. L'article propose une explication fondée sur la combinaison d'un
effet probabiliste et d'un effet d'appariement, donc de sélection. Le premier effet montre que le chômage
lui-même génère des chômeurs de longue durée et que les caractéristiques de la relation d'emploi,
notamment la durée, influent sur la proportion de chômeurs de longue durée dans le chômage total. Le
second effet permet de relativiser l'explication habituelle en termes de sélection au détriment de
certaines catégories et suggère une autre voie d'analyse qui éclairerait la banalisation du chômage de
longue durée : l'idée que l'entreprise qui embauche cherche un appariement non seulement entrel'emploi et le travailleur, mais aussi entre celui-ci et le groupe dans lequel il doit s'intégrer, semble
pouvoir aider à démêler la complexité du chômage de longue durée.R. franc, sociol. XXXIV, 1993, 327-344
Jean VINCENS
Réflexions sur le chômage de longue durée*
RÉSUMÉ
Les explications courantes de l'importance et de la banalisation du chômage de
longue durée paraissent partielles ou incertaines. L'article propose une explication fon
dée sur la combinaison d'un effet probabiliste et d'un effet d'appariement, donc de
sélection. Le premier effet montre que le chômage lui-même génère des chômeurs de
longue durée et que les caractéristiques de la relation d'emploi, notamment la durée,
influent sur la proportion de chômeurs de longue durée dans le chômage total. Le
second effet permet de relativiser l'explication habituelle en termes de sélection au
détriment de certaines catégories et suggère une autre voie d'analyse qui éclairerait
la banalisation du chômage de longue durée : l'idée que l'entreprise qui embauche
cherche un appariement non seulement entre l'emploi et le travailleur, mais aussi entre
celui-ci et le groupe dans lequel il doit s'intégrer, semble pouvoir aider à démêler la
complexité du chômage de longue durée.
Dans son article, Emmanuele Reynaud montre que le chômage de longue
durée touche toutes les catégories de travailleurs, ce qui conduit à s'in
terroger sur «les mécanismes de sélection à l'œuvre sur les marchés du
travail». Pour elle, aucune théorie d'ensemble n'est venue se substituer à
la théorie standard du marché concurrentiel, bien que celle-ci ne puisse
rendre compte du chômage de longue durée: «On ne dispose d'aucune
perspective théorique globale qui permette d'articuler les éléments partiels
de compréhension actuellement existants». Elle analyse à la fois les
recherches qui tentent d'expliquer ce chômage et celles qui portent sur
l'effet des politiques publiques, ce qui la conduit notamment à souligner
le rôle des intermédiaires (associations, entreprises, institutions) qui ont
une action régulatrice sur le marché du travail. Elle conclut que les marchés
du travail ressemblent «à des systèmes construits (...) à des univers sociaux
complexes où la part institutionnelle est forte». L'article qui suit ne se
propose pas de bâtir la théorie du chômage de longue durée dont
* Cet article développe l'exposé présenté durée : la théorie et l'action », paru dans cette
en décembre 1992 au séminaire du lerpso, revue (34 (2) 1993, pp. 271-291). Je remercie
« Le travail : marché et organisation », à Гос- Jean-Daniel Reynaud et les participants du
casion de la discussion de l'article d'Emma- séminaire pour leurs observations,
nuèle Reynaud, « Le chômage de longue
327 Revue française de sociologie
E. Reynaud souligne l'absence. Il a pour but de faire quelques suggestions
en vue de réduire ou plutôt de mieux appréhender la complexité des mar
chés du travail. L'accent est mis sur la construction d'un cadre d'analyse
qui permettrait de mieux situer les unes par rapport aux autres les diverses
explications partielles présentées par E. Reynaud. Plus les marchés du tra
vail et le chômage de longue durée se révèlent être des systèmes sociaux
complexes et plus il est nécessaire de définir quelques repères, quelques
points de passage obligé de toute analyse.
Selon l'OCDE, «le chômage de longue durée est l'un des phénomènes
les plus marquants intervenus sur le marché du travail dans les années
80». Le constat reprend celui qui était fait cinq ans avant et confirme la
prédiction formulée dès 1983 (OCDE, 1983, 1987, 1992). Les caractéristi
ques de cette forme de chômage sont maintenant assez bien connues. Les
faits majeurs sont les suivants.
1) Quand le taux de chômage augmente, la proportion de chômeurs de
longue durée (CLD : personnes en chômage depuis 12 mois ou plus) dans
le chômage total augmente aussi et des effets d'inertie apparaissent: une
baisse ultérieure du taux de chômage ne s'accompagne d'une baisse de la
proportion de CLD qu'avec un certain retard.
2) La proportion des CLD dans le chômage total diffère fortement selon
les pays. C'est ce que souligne l'OCDE (1992) : «La fréquence du chômage
de longue durée (...) était la plus forte dans les pays d'Europe (...) et gé
néralement la plus faible en Amérique du Nord et dans les pays Scandi
naves». Le Tableau I, tiré de l'étude de l'OCDE (1987), montre
l'importance de ces différences.
Tableau I. - Taux de chômage et proportion de cld
1979 1986
Taux Proportion Taux Proportion
Belgique 7,4 58,0 13,0 68,9
France 6,0 30,3 10,5 47,8
Allemagne 3,3 19,9 8,0 32,0
Japon 2,1 16,5 2,8 17,2
Pays-Bas 5,6 27,1 13,3 56,3
Suède 2,1 2,2 6,8 8,0
Royaume-Uni 4,8 24,8 11,8 41,1
Etats-Unis 5,8 4,2 7,0 8,7
3) Comme le souligne E. Reynaud, la composition du cld s'est modif
iée au cours de la décennie et on constate une sorte de «banalisation»
de cette forme de chômage qui frappe de plus en plus les adultes de 25
à 44 ans. C'est ce qui ressort des données de l'OCDE (1992).
328 Jean Vincens
Tableau II. - Composition du chômage de longue durée selon le sexe et l'âge*
Moins de 25-44 ans 45 ans et + Hommes Femmes 25 ans
Canada 1981 30,8 43,6 25,6 66,7 33,3
1989 9,0 52,2 38,8 64,2 35,8
France 1981 27,8 45,1 27,1 33,7 66,3
1988 17,4 60,8 21,8 42,1 57,9
Pays-Bas 1981 28,6 53,6 17,8 65,5 34,5
18,2 67,2 14,6 31,2 1988 68,8
Royaume-Uni 1981 24,4 34,7 40,9 78,2 21,8
1988 21,6 44,1 34,3 73,6 26,4
* Pourcentage de toutes les personnes au chômage depuis 12 mois ou plus.
Les différences entre pays, notamment en ce qui concerne la part res
pective des hommes et des femmes, sont fortes. La sociologie du chômage
s'est intéressée dès l'origine au chômage de longue durée. A une époque
où toute personne sans emploi depuis six mois était classée comme CLD,
R. Ledrut (1966, pp. 547 sq.) a fait ressortir les différences entre la France
et les Etats-Unis. Au cours des années 50 le chômage est plus élevé aux
Etats-Unis, même si on tient compte des défauts de comparabilité des don
nées. Cependant, le chômage de longue durée est beaucoup plus élevé en
France et sa part dans le total augmente quand le taux de chômage
diminue.
Ces contrastes entre des situations observées au cours de périodes fo
rtement différenciées du point du vue économique montrent le danger d'une
explication du chômage de longue durée qui serait trop centrée sur des
faits récents. Pour éviter ce danger, le problème doit être convenablement
posé. Il ne s'agit pas d'expliquer le chômage de longue durée - c'est-à-dire
de répondre à la question : pourquoi certains individus atteignent-ils une
ancienneté en chômage de 12 mois?-, il s'agit d'analyser comment sont
déterminées les durées de chômage que connaîtront les individus qui en
trent en chômage au cours d'une période donnée. Pour certains d'entre
eux cette durée dépassera 12 mois, seuil conventionnel du chômage de
longue durée. Raisonner en termes de distribution des durées de
conduit à prendre en compte simultanément les entrées et les sorties en
chômage et à combiner l'approche individuelle et l'approche globale : c'est
bien chaque individu qui est susceptible d'entrer en chômage et d'en sortir,
mais ce mouvement particulier est inclus dans le flux d'entrées et le flux
de sorties. C'est dans ce cadre que s'inscrit l'analyse de l'OCDE de 1987 :
«Les facteurs clés qui expliquent l'accroissement de la proportion de chô
meurs de longue durée sont ceux qui déterminent l'entrée et la sortie du
chômage» (p. 192).
Le flux de sorties du chômage au cours d'une période quelconque est
alimenté par le stock de chômeurs existant au début de cette période aug
menté par le flux d'entrées au cours de celle-ci. Ce constat d'évidence
329 Revue française de sociologie
conduit immédiatement aux questions que les économistes et les sociolo
gues trouvent naturel de poser : quels sont les liens entre le stock et le
flux de sorties? entre ce dernier et le flux d'entrées de la même période?
On sait bien que le stock est composé par les fractions non encore sorties
des flux d'entrées des périodes antérieures. En ce sens, le flux de
est éventuellement en relation avec tous les flux d'entrées antérieurs. Cette
façon de présenter une question bien connue cherche à convaincre que la
réflexion sur les durées de chômage doit lier étroitement le quantitatif et
l'étude des comportements. C'est, d'une manière apparemment paradoxale,
ce qui ressort de l'analyse qui va être présentée en premier lieu. Il faudra
ensuite s'interroger sur la façon de traiter les comportements : pour l'ana
lyse économique d'aujourd'hui (1), toute prise d'emploi est l'aboutiss
ement d'un double processus de recherche qui permet un appariement. La
tâche est donc de décrire ce processus et de caractériser cet appariement,
ce qui laisse ouvert un large éventail de possibilités, c'est-à-dire de spé
cifications, et n'exclut pas l'intervention d'autres acteurs, notamment des
organismes ď intermédiation. De même, dans la majorité des cas, l'entrée
en chômage résulte de la cessation d'une relation d'emploi. L'analyse doit
donc être capable de spécifier les caractères de cette relation, susceptibles
d'influencer sa fin : du contrat à durée déterminée à la règle du «dernier
entré, premier sorti».
Avec R. Ledrut, la sociologie du chômage avait accordé une grande
importance à l'idée de sélectivité. Cette conception a influencé les travaux
ultérieurs, d'autant plus aisément, peut-être, qu'elle semblait trouver son
symétrique dans la notion de discrimination développée en économie à
partir de 1960. Le chômage de longue durée, forme aiguë de la privation
d'emploi, paraissait fournir les meilleurs exemples de la sélectivité. L'ac
cent mis aujourd'hui sur la généralité du chômage et sur sa diffusion dans
l'ensemble des actifs amène E. Reynaud à s'interroger sur «les méca
nismes de sélection à l'œuvre sur les marchés du travail». On peut refor
muler la question en se demandant quels sont les mécanismes de sélection
susceptibles de provoquer une telle banalisation du chômage de longue
durée. L'analyse fondée sur l'idée d'appariement semble capable d'aider
à trouver des réponses. On en verra quelques aspects dans la seconde partie.
I. - Les durées de chômage
II est clair qu'une augmentation du nombre de chômeurs résulte d'une
inégalité entre le flux d'entrées et le flux de sorties du chômage par unité
de temps. Le stock varie en fonction de l'excès des entrées sur les sorties.
(1) Voir particulièrement l'ouvrage de C.A. Pissarides (1990, pp. 173 sq.).
330 Jean Vincens
La probabilité instantanée de sortie diminue donc avec l'augmentation du
stock, et l'ancienneté moyenne en chômage augmente. Il a souvent paru
naturel de greffer là-dessus les phénomènes de sélectivité pour expliquer
la différenciation des durées effectives de séjour en chômage. On reviendra
sur cette question, mais on se propose de montrer d'abord que dans un
univers purement probabiliste l'augmentation du nombre de chômeurs en
traîne une hausse de la proportion de chômeurs de longue durée et que
celle-ci dépend de l'importance des flux d'entrées et de sorties du chô
mage.
1. - Hypothèses
On se place dans un univers d'homogénéité parfaite et d'information
parfaite. Les travailleurs sont identiques et parfaitement substituables les
uns aux autres. Il en est de même des emplois. Les salariés n'ont aucune
préférence pour tel ou tel employeur, et réciproquement. Le processus d'ap-
pariement est donc réduit au minimum. Dans le cas où il y a autant d'emp
lois que d'actifs et où le chômage se réduit à un temps incompressible
de transit entre deux états (inactivité/activité) ou deux entreprises, l'appa-
riement s'effectue par la règle du «premier venu» : le travailleur prend
le premier emploi qu'il rencontre et l'employeur prend le premier candidat
qui se présente.
A ce degré de simplicité, le mécanisme régulateur peut être le prix si
on suppose qu'il existe un commissaire-priseur chargé de faire fonctionner
la concurrence pure. Mais on peut supposer aussi que le prix est fixé de
l'extérieur ou négocié centralement. L'homogénéité des travailleurs et des
emplois fait disparaître les différenciations catégorielles... Cet univers va
servir à décrire une évolution caractérisée par la montée du chômage. Les
hypothèses sont les suivantes.
1) La population active, A, est stable et les entrées, E, sont constamment
égales aux sorties, S.
2) Jusqu'au moment to, le volume de l'emploi global, T, était lui aussi
stable et tel qu'il n'existait qu'un très faible chômage. A partir de to, le
volume de l'emploi décroît linéairement et le nombre de chômeurs aug
mente lui aussi linéairement puisqu'il est égal à la différence A - T. Après
quelques années, l'emploi global se stabilisera à nouveau.
3) Les entrées dans la vie active sont exclusivement le fait de débutants,
c'est-à-dire de personnes qui n'avaient jamais travaillé.
4) Tous ceux qui entrent dans la vie active y restent jusqu'à l'âge de
la retraite, quelle que soit la situation où ils se trouvent, emploi ou chô
mage. Les sorties de la population active comprennent donc Si, sorties
d'actifs occupés, et S2, sorties de chômeurs, avec S = Si + S2.
5) Tous les actifs occupés qui partent à la retraite, Si, libèrent des emp
lois qui suscitent des embauches.
331 Revue française de sociologie
6) La variation de l'emploi global, d'une période à l'autre, est égale à
la différence entre les créations d'emplois, C, et les suppressions d'emp
lois, L.
Par définition, pour chaque établissement productif, l'accroissement de
l'effectif entre deux dates est assimilé aux créations d'emplois dues à cet
établissement. De même, la baisse de l'effectif d'un établissement est as
similée aux suppressions d'emplois opérées par lui. Pour l'économie dans
son ensemble, les créations et les disparitions d'emplois sont les sommes
algébriques des augmentations et des réductions d'effectifs mesurées à
l'échelle des établissements.
L'hypothèse 2 implique que, jusqu'à to, С = L. A partir de to et jusqu'à
ce que l'emploi se stabilise, on a С < L, la différence étant constante. On
admettra que L ne varie pas et que С diminue brusquement en to.
Le Graphique ci-dessous illustre la relation entre l'emploi global et la
population active d'une part, les créations et les suppressions d'emploi
Population active Emplois
Actifs
Emploi global
Suppressions d'emplois
Créations d'emplois
Temps
d'autre part.
7) Les suppressions d'emplois entraînent des licenciements et tous les
travailleurs licenciés entrent en chômage. De même, tous les débutants
passent d'abord par le chômage. Il n'y a pas d'autres licenciements ni de
démissions volontaires.
8) Les recrutements, R, ont pour but de pourvoir les emplois créés, C,
et ceux qui sont libérés par les départs à la retraite d'actifs occupés, Si.
332 Jean Vincens
Ces hypothèses donnent les identités suivantes :
R = С + Si
S = Si + S2
E = S
Les entrées en chômage sont égales à E + L. Les sorties du chômage
sont égales à S2 + R, soit Si + S2 + С ou encore E + C. Chaque fois que
С est inférieur à L, les entrées en chômage sont supérieures aux sorties
et le chômage global augmente.
Cet univers n'est pas celui de la concurrence parfaite où les variations
du salaire empêcheraient tout chômage durable. Mais il n'exclut pas des
négociations décentralisées et des ajustements, incapables toutefois de frei
ner la dégradation de l'emploi. Aussi, étant donné l'objectif de l'analyse,
le plus simple est de considérer que les salaires sont fixés de manière
exogène.
Le modèle très simplifié exclut la plupart des phénomènes de mobilité
par changement d'entreprise. Ne subsiste que la mobilité imposée aux tra
vailleurs dont l'emploi est supprimé et qui sont licenciés. Aucun d'eux
n'accède directement à un autre emploi, tous passent par le chômage. Il
n'y a pas de mobilité volontaire avec passage direct d'une entreprise à
l'autre. Le modèle présenté ici, aux ambitions très modestes, diffère sur
ce point des modèles de mobilité, tel celui de White (1970), qui décrivent
des chaînes de mobilité, chaque vacance d'emploi pouvant provoquer une
nouvelle vacance si l'emploi initialement libre est pourvu par mobilité
inter-entreprises sans passage par le chômage (2).
2. - La montée du chômage de longue durée
Etant donné les hypothèses qui viennent d'être faites, le chômage va
s'accroître de période en période. Par conséquent les travailleurs sans emp
loi vont se concurrencer pour être embauchés. Mais, comme on a supposé
qu'ils étaient parfaitement substituables, les employeurs ont intérêt à uti
liser le mécanisme d'appariement le plus simple, le moins coûteux : le
tirage au sort est un procédé socialement plus simple que la règle du pre
mier venu qui, en situation de chômage, susciterait des files d'attentes -
quand faudrait-il «candidater» à l'emploi vacant ou auprès de l'entreprise
susceptible d'avoir des emplois à pourvoir? Le procédé du tirage au sort
suppose que chaque personne à la recherche d'un emploi reçoit un billet
valable pour le tirage du jour où seraient pourvus les emplois déclarés
vacants ce jour-là. Les billets sont évidemment identiques au numéro près.
Ceux qui n'ont pas gagné restent en chômage et chacun reçoit un billet
(2) Pour une application simple de ce type d'analyse, cf. Vincens (1979) et Thélot (1980).
333

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