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Tendances et instincts. Emotions. Phénomènes affectifs. Sentiments. Esthétique élémentaire - compte-rendu ; n°1 ; vol.24, pg 488-502

De
16 pages
L'année psychologique - Année 1923 - Volume 24 - Numéro 1 - Pages 488-502
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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VI. Tendances et instincts. Emotions. Phénomènes affectifs.
Sentiments. Esthétique élémentaire
In: L'année psychologique. 1923 vol. 24. pp. 488-502.
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VI. Tendances et instincts. Emotions. Phénomènes affectifs. Sentiments. Esthétique élémentaire. In: L'année psychologique.
1923 vol. 24. pp. 488-502.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1923_num_24_1_4554488 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
VI. — Tendances et instincts. Emotions. Phénomènes
affectifs. Sentiments. Esthétique élémentaire.
JOSEPH R. GEIGER. — Concerning instincts. — J. of Ph., XXr
1923, p. 57-68.
Certains psychologues congédient trop aisément la notion d'ins
tinct.
Le professeur Dunlap, dans la même revue (J. of Ph., 1922r
vol. XIX, 85-94), avait contesté l'existence de l'instinct et affirmé
impossible sa distinction d'avec l'habitude. La classification des
instincts est forcément arbitraire et toujours relative à une concep
tion personnelle et subjective des divers buts que l'on prête à l'être
vivant ou à l'espèce. R. Geiger répond que la liste des instincts est
fixée par les diverses nécessités d'existence de l'espèce, nécessités
auxquelles il est pourvu par des organisations innées de réactions.
M. Dunlap avait soutenu que la succion, par exemple, n'aurait
peut-être pas été possible, si l'enfant n'avait pas déjà répondu par
la réaction du cri à l'excitation de l'air froid et de la -pression ; en
général, chaque réaction dite innée serait conditionnée par des dis
positions générales acquises, grâce aux réactions antérieures.
Geiger répond que, cette thèse serait-elle établie, il y a, dans cer
tains groupements de réactions nouvelles, quelque chose de « non
appris » (unlearned), reposant sur des mécanismes nerveux innés
et indépendants en eux-mêmes des divers mouvements précédents.
S. G.
W.-R. WELLS. — The anti-instinct fallacy {Le sophisme anti- ins
tinct). — Ps. Rev., XXX, 3, 1923, p. 228-234.
Il y a aujourd'hui une forte tendance, représentée en Amérique
par Bernard, Kuo, Kantor et Ayres, à nier l'existence d'instincts
chez l'homme ; les tendances qu'on considérait comme instinctives,
seraient, en réalité, acquises au cours du développement.
Il est important, dit W., de bien préciser à ce sujet le sens exact
de hérité et d'acquis.
En réalité, un grand nombre de caractères qu'on considère comme
hérités ou germinaux ne se forment qu'au cours du développement,
sous l'influence de facteurs extérieurs, et ne pourraient se former
sans cette influence. Il en est ainsi des caractères morphologiques,
même normaux.
Par suite, il ne faut pas croire que le fait d'admettre l'existence
d'instincts hérités, implique nécessairement une philosophie ani
miste ou vitaliste.
G. P.
ZING YANG KUO. — How are our Instincts acquired ? (Comment
nos instincts sont-ils acquis ?) — Ps. Rev., XXIX, 5, 1922, p. 344-
365.
Pour des raisons de méthode, l'auteur rejette la notion d'instinct ; TENDANCES ET INSTINCTS. EMOTIONS. SENTIMENTS 48&
cette idée relève, en effet, d'une psychologie paresseuse ; quand on
a prononcé le mot d'instinct, il n'y a plus rien à chercher. Il est,
au contraire, intéressant de se demander si l'on ne pourrait pas
expliquer les réactions instinctives, et répondre à la question, para
doxale, en apparance, que pose le titre.
Chez l'organisme nouveau-né (de l'animal ou de l'homme), on
constate un certain nombre de mouvements du corps, dépourvus
de suite et d'organisation : on les appellera les unités de réaction.
Ce sont les éléments à l'aide desquels seront plus tard construites les
activités plus complexes, celles auxquelles on donne le nom d'ins
tinct. Cette construction se réalise par le jeu d'une double intégra
tion ; d'une part, les mouvements élémentaires sont combinés
entre eux, de manière à assurer la coordination entre les différentes
parties du corps : c'est ainsi, que peu à peu, l'enfant arrive à passet
de l'émission spontanée des différents sons, à la prononciation du
mot, qui exige la mise en jeu d'organes variés. A ce, premier proces
sus, on donnera le nom d'intégration simultanée ; il y a aussi une
intégration temporelle ou intégration dans le temps, lorsque une série
d'actes se déploie avec une certaine régularité, en réponse à un
stimulus déterminé. Ainsi, lorsque le rat cherche à sortir du laby
rinthe, il commence par accomplir des mouvements désordonnés
(mais ces mouvements, déjà complexes, sont eux-mêmes des compos
és de mouvements élémentaires) ; l'exercice répété lui apprend à
ne retenir que les mouvements utiles pour sortir.
Dans l'étude de l'activité dirigée vers un but, on exclura la notion
de force interne, ou de tendance directrice, ou d'impulsion, etc.,
qui impliquent des postulats métaphysiques. Elles seront remplacées
par l'idée de comportement en série (behavior set) désignant simple
ment l'attitude préparatoire qui oriente l'organisme de telle sorte
qu'il réponde d'une manière discriminative à différents stimulus ou
groupes de stimulus. Cette attitude est non pas innée, mais acquise ;
elle est le produit et le résultat de l'expérience. Si l'enfant tette sa
mère, c'est qu'un premier essai a établi une liaison entre cette série
de mouvements et l'apaisement de la faim ; mais, avant cet essai,
il n'y avait pas en lui de tendance de ce genre. « L'enfant affamé
n'est pas nécessairement un enfant qui mange ». De même, dans
un autre domaine, l'instinct de l'amour propre n'est qu'un nom
abstrait pour désigner une série de réactions dirigées vers un but
commun : l'estime d'autrui ; cette série s'est formée parce que, dans
l'éducation morale, l'éloge ou le blâme de l'entourage sont très
souvent présentés comme stimulus de l'activité.
Il y a là une tentative intéressante qui peut fournir l'occasion de
nombreuses recherches expérimentales.
G. P.
J.-L. MURSELL. — The ontogenetic significance of Instinct, Habit
and Intelligence (La signification ontogénique de VInstinct, de
V Habitude et de l'Intelligence). — Ps. Rev., XXIX, 3, 1922, p. 163-
179.
Discussion un peu théorique sur la définition à donner de ces
trois termes. 490 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
L'Instinct est une réponse entièrement déterminée par la struc
ture héritée. Sans doute, elle ne se produit pas toujours, une fois le
stimulus donné, mais on peut calculer la probabilité avec laquelle
elle apparaîtra, en analysant un certain nombre de ses conditions
(simplicité ou complexité, entraînant une stabilité plus ou moins
grande du système, degré d'intégration du système, action de causes
empêchantes). Par suite, les instincts seraient, comme Angell l'a
soutenu, à la base des réactions émotionnelles. D'autre part, il n'y
aurait qu'une différence de degré entre l'instinct et le réflexe.
L'habitude est une modification du comportement, consécutive
à l'expérience ou à l'usage. L'auteur incline à croire que la modificat
ion produite par l'habitude, serait seulement fonctionnelle et non
organique : en tout cas, la modification organique serait très minime,
et reste d'ailleurs hypothétique.
Par intelligence d'un individu, nous entendons son «efficience »
globale ; par intelligence d'un acte, son efficience : il faut évidem
ment tenir compte pour définir cette du milieu, en parti
culier pour l'homme, du milieu social. L'intelligence générale est
déterminée par la structure héritée, bien qu'on ne puisse à propre
ment parler la considérer comme un instinct. Au contraire, l'intell
igence spéciale est un faisceau d'habitudes. Par là s'explique qu'une
intelligence médiocre soit compatible avec un haut degré d'habileté
technique ou spéculative. Pourtant un entraînement, si long soit-il,
ne saurait créer un faisceau d'habitudes d'une efficience moyenne
élevée sur une base organique faible ; tandis que, une intelligence
générale relativement supérieure c'est-à-dire, d'après la définition,
une efficience élevée, peut se développer en dépit des lacunes de
l'éducation ; puisqu'elle dépend essentiellement des qualités héré
ditaires (ou innées) de l'organisme.
En résumé, l'individu possède une « nature » héréditaire (il nous
semblerait préférable de dire innée), constituée par les instincts.
Ceux-ci peuvent être modifiés, mais non supprimés les habitudes.
La fonction de l'habitude est d'adopter les tendances complexes
au milieu environnant et de rendre l'action plus efficace ou (ce qui
revient au même), plus intelligente. C'est la construction de ce fai
sceau d'habitudes qui constitue une personnalité harmonieuse et
capable d'agir avec succès. G. P.
RUTH REED. — Changing conceptions of the maternal instinct
{Changement de conceptions de V instinct maternel), — J. of Abn.
Ps., XVIII, 4, 1923, p. 78-87.
Si l'on fait effort pour dépouiller l'instinct maternel de tout le
■« convenu » qui s'y rapporte, on constate, à la suite d'enquêtes et
de statistiques, que loin d'être absolument général chez les femmes,
il se répartit suivant une ordinaire courbe de fréquence. Objecti
vement, il semble dû au fait des habitudes contractées pendant une
longue gestation, peut être à la sensation de jouissance par stimulat
ion des organes sexuels, que procure l'allaitement, et à la tendance
qu'a la mère de s'identifier avec l'enfant comme un objet dont on
est fier, tendance où l'influence sociale va jouer un grand rôle.
M. L. TENDANCES ET INSTINCTS. EMOTIONS. SENTIMENTS 491
F.-A.-C. PERRIN. — The Psychology of motivation {La psychologie
de la motivation). — Ps. Rev., XXX, 3, 1923, p. 176-191.
Les motifs de l'activité humaine ont une base biologique : besoin
de nutrition, besoin sexuel, besoin de confort ; mais, chez l'homme,
tous ces désirs sont intellectualisés et socialisés. Les désirs de carac
tère social se ramènent tous au désir de prestige. L'homme social
tend à être remarqué, à être l'objet de soins et d'attention, à être
loué et complimenté, à être aimé, à exercer son autorité sur les autres
hommes. Ce désir de prestige représente l'aspect socialisé de la lutte
biologique. Il fournit une explication de la conduite sociale qui
peut être connue et formulée dans la langue de la science biologique.
G. P.
ENGLISH BAGBY. — The inferiority reaction {La réaction d'infér
iorité). — J. of Abn. Ps., XVIII, 3, 1923, p. 268-273.
Une réaction d'infériorité est un système d'habitudes de complexité
croissante. L'individu développe d'abord une attitude de crainte
«nvers ceux qui le traitent de manière hostile. Puis les renouvelle
ments fréquents de cette crainte le conduisent à échafauder un
système de réaction de défenses complexes que l'école de Freud
attribue à tort à l'instinct sexuel.
M. L.
E. VOIGTL^ENDER. — Zur Phänomenologie und Psychologie des
« alpinen Erlebnisses » {Psychologie de V alpinisme). — Z. für ang.
Ps., 22, 3-4, 1923, p. 258-270.
D'après l'auteur, les moments subjectifs de l'alpinisme seraient
la puissance de volonté pour arriver au résultat qui vise, non des
buts éloignés, mais bien limités, immédiats ; la satisfaction de
besoins physiques ; la recherche du grand, du solennel, du sublime,
du pur, bref d'un monde nouveau, comme l'écrivait déjà de Saus
sure en 1787.
Au point de vue objectif, l'alpinisme considère la montagne comme
une personne qu'il faut vaincre à tout prix, ou dont on veut se faire
une amie.
Il y aurait, paraît-il, des caractéristiques graphologiques spéciales
pour alpinistes : écriture relativement petite, irrégulière, simple,
oblique avec angles marqués et épaisseur moyenne.
Relevons, au passage, cette phrase : « Nous ne considérons pas la
touristique comme un sport, mais comme un rayonnement de vie ;
non pas une question de mode, mais comme une sorte de
culte de la nature, comme une expression de l'admiration divine. »
J. F.
ALICE G. IKIN. — The ontogenesis of introvert and extrovert
tendencies {L'ontogenèse des tendances égoïstes et extrospectices). —
Br. J. of Med. Ps., Ill, 2, 1923, p. 94-104.
L'auteur, qui a étudié sur elle-même des dissociations de la per
sonnalité, rappelant que pour Freud l'intérêt (qui motive les instincts
egocen triques), combat la libido — essentiellement une énergie 492 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
mentale — (qui préside aux instincts sexuels), alors que pour Jung
la lutte se poursuit entre la tendance de l'individu à persévérer
dans son être aux dépens de la race, et celle de se sacrifier à la race,
est amenée à penser que la libido, base de l'énergie sexuelle, est
aussi capable de se développer en énergie non sexuelle.
Nous rencontrons, soit des égoïstes (développement exclusif
de l'individu), soit des êtres sacrifiant leur développement indivi
duel à leurs instincts sexuels, soit des névrosés incapables d'établir
la balance, soit enfin des individus normaux et sociaux, chez qui
ni l'individu, ni la race ne devant être sacrifiés, nous trouvons
« l'altruisme » (la source essentielle de la libido étant en effet, la con
servation de la race et impliquant par là les tendances altruistes).
La sublimation devient « la dérivation de l'énergie initiale, motivant
n'importe quel instinct, dans des voies altruistes », et le conflit de
Freud ou de Jung se réduit à une troisième alternative : l'ego uti
lisant la libido en la sublimant.
M. L.
J.-T.-T. GREIG. — Freud's Theory of wit (La théorie de l'esprit chez
Freud). — Br. J. of Med. Ps., III, 1, 1923, p. 51-58.
Il est pour Freud, deux manières de faire de l'esprit : ou bien il
est inoffensif, et le plaisir consiste dans la technique des termes.
Ou bien il est tendancieux, et donne satisfaction à quelque tendance
hostile ou sexuelle : « le plaisir de l'esprit découle d'une économie
de dépense de l'inhibition ».
Outre, qu'il apparaît à l'auteur que la distinction entre les deux
formes est artificielle, une analyse un peu serrée le conduit à attribuer
le plaisir éprouvé à la difficulté surmontée. Le plaisir croîtra avec
la taille de la difficulté qu'il aura eue à vaincre.
M. L.
J.-R. KANTOR. — The Psychology of feeling or affective reactions
(La psychologie des ((réactions de sentiment » ou réactions affectives) .
— Am. J. of Ps., XXXIV, 3, 1923, p. 433-464.
Les phénomènes de sentiment ont d'abord été considérés comme
les plus intérieurs et les plus subjectifs, et par suite comme rebelles
à l'investigation scientifique. Mais, heureusement, la théorie James-
Lange, en accentuant le rôle des facteurs somatiques, manifeste la
première apparition de l'attitude behavioriste. L'importance de
la vie affective réclame l'étude des « activités de sentiment » comme
faits objectifs.
Les « réactions de sentiment » constituent un comportement d'un
type distinct : elles n'opèrent aucun changement immédiat dans les
objets d'où partent les stimuli, se séparant en cela des formes les
plus fréquentes de l'activité. La réaction affective n'est pourtant
pas une réaction retardée ou inhibée ; ni un vain surcroît, un «fonc
tionnement indifférent ».accompagnant les autres modes de l'action,
car le comportement affectif exerce sur les activités une pro
fonde influence. La réaction affective, sous sa forme la plus simple,
consiste dans un accroissement ou un décroissement de l'activité
générale ; c'est alors un type de comportement en apparence non TENDANCES ET INSTINCTS. ÉMOTIONS. SENTIMENTS 493
localisé et sans effet, dont peut nous donner une idée le bien-être
ou le malaise produits par un jour brillant ou sombre. Dans d'autres
« réponses affectives », la personne est plus précisément dirigée
vers le stimulus et son action plus nettement organisée par rapport
à lui : telles sont les réactions et satisfactions anticipées éprouvées
en voyant ou sentant la nourriture. Dans des cas plus complexes,
l'effet du stimulus sur la personne sera d'accroître ou de diminuer
son contact avec l'objet, ou d'éveiller son intérêt à l'égard de cet
objet, de façon qu'il en résulte une attitude favorable à l'action
excitante ou agréable du stimulus. La réaction de sentiment (fee
ling), n'agit pas sur l'objet lui-même, parce qu'elle s'opère essen
tiellement par des mécanismes internes. Elle se distingue de la réac
tion émotionnelle (emotional) (quoique toutes deux impliquent des
réflexes viscéraux), parce qu'elle est beaucoup mieux organisée et
adaptée à l'excitation. Elle se distingue du désir (quoique le désir
non plus ne modifie pas l'objet), car le désir comporte représentation
et souhait d'un objet absent et prépare parfois la « réaction affective »
elle-même. Enfin, la réaction de sentiment ne doit pas être con
fondue avec la réaction de souffrance (pain reaction) : la seconde
est discriminative, la première est adpatation ; et surtout la souf
france, lorsque ses réactions subséquentes ne sont pas empêchées,
tend à transformer le stimulus .
Les stimulants peuvent être tous ceux qui provoquent concurrem
ment d'autres réactions, mais ce sont moins des choses que des mod
ifications de choses : événements, obstacles se présentant dans
l'action, et les actions elles-mêmes. Résidant dans des mécanismes
internes, les réactions de sentiment possèdent une certaine indépen
dance par rapport à leurs stimuli : c'est le phénomène du transfert
du sentiment qui va d'un premier objet aux objets ressemblants ou
contigus.
Les réactions affectives peuvent avoir le caractère du réflexe, de
l'habitude, enfin même de la volonté. L'auteur termine par la dis
tinction de dix groupes généraux.
Il pense avoir montré que les sentiments sont tout aussi jus-,
ticiables que les autres faits psychologiques de la caractéristique
behavioriste. Mais pour qu'un travail, fait dans ce but, constitue un
apport véritable, il faudrait , semble-t-il, qu'il consistât un peu
moins exclusivement à transposer en termes d'activité les vérités
psychologiques acquises.
S. G.
E.-C. TOLMAN. — A behavioristic account oî the emotions [Défini
tion de V émotion en termes de comportement). — • Ps. Rev., XXX, 3,
1923, p. 217-227.
On a publié récemment de nombreux travaux sur l'émotion chez
les enfants, les aliénés, les animaux, toutes catégories de personnes
qui ne peuvent faire de l'introspection. Il a donc fallu recourir, pour
cette étude, à une définition de l'émotion par des caractères exté
rieurs, autrement dit définir en termes de comportement.
En réalité, le problème n'a pas été aperçu clairement, les auteurs
ont commencé par observer sans avoir posé de définition préalable. 494 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Le moment est venu de formuler explicitement les caractères aux
quels on peut reconnaître, vue du dehors, l'émotion. Il faut d'ailleurs
remarquer, que même les introspectionnistes possèdent au fond,
eux aussi, une pareille idée de l'émotion, car sans cela, comment
pourraient- ils la reconnaître chez autrui, puisqu'ils ne peuvent
pénétrer dans une autre conscience que la leur. De toutes façons,
et à quelque point de vue qu'on se place, une pareille définition doit
être fondée sur des signes extérieurs.
L'émotion se reconnaît à deux groupes de caractères : d'une part,
c'est une impulsion, une tendance dirigée vers un certain type de
comportement : ce comportement a ceci de particulier, qu'il tend
à écarter ou à maintenir le stimulus : par exemple, dans la peur, on
tend à se protéger contre le stimulus, dans la colère, à le détruire,
dans l'amour ou l'affection, à en prolonger les effets ; d'autre part
l'aspect mental de l'émotion peut aussi se définir en langage beha-
vioriste, comme d'ailleurs la sensation : on définit une sensation par
son stimulus, et les relations de similitude ou de différence qu'il
contient avec d'autres stimulus : par exemple, pour déterminer si
telle couleur est perçue par un animal, on examinera, s'il est capable
de fournir à un stimulus coloré d'une certaine façon, une autre r
éponse que celle qu'il donne à une autre sensation. Sans doute, il
est difficile de tenter des expérimentations de ce genre pour les
émotions, puisque les stimuli sont ici surtout organiques, internes.
Mais nous pouvons raisonner par analogie et émettre des hypothèses
probables, en attendant une confirmation expérimentale. D'ailleurs,
au point de vue pratique, c'est le premier groupe de caractères qui
est le plus important. G. P.
PAUL E. WILLIAMS. — A study of adolescent friendships (Etude
sur des amitiés d'adolescents). — Ped. Sem., XXX, 4, p. 342.
Rien ne serait plus utile, pour l'éducation morale, que de saisir,
avec quelque précision, l'éveil du sens social chez l'adolescent :
c'est à cet ordre d'idées que se rattache l'article de W., dont le but
est de déterminer, au moyen d'enquêtes, les conditions et les carac
tères des amitiés chez les tout jeunes gens. Ces enquêtes ont porté
sur 84 adolescents, pupilles de l'école pour jeunes délinquants de
Cleveland ; l'âge chronologique de ces sujets était compris entre 12
et 17 ans, leur âge mental entre 9 et 15 ans.
L'auteur cherche à savoir : 1° Si ces adolescents choisissent i
nconsciemment des amis de leur âge (chronologique ou mental) ;
2° quels sont les mobiles inconscients qui dirigent un tel choix •
3° Comment l'indignité morale de leur ami affecterait leur amitié.
Les résultats des confidences obtenues peuvent se résumer ainsi :
1° Ces jeunes gens choisissent leurs amis parmi les garçons de leur
âge (chronologique) : on remarque une légère tendance à choisir
des amis d'un âge mental un peu supérieur. •
2° Si on en croit les témoignages, le choix est surtout influencé
par des qualités morales, gaîté (34 cas), loyauté (24), dispositions
affectueuses (19), attachement (il), reconnaissance (15). Les jeunes
gens citent également, en bonne place, les qualités du bon joueur (13)
et la supériorité sportive (12 ). TENDANCES ET INSTINCTS. EMOTIONS. SENTIMENTS 495
Si on leur demande quelles qualités ils désirent reconnaître à leurs
amis, ils citent, selon l'ordre de fréquence, l'honnêteté, l'attache
ment, le courage, la loyauté, les dispositions athlétiques, la bonté,
la propreté, l'amabilité, l'entrain, etc.
3° A la question : « Si votre ami trichait ou volait, lui garderiez-
vous votre amitié ? » près des deux tiers répondaient par l'affirma
tive (58 oui, 26 non). A la question : « Le dénonceriez- vous dans ce
cas ? », il y avait presque unanimité de réponses négatives (74 non,
10 oui), accompagnées de commentaires variés, tels que : « je ne suis
pas un mouchard », ou, « il est mon ami », etc.
Enfin, la question : « Si votre ami se montrait poltron, lui resteriez-
vous attaché ?» a provoqué 45 oui, 39 non. Un grand nombre de
réponses affirmatives précisaient que le jeune garçon, s'efforcerait
de guérir son ami de la lâcheté ; presque toutes les réponses négat
ives témoignaient du dégoût de la poltronnerie.
H. L.
DONALD A. LAIRD. — How the high school student responds to
different incentives to work (Comment V élève d'école supérieure
réagit aux divers stimulants du travail). — Ped. Sem., XXX, 4-
p. 358. — How the college student responds to different in
centives to work (Comment V étudiant de collège réagit aux divers
stimulants du travail). — Ped. Sem., XXX, 4, p. 366.
Il ne suffit pas d'avoir de solides connaissances d'enseignement
pour faire un bon maître : il faut savoir provoquer le travail chez les
élèves. Or, les méthodes employées traditionnellement pour stimuler
l'ardeur des enfants et des jeunes gens, n'ont; guère été étudiées
avec méthode, au point de vue de leur rendement. Laird a tenté
cette étude en organisant une enquête rétrospective chez 92 étu
diants (de première ou de deuxième année de collège), à qui il demand
ait de se souvenir de leurs années d'école supérieure (high school),
et de dire comment ils se rappelaient avoir réagi aux diverses caté
gories de stimulants scolaires et extra-scolaires.
De cette enquête, il résulte que certains procédés communément
employés par la pédagogie traditionnelle, comme la réprimande
publique, les sarcasmes, le ridicule, les notes intentionnellement
rigoureuses, les tâches supplémentaires et les dernières survivances
de châtiment corporel ont une efficacité nulle, ou même des effets
négatifs (effet surtout marqué pour les moqueries en public, 9 0/0
travaillent mieux après cette sanction, 22,1 0/0 restent indifférents,
et 68, 1 0/0 travaillent plus mal).
Notons aussi la mauvaise influence chez ces adolescents, des
idylles ébauchées à l'école (love affairs), qui diminuent le travail
chez 40 0/0 des élèves (63,1 0/0 chez les garçons, 35 0/0 chez les
filles).
En revanche, les stimulants dont l'effet est plus ou moins positif
sur le travail sont, par ordre d'efficacité, l'attitude des parents
(rendement meilleur chez 88,4 0/0 des garçons, 79,9 chez les filles),
les conférences amicales entre le maître et l'élève (93,6 0/0 chez
les garçons, 75 0/0 chez les filles), les conférences du maître avec
les parents, en vue de félicitations, les avec les parents 496 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
occasionnées par un mauvais travail, et enfin l'exemption de certains
travaux scolaires considérée comme une récompense.
Laird s'est demandé également si les mêmes élèves réagissaient
d'une façon identique durant leurs années d'esnseignement supé
rieur (collège). Cette seconde partie de l'enquête n'accuse pas grande
différence avec la première (rien d'étonnant à cela puisqu'il s'agit
des mêmes individus). Pourtant, les choses du sentiment semblent
stimuler le travail des jeunes gens (40 0/0 des cas), diminuer le
travail des jeunes filles (9 0/0 seulement travaillent mieux). Ici
encore, les meilleurs stimulants semblent être les conférences ami
cales (85 0/0), les éloges publics (84 0/0, et l'attitude des parents
(81 0/0), qui est plus efficace chez les jeunes filles (90 0/0) que chez
les garçons.
H. L.
C. NON Y. — The biological and social significance of the expression
of the emotions (La signification biologique et sociale de l 'expression
des émotions). — Br. J. of Ps., XIII, 1922-23, p. 76-92.
En ce qui concerne la biologique de l'expression des
émotions, l'auteur accepte dans l'ensemble les idées de Dumas, et
pense que l'on doit rejeter les explications finalistes. Il semble
d'abord que font exception, à cette règle, les quatre émotions d
irectement liées à l'instinct de conservation : la peur, la colère,
l'émotion sexuelle, et la faim. Mais,même dans ces cas, il y a, à côté
de réactions utiles, un ensemble de réactions secondaires qui ne
s'expliquent que par la diffusion de l'excitation nerveuse. Lorsque
l'émotion est intense, les réactions secondaires, non explicables par
la finalité, passent au premier plan. Et d'ailleurs, en tant que les
réactions sont utiles, elles ne sont pas des émotions, mais des fonc
tions physiologiques.
L'auteur indique ensuite par quel processus l'expression des
émotions devient un langage et indique sommairement les conditions
de cette transformation. G. P.
MARGARET F. WASHBURN, RUTH FIELD et ELAINE
D. WOLF. — A study of revived emotions (Etude de la reviviscence
des émotions). — Am. J. of Ps., XXXIV, 1, 1923, p. 99-103.
Etude de la reviviscence volontaire d'une émotion de joie, de
colère et de peur chez 90 jeunes filles. On cherche les rapports de
trois variables : l'intensité, la vitesse avec laquelle le souvenir se
ravive, l'éloignement dans le temps de l'émotion originale.
La reviviscence est d'autant moins intense que le se
rapporte à un événement plus ancien. Cet affaiblissement est plus
sensible pour la colère que pour la peur et surtout pour la joie. Il
n'y a aucune relation entre la date du souvenir et la vitesse avec
laquelle il s'évoque ; la joie s'évoque plus vite que la peur et surtout
que la colère. La vitesse n'a pas non de proportion avec l'inten
sité, sauf dans le cas de la joie.
Il est difficile d'interpréter les manifestations physiques observées
ou senties par les sujets, à l'occasion de ces reviviscences émotionn
elles. P. G.

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