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Une étape du passage â l'âge adulte : l'emploi qui compte - article ; n°6 ; vol.52, pg 1297-1327

De
34 pages
Population - Année 1997 - Volume 52 - Numéro 6 - Pages 1297-1327
RouGERiE (Catherine), Courtois (Jocelyn).- Une étape du passage à l'âge adulte : l'emploi qui compte À 25 ans les jeunes ont acquis, dans leur grande majorité, un contrat à durée indéterminée. Cependant, les indicateurs statutaires sont insuffisants à rendre compte des mutations qui pourraient intervenir dans les processus d'accès à l'emploi. L'enquête Passage à l'âge adulte, menée en 1993 par l'Ined, constitue un bon point de départ pour une approche de type plus subjectif. Des jeunes y ont décrit leur premier emploi qui compte. Il apparaît que la grande majorité des enquêtes ont trouvé cet emploi, avant 25 ans, mais au terme d'un processus relativement long puisqu'il est bien souvent de plus de deux ans. Certains ont occupé plusieurs emplois avant de trouver le bon, d'autres l'ont trouvé immédiatement. Certains ont connu le chômage de longue durée, d'autres non. Derrière les divers profils d'insertion, il y a des processus de réduction plus ou moins forts des ambitions initiales. Au travers de l'exploration subjective, on perçoit des comportements différentiels qui combinent, par exemple, le groupe social d'appartenance au type de parcours accompli. Si l'approche subjective ne peut se substituer aux questionnements objectifs classiques, elle incite néanmoins à pousser la réflexion là où les situations individuelles se font plus floues, où les parcours ne conduisent plus de manière univoque des études à un emploi stable, et peuvent présenter au contraire des « retours en arrière », tel par exemple un retour chez les parents après une première expérience professionnelle décevante.
Rougerie (Catherine), Courtois (Jocelyn).- A step towards adulthood: the first real job By the age of 25, the great majority of young people are employed on a permanent work contract. But indicators based on the type of contract provide an incomplete picture of the changes which may occur in the process of obtaining employment. A good starting point for a more subjective approach to this question is provided by the Passage à l'âge adulte ('Coming of Age') survey, conducted by INED in 1993. In this young people were asked to describe their first real job. It emerges that the great majority of respondents found this job before the age of 25 but only after a relatively long process since it very often took longer than two years. Some had already had several jobs before finding their real one; others found it straight away. Some had experienced long-term employment; others had not. And behind the different patterns of insertion, there are the processes whereby initial ambitions are subject to varying degrees of reduction. Subjective exploration makes it possible to identify patterns of differential behaviour in which, for example, social origins are related to the type of itinerary accomplished. The subjective approach cannot replace the classic objective questions, but it does indicate the importance of reflection on individual situations that are becoming less sharply defined, and on itineraries that no longer run smoothly from education to stable employment and may on the contrary involve a 'backward step', such as returning to live with parents after a disappointing first experience of work.
Rougerie (Catherine), Courtois (Jocelyn).- Una etapa de la transición a la edad adulta: el empleo que cuenta A los 25 afios, la mayoria de jóvenes ha conseguido un contrato indefinido. No obs- tante, los indicadores de situación laboral no son suficientes para analizar las mutaciones que se producen en el proceso de acceso a un empleo estable. La encuesta Transición hacia la edad adulta, llevada a cabo en 1993 por el INED, constituye un buen punto de partida para un análisis de tipo más subjetivo. Los jóvenes descri- ben en ella el primer empleo que cuenta. La mayoria de encuestados encuentra este empleo antes de los 25 aňos, pero después de una trayeetoria relativamente larga, que puede durar más de dos afios. Algunos pasan por varios empleos antes de encontrar uno estable mientras que otros lo encuentran inmediatamente. Algunos han conocido el paro de larga duración, otros no. Detrás de los diferentes modelos de inserción hay procesos de relativa frustración de las aspiraciones iniciales. A través de una exploración subjetiva se observan comportamientos diferentes que combinan por ejemplo el grupo social y la evolución seguida. El análisis subjetivo no puede substituir a los cuestionarios objetivos tradicionales, pero incita a una reflexion más profun- da en etapas en que las situaciones individuales son más imprecisas; en este caso, los estu- dios no conducen de forma univoca a un empleo permanente, y se pueden producir retrocesos, como por ejemplo un retorno al hogar familiar después de una primera experien- cia profesionál frustrante.
31 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Catherine Rougerie
Jocelyn Courtois
Une étape du passage â l'âge adulte : l'emploi qui compte
In: Population, 52e année, n°6, 1997 pp. 1297-1327.
Citer ce document / Cite this document :
Rougerie Catherine, Courtois Jocelyn. Une étape du passage â l'âge adulte : l'emploi qui compte. In: Population, 52e année,
n°6, 1997 pp. 1297-1327.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pop_0032-4663_1997_num_52_6_6512Résumé
RouGERiE (Catherine), Courtois (Jocelyn).- Une étape du passage à l'âge adulte : l'emploi qui compte
À 25 ans les jeunes ont acquis, dans leur grande majorité, un contrat à durée indéterminée. Cependant,
les indicateurs statutaires sont insuffisants à rendre compte des mutations qui pourraient intervenir dans
les processus d'accès à l'emploi. L'enquête Passage à l'âge adulte, menée en 1993 par l'Ined, constitue
un bon point de départ pour une approche de type plus subjectif. Des jeunes y ont décrit leur premier
emploi qui compte. Il apparaît que la grande majorité des enquêtes ont trouvé cet emploi, avant 25 ans,
mais au terme d'un processus relativement long puisqu'il est bien souvent de plus de deux ans.
Certains ont occupé plusieurs emplois avant de trouver le bon, d'autres l'ont trouvé immédiatement. ont connu le chômage de longue durée, d'autres non. Derrière les divers profils d'insertion, il y
a des processus de réduction plus ou moins forts des ambitions initiales. Au travers de l'exploration
subjective, on perçoit des comportements différentiels qui combinent, par exemple, le groupe social
d'appartenance au type de parcours accompli. Si l'approche subjective ne peut se substituer aux
questionnements objectifs classiques, elle incite néanmoins à pousser la réflexion là où les situations
individuelles se font plus floues, où les parcours ne conduisent plus de manière univoque des études à
un emploi stable, et peuvent présenter au contraire des « retours en arrière », tel par exemple un retour
chez les parents après une première expérience professionnelle décevante.
Abstract
Rougerie (Catherine), Courtois (Jocelyn).- A step towards adulthood: the first real job By the age of 25,
the great majority of young people are employed on a permanent work contract. But indicators based on
the type of contract provide an incomplete picture of the changes which may occur in the process of
obtaining employment. A good starting point for a more subjective approach to this question is provided
by the Passage à l'âge adulte ('Coming of Age') survey, conducted by INED in 1993. In this young
people were asked to describe their first real job. It emerges that the great majority of respondents
found this job before the age of 25 but only after a relatively long process since it very often took longer
than two years. Some had already had several jobs before finding their real one; others found it straight
away. Some had experienced long-term employment; others had not. And behind the different patterns
of insertion, there are the processes whereby initial ambitions are subject to varying degrees of
reduction. Subjective exploration makes it possible to identify patterns of differential behaviour in which,
for example, social origins are related to the type of itinerary accomplished. The subjective approach
cannot replace the classic objective questions, but it does indicate the importance of reflection on
individual situations that are becoming less sharply defined, and on itineraries that no longer run
smoothly from education to stable employment and may on the contrary involve a 'backward step', such
as returning to live with parents after a disappointing first experience of work.
Resumen
Rougerie (Catherine), Courtois (Jocelyn).- Una etapa de la transición a la edad adulta: el empleo que
cuenta A los 25 afios, la mayoria de jóvenes ha conseguido un contrato indefinido. No obs- tante, los
indicadores de situación laboral no son suficientes para analizar las mutaciones que se producen en el
proceso de acceso a un empleo estable. La encuesta "Transición hacia la edad adulta", llevada a cabo
en 1993 por el INED, constituye un buen punto de partida para un análisis de tipo más subjetivo. Los
jóvenes descri- ben en ella el primer empleo que cuenta. La mayoria de encuestados encuentra este
empleo antes de los 25 aňos, pero después de una trayeetoria relativamente larga, que puede durar
más de dos afios. Algunos pasan por varios empleos antes de encontrar uno estable mientras que
otros lo encuentran inmediatamente. Algunos han conocido el paro de larga duración, otros no. Detrás
de los diferentes modelos de inserción hay procesos de relativa frustración de las aspiraciones
iniciales. A través de una exploración subjetiva se observan comportamientos diferentes que combinan
por ejemplo el grupo social y la evolución seguida. El análisis subjetivo no puede substituir a los
cuestionarios objetivos tradicionales, pero incita a una reflexion más profun- da en etapas en que las
situaciones individuales son más imprecisas; en este caso, los estu- dios no conducen de forma
univoca a un empleo permanente, y se pueden producir retrocesos, como por ejemplo un retorno al
hogar familiar después de una primera experien- cia profesionál frustrante.UNE ETAPE DU PASSAGE A L'ÂGE
ADULTE : L'EMPLOI QUI COMPTE*
De nombreux travaux économiques, sociologiques et dé
mographiques ont montré que l'accès à la vie adulte autonome
est de plus en plus difficile. Une raison importante réside dans
le retard à l'insertion professionnelle des nouvelles générat
ions : de la fin des études au premier emploi stable et corre
spondant à leurs souhaits et à leur formation, les étapes et
embûches sur le parcours des jeunes sont nombreuses. On peut
en juger au travers d'indicateurs comme la fréquence des em
plois précaires (intérim, CDD, contrats-formation, etc.) ou à
temps partiel. Catherine Rougerie* et Jocelyn Courtois** pro
posent ici une approche plus subjective, résultant des appréciat
ions portées par les jeunes eux-mêmes : quand estiment-ils
avoir accédé au «premier emploi qui compte» vraiment ?
Quels en sont les attributs ? Quelles ont été les étapes anté
rieures de leur cursus ? On verra que les réponses dépendent
de la formation acquise, certes, mais aussi du milieu social
et du sexe.
La problématique de l'accès à l'emploi pour les jeunes sortant du
système scolaire est aujourd'hui largement décrite par les divers indicateurs
que fournit le marché de l'emploi. On sait ainsi que de moins en moins
de débouchés à temps plein s'offrent à ces jeunes ; on connaît la montée
des contrats aidés, des stages et des contrats à durée déterminée ; le taux
de chômage record pour les moins qualifiés, l'embauche pour un grand
nombre sur des postes peu qualifiés quel que soit le niveau de formation
initiale'". Dans un contexte de mutation et de crise de la société salariale,
l'intégration sociale par l'emploi n'est plus acquise d'emblée. Assurément, les
u Nous remercions Brice Ranaivo pour sa participation à cet article, qui est l'abou
tissement d'un travail mené à l'Ined entre décembre 1994 et juin 1995, sous la direction de
Catherine Villeneuve-Gokalp et Michel Bozon.
* Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques, ministère
de l'Emploi et de la Solidarité, Paris.
** Groupe d'études et de réflexion interrégional, Paris.
(1) Familles professionnelles, données de cadrage, dossiers de la Dares, n° 5-6, Docu
mentation française. Les auteurs repèrent l'existence de deux sphères distinctes d'insertion
des jeunes : l'une concernant des professions dont l'accès est réglementé par un concours ou
un examen professionnel, essentiellement l'enseignement et la santé, qui recrutent de jeunes
diplômés de l'enseignement supérieur avec des salaires définis par leur statut; l'autre dans
laquelle les embauches se font sur des postes peu qualifiés, et ce quel que soit le niveau de
formation, laissant à la promotion interne le soin de régler dans l'entreprise le problème du
remplacement des plus vieux par les jeunes.
Population, 6, 1997, 1297-1328 1298 С. ROUGERIE, J. COURTOIS
chances d'un jeune qui entre dans la vie active avec cinq années d'études
après le baccalauréat n'ont jamais été les mêmes que celles d'un jeune
sans qualification ; mais aujourd'hui, l'inégalité des chances tend à se renforcer
parce que l'accès au marché du travail fait de plus en plus appel à un corpus
de compétences qui dépasse largement les compétences acquises à l'école.
Des phénomènes socioculturels de fond accompagnent les évolutions
économiques. Ainsi en est-il de l'allongement de la jeunesse, et du diffè-
rement des seuils de passage de l'adolescence à l'âge adulte. L'entrée dans
la vie active est aujourd'hui le plus souvent progressive et s'effectue
un processus d'expérimentation que l'individu mène par approximations
successives, au prix d'éventuels retours en arrière, et au cours duquel il
opère l'ajustement de ses ambitions initiales pour aboutir à une position
sociale. À ce titre certaines trajectoires peuvent être source de frustration
alors que d'autres semblent plus réussies(2). Le modèle naguère le plus r
épandu de passage à l'âge adulte était un modèle instantané (soit dans la
bourgeoisie par l'effet de mécanismes de socialisation anticipatoire assurant
une position sociale par le réseau familial, soit par l'effet du diplôme, qui
donnait une image claire du métier, soit dans les milieux populaires par
un accès précoce au travail). Il fait place aujourd'hui à un modèle d'adapt
ation par approximations successives. En particulier, la massification de
l'enseignement ne permet plus de disposer, à travers le diplôme, d'un signal
clair quant à la position sociale que l'on peut atteindre.
Comment appréhender la complexité des transitions vers l'emploi? Les
mesures du marché du travail disent peu de choses des processus en construction,
encore moins des stratégies individuelles. L'enquête Jeunes réalisée par l'Insee
en 1992 a permis d'explorer un peu plus de 9 000 trajectoires de jeunes ayant
entre 18 et 29 ans. Elle montre comment l'allongement de la scolarité, la gé
néralisation de l'activité féminine, les difficultés chroniques sur le marché du
travail ont bouleversé la place relative et le rôle social des jeunes13'. Jusqu'à
25 ans, les jeunes connaissent le chômage ou des «formes particulières d'emp
loi » : intérim, apprentissage, stages de la formation professionnelle, contrats
aidés, contrats à durée déterminée ou saisonniers. Ce n'est plus le cas après
25 ans puisque à cet âge ils ont acquis, dans la grande majorité des cas,
un contrat à durée indéterminée, et que leur taux de chômage rejoint celui
de la population active plus âgée. L'approche par les statuts d'emploi permet
donc de repérer un processus de stabilisation qui semble arriver à son terme.
Mais que recouvre ce de lorsque les statuts d'emploi
tendent précisément à se précariser pour l'ensemble de la population active?
La mesure d'indicateurs statutaires apporte certes de précieuses indications
sur les évolutions en cours dans le champ du travail, mais elle n'est pas
suffisante : si elle rend compte d'un allongement et d'une difficulté crois
sante de l'accès à l'emploi, elle ne dit rien des modifications qui pourraient
intervenir dans les modalités mêmes de cet accès.
(2> Cf. Olivier Galland, « Un nouvel âge de la vie », Revue Française de Sociologie,
XXXI, 1990.
(3) « Les trajectoires des jeunes : transitions professionnelles et familiales », Économie
et statistique, Insee, n° 283-284, 1995. L' EMPLOI QUI COMPTE 1 299
L'approche que nous proposons ici est un peu différente de celles qui se
pratiquent habituellement. Nous avons adopté le point de vue subjectif de jeunes
gens de 25 à 34 ans, qui ont donc franchi, selon toute apparence, une étape
marquante de leur entrée dans l'emploi, et qui peuvent fournir rétrospectivement
des indications sur la façon dont s'est déroulée cette étape. À travers les réponses
à une question de l'enquête Passage à l'âge adulte menée en 1993 par l'Ined, nous
avons cherché à savoir comment ils évaluent leur intégration dans l'emploi et quel
avenir s'ouvre à eux en fonction des atouts dont ils disposent - ou ne disposent
pas. L'enquête Passage à l'âge adulte a été réalisée au même moment que l'en
quête Jeunes ; certaines questions sont d'ailleurs communes aux deux enquêtes.
Enquête biographique rétrospective auprès de 3 000 jeunes adultes âgés de 25
à 34 ans, l'enquête Passage à l'âge adulte, menée par M. Bozon et C. Villeneuve-
Gokalp, a plus d'ambition que de décrire la seule transition vers l'emploi. Elle interroge
les jeunes sur l'enchaînement des différentes étapes de leur jeunesse que sont la fin
des études, le départ de chez les parents, l'acquisition d'un premier emploi, la mise
en couple, le premier enfant. Il s'agissait d'observer l'ensemble des phases de transition
grâce auxquelles les jeunes se constituent comme adultes.
L'enquête a été réalisée sur la base de quotas établis à partir des résultats de
l'enquête Emploi de l'Insee. Ces quotas portent sur la proportion de personnes en couple
(parmi les adultes de 25 à 34 ans), la composition professionnelle, la proportion de per
sonnes avec ou sans emploi. Un nombre égal de personnes âgées de 25 à 29 ans et de
personnes âgées de 30 à 34 ans ont été interrogées. Au total, l'échantillon recueilli comporte
2 988 personnes, dont 1 478 hommes et 1 510 femmes.
Un certain nombre de questions insistent sur des situations considérées comme « floues »
dans l'optique du passage à l'âge adulte : reprise éventuelle d'études, fréquence des séparations
amoureuses, retour chez les parents après un premier départ, multiplication des emplois de
courte durée... De ce point de vue, les questions portant sur l'emploi cherchent à cerner l'e
nchaînement d'étapes significatives, en partant du premier emploi stable, pour revenir ensuite
au premier emploi de courte durée, et aboutir enfin au premier emploi «vrai », c'est-à-dire
celui, s'il existe, qui a satisfait le plus aux souhaits de l'enquêté.
Nous remercions l'Ined, les auteurs de l'enquête et les informaticiens de l'Ined
d'avoir mis à notre disposition les résultats de l'enquête. Nous remercions plus par
ticulièrement et chaleureusement C. Villeneuve-Gokalp et M. Bozon de leur aide at
tentive et soutenue tout au long de notre travail.
Pour décrire les étapes de l'acquisition de l'emploi, Passage à l'âge
adulte distingue les «petits boulots» {baby-sitting, cours particuliers, ser
vices dans les centres aérés, aide dans un magasin...), le «premier emploi
de plus d'un mois» (occupé au moins à mi-temps, et en dehors des vacances
scolaires), le «premier emploi stable» (premier emploi occupé pendant plus
de six mois, au moins à mi-temps, avec un contrat sans limite de durée
ou un statut d'entrepreneur à son compte). Ce sont là plusieurs facettes clas
siques de l'emploi. Mais l'enquête demande aussi aux jeunes de décrire leur
«premier vrai emploi» : «parmi les emplois de plus d'un mois que vous avez
occupés, y en a-t-il un que vous considérez comme votre premier vrai em-
ploi(4), correspondant à vos souhaits?». On sait si cet emploi a été trouvé,
quand il a été occupé, et pour quelles raisons il convenait au jeune interrogé.
(4) Les caractères gras sont ceux du questionnaire. 1 300 С. ROUGERIE, J. COURTOIS
II est aussi demandé si cet emploi est un de ceux décrits par ailleurs dans
l'enquête (5), et ceci permet des rapprochements avec les situations statutaires.
Parler de «vrai» emploi, c'est supposer sa reconnaissance en tant
qu'objet social, qui vient donc s'opposer et se confronter aux diverses s
ituations d'attente (les formes particulières d'emploi auxquelles il est fait
référence plus haut) que l'individu a pu connaître auparavant ; la notion
s'appuie sur un principe de réalité. En revanche «l'emploi correspondant
à vos souhaits» relève de l'appréciation personnelle : le souhait que peut
formuler un individu quant à la situation professionnelle qu'il va occuper
semble faire appel, en effet, à une palette de motivations qui le rendent
éminemment volatil. Il variera en fonction des ambitions initiales, des pro
jets de vie, des idéaux personnels, voire de situations fortuites. Celui qui
désigne son vrai emploi ou qui déclare ne pas l'avoir trouvé effectue donc
un arbitrage implicite et subjectif entre des souhaits plus ou moins réali
sables et l'appréciation d'une réalité qui s'impose à lui. C'est d'ailleurs
pourquoi nous préférons parler de l'emploi qui compte, afin de garder pré
sente à l'esprit toute la complexité du champ dans lequel s'effectue la r
éponse des enquêtes. L'emploi qui compte, c'est celui que l'on cherchait à
titre individuel, mais il s'inscrit aussi dans une dynamique sociale de pas
sage à l'âge adulte. Autrement dit, des régularités sociales viennent su
rdéterminer les choix personnels.
De multiples étapes marquent le passage à l'âge adulte : le départ de
chez les parents, l'acquisition d'une indépendance financière, l'installation
dans la vie en couple, la naissance d'un enfant. C'est en franchissant ces
différents seuils que l'individu se dote des attributs qui feront de lui un
adulte. L'accession à l'emploi participe de ce processus de construction
identitaire. L'emploi qui compte, décrit par ceux qui l'ont trouvé, son ab
sence pour les autres, les raisons pour lesquelles il mérite d'être distingué,
les étapes au terme desquelles il a été atteint donnent quelques points de
repère pour caractériser les attentes de ces jeunes qui vivent dans un pro
cessus actif une étape importante de leur entrée dans l'âge adulte. L'in
sertion professionnelle des jeunes est plus longue et plus difficile qu'il y
a 20 ans(6) : nous allons montrer qu'elle n'est pas la même pour tous, parce
que le fait d'avoir trouvé ou non l'emploi qui compte d'une part, les trajectoires
qui y mènent d'autre part, varient selon les groupes sociodémographiques, et
parce que la façon dont l'emploi qui compte est jugé rétrospectivement par les
jeunes qui l'ont trouvé varie, avec les groupes sociodémographiques encore,
mais aussi avec les trajectoires sociales parcourues.
(5> La question est ainsi formulée :
« Cet emploi est-il :
— votre premier emploi de plus de six mois ?
— votre premier emploi de plus d'un mois?
—emploi actuel ?
— nous n'avons pas encore parlé de cet emploi »
(6) M. Meron et C. Mini, « Des études à l'emploi : plus tard et plus difficilement qu'il
y a vingt ans », in «Les trajectoires des jeunes : transitions professionnelles et familiales »,
Économie et statistique, Insee, n° 283-284, 1995. L'EMPLOI QUI COMPTE 1301
I. - Qui trouve l'emploi qui compte ?
Un certain nombre de critères nous ont servi à catégoriser l'emploi qui
compte. Le sexe tout d'abord, car hommes et femmes ne sont pas égaux face à
l'emploi, ainsi qu'en témoignent de nombreux indicateurs. Le niveau de diplôme
ensuite, dont on sait qu'il est particulièrement discriminant dans le déroulement
des processus d'intégration sociale. Les catégories socioprofessionnelles enfin,
auxquelles appartiennent les jeunes lors de l'enquête. L'échantillon était trop
réduit pour une exploration fine des milieux sociaux d'arrivée, et nous sommes
conscients du caractère fruste de la catégorisation que nous avons utilisée.
Mais il nous semblait néanmoins important d'introduire cette dimension so
cioprofessionnelle, tant du point de vue de l'appartenance sociale d'arrivée
que du point de vue des mobilités intergénérationnelles, alors même que le
capital socioculturel dont dispose une personne à son entrée dans la vie active
apparaît déterminant dans la réalisation de ses ambitions.
Un quart des enquêtes disent n'avoir pas trouvé l'emploi qui compte.
Il y a bien évidemment les jeunes qui n'ont pas terminé leurs études et
ceux qui sont toujours à la recherche d'un premier emploi. Mais parmi qui ont déjà occupé un emploi il y a beaucoup de non diplômés, et
surtout des femmes : 31 % de ceux qui n'ont aucun diplôme, 29% de ceux
qui ont seulement le BEPC, n'ont pas trouvé. Le pourcentage global, toutes
catégories de diplôme confondues et sans tenir compte de ceux qui n'ont
pas fini leurs études, s'établit à 22%. En outre, environ un tiers de ceux
qui n'ont pas trouvé ont aussi connu une ou plusieurs périodes de chômage.
En raison de leur absence de qualification, les femmes les moins diplômées
ont peu de choix sur le marché du travail, et se voient proposer des postes
peu valorisants ; pour certaines d'entre elles, le travail ne constitue d'ailleurs
pas la voie principale de leur réalisation personnelle, qui se fera d'abord dans
la cellule familiale. Parler de souhait - « un emploi correspondant à vos sou
haits » - n'a sans doute alors pas le même sens que pour un cadre masculin
qui poursuit une carrière : par référence à un modèle proposé par ses pairs,
ce dernier pourra, par exemple, considérer qu'il n'a pas encore atteint les
objectifs qu'il s'est assignés. Les motifs pour lesquels tel ou tel n'a pas trouvé
sont donc complexes, et nous en chercherons l'explication par contrepoint
chez ceux qui ont trouvé.
Ces derniers sont nombreux, puisqu'ils constituent les trois quarts des enquêt
es. On peut même dire que «les jeux sont faits», ou presque, dès 25 ans : si
79% des hommes interrogés disent avoir eu un premier emploi qui compte,
ils sont déjà 76% à 25 ans(7) ; après 25 ans, la proportion n'évolue que très
peu. Il en va de même pour les femmes. Quelle que soit la catégorie socio-
(7> On a calculé, pour faire ces comparaisons : la proportion d'individus ayant acquis
cet emploi avant 25 ans au sein la population des plus de 25 ans; la proportion d'individus
ayant acquis cet emploi avant 30 ans au sein la population des plus de 30 ans. С. ROUGERIE, J. COURTOIS 1302
professionnelle, et quel que soit le sexe, l'emploi qui compte s'acquiert, en
règle générale, avant 25 ans (figure 1). En revanche le temps d'acquisition
Pourcentages Pourcentages
- 100 100
04 92 pn
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81 82
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о— Ind. ■ Cadr. à 25 ans Hommes Inter. Ш Empl. à 30 Ж ans OQ
■ à 25 ans В à 30 ans
Femmes
Note de lecture : chez les ouvrières, l'emploi qui compte a été trouvé avant 25 ans dans 65% des cas.
Légende :
Ind. : professions indépendantes;
Cadr. : cadres;
Inter. : intermédiaires;
Empl. : employés;
OQ : ouvriers qualifiés;
ONQ : non qualifiés;
EPB : employées des bureaux et des services publics;
ECS : des commerces et des services directs aux particuliers;
Ouv. : ouvrières.
Les pourcentages de ceux qui ont trouvé un vrai emploi à 25 ans (resp. 30 ans) ont été calculés sur la population des plus de 25 ans
(resp. 30 ans).
Figure 1- Proportion d'hommes et de femmes ayant trouvé
l'emploi qui compte selon l'âge et la catégorie socioprofessionnelle
Sauf indication contraire dans la légende, se reporter en annexe В pour connaître les
effectifs des populations sur lesquelles portent les figures L'EMPLOI QUI COMPTE 1303
est plutôt long : il est, dans bien des cas, de plus de deux ans après la fin
des études. Les jeunes cadres masculins, par exemple, qui sont par ailleurs
parmi les plus nombreux à déclarer qu'ils ont trouvé (93%), ne sont que
65 % à l'avoir fait dans les deux ans qui ont suivi la fin de leurs études
(figure 2). Notons au passage que si les hommes, mettent en apparence un
temps plus long que les femmes à trouver, cette différence disparaît totalement
lorsque l'on tient compte du service militaire. Un calcul, nécessairement ap
proximatif, puisqu'il ne porte que sur les individus dont les dates d'acquis
ition de l'emploi qui compte et de fin d'études sont connues, indique
Pourcentages Pourcentages
100^
94 93
90 L 90 _ 87
83 83
80 80
73 74 N 72 70
70 70 67 67 65
58 60 60
52 521 51 50 50
44
40 40
30 30
20 20
10 10
0 0
Ind. Cadr. Inter. EPB ECS Ouv. Ind. Cadr. Inter. Empl. OQ ONQ
I Trouvé en moins de 2 ans В Ensemble des 25 à 34 ans! |И Trouvé en moins de 2 ans OEnsemble des 25 à 34 ans|
Hommes Femmes
Note de lecture : chez les ouvrières, l'emploi qui compte a été trouvé moins de deux ans après la fin des études dans 52% des cas.
Légende : voir figure 1.
Les pourcentages de ceux qui ont eu un vrai emploi moins de deux ans après la fin de leurs études ont été calculés sur la population
de ceux qui avaient terminé leurs études depuis au deux ans.
Figure 2- Proportion d'hommes et de femmes ayant trouvé
l'emploi qui compte selon le délai d'acquisition de l'emploi
et la catégorie socioprofessionnelle