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SUE marie-joseph dit eugène (1804-1857)

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Universalis_Article publié par Encyclopaedia Universalis SSUUEE mmaarriiee--jjoosseepphh ddiitt eeuuggèènnee ((11880044--11885577)) eL'écrivain français le plus populaire du xix siècle, qui conféra au feuilleton ses lettres de noblesse en y intégrant le roman social. Issu d'une famille prestigieuse de chirurgiens, fils du médecin en chef de la garde des consuls, le petit Marie-Joseph Sue a pour marraine Joséphine Bonaparte et pour parrain Eugène de Beauharnais. Ces glorieux antécédents ne l'empêchent pas d'être un élève fort médiocre et turbulent ; aussi son père le retirera-t-il du collège avant la fin de ses études pour tenter de lui faire apprendre la médecine par la pratique. Nommé chirurgien surnuméraire de la maison militaire du roi, le jeune homme ne retiendra guère de son état que les joies de la vie d'étudiant. Après une malheureuse affaire de cave paternelle pillée en compagnie de ses amis de prédilection, Eugène se retrouve expédié en Espagne, lors de l'intervention armée en 1823, comme attaché au personnel médical. Nommé à Toulon en 1825, il regagne rapidement Paris, où, étalant un luxe tapageur, il compte parmi les dandys les plus remarqués de l'époque. Cinq années en tout, coupées par deux grands voyages destinés à dompter sa jeunesse indocile, dans les mers du Sud, aux Antilles et en Grèce, où il assiste au combat de Navarin.
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SUE marie-joseph dit eugène (1804-1857)

L'écrivain français le plus populaire du xixe siècle, qui conféra au feuilleton ses lettres de noblesse en y intégrant le roman social. Issu d'une famille prestigieuse de chirurgiens, fils du médecin en chef de la garde des consuls, le petit Marie-Joseph Sue a pour marraine Joséphine Bonaparte et pour parrain Eugène de Beauharnais. Ces glorieux antécédents ne l'empêchent pas d'être un élève fort médiocre et turbulent ; aussi son père le retirera-t-il du collège avant la fin de ses études pour tenter de lui faire apprendre la médecine par la pratique. Nommé chirurgien surnuméraire de la maison militaire du roi, le jeune homme ne retiendra guère de son état que les joies de la vie d'étudiant. Après une malheureuse affaire de cave paternelle pillée en compagnie de ses amis de prédilection, Eugène se retrouve expédié en Espagne, lors de l'intervention armée en 1823, comme attaché au personnel médical. Nommé à Toulon en 1825, il regagne rapidement Paris, où, étalant un luxe tapageur, il compte parmi les dandys les plus remarqués de l'époque. Cinq années en tout, coupées par deux grands voyages destinés à dompter sa jeunesse indocile, dans les mers du Sud, aux Antilles et en Grèce, où il assiste au combat de Navarin.

En 1830, la mort de son père le met à la tête d'une solide fortune : appartement d'un luxe raffiné et maîtresse officielle, Olympe Pelissier (en attendant d'être amoureux de Marie d'Agoult) ; il sera aussi l'un des tout premiers membres du Jockey-Club lors de sa fondation en 1833. Pour meubler ses loisirs, il écrit des romans d'aventures inspirés de ses voyages, sacrifiant à la vogue du « frénétisme » avec des héros dont les actions diaboliques et la férocité sans bornes défient la société et la morale : Kernok le Pirate et El Gitano, parus dans La Mode en 1830 et réunis l'année suivante sous le titre de Plik et Plok ; Atar-Gull (1831), affichant un cynisme encore plus grinçant avec une froide analyse de la traite des nègres et un dénouement dont l'amoralisme est un pied-de-nez à nos institutions, roman qui annonce par surcroît la future esthétique des Mystères de Paris avec la dispersion de l'unité de lieu et la fragmentation du récit en épisodes. Exception faite de Latréaumont, roman historique sur la Fronde, Eugène Sue se cantonnera jusqu'en 1838, et avec un vif succès, dans la littérature maritime : La Salamandre (1832), La Coucaratcha (1832), recueil de récits et de contes, La Vigie de Koat-Ven (1833), sans compter d'innombrables récits publiés dans des keepsakes. Il se lance enfin en 1834 dans une vaste Histoire de la marine française depuis le XVe siècle jusqu'à nos jours, précédée d'un Précis historique sur la marine française depuis le IXe siècle jusqu'au XVe, roman historique en dix volumes.

La seconde période ou manière de Sue est le roman de mœurs élégant publié en feuilleton. L'écrivain décide d'exploiter à son tour le filon pour se tirer de terribles embarras financiers. Arthur, et surtout le beau roman de Mathilde, Mémoires d'une jeune femme, remportent un fracassant succès.

L'année 1841 inaugure l'ère du très grand Sue avec le feuilleton social. Les premiers chapitres des futurs Mystères de Paris, écrits un peu au hasard, sous l'effet d'une sympathie naissante pour le socialisme, furent publiés à partir de juin 1842 au Journal des débats et connurent un succès sans précédent dans l'histoire du feuilleton. L'écrivain y dépeint les bas-fonds parisiens avec un réalisme d'une telle force qu'il se transforme, de par l'horrible et le terrifiant du sujet, en une vision d'une extraordinaire poésie fantastique. Sue se livre à une révision des jugements sur le mal et le crime, y voyant le fait d'un processus inéluctable dû plus à l'accident et au malheur qu'à un vice inné ; et il dénonce avec une véhémence croissante le mécanisme aveugle de lois sociales inhumaines et l'inconscience coupable des classes bourgeoises.

Avec Le Juif errant (Le Constitutionnel, 25 juin 1844-12 juillet 1845), l'écrivain approfondit sa formule, comme en témoigne une plus grande sûreté de composition. Il y manifeste de plus un anticléricalisme d'une virulence nouvelle — nullement incompatible d'ailleurs avec le caractère chrétien de son socialisme —, assimilant les Jésuites au fléau de la peste qui ravagea Paris en 1832, et qui joue dans le roman un rôle de premier plan.

Eugène Sue publie les Mémoires d'un valet de chambre ou Martin, l'enfant trouvé et commence Les Sept Péchés capitaux lorsque éclate la révolution de 1848. De sa terre des Bordes, en Sologne, il s'engage en écrivant dans les journaux locaux visant à endoctriner, sans grand succès semble-t-il, les populations paysannes (Le Républicain des campagnes, Le Berger de Kravan). Mais il est triomphalement élu député sur son « fief » de Paris en 1849, lors d'élections de remplacement, comme républicain socialiste. Emprisonné, lors du coup d'État du 2 décembre 1851, puis relaxé, il devance les proscriptions et se réfugie en Savoie, à Annecy, d'où il n'obtiendra jamais la permission de rentrer en France, même au moment de l'amnistie de 1853. Durant les dernières années assez tristes et amères de sa vie, il trouva un adoucissement dans l'amitié de Marie de Solms, cousine de Napoléon III, exilée comme lui, et un dérivatif dans une activité littéraire intense : Fernand Duplessis ou les Mémoires d'un mari, La Marquise Cornélia d'Alfi ou le Lac d'Annecy et ses environs, La Famille Jouffroy, Le Diable médecin (en 5 parties), étude sur la condition féminine, Le Fils de famille, plaidoyer en faveur de l'enfant naturel, et surtout la vaste fresque des Mystères du peuple ou Histoire d'une famille de prolétaires à travers les âges, qui furent, dernier revers pour l'écrivain, interdits au moment de leur parution. Eugène Sue mourut victime d'une hémiplégie.

Auteur: FRANCE CANH-GRUYER
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