Cette publication est accessible gratuitement
Lire

WAHL jean (1888-1974)

De
7 pages
Universalis_Article publié par Encyclopaedia Universalis WWAAHHLL jjeeaann ((11888888--11997744)) Philosophe et poète, Jean Wahl fut d'abord un élève brillant au lycée Janson-de-Sailly à Paris. Après un an de préparation au lycée Louis-le- Grand, il entre à l'École normale supérieure en 1907 et, dès 1910, est agrégé de philosophie (premier de la liste devant son ami Gabriel Marcel). Docteur ès lettres en 1920, il enseigne à Besançon, Nancy, Lyon, avant d'être appelé à la Sorbonne en 1936 où, hors le tragique entracte de la Seconde Guerre mondiale et de la persécution raciste, il enseigne presque jusqu'à sa mort. En province comme à Paris, malgré sa chétive stature et des dehors timides, pendant près de soixante ans, Wahl exerce sur plusieurs générations d'étudiants (et bien au-delà du milieu universitaire) une très profonde influence, non seulement par une culture exceptionnellement vaste, son goût fervent de tous les arts, sa vocation personnelle de poète bilingue (l'anglais lui est aussi familier que sa langue maternelle, et en littérature comme en philosophie, en peinture aussi bien qu'en musique sa curiosité et son savoir dépassent toute frontière), mais aussi par une méthode pédagogique très personnelle, faite surtout de questionnements et d'apparentes hésitations, par un jeu d'apories allant toujours au cœur même du réel.
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

Henri GOUHIER 1898-1994

de Encyclopaedia-Universalis

Mikel DUFRENNE 1910-1995

de Encyclopaedia-Universalis

Clémence RAMNOUX 1905-1997

de Encyclopaedia-Universalis

WAHL jean (1888-1974)

Philosophe et poète, Jean Wahl fut d'abord un élève brillant au lycée Janson-de-Sailly à Paris. Après un an de préparation au lycée Louis-le-Grand, il entre à l'École normale supérieure en 1907 et, dès 1910, est agrégé de philosophie (premier de la liste devant son ami Gabriel Marcel). Docteur ès lettres en 1920, il enseigne à Besançon, Nancy, Lyon, avant d'être appelé à la Sorbonne en 1936 où, hors le tragique entracte de la Seconde Guerre mondiale et de la persécution raciste, il enseigne presque jusqu'à sa mort. En province comme à Paris, malgré sa chétive stature et des dehors timides, pendant près de soixante ans, Wahl exerce sur plusieurs générations d'étudiants (et bien au-delà du milieu universitaire) une très profonde influence, non seulement par une culture exceptionnellement vaste, son goût fervent de tous les arts, sa vocation personnelle de poète bilingue (l'anglais lui est aussi familier que sa langue maternelle, et en littérature comme en philosophie, en peinture aussi bien qu'en musique sa curiosité et son savoir dépassent toute frontière), mais aussi par une méthode pédagogique très personnelle, faite surtout de questionnements et d'apparentes hésitations, par un jeu d'apories allant toujours au cœur même du réel.

Après l'exode de 1940, qui avait laissé Wahl à Bayonne, il est rappelé à la Sorbonne en octobre, mais l'ordre vient de Vichy, en décembre, de mettre d'office à la retraite les professeurs d'origine juive. C'est à présent dans une chambre d'hôtel que Wahl réunit ses étudiants ; loin de se taire, il dit crûment ce qu'il pense de la collaboration et même de l'attentisme. Arrêté en juillet 1941, il est jeté au cachot, puis interné à Drancy. Grâce à plusieurs interventions, il est libéré en novembre, très affaibli. Il gagne les États-Unis en 1942, où il enseigne à Mount Holyoke College. Rentré à Paris en 1945, il fait de son appartement un lieu de rencontre pour des philosophes, des écrivains, des artistes de tous âges et de tous pays. Directeur de la Revue de métaphysique et de morale, président de la Société française de philosophie, fondateur et animateur du Collège philosophique, visiting professor à Chicago, à Berkeley, en Tunisie, il est présent à tous les congrès, mais aussi aux concerts et aux expositions.

Ses thèses de 1920 publiées chez Alcan (Le Rôle de l'idée d'instant dans la philosophie de Descartes et Les Philosophies pluralistes d'Angleterre et d'Amérique) laissent paraître les axes centraux de sa pensée. Dans la vision cartésienne du temps, il décèle la menace du discontinu, mais, d'autre part, derrière la façade du néo-hégélianisme anglais, il montre la valeur « tragique » du « singulier », notamment (avec MacTaggart) l'idée d'un « Dieu fini » dont la « victoire n'est pas fatale ». D'une parfaite érudition, son Étude sur le « Parménide » de Platon, achevée en 1923, montre de quelle manière les successives hypothèses du dialogue « dissocient » l'« idée d'unité » pour la faire « apparaître dans sa diversité ». Éclairant par ses sources éléatiques, héraclitéennes, mais aussi sophistiques, ce « nœud gordien proposé aux philosophes », elle souligne comment Platon, par une vraie « dialectique empirique » plus souple que la déduction cartésienne ou spinoziste, transmue en catharsis un jeu d'antilogies, qui, au-delà du « mélange » même des formes, révèle concrètement leurs « générations » et leurs « luttes ».

Bientôt, chez Hegel lui-même, en deçà du « système », dans les écrits de jeunesse et dans le poème Éleusis, d'inspiration hölderlinienne, Wahl discerne à ses origines et dans ses premiers efforts de synthèse l'« expérience vivante » du négatif comme « déchirure ». En 1930 paraît le Malheur de la conscience dans la philosophie de Hegel, où les thèmes religieux tiennent une place déterminante. Sans ce livre, qui fut une révélation pour beaucoup de jeunes philosophes, on peut penser que ni Kojève ni Hyppolite n'auraient pu remettre à la mode un ouvrage difficile et si peu estimé de nos maîtres universitaires.

Ici encore les lectures de Wahl sont à la fois rétrospectives et prospectives ; il sait ce que doit le jeune Hegel aux textes qu'il a médités lors de son apprentissage théologique (y compris ceux de Maître Eckhart), mais déjà il décèle dans ses ébauches juvéniles le problème si « moderne » de Nietzsche (« faire avec le désespoir le plus profond l'espoir le plus invincible ») et les essais d'une solution par la Vernunft, c'est-à-dire par une « raison » plus proche du « cœur » que le « froid entendement ». Rappelant que Luther, dans un de ses hymnes, annonce la « mort de Dieu », mystère à la fois « sombre et transparent », il insiste sur les analyses hégéliennes du judaïsme et du christianisme et, ce faisant, livre sans doute beaucoup de lui-même.

L'année même où s'imprime cette étude sur la « conscience malheureuse », Wahl est membre du jury d'agrégation devant lequel Jean-Paul Sartre présente une leçon inspirée par la lecture de Husserl. Et c'est quelques mois plus tôt qu'à Davos, entre deux phrases de la grande joute entre Heidegger et Cassirer, tandis que Levinas leur expliquait L'Être et le Temps, Cavaillès vient de révéler à quelques normaliens le Journal métaphysique de Gabriel Marcel. Dès cette époque, mieux que personne en France, Wahl mesurait l'importance (les limites aussi) de la double vague, « phénoménologique » et « existentielle », qui allait nous submerger jusqu'aux années 1960. Malgré les novations de son vocabulaire, elle ne faisait pour lui (qui fut pourtant l'un de ses meilleurs porte-parole) que prolonger un courant de pensée où confluaient le vieux Platon et le jeune Hegel, Kierkegaard et Nietzsche, Maine de Biran et les Anglo-Saxons si subtilement analysés en 1920.

Réunissant trois longs articles en 1932, Wahl précise, dans sa préface, que le premier mot du titre retenu pour ce recueil, Vers le concret, n'est pas moins signifiant que le dernier, car il s'agit bien de décrire trois itinéraires qui sont d'abord des questionnements (et des « oscillations »), celui de William James, celui de Whitehead (avec cette rencontre du « négatif » qui scinde en « objets » et en « événements » ce qui était d'abord « appréhendé » comme solide « plénitude »), enfin celui de Marcel, qui, réfléchissant sur le préréflexif, a rencontré le mystère du non-problématisable.

Lorsque Wahl publie ses Études kierkegaardiennes (Paris, 1938), monument presque incomparable de savoir et de sympathique compréhension, déjà sont manifestes les essentiels apports de sa propre pensée. Le « mur infranchissable » qu'il évoque à la fin (avant les appendices sur Heidegger et Jaspers) est bien pour lui tout ensemble « accueil » et « écueil ». Qu'il ne soit dialectique qui ne conduise sans risque de la « réalité » à l'« extase », telle encore sera la conclusion du grand Traité de métaphysique (Paris, 1953), qui considère hardiment toutes les apories de l'être et du non-être, de la nature et de la liberté, et se refuse pourtant à systématiser l'insystématisable. Existence humaine et transcendance (Neuchâtel, 1944), Tableau de la philosophie française (Paris, 1946), Petite Histoire de l'existentialisme (Paris, 1947), La Pensée de l'existence (Paris, 1954), Présentation de Nietzsche (Paris, 1963), L'Expérience métaphysique (Paris, 1964). L'Athéisme éclairé de dom Deschamps (Genève, 1967), préfaces, articles, catalogues d'exposition, poèmes épars dans des revues, traductions diverses, autant de jalons sur un très ferme itinéraire, qu'il faudrait suivre aussi à travers des exposés dans les colloques (comme en 1964 à Royaumont sur « L'ordre et le désordre dans la pensée de Nietzsche », ou en 1966 à Cerisy sur le « surréel », où Wahl situe Breton dans la lignée de Blake) et à travers les cours de Sorbonne qui furent enregistrés et reproduits, notamment cette Étude sur l'« Introduction à la métaphysique » de Heidegger (1956) où, à propos de l'être « disséminé » dans les étants, il invite ses auditeurs à une « sobre sagesse ».

Auteur: MAURICE DE GANDILLAC
Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin