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WALZER Michael (1935- )

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Universalis_Article publié par Encyclopaedia Universalis WALZER Michael (1935- ) Philosophe américain, professeur à l'Institute for Advanced Study de Princeton, codirecteur de la revue Dissent, Michael Walzer est une des figures les plus marquantes de la gauche intellectuelle aux États-Unis. Philosophe politique, il est aussi un penseur engagé, depuis la guerre du Vietnam jusqu'aux événements les plus récents : attentats du 11 septembre 2001, conflit israélo-palestinien, intervention en Irak. Sa réflexion vise à éclairer les dilemmes de l'action, tant sur le vif de l'événement qu'à l'occasion de recherches plus érudites, comme celles qu'il a consacrées au procès de Louis XVI et à la question de la légitimité d'un ordre juridique révolutionnaire (Régicide et Révolution, trad. franç., 1989), ou encore à la notion de guerre juste (Guerres justes et injustes, trad. franç., 1999 ; De la Guerre et du terrorisme, trad. franç., 2004). Son engagement, qui remonte aux combats des années 1960 pour les droits civiques, s'est nourri d'une réflexion politique et morale qui peut assumer des choix en faveur d'un usage de la force qui proportionne toujours les moyens aux fins poursuivis. C'est ainsi que Michael Walzer a été conduit à prendre ses distances avec la vulgate « gauchiste » américaine, à propos des réactions au terrorisme ou du conflit israélo-palestinien. Il a par exemple assumé tant l'engagement de l'O.T.A.N.
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WALZER Michael (1935- )

Philosophe américain, professeur à l'Institute for Advanced Study de Princeton, codirecteur de la revue Dissent, Michael Walzer est une des figures les plus marquantes de la gauche intellectuelle aux États-Unis. Philosophe politique, il est aussi un penseur engagé, depuis la guerre du Vietnam jusqu'aux événements les plus récents : attentats du 11 septembre 2001, conflit israélo-palestinien, intervention en Irak. Sa réflexion vise à éclairer les dilemmes de l'action, tant sur le vif de l'événement qu'à l'occasion de recherches plus érudites, comme celles qu'il a consacrées au procès de Louis XVI et à la question de la légitimité d'un ordre juridique révolutionnaire (Régicide et Révolution, trad. franç., 1989), ou encore à la notion de guerre juste (Guerres justes et injustes, trad. franç., 1999 ; De la Guerre et du terrorisme, trad. franç., 2004).

Son engagement, qui remonte aux combats des années 1960 pour les droits civiques, s'est nourri d'une réflexion politique et morale qui peut assumer des choix en faveur d'un usage de la force qui proportionne toujours les moyens aux fins poursuivis. C'est ainsi que Michael Walzer a été conduit à prendre ses distances avec la vulgate « gauchiste » américaine, à propos des réactions au terrorisme ou du conflit israélo-palestinien. Il a par exemple assumé tant l'engagement de l'O.T.A.N. au Kosovo que l'offensive américaine en Irak, tout en affirmant clairement quelles devraient en être les limites. C'est que sa réflexion ne s'articule pas seulement à la critique sociale classique : pour lui, la visée de l'égalité et de l'émancipation ne doit pas masquer les difficultés issues des dynamiques propres aux sociétés contemporaines, individualisme et communautarisme. Par ailleurs, nourri d'une tradition de républicanisme civique et de réflexions sur la nécessité du libéralisme politique, il se défie des concessions aux différentes formes de totalitarisme qu'une certaine gauche est parfois amenée à faire au nom de la justice sociale et de la défense des plus démunis.

La question de la justice et de l'égalité habite d'ailleurs depuis longtemps sa réflexion théorique. Il en a livré une analyse magistrale dans son principal ouvrage, Sphères de justice (trad. franç., 1997). Il s'y tient à égale distance des thèses communautaristes, qui dénient toute possibilité d'une vision universaliste en la matière, et des thèses formalistes, comme celle de John Rawls, qui prétendent pouvoir fournir une idée de la justice sociale dépouillée de tout particularisme historique et social. Selon Michael Walzer, une telle perspective est en grande partie chimérique. Elle ne vaut tout au plus que pour les situations limites, où seule demeure la pure individualité menacée et fragile d'un être arraché à ses appartenances traditionnelles (réfugiés, exilés). Mais, dans la grande majorité des cas, les personnes appartiennent à des communautés diverses et bien vivantes. Ces appartenances, à condition qu'elles ne soient pas exclusives, marquent à ses yeux des protections solides contre les dangers d'un individualisme sans limites, qui laisse les plus faibles démunis. Elles sont donc à conforter bien plus qu'à combattre, et permettent de se représenter la société comme composée d'individus et de regroupements communautaires, quand bien même ceux-ci seraient temporaires et limités à un type d'activité. Le libéralisme de Walzer le pousse à admettre que toutes les formes de regroupements identitaires sont légitimes, tant que l'individu n'y est pas assigné.

À ses yeux en effet, le pluralisme des formes de vie est une des valeurs les plus profondes de la démocratie, et doit être articulé au souci de l'égalité. Aussi faut-il résister aux différentes forces qui menacent ce pluralisme : le péril totalitaire, mais aussi la loi du marché, lorsqu'elle vient régir la distribution de biens qui ne sont pas de nature marchande (l'éducation, la santé, voire la citoyenneté elle-même). La grande vertu du libéralisme, selon Walzer, c'est d'avoir su construire des séparations solides entre les différentes sphères d'activités humaines (commerce, politique, religion, culture). L'injustice suprême, à ses yeux, naît de l'empiètement de l'une de ces sphères sur les autres. Cette réflexion se poursuit avec Raison et passion : pour une critique du libéralisme (trad. franç., 2003).

On le voit, le multiculturalisme tel que le défend Michael Walzer n'est pas une variante du communautarisme, mais il place la possibilité pour un individu de s'accomplir dans la possibilité d'appartenances multiples, plutôt que dans le refus de toute appartenance.

Est-ce à dire que nous ne pouvons nous référer à un horizon d'universalité ? Loin de cette conclusion, Walzer propose de renouveler la perspective universaliste. Il distingue d'un universalisme de surplomb, qui ne vaut que par sa capacité d'énoncer des interdits absolus (ainsi de la Déclaration des droits de l'homme), ce qu'il appelle « universalisme réitératif », qui opère par la reprise d'expériences singulières qui acquièrent une valeur exemplaire : le paradigme en étant sans doute l'expérience de l'exode du peuple juif, la sortie d'Égypte valant ici comme histoire canonique de toute libération. Walzer retrouve ainsi, au cœur de ses engagements et de sa réflexion, l'expérience singulière du peuple juif, dont il a entrepris de retracer l'histoire de la pensée politique (The Jewish Political Tradition, en collaboration, 2000 et 2003). L'enjeu de cette quête est double à ses yeux : éviter l'appropriation de la tradition juive par les courants les plus fermés du judaïsme, qui voudraient en faire un marqueur communautaire, mais aussi permettre à tous, juifs et non juifs, d'accéder à la richesse d'une tradition dont tous ont à apprendre.

Auteur: JOEL ROMAN
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