Cette publication est accessible gratuitement
Lire

WILLIAMS sir bernard (1929-2003)

De
4 pages
Universalis_Article publié par Encyclopaedia Universalis WILLIAMS sir bernard (1929-2003) Philosophe anglais né le 21 septembre 1929 à Westcliff (Essex), mort le 10 juin 2003 à Rome. Bernard Arthur Owen Williams fait ses études au Balliol College à Oxford. Professeur de philosophie à l'université de Cambridge de 1967 à 1979, il en dirige le King's College de 1979 à 1987. Il enseigne ensuite à Berkeley de 1988 à 2003 et à Oxford de 1990 à 1996. Passionné d'opéra, il prend part à la vie politique de son pays en tant que membre de plusieurs commissions ministérielles. Spécialiste des auteurs classiques (Platon, Aristote) et de la pensée grecque, Williams écrit également sur Descartes, Nietzsche et Wittgenstein ainsi que sur les questions d'identité personnelle, la relation entre la morale et la motivation humaine, l'idée d'égalité sociale et politique, la nature et la valeur de la vérité, le sens de la mort ainsi que le rôle et les limites de l'objectivité dans les domaines des sciences, de la morale et de la vie humaine. Il ne crée pas de système philosophique, convaincu que les théories systématiques ne reflètent pas la contingence, la complexité et l'individualité de la vie humaine. Williams affirme que les sciences humaines ne peuvent prétendre à l'objectivité et à l'universalité des sciences physiques et rejette d'autant plus cette ambition, prônée par l'utilitarisme et la pensée kantienne, dans le domaine de l'éthique.
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

WILLIAMS sir bernard (1929-2003)

Philosophe anglais né le 21 septembre 1929 à Westcliff (Essex), mort le 10 juin 2003 à Rome.

Bernard Arthur Owen Williams fait ses études au Balliol College à Oxford. Professeur de philosophie à l'université de Cambridge de 1967 à 1979, il en dirige le King's College de 1979 à 1987. Il enseigne ensuite à Berkeley de 1988 à 2003 et à Oxford de 1990 à 1996. Passionné d'opéra, il prend part à la vie politique de son pays en tant que membre de plusieurs commissions ministérielles.

Spécialiste des auteurs classiques (Platon, Aristote) et de la pensée grecque, Williams écrit également sur Descartes, Nietzsche et Wittgenstein ainsi que sur les questions d'identité personnelle, la relation entre la morale et la motivation humaine, l'idée d'égalité sociale et politique, la nature et la valeur de la vérité, le sens de la mort ainsi que le rôle et les limites de l'objectivité dans les domaines des sciences, de la morale et de la vie humaine. Il ne crée pas de système philosophique, convaincu que les théories systématiques ne reflètent pas la contingence, la complexité et l'individualité de la vie humaine.

Williams affirme que les sciences humaines ne peuvent prétendre à l'objectivité et à l'universalité des sciences physiques et rejette d'autant plus cette ambition, prônée par l'utilitarisme et la pensée kantienne, dans le domaine de l'éthique. Dans Descartes : The Project of Pure Inquiry (1978), il explique que l'objectivité scientifique consiste selon lui à se rapprocher autant que possible d'une réalité indépendante de tout point de vue humain.

En revanche, il remet en cause cette notion d'objectivité en matière d'éthique. Selon lui, les jugements moraux ne concernent pas la réalité du monde extérieur mais les actions des hommes. La vérité objective en la matière vient alors de la validité objective du raisonnement qui étaye les jugements pratiques émis sur les actions des hommes. L'analogie avec l'objectivité scientifique réside en ce que l'homme atteint cette vérité objective et universellement valide en détectant et en corrigeant les distorsions que son point de vue personnel introduit dans ses jugements pratiques. Plus il corrige de distorsions, plus il s'approche de la vérité.

Mais c'est précisément ce but, central à l'idée d'objectivité morale, que Williams condamne. Il trouve absurde de vouloir découvrir comment émettre un jugement pratique qui échappe au point de vue individuel. Cela revient selon lui à nier sa propre existence personnelle. Il pense au contraire que les raisons qui guident nos actions sont « internes » plutôt qu'« externes » : elles proviennent de nos motivations psychologiques et ne peuvent être dictées par la seule force de la raison. Williams défend également une certaine forme de relativisme éthique. Il croit que la vérité éthique ne peut qu'être locale, historiquement contingente et fondée sur les motifs et les actes réels de l'homme, qui ne sont par définition ni intemporels ni universels. En conséquence, il est selon lui impossible d'appliquer un jugement moral à une culture trop éloignée de la sienne dans le temps et par sa nature.

Ces arguments sont développés dans Ethics and the Limits of Philosophy (1985, L'Éthique et les limites de la philosophie), A Critique of Utilitarianism (1973, in Utilitarianism : For and Against [Utilitarisme, le pour et le contre]) et certains essais réimprimés dans Moral Luck (1981, La Fortune morale) et Making Sense of Humanity (1995). Le débat que suscite Williams en prétendant que les lois morales impersonnelles sapent l'intégrité des projets et des relations personnels, qui donnent à la vie tout son sens, marquera la philosophie morale et politique de la fin du xxe siècle. Même les philosophes qui rejettent ses conclusions sont souvent amenés à tenir compte du point de vue personnel dans la théorie morale.

Dans Shame and Necessity (1993, La Honte et la nécessité), Williams cherche à savoir si la moralité d'une personne est indépendante des circonstances purement contingentes, comme Kant le prétend. Il invente pour cela le concept de « fortune morale » et donne de bonnes raisons de croire que les hommes sont moralement vulnérables aux contingences qu'ils ne contrôlent pas, comme l'illustre la tragédie grecque (l'ignorance de sa filiation au moment de ses actes ne disculpe pas Œdipe d'avoir tué son père et épousé sa mère).

Williams conclut qu'au lieu de suivre le modèle des sciences naturelles, la volonté de mieux comprendre la nature humaine devrait s'appuyer sur l'histoire, qui prend du recul par rapport au présent sans oublier la complexité de l'homme. Vers la fin de sa carrière, cette conception trouve appui dans la tradition généalogique de Nietzsche, qu'il admire. Dans son dernier ouvrage, Truth and Truthfulness (2002, Vérité et véracité), Williams applique ces idées à l'importance de la vérité dans les sphères théoriques et pratiques ainsi que dans les relations politiques et personnelles.

Parmi ses autres ouvrages clés figurent Morality : An Introduction to Ethics (1972), Problems of the Self : Philosophical Papers (1973), In the Beginning Was the Deed : Realism and Moralism in Political Argument (2005), The Sense of the Past : Essays in the History of Philosophy (2005), Philosophy as a Humanistic Discipline (2005) et On Opera (2006).

Auteur: THOMAS NAGEL E.U.
Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin