Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Travail, argent et inégalités en France (XIXeXXe siècles) Par ...

2 pages

Travail, argent et inégalités en France (XIXeXXe siècles) Par ...

Publié par :
Ajouté le : 21 juillet 2011
Lecture(s) : 117
Signaler un abus
Travail, argent et inégalités en France (XIXeXXe siècles)
Par Carmine Ramos, professeur au lycée Sonia Delaunay, 78 Villepreux
Débat animé par Jacques Freyssinet, avec Matthieu de Oliveira, Thomas Piketty et
Claire Zalc
Avec la Révolution et le XIXe siècle, la définition de la pauvreté par les institutions ne se
limite plus à une fiscalité de la pauvreté. L’argent et le patrimoine ne sont plus
seulement un gage de richesses, mais deviennent éléments de la citoyenneté dans les
régimes censitaires qui se mettent en place entre 1791 et 1848 en France.
Les chercheurs nous présentent les outils utilisés pour comprendre l’évolution de la
notion de richesse et de pauvreté.
Matthieu de Oliveira cite les successions comme indicateur important, certes imparfait,
pour évaluer les fortunes léguées ou non au XIXe. Il peut ainsi évaluer les effets de la
Révolution française sur la fortune des Français.
70% de la population ne laissent rien au moment du décès. Sur les 30% restants, 20%
lèguent moins de 1000 francs, 43% entre 1000 et 10000 francs et 36% plus de 10000
francs. M. de Oliveira opère une classification intéressante.
Les pauvres sont ceux qui ont toujours été pauvres : ruraux sans terre, journaliers,
valets de ferme, les migrants de la misère qui ont quitté les campagnes.
Parmi ceux qui ont eu « un peu », il cite les petits artisans, payés à la journée, dont les
revenus restent assez irréguliers. On n’oublie pas les « déclassés » économiques et
sociaux de la Révolution : les émigrés non indemnisés, les rentiers victimes de la
banqueroute des 2/3 en 1797.
Les « riches » ou plutôt les « enrichis » de la Révolution sont ceux qui ont profité de la
spéculation, de la fourniture aux armées ou acquis de biens nationaux. Ils possédaient
un petit capital, qu’ils ont su risquer. Au XIXe, ils essaient de transmettre ce capital
acquis, dans un processus de notabilisation qui court sur deux ou trois générations. Ces
nouveaux riches vont tenter de s’agréger à la France des notables.
Les 550 familles les plus riches paient plus de 5000 francs de cens. Elles se concentrent
sur Paris et sa région et sur le Calvados. Tous se disent propriétaires, mais on y trouve
des industriels. Parmi les 58 plus riches, 39 sont nobles (les 2/3 sont nobles d’Ancien
Régime).
Les grands industriels sont de plus en plus nombreux et les maîtres de forge en
particuliers ou exploitants de mines. On compte quelques financiers et spéculateurs à la
bourse et dans les colonies.
L’intérêt de cette étude de M. de Oliveira est renforcé par l’intervention de Thomas
Piketty qui a étudié l’évolution des patrimoines au cours du XIXe jusqu’à la première
guerre mondiale. Il montre que le XIXe siècle est marqué par un processus de
concentration des patrimoines. En effet, dans la première partie du XIXe s. on constate
que la richesse se concentre sur les cinquantenaires, ce qui est le signe d’une société
entrepreneuriale. A la fin du XIXe, les plus riches sont beaucoup plus âgés. Le
dynamisme économique est plus faible, ce sont des patrimoines de rentiers. Th. Piketty
note que les inégalités se sont creusées au cours de la période.
La première guerre mondiale et la seconde constituent une rupture dans ce processus
de concentration. Th. Piketty parle de la fin des rentiers. La part des 1% des revenus les