De fortes inégalités de revenus entre quartiers des grandes villes

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Les revenus des ménages ne sont pas répartis de manière homogène sur le territoire des grandes villes franc-comtoises. Certains quartiers, disposant d'une forte proportion d'habitat social, abritent une part importante de personnes à bas revenus. Il s'agit le plus souvent de secteurs appartenant, en totalité ou en partie, à des ZUS. Le taux de chômage y est élevé et de nombreux ménages dépendent des prestations sociales, notamment du RMI. Les quartiers situés à proximité du centre ville sont plus favorisés.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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INSEE Franche-Comté - l'essentiel Nº 90 - septembre 2006
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nº 90
septembre 2006
Les revenus des ménages ne sont pas répartis de manière
homogène sur le territoire des grandes villes franc-comtoises.
Certains quartiers, disposant d’une forte proportion d’habitat
social, abritent une part importante de personnes à bas
revenus. Il s’agit le plus souvent de secteurs appartenant,
en totalité ou en partie, à des ZUS. Le taux de chômage y est
élevé et de nombreux ménages dépendent des prestations
sociales, notamment du RMI. Les quartiers situés à proximité
du centre ville sont généralement plus favorisés.
Le thème de la mixité sociale La mesure des inégalités est des prestations versées par la
est au cœur des réflexions cependant complexe. S’il est caisse d’allocations familiales
menées autour de la politi- difficile de l’aborder à l’aide (CAF). Ces allocations pren-
que de la ville. Afin de traiter d’un unique indicateur, l’ap- nent notamment la forme de
de façon prioritaire, les quar- proche en termes de revenu minima sociaux comme le RMI
tiers les plus défavorisés, des paraît incontournable. pour les plus démunis.
La présente étude est une synthèse contrats de ville ont été mis Les indicateurs de chômage, Dans les communes de plus de
d’un travail réalisé en 2005 pour
en œuvre à l’échelle de la de revenu et de dépendance 10 000 habitants faisant l’ob-l’atlas social des quartiers,
partenariat entre la direction commune et de l’aggloméra- financière révèlent des inéga- jet d’un contrat de ville 2000-
régionale de l’Équipement, l’INSEE et
tion. Dans ce cadre, de nom- lités fortes au sein d’une même 2006, le revenu fiscal médianle laboratoire Théma de l’université
de Franche-Comté. Elle porte sur les breuses actions, financées ville et parfois à l’intérieur par unité de consommation
six communes les plus importantes
par l’État et les collectivités même d’un quartier. En règle (encadré) varie, en 2002, deconcernées par un contrat de ville
2000-2006. À l’exception de Dole, territoriales, sont menées en générale, les quartiers aux plus 12 700 € pour Audincourt à
ces contrats de ville ne sont pas
limités à la ville-centre. faveur des familles, pour la faibles revenus sont situés en 14 700 € pour Besançon. Au
culture, l’éducation, la for- zone urbaine sensible (ZUS) où niveau régional, il s’établit à
www.insee.fr
mation et la prévention de la les ressources des ménages 14 850 €. Ces écarts de re-insee-contact@insee.fr
0 825 889 452 (0,15€/mn) délinquance. dépendent en grande partie venu entre les plus grandes vil-
ESS069018 Prix : 2,50€INSEE Franche-Comté - l'essentiel Nº 90 - septembre 2006
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Revenu annuel médian par unité de consommation en euros en 2002
Besançon Montbéliard Audincourt Valentigney Dole Belfort
Commune 14 700 14 300 12 700 13 700 14 200 13 700
Revenu le plus bas Île-de-France : Petite Hollande Champs Montants Les Buis-Sud : Les Mesnils-Pasteur Résidences
6 100 Lulli : 7 200 - ZRU : 7 400 7 700 Nord : 5 800 Zaporojie-Sud : 6 600
Revenu le plus élevé Mouillère : Centre ville : Gare : Les Bruyères : Goux : Vieille ville-
21 000 18 800 15 400 15 900 17 400 Fourneau : 18 800
Source : INSEE, DGI, revenus fiscaux des ménages en 2002
les franc-comtoises sont fai- est liée, en partie, aux difficul- si une faible partie de ce der- rie-Grands jardins et du Fau-
bles à côté de ceux existant tés d’insertion professionnelle nier appartient à la ZUS Cité- bourg Mont-Bart situés au nord
entre les quartiers d’une des habitants ; le taux de chô- Brûlart. À l’opposé, les de la ville et du quartier des
même ville. mage en 1999 atteint en effet Chaprais, Trey et Xavier- Bruyères au sud de Valenti-
37% dans le quartier Île-de- Marmier comptent à peine plus gney dans lesquels le revenu
Besançon est la ville où la dif- France et approche les 30% de 2% de RMIstes. médian s’échelonne entre
férence entre le secteur où les pour Diderot et la Grette. 16 900 et 18 800 €.
revenus sont les plus faibles Ces faibles revenus peuvent Dans l’ensemble formé par Les plus faibles revenus sont
(Île-de-France avec un revenu être compensés par diverses les communes de Montbéliard, perçus par les ménages habi-
fiscal médian de 6 100 €) et aides sociales, en premier lieu Audincourt et Valentigney, cinq tant la Petite Hollande dans les
celui aux revenus les plus im- celles versées par la CAF . Dans quartiers se détachent des secteurs Lulli et Sud-Ouest à
portants (La Mouillère avec six quartiers de Besançon, tous autres par des revenus décla- Montbéliard, la partie sud des
21 000 €) est la plus forte. situés en ZUS, plus de 40% des rés élevés. Il s’agit des quar- Buis à Valentigney, les Champs
Les quartiers aux plus hauts re- ressources des ménages sont tiers montbéliardais de la Ci- Montants à Audincourt où un
venus sont situés à proximité du constituées de prestations fa- tadelle, du Centre-ville, de Prai- ménage sur deux déclare
centre-ville. Il s’agit, outre celui miliales. La proportion de 47%
de la Mouillère, de pour le quartier
Besançon :
la Butte (Villarceau, Île-de-France est
de fortes disparités
Vieilles Perrières) et ainsi trois fois
de revenu entre
de Velotte où le re- plus élevée que
quartiers
venu fiscal médian celle du quartier
dépasse 19 000 €. Villarceau (15%).
À l’opposé, au sud-ouest de la Pour les ménages les plus dé-
ville, les secteurs Île-de-France munis, ces prestations com-
et Diderot, qui appartiennent prennent des minima sociaux,
à la zone de redynamisation notamment le RMI. On compte
urbaine (ZRU) de Planoise (de- ainsi six quartiers avec une pro-
venue zone franche urbaine portion de RMIstes plus de deux
(ZFU) depuis 2004), apparais- fois supérieure à la moyenne
sent les plus défavorisés de la communale (7,4%). On re-
commune avec un revenu mé- trouve les principaux secteurs
dian inférieur à 8 000 €. Plus de Planoise avec notamment
proche du centre, le quartier près de 20% de RMIstes pour
de la Grette, qui englobe la Diderot. Cette proportion est
majeure partie de l’habitat de de 16% dans le quartier de la
la ZUS Cité-Brûlart, est dans le Grette. Parmi les quartiers
même cas, tout comme Cho- bisontins comptant plus de
pin qui appartient à la ZUS de 10% de RMIstes, deux secteurs
Palente-Orchamps au nord-est hors ZUS apparaissent : Fon-
de Besançon. Cette situation taine-Écu et Rosemont, mêmeINSEE Franche-Comté - l'essentiel Nº 90 - septembre 2006
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moins de 8 000 € par an. Ces Deux quartiers de Montbéliard,
trois quartiers sont classés en Petite Hollande Lulli et Sud-
zone de redynamisation ur- Ouest, situés en ZUS, ont un
baine (ZRU). taux de dépendance aux pres-
La Petite Hollande n’est pas tations supérieur à 40%. Ce
un quartier homogène sur le taux s’établit à 38% à Audin-
plan des revenus. Lulli et Sud- court, dans le quartier des
Ouest sont nettement défa- Champs-Montants et à 35%
vorisés alors que d’autres dans celui des Buis à Valenti-
secteurs comme Sud ou Co- gney. La part d’allocataires
teau-Jouvent (qui débordent du RMI dépasse 20% dans
légèrement des certains sec-
Pays de Montbéliard :limites de la ZRU) teurs de la Pe-
situations contrastées tre quartiers,ont un revenu tite Hollande à
au sein de la petite le revenu mé-médian légère- Montbéliard.
Hollandement plus élevé Cette part est dian est compris
entre 17 600 €que celui de la commune. beaucoup moins élevée dans
Les quartiers où la présence de les autres quartiers de la ville. au Mont-Sud et
18 800 € pourménages à faibles ressources Les quartiers situés en zone
Vieille ville-Four-est la plus importante sont ceux urbaine sensible à Audincourt
où les logements sociaux sont et Valentigney sont aussi ceux neau. Ils se démar-
quent franchement desles plus nombreux. Le chô- qui présentent la plus forte pro-
mage s’est développé plus ra- portion de RMIstes. Ainsi, seul lieux d’habitat social comme couvrant le fort Hatry et une
« Glacis du Château » qui en- partie de la technopole et estpidement que dans les autres le quartier des Champs-Mon-
globe la ZRU des Glacis, Za-espaces urbains. Il touchait en tants, à Audincourt, situé en incluse dans le quartier du
1999 entre 25 et 36% des ac- ZRU, a une proportion d’allo- porojie (nord et sud) et Rome Mont-sud, habité plus à l’ouest
qui appartiennent à la ZFU destifs dans les quatre quartiers les cataires du RMI élevée (18%). par des ménages aux revenus
plus en difficulté. À Valentigney, cette part est Résidences. Le revenu médian plus élevés.
se limite à 6 600 € pour Rési- Dans les quatre quartiers lesEn dehors des ZUS, seul le plus faible dans le quartier des
dences-Zaporojie-sud. La si-quartier des Forges à Audin- Buis (12,5%). moins aisés financièrement, le
court présente un revenu mé- tuation est à peine plus favo- taux de chômage dépassait
rable dans les trois autres es-dian modeste (11 600), même Les quartiers les plus aisés de 25% en 1999. Dans ces quar-
si l’intensité de la précarité y Belfort sont plutôt au centre de paces urbains : autour de tiers, la proportion de RMIstes
7 500 € pour Résidence-Rome en 2003 est comprise entre 14est bien plus faible. la ville ou à proximité
et Glacis du Châ-(Chateaudun 2, Vieille et 19%, soit plus du
Belfort :
ville-Fourneau), au teau et un peu plus double de la
la partie Braille
de 8 000 € poursud (Faubourg de moyenne belfortaine
des Résidences
Montbéliard) ou à Résidences-Zapo- (6,7%). Le secteur
s’en sort mieux
rojie-nord. Résidences-Braillel’ouest (Le Mont-
Dans le secteur « Braille » desSud). Dans ces qua- avec 14% de RMIstes rejoint sur
Résidences, avec un revenu ce plan les quartiers les plus
médian de 11 000 €, la pré- précarisés alors que le revenu
carité semble moins intense médian y est sensiblement su-
que dans les autres parties périeur.
habitées de la ZFU. La partie Ces situations d’exclusion en-
nord de la ZFU apparaît sur la traînent une dépendance fi-
carte dans la tranche supé- nancière accrue à l’égard de
rieure des revenus, contrastant l’aide sociale. Ainsi, dans trois
avec la partie sud. En réalité, quartiers belfortains - Résiden-
elle est faiblement peuplée, ces-Zaporojie-sud, Résidences-INSEE Franche-Comté - l'essentiel Nº 90 - septembre 2006
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Pour comprendre ces résultats Afin de tenir compte de la taille des ménages, on utilise la notion d’unité de
consommation. Le premier adulte du ménage compte pour une unité, les
Les quartiers étudiés ici correspondent aux IRIS 2000 définis au moment du autres personnes de 14 ans ou plus pour 0,5 et les enfants de moins de 14
recensement de population de 1999. Ils comptent au moins 1 800 habitants (sauf ans pour 0,3.
dérogation de la CNIL). Certains IRIS, très peu peuplés, ne seront donc pas pris en Les chiffres analysés ici, correspondent donc à des revenus médians par unité de
considération. Il s’agit de zones d’activité ou spécifiques (forêt, zone portuaire). consommation qui permettent de comparer des quartiers qui seraient différents
La répartition des quartiers en fonction des revenus fiscaux de leurs habitants, est sur le plan des structures familiales.
analysée ici par rapport à un revenu médian, c’est-à-dire le revenu pour lequel la
moitié des ménages a déclaré au fisc un montant supérieur et l’autre moitié des Les autres indicateurs retenus sont la proportion de ménages allocataires du RMI
revenus inférieurs. Il s’agit de revenus avant impôt et versement de prestations qui rapporte le nombre de bénéficiaires du RMI en 2003 (source CAF) au nombre
sociales. La notion de ménage correspond aux ménages ordinaires du de ménages (RP 1999) dont la personne de référence a moins de 65 ans ; la part
recensement, en retirant les étudiants et ceux concernés par un événement de des prestations dans les ressources des allocataires de la CAF et le taux de chômage
type mariage, décès ou séparation. au sens du recensement de 1999.
Rome et Glacis du Château - leur la plus basse est de nord et 7 200 pour Sorbiers- accompagné de faibles reve-
la part des prestations sociales 5800 € dans la partie nord Mesnils-Pasteur-sud. Dans nus nécessite l’octroi de pres-
(familiales, logement ou mi- des Mesnils-Pasteur et le mon- les autres quartiers dolois, le tations sociales par la CAF
nima sociaux) dans les ressour- tant le plus élevé (17 400 €) revenu médian est toujours pour compenser cette forte pré-
ces des allocataires de la CAF concerne le quartier d’Azans- plus de deux fois supérieur à carité. Ainsi, en 2003, les mé-
se situe autour 40% contre 25% la Bédugue. Le premier de ces celui de la ZUS. Ces quartiers nages allocataires habitant aux
au niveau communal. deux quartiers, classé en ZUS, sont d’ailleurs assez proches Mesnils-Pasteur disposaient de
se situe en bordure ouest de la les uns des autres sur le plan ressources constituées à 45%
Sur les 11 quartiers d’habi- ville et le second est un quartier des revenus déclarés. Il existe de prestations familiales,
tat qui composent la commune pavillonnaire au sud-est qui fait donc une véritable scission d’aides au logement ou de
de Dole, de profondes inéga- la jonction entre la rive gauche entre la ZUS et le reste de la minima sociaux.
lités de revenu existent : la va- du Doubs et la forêt de Chaux. ville. C’est une originalité par Les travaux engagés à partir de
Dole, contrairement rapport aux la fin 2004 dans
Dole :
aux autres communes autres villes qui le cadre du con-
les Mesnils-Pasteur
en contrat de ville, est comptent tou- trat de ville ont
concentrent l’essentiel
marquée par l’ab- jours quelques pour objectif de
de la précarité
sence de progressivité quartiers avec désenclaver les
entre les quartiers aux un revenu médian autour de Mesnils-Pasteur. Ainsi, l’avenue
plus faibles revenus et 10 000 €. Duhamel qui contribue au cloi-
les autres. La ZUS des À Dole, d’autres indicateurs sonnement du quartier sera
Mesnils-Pasteur, convergent pour placer la ZUS requalifiée et de nombreuses
quartier d’habitat des Mesnils-Pasteur au centre démolitions de bâtiments vont
social, actuelle- des difficultés sociales. Ainsi, le laisser place à de nouvelles
ment en cours de taux de chômage en 1999 était constructions dans le parc so-
requalification, deux fois plus élevé qu’au ni- cial public accompagnées du
se compose des veau communal et, en 2003, développement d’un parc in-
deux secteurs à la proportion de ménages bé- dividuel privé.
très faibles reve- néficiaires du RMI près de trois
nus : 5 800 € fois plus importante. Cet éloi- Martine AZOUGUAGH
pour la partie gnement du marché du travail Frédéric NAUROY
Pour en savoir plus :
« Les revenus fiscaux en 2003 en Franche-Comté » INSEE Franche-Comté -
L’Essentiel N°84 - Décembre 2005
« ZUS comtoises : des créations d’établissements mais une reprise du
chômage » INSEE Franche-Comté - L’Essentiel N°87 - juin 2006
« Inégalité sociale des quartiers prioritaires » INSEE Aquitaine - Le quatre
pages N°145 - août 2005
INSEE Franche-Comté « le Major » 83, rue de Dole - BP 1997 25020 BESANÇON Cedex Tél : 03 81 41 61 61 Fax : 03 81 41 61 99
Directeur de la publication : Didier Blaizeau Rédacteur en chef : Patrice Perron Mise en page : Maurice Boguet, Yves Naulin
Imprimerie : Camponovo-Bouchard - ISSN : 1248-2544 © INSEE 2006 - dépôt légal : Septembre 2006
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