L'attractivité économique des territoires

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Attirer des emplois, mais pas seulement Pour se développer, les territoires ont plusieurs cordes à leur arc : accueillir usines et bureaux, mais aussi miser sur la venue de touristes, de retraités ou de salariés travaillant ailleurs. Une carte de l'attractivité économique française se dessine à travers l'importance des loisirs, le développement des transports ou encore la recherche de meilleures conditions de résidence. Ainsi émergent des territoires maritimes ou montagneux qui font valoir leur patrimoine naturel et leur qualité de vie. Mais aussi la périphérie de grandes métropoles où vivent des salariés et leurs familles venus y trouver des logements abordables sans pour autant y travailler. Ce sont d'abord le nord de la France, le sillon rhodanien et les grandes villes du Sud qui attirent des emplois. L'arrivée de salariés qualifiés se concentre à Paris et dans quelques grandes métropoles régionales. En dehors de ces zones, le Grand Sud-Ouest peine à faire valoir son attractivité résidentielle, et une partie de la France industrielle du Nord-Est demeure ignorée de ces flux économiques. Attirer des producteurs ou des consommateurs Le littoral attire touristes et retraités Aux frontières des grandes villes, les travailleurs et leur famille Des emplois qualifiés pour les grandes agglomérations L'arrivée d'emplois moins qualifiés dans le nord de la France Les zones les moins attractives au nord-est Encadré Une définition de l'attractivité économique
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N° 1416 - OCTOBRE 2012
L'attractivité économique
des territoires
Attirer des emplois, mais pas seulement
Catherine Sourd, DR Midi-Pyrénées,
pôle Études économiques régionales
our se développer, les territoires travaillent en dehors du territoire (navetteurs)
(sources). C'est-à-dire sur l'attractivité écono-ont plusieurs cordes à leur arc :
mique résidentielle.Paccueillir usines et bureaux, mais
aussi miser sur la venue de touristes, de
Le littoral attire touristes et retraitésretraités ou de salariés travaillant
ailleurs. Une carte de l'attractivité Sur le littoral et dans les massifs montagneux,
économique française se dessine à l'attractivité économique est de nature résiden-
tielle. Dans les zones d'emploi (définitions)travers l'importance des loisirs, le déve-
alpines de Briançon, du Chablais, de la Taren-loppement des transports ou encore la
taise, de la Maurienne et du Mont-Blanc, on
recherche de meilleures conditions de
privilégie le tourisme. La France est au troi-
résidence. Ainsi émergent des territoires sième rang mondial pour les dépenses des
maritimes ou montagneux qui font valoir voyageurs étrangers ; cette activité se déve-
leur patrimoine naturel et leur qualité de loppe aussi pour les vacanciers français. Dans
ces cinq zones d'emploi, deux salariés sur dixvie. Mais aussi la périphérie de grandes
travaillent en relation avec les touristes.métropoles où vivent des salariés et
Souvent axé sur les espaces naturels, le
leurs familles venus y trouver des loge-
tourisme peut aussi se développer à partir de
ments abordables sans pour autant y décisions plus volontaristes, par exemple en
travailler. Ce sont d'abord le nord de la installant un musée comme le Centre Pompi-
France, le sillon rhodanien et les gran- dou à Metz.
À Royan (Charente-Maritime), aux Sables-des villes du Sud qui attirent des
d'Olonne et à Challans (Vendée) ou à Céretemplois. L'arrivée de salariés qualifiés
(Pyrénées-Orientales), on accueille aussi des
se concentre à Paris et dans quelques
retraités apportant de nouveaux revenus. Sur
grandes métropoles régionales. En les cinq dernières années, les arrivées de
dehors de ces zones, le Grand Sud- retraités représentent 6 % de la population
Ouest peine à faire valoir son attractivité dans ces territoires. Leur répartition spatiale
est proche de celle des touristes tant lesrésidentielle, et une partie de la France
séniors s'installent sur les façades maritimes àindustrielle du Nord-Est demeure ignorée
la recherche d'aménités (cartes 1). Les zones
de ces flux économiques.
d'emploi comme le Morvan (Nièvre) ou
Saint-Girons (Ariège) les attirent également. Le
cumul du tourisme et de l'installation des retrai-
L'attractivité économique d'un territoire tés demeure toutefois une spécificité du littoral.
repose sur sa capacité à capter des ressour-
ces extérieures (encadré). Les territoires
Aux frontières des grandes villes,peuvent d'abord chercher à attirer des
ressources productives : activités nouvelles les travailleurs et leur famille
avec les emplois qui y sont attachés, ou
compétences professionnelles particulières, Les travailleurs et leur famille s'installent à
notamment des travailleurs qualifiés. Ces deux Étampes (Essonne) ou Coulommiers (Seine-
modes relèvent de l'attractivité économique et-Marne), tout en travaillant dans la capitale
productive. Mais, les territoires peuvent ou ses environs. De nombreux salariés font ce
également miser sur le tourisme, l'accueil de choix avec l'envolée des prix du logement. Les
retraités ou l'installation de salariés qui navetteurs arrivés au cours des trois dernières
INSEE
PREMIEREannées y représentent 2,5 % de la popu- populations présentes sur les territoires, Des emplois qualifiés
lation. Dans une moindre mesure, la moins exposé aux chocs conjoncturels. pour les grandes agglomérations
périphérie des grandes métropoles Mais le développement d'un territoire par
provinciales accueille également des l'installation de résidents peut avoir des Paris, sa banlieue et quelques métropoles
navetteurs. Ils contribuent par exemple au effets préjudiciables, notamment en provinciales concentrent l'arrivée des
développement d'Ancenis à proximité de matière de développement durable : salariés les plus qualifiés (cartes 2).À
Nantes ou de Salon-de-Provence proche étalement urbain, consommation des Paris, Saclay (Essonne), Toulouse,
d'Aix-en-Provence et de Marseille. espaces naturels, artificialisation des autour de Cannes et d'Antibes (Alpes-
L'attractivité résidentielle explique la sols, émissions de gaz à effet de serre Maritimes) et à Aix-en-Provence, ceux
progression d'un emploi présentiel (défi- dus à l'allongement des déplacements qui sont venus travailler sur les cinq
nitions) répondant aux besoins des quotidiens. dernières années représentent de
Touristes et retraités sur le littoral, navetteurs en Île-de-France
Retraités Tourisme Navetteurs
Part de l’emploiTaux d’arrivée
salarié Taux d’installationdes retraités
dédié au tourisme des navetteurs
en 2008 (%)
en 2007 (%) de 2007 à 2009 (%)
0,3 - 0,8 0,4 - 2,3 0,2- 0,5
0,8 - 1,3 2,3 - 2,8 0,5- 0,7
1,3 - 1,8 2,8 - 3,7 0,7- 0,9
1,8 - 2,6 3,7 - 5,1 0,9- 1,2
2,6 - 6,2 5,1 - 26,4 1,2- 2,9
© IGN - Insee
© IGN - Insee © IGN - Insee
Source : Insee, recensement de la population 2008, DADS 2007 à 2009.
Des arrivées d'emplois qualifiés dans les grandes métropoles
Emplois Actifs qualifiés
Taux d'arrivéeTaux d'arrivée
d'actifs qualifiésd'emplois
en 2008de 2007 à 2009
(%)(%)
0,1 - 0,30,1 - 1,2
0,3 - 0,51,2 - 1,8
0,5 - 1,01,8 - 2,6
1,0 - 1,52,6 - 3,5
1,5 - 2,93,5 - 7,8
© IGN - Insee
© IGN - Insee
Source : Insee, Sirene, Clap, Lifi 2007 à 2009, recensement de la population 2008.
INSEE PREMIÈRE figure dès sa parution sur www.insee.fr
INSEE
PREMIERE2à3% du total des emplois. Ces taux
Une définition de l'attractivité économique
sont presque équivalents à Lyon,
Nantes, Grenoble, Rennes, Pau ou L'attractivité économique est définie comme la capacitéd'unterritoireàattirerdes
ressources spécifiques provenant de l'extérieur. Les contours de l'attractivité écono-même à Lannion. Ces agglomérations
mique proposés ici englobent deux aspects complémentaires : un aspect « productif »sont déjà celles qui comportent le plus
traditionnel et un aspect « résidentiel ». Ils définissent ensemble une géographie dede cadres et de professions intellectuel-
l'attractivité des territoires (carte 3).les supérieures. Elles abritent des pôles
L'attractivité économique productive est la capacité d'un territoire à attirer des activi-
universitaires, des centres de recherche
tés nouvelles et des facteurs de production. Elle est mesurée par l'arrivée d'emplois sur
et des entreprises spécialisées dans les
le territoire. On ne retient que ceux créés par des centres de décision extérieurs au terri-
technologies de pointe : technologies de
toire. Car pour mesurer l'attractivité, on se limite aux apports exogènes résultant d'une
l'information à Sophia-Antipolis pour la mise en concurrence des territoires. De plus, pour s'affranchir de l'effet « croissance de
zone de Cannes-Antibes ; génie pétro- la population », on se restreint aux créations d'emplois de la sphère non présentielle
lier et aéronautique à Pau ; microélectro- (définitions). Les emplois qualifiés sont pris en compte, ce sont les facteurs de produc-
nique à Aix-en-Provence ou encore tion pour lesquels les territoires se livrent la plus vive concurrence. Ils possèdent un réel
effet d'entraînement sur l'économie locale. Ce sont ici les cadres et les personnels delaboratoires de recherche à Saclay et
conception et de recherche du secteur privé. Les emplois du secteur public sont exclusLannion. L'arrivée de nouveaux salariés
car leurs logiques de localisation relèvent plutôt de décisions politiques.qualifiés amplifie cette spécificité. Connu
L'autre enjeu économique fort pour les territoires est l'attractivité économique rési-sous le terme de « métropolisation », ce
dentielle qui consiste à attirer des revenus. Les revenus disponibles localement
processus renforce la place des activités
peuvent être importés à travers la présence, temporaire ou permanente, de certaines
tertiaires et le pouvoir économique des
personnes. Ces revenus extérieurs constituent un moteur complémentaire du dévelop-
grandes agglomérations. Dans ces
pement économique local lorsqu'ils sont dépensés sur le territoire et qu'ils se transfor-
zones, l'attractivité productive associe ment en emplois. Avec l'essor de la mobilité, il existe une déconnexion croissante entre
arrivées de salariés qualifiés et crois- lieu de résidence, lieu de travail et lieu de consommation. Ces transferts de revenus
sance de l'emploi. Les emplois interterritoriaux sont de plus en plus fréquents et deviennent localement un enjeu impor-
nouveaux de la sphère non présentielle tant. Ils proviennent des « navetteurs » qui habitent et travaillent dans deux zones
distinctes, des retraités qui viennent habiter sur le territoire, enfin des touristes qui(définitions) représentent 4 % de l'emploi
dépensent leur revenu lors de leurs séjours.total dans les zones de Toulouse,
Grenoble et Lyon.
Une attractivité économique à plusieurs facettesL'arrivée d'emplois moins qualifiés
résidentielle : tourisme, retraités ou navetteurs,dans le nord de la France
productive : arrivée d’emplois ou d’actifs qualifiés
L'attractivité productive concerne aussi
des territoires qui accueillent moins de
salariés qualifiés. Elle passe alors plutôt
par des créations ou des extensions
d'établissements même si les grandes
opérations se font rares depuis l'emblé-
matique installation de Toyota à Valen-
ciennes au début des années 2000.
Cette forme d'attractivité productive
concerne souvent les zones d'emploi de
villes grandes à moyennes du nord de la
France comme Lille, Strasbourg, Nancy,
L'attractivitéReims, Le Havre ou Rouen.
en 8 classes
Hormis dans la première couronne pari-
faible
sienne, où arrivées d'emplois et de rési-
résidentielle faible
dents se cumulent, les zones d'emploi
attractives pour la sphère productive ont fortement
résidentiellele plus souvent une faible attractivité
navetteursrésidentielle. Les exceptions sont Paris
navetteurs etet quelques territoires situés près des
productive
littoraux atlantique et méditerranéen
productive
comme Saint-Malo, Vannes, Bayonne,
productive avec
Cannes-Antibes ou Nice ; ces zones atti- des emplois qualifiés
rent touristes et retraités. Saclay et
© IGN - InseeAix-en-Provence sont aussi des territoi-
Lecture : la zone d'emploi de Toulouse se démarque par un haut niveau d'attractivité productive.res où s'installent des actifs parisiens ou
Source : Insee, Sirene, Clap, Lifi, DADS 2007 à 2009 et recensement de la population 2008.
marseillais.
INSEE PREMIÈRE figure dès sa parution sur www.insee.fr
INSEE
PREMIEREnombre moyen d'actifs venus habiter dansSourcesLes zones les moins attractives
la zone alors qu'ils travaillent ailleurs par la
au nord-est population totale.
La typologie de l'attractivité des zones d'em- 5. La part de l'emploi salarié lié au tourisme
ploi a été définie à partir de cinq indicateurs. est mesurée grâce aux DADS en rapportantQuatre zones d'emploi sur dix sont
Ces indicateurs d'attractivité quantifient les les emplois salariés liés au tourisme à l'em-peu attractives. Avec peu d'arrivées
flux de ressources que les territoires cher- ploi salarié total pour l'année 2007.
d'emplois et de personnel qualifié, les chent à capter. Les deux premiers relèvent En fonction des valeurs prises par ces cinq
plus mal loties sont en plus délaissées de l'attractivité productive et les trois indicateurs d'attractivité et de leur classifi-
suivants de l'attractivité résidentielle :par la sphère résidentielle. Ces zones cation, une typologie en huit classes se
1. Le taux d'arrivée d'emplois rapporte le dessine.sont notamment en Champagne-
nombre moyen de créations et de transferts
Ardenne, région dont la population
d'emploi par des décideurs (siège d'entre-
diminue : par exemple, les zones d'em- Définitionsprise ou tête de groupe) extérieurs au terri-
ploi de Charleville-Mézières (Ardennes), toire dans les établissements de la sphère
non présentielle à l'emploi moyen. Il estde Chaumont-Langres (Haute-Marne) ou
Les 304 zones d'emploi métropolitaines
calculé, pour la période 2007-2009, à partirde Châlons-en-Champagne (Marne). On sont des espaces géographiques où la
de trois sources : le répertoire des entrepri-
les trouve aussi en Lorraine. C'est-à-dire plupart des actifs résident et travaillent. Ce
ses et des établissements (Sirene) qui
découpage définit des territoires pertinentsen partie dans le berceau industriel de la centralise les mouvements affectant les
pour les diagnostics économiques locauxFrance. unités de production dont les créations ;
et peut guider la mise en œuvre des politi-
Connaissance locale de l'appareil productifD'autres territoires, globalement peu
ques territoriales initiées par les pouvoirs
(Clap) qui fournit des statistiques sur l'em-attractifs, ont toutefois une attractivité publics ou les acteurs locaux.
ploi salarié et enfin l'enquête sur les liai-
résidentielle proche de la moyenne La partition de l'économie en deux sphères,
sons financières (Lifi) entre sociétés qui
présentielle et non présentielle,permetnationale. Ils sont souvent au sud, dans identifie les groupes de sociétés opérant en
de mieux comprendre les logiques dedes villes de quelques dizaines de France et détermine leur contour.
spatialisation des activités. Tandis que les
2. Le taux d'arrivée d'actifs qualifiés, estimémilliers d'habitants comme Bergerac,
activités et les emplois présentiels répon-
à partir des données du recensement de laPérigueux, Agen, Tarbes, Montauban ou dent aux besoins des populations présentes
population de 2008, c'est le rapport entre le
Carcassonne, voire des villes plus sur le territoire, les activités non présentiel-
nombre d'arrivées d'actifs qualifiés au lieu
les, produisent des biens majoritairementimportantes comme Perpignan et de travail et le nombre total d'emplois.
consommés hors de la zone et des activitésToulon, mais également en Bretagne, à 3. Le taux d'arrivée de retraités est mesuré
de services tournées principalement vers
avec le recensement de la population deSaint-Brieuc ou à Quimper. De même
les entreprises correspondantes.
2008. Les données concernant les migra-dans des massifs montagneux des
tions sont issues de la question sur le lieu
Vosges, du Jura ou du Massif central : à
de résidence cinq ans plus tôt. Il est calculé Bibliographie
Saint-Dié (Vosges), à Lons-le-Saunier en rapportant le nombre d'installations de
(Jura) ou à Brioude (Haute-Loire). retraités provenant d'autres zones à la
population totale. Fabre J., Hosdez N, « Ressorts et enjeuxCahors (Lot) bénéficie, en outre, de l'ins-
4. Le taux d'installation d'actifs travaillant de l'attractivité des territoires du Nord -tallation de retraités et des revenus des
hors zone (navetteurs) est calculé à partir Pas-de-Calais » Pages de profils n° 104,
touristes. En revanche les zones d'emploi
des déclarations annuelles de données Insee, février 2012.
de Saverne et de Molsheim-Obernai sociales (DADS), formalité déclarative que ? Mémento du Tourisme 2011, ministère
près de Strasbourg profitent de l'installa- doit accomplir toute entreprise employant de l'Économie, des finances et de
des salariés. Pour le calculer, on divise le l'industrie.tion de navetteurs.
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