L'environnement souhaité par les entreprises

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Les établissements industriels et de services aux entreprises du Nord-Pas-de-Calais expriment une nette préférence pour une installation en périphérie d'une grande ville. L'accessibilité aux infrastructures de transport, notamment autoroutières, est souvent privilégiée. La nature des activités localement dominantes et la structure de la main-d'oeuvre sont également des critères importants : un environnement à dominante industrielle et une main-d'oeuvre hautement qualifiée sont attractifs. Les préférences des entreprises diffèrent d'un secteur à l'autre. Ainsi, les établissements agro-alimentaires ne sont pas attirés par les grandes villes ; au contraire, ceux des services aux entreprises s'installeraient plus volontiers dans les grands centres urbains. Toutefois, malgré l'expression de ces préférences, les entreprises déménagent rarement. Quand elles le font, c'est essentiellement pour disposer de locaux mieux adaptés.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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LOCALISATION DES ENTREPRISES
L’environnement souhaité
par les entreprises
Une enquête dans le Nord - Pas-de-Calais
Raymond Les établissements industriels et de services aux entreprises du Nord - Pas-de-Calais
Benard, expriment une nette préférence pour une installation en périphérie d’une grande
Hubert Jayet ville. L’accessibilité aux infrastructures de transport, notamment autoroutières,
et Dominique est souvent privilégiée. La nature des activités localement dominantes et la
Rajaonarison* structure
de la main-d’œuvre sont également des critères importants : un environnement
à dominante industrielle et une main-d’œuvre hautement qualifiée sont attractifs.
Les préférences des entreprises diffèrent d’un secteur à l’autre. Ainsi,
les établissements agro-alimentaires ne sont pas attirés par les grandes villes ;
au contraire, ceux des services aux entreprises s’installeraient plus volontiers
dans les grands centres urbains.
* Raymond Benard tra-
vaille à l’Insee Nord -
Pas-de-Calais, Hubert
n établissement industriel ou de service L’environnement concourtJayet au Medee de
l’Université des Scien- Uutilise des infrastructures pour échan- à la compétitivité des entreprises
ces et technologies de ger avec ses fournisseurs et ses clients. Il a
Lille, à l’Ifresi-FU3 du
besoin de contacts réguliers avec des presta- Les établissements qui déménagent, les entre-CNRS et à l’Insee Nord
- Pas-de-Calais et Do- taires de service localisés à proximité. Il lui prises qui s’installent hors de leur zone
minique Rajaonarison à faut disposer d’une main-d’œuvre adaptée, d’origine manifestent l’importance de cet
l’Université d’Artois.
avec des savoir-faire propres à son secteur environnement. Ils choisissent une nouvelleLes auteurs remercient
Françoise Maurel et d’activité. La présence de plusieurs établis- implantation qui correspond le mieux possi-
Jean-Pierre Puig pour sements relevant d’un même type de produc- ble à leurs besoins (Carlton, 1983 ; Hansen,
leurs avis éclairés lors
tion permet des coordinations locales. Ainsi, 1987). À cette fin, les investisseurs interna-de la rédaction de cet
article. l’environnement des entreprises - c’est-à- tionaux peuvent s’engager dans des proces-
dire la zone géographique dans laquelle sus longs (Jayet et Wins, 1993). Mayer et
opère un établissement, où il recrute sa main- Mucchielli analysent l’aspect macrogéogra-
d’œuvre, où il se procure des services de phique de ce processus, à savoir le choix du
Les noms et dates en- proximité, dont il utilise les infrastructures pays et de la région d’implantation (voir
tre parenthèses ren-
et les équipements publics - contribue forte- article dans ce numéro). Ici, on s’intéressevoient à la bibliographie
en fin d’article. ment à leur productivité. surtout aux aspects microgéographiques,
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327-327, 1999 - 6-7 177Encadré 1
L’ENQUÊTE PRÉFÉRENCES DE LOCALISATION DES ENTREPRISES *
Lechamp - des éléments caractérisant l’offre locale de main-
d’œuvre : répartition par niveau de qualification,
L’enquête couvre l’ensemble des établissements rémunérations ;
des secteurs industriels, le commerce de gros, les
transports et les services rendus principalement - les taux de taxe professionnelle et les coûts d’ac-
aux entreprises. Ce choix permet de préserver une quisition ou de location.
relative homogénéité des logiques de localisation.
Tous les établissements du Nord - Pas-de-Calais Cette liste est suffisamment large pour embrasser la
de plus de 100 salariés dont l’activité principale est plupart des caractéristiques de l’environnement aux-
dans un de ces secteurs ont été inclus dans quelles les établissements attachent de
l’échantillon. Entre 10 et 100 salariés, les établisse- l’importance. Cependant, elle reste maniable, per-
ments ont été sélectionnés par tirage stratifié,avec mettant de comparer deux sites sans se perdre dans
un taux de sondage décroissant en fonction de la les détails.
taille. Les établissements de moins de 10 salariés
n’ont pas été enquêtés. La construction de l’échantillon
L’échantillon initial comprenait 1 500 établisse- Pour chaque critère, un certain nombre de modalités
ments (cf. tableau). Ces effectifs correspondent à a été fixé. Puis on a affectéà ces modalités une dis-
un taux de sondage global de 21,3 % : 7,5 % pour tribution de probabilité. Ces probabilités ont permis
les établissements de 10 à 19 salariés, 16,5 % d’obtenir, par tirage aléatoire, un échantillon de
pour les é de 20 à 49 salariés, 1 000 sites. Chaque responsable d’établissement
37,7 % pour les établissements de 50 à 99 sala- enquêté adû classer un sous-échantillon de 10 si-
riés et 70 % pour les é d’au moins tes, variable d’un enquêtéà l’autre. Chaque
100 salariés.1 250 é ont répondu : sous-échantillon a été obtenu par tirage aléatoire
ce bon taux de réponse permet d’assurer la robus- sans remise au sein de l’échantillon global.
tesse des résultats.
La structure du questionnaire
La description des sites à classer
Le questionnaire comprend quatre parties :
Le principe de l’enquête est de faire classer par les
responsables d’établissement interrogésunensem- - dans une première partie, on demande des informa-
ble de sites, chacun d’entre eux étant décrit tions descriptives de l’établissement, ses liens avec
précisément par une batterie de critères. Il s’agit de l’entreprise à laquelle il appartient, avec ses fournis-
sites-type. Aucun d’entre eux ne fait référence à une seurs, clients, sous-traitants et donneurs d’ordre ;
localisation existante. Pour construire ces sites-type,
la liste des critères a été fixéeenconcertationavec - dans une deuxième partie, on collecte des infor-
des professionnels de l’attraction d’entreprises. Elle mations sur l’implantation actuelle de
comprend les items suivants : l’établissement, en utilisant la même grille que
celle qui sert pour la description des sites que le
- des éléments caractéristiques de l’environnement responsable d’établissement enquêté aura à clas-
global : niveau d’urbanisation, fonctions administrati- ser. Cette étape de description du site actuel a
ves, localisation centrale ou périphérique dans trois objectifs. Elle familiarise les enquêtésavec
l’agglomération, etc. ; les critères utilisés pour décrire les sites, rendant
plus fiables les réponses de l’étape suivante. Elle
-des éléments caractéristiques de l’accessibilité : permet à l’enquêté de disposer d’une référence,
temps d’accès aux principales infrastructures de rendant plus aisés les classements ultérieurs.
transport (autoroutes, routes, train, aéroports, ports), Enfin, elle permet de mieux connaître la structure
distance aux principaux interlocuteurs de l’établisse- des implantations actuelles ;
ment (fournisseurs, sous-traitants, clients, donneurs
d’ordre) ;
-des éléments caractérisant le niveau local d’équipe-
* Les auteurs remercient toutes les personnes et institutions qui ont
ments publics et d’aménités: équipement scolaire et
permis la réalisation de cette enquête, en particulier André Baltzer,
universitaire, centres de recherches, équipements cul-
Nathalie Franche, Jean-Marie Massy et tous les personnels de la
turels et de loisirs ; direction régionale de l’Insee qui ont contribué à la mise au point et
au déroulement de l’enquête et l’ensemble des responsables d’éta-
- des éléments caractérisant l’offre locale de services blissement qui ont accepté d’y répondre. La direction régionale de l’In-
see Nord - Pas-de-Calais a joué un rôle déterminant avec une forteaux entreprises : services financiers, juridiques, main-
implication de son directeur, Jean-Claude Hautcoeur. L’enquête a bé-tenance, gardiennage, etc. ;
néficié de soutiens financiers de la Préfecture de région, de la région
Nord - Pas-de-Calais, de la chambre régionale de commerce et d’in-
-des éléments caractérisant le site lui-même et son
dustrie, des communautés urbaines de Lille et de Dunkerque et de
niveau d’équipement : superficie, statut d’occupation, Nord - Pas-de-Calais Développement. Ces organismes et la direc-
type de zone d’implantation, types d’équipements tionrégionaledel’IndustrieetdelaRechercheontparticipéàlamise
présents; au point de l’enquête.
178 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327-327, 1999 - 6-7liésaux caractéristiques de la localité, voire du nement. Les informations qu’elle fournit per-
site qui jouent aussi un rôle important mettent de mieux adapter, aux besoins des en-
treprises, les choix d’équipements publics et de
Cependant, analyser l’environnement des entre- niveau de service. Elles aident à déterminer
prises à travers le seul filtre de leurs changements comment compenser l’éloignement d’un site
de localisation serait trop restrictif. S’ils peuvent ou sa position géographique défavorable par un
être ponctuellement importants, les transferts meilleur équipement. Elles permettent aussi
d’établissements sont peu nombreux et les distan- d’infléchir les politiques fiscales, d’éclairer les
ces couvertes sont faibles (Delisle et Lainé, décisions relatives aux incitations financières à
1997). L’environnement, par contre, joue à tous l’installation d’entreprises. L’analyse des ré-
les stades de l’existence d’un établissement. Il en sultats de l’enquête se fera donc selon deux
favorise ou défavorise la création. Il en détermine, axes essentiels : les préférences de l’ensemble
pour partie, les capacités de développement. Or, des établissements, qu’ils soient ou non mobi-
autour des entreprises qui ne changent pas de lo- les et l’étude de l’environnement de proximité à
calisation, l’environnement peut évoluer. un niveau microgéographique. C’est, en effet,
dans ce domaine que peut se déployer l’action
L’État et les collectivités locales jouent ici un des collectivités territoriales.
rôle essentiel. Ils produisent la plupart des
infrastructures. Ils interviennent dans la mise en
place et la gestion de nombreuses zones d’entrepri- Une enquête originale
ses. L’essentiel du système de formation, initiale
ou continue, relève du secteur public. De ce fait, les L’enquête, menée par la Direction régionale de
autorités locales se sentent de plus en plus en con- l’Insee Nord - Pas-de-Calais, en partenariat avec
currence pour attirer des entreprises (Cheshire et plusieurs institutions régionales, entre avril et
Gordon, 1995). Cela les conduit à poser la question juillet 1997, est originale par son ampleur et par sa
de l’environnement dont les entreprises souhaitent méthode : 1 250 responsables d’établissement de la
disposer pour renforcer leur compétitivité. Quel région ont répondu, soit plus d’un établissements
coût acceptent-elles de payer à cette fin, sous forme sur cinq ayant au moins dix salariés dans les sec-
d’impôts ou d’autres contributions ? teurs concernés (cf. encadré 1).
C’est là que se situe l’apport d’une enquête sur les Pour la méthode, ces travaux se sont inspi-
préférences des entreprises quant à leur environ- rés des enquêtes réalisées dans le domaine
Encadré1(fin)
-la troisième partie est le cœur de l’enquête. Elle porte remplie à l’étape précédente et est ajoutée aux dix
sur le classement des 10 sites proposés, auxquels est autres.
ajouté le site actuel. Ce dernier fournit une référence.
Chaque site est décrit sur une fiche d’une page. Celles- - enfin, dans une quatrième partie, on demande quelques
ci ont toutes la même structure. Celles qui décrivent les informations sur un déménagement dans le passé récent
dix sites proposés sont jointes au questionnaire. La on- (s’il a eu lieu) ou qui serait envisagé dans l’avenir. Préci-
zième, qui décrit le site actuel de l’entreprise, a été sément, pour les déménagements passés, la question
porte sur l’existence d’un déménagement de l’établisse-
Répartition des entreprises enquêtées
Nombre de salariés
Secteur d’activité Total
De 10 à 19 De 20 à 49 De 50 à 99 100 et plus
Ensemble 1 250 183 344 255 468
Industries agricoles et alimentaires 85 3 14 20 48
Industrie des biens de consommation 198 52 71 25 50 automobile 21 1 3 1 16
Industrie des biens d’équipement 151 19 41 31 60 des biens intermédiaires 413 48 102 71 192
Commerce de gros 142 29 49 34 30
Transport routier 88 2 26 41 19
Services aux entreprises 152 29 38 32 53
Source : enquête Préférences de localisation des entreprises dans le Nord - Pas-de-Calais, Insee, 1997.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327-327, 1999 - 6-7 179environnemental pour mesurer la valeur des Aussi chaque responsable d’établissement
biens durables naturels que sont, par exem- a-t-il dû classer, par ordre de préférence, un
ple, un paysage, un littoral, un étang, un parc sous-échantillon de dix sites, tiré aléatoire-
naturel régional ou national (Hanemann, 1994). ment parmi les mille. On a pu ainsi disposer
Ces enquêtes consistent à demander combien de classements sur des échantillons de taille
les personnes interrogées sont prêtes à payer raisonnable : chaque site est classé, en
pour passer d’un environnement d’où ce bien moyenne, par une douzaine de responsables
durable est absent à d’autres où il est présent. d’établissement et confronté, par ce biais, à
Une utilisation de cette méthode serait de deman- une centaine de sites concurrents.
der aux responsables d’établissement quelle
charge immobilière ou fiscale supplémentaire Pour chacun des 1 000 sites, on a regroupé les ré-
accepteraient-ils pour bénéficier d’une amélio- ponses lui correspondant et calculé un classement
ration donnée : une meilleure accessibilité, une moyen. Celui-ci est d’autant plus favorable
main-d’œuvre mieux formée, etc. Cependant, que le site présente des caractéristiques géné-
une question si directe ne permettrait pas de ralement valorisées par les entreprises. Il va
rendre compte de la complexité des choix des d’un minimum de 1,7 pour le site le mieux
entreprises et des préférences qui les sous-ten- classé à un maximum de 8,8 pour le plus mal
dent. En effet, celles-ci s’intéressent rarement à classé. Pour la présentation des résultats, les si-
une caractéristique locale de manière isolée. Elles tes ont été répartis en trois groupes : le premier
la resituent dans un ensemble. groupe comprend les 300 sites ayant le
meilleur classement moyen (de 1,7 à 4,9), puis
Pour tenir compte du caractère global du juge- viennent les 400 sites ayant un classement in-
ment que les responsables d’établissement por- termédiaire (de 4,9 à 6,1) et les 300 sites ayant
tent sur un site, le principe de l’enquête est de le plus mauvais classement moyen (de 6,1 à 8,8)
faire classer par ordre de préférence un ensem- composent le dernier groupe. Une caractéristique
ble de sites, chacun d’entre eux étant décrit pré- généralement valorisée sera plus fréquente dans
cisément sur une fiche par une batterie de les sites du premier groupe.
critères. Ceux-ci, et la liste des valeurs que
chaque caractéristique peut prendre, ont été Le calcul d’indicateurs de concordance com-
définis en concertation avec des profession- plète cette information. Pour chaque enquêté
nels de l’installation d’entreprises. Enfin, un et pour une caractéristique donnée, l’indica-
échantillon de 1 000 sites a été construit par ti- teur de concordance est égal à l’unité quand
rage aléatoire d’une valeur de chacune des ca- tous les sites présentant cette caractéristique
ractéristiques. Aucun des sites ne fait référence sont classés en tête et à – 1 quand tous ces si-
à une localisation existante. Il fallait, en effet, tes sont les plus mal classés (cf. encadré 2).
éviter que le classement soit influencé par des Les valeurs figurant dans les tableaux sont les
critères implicites et personnels (cf. encadré 1). moyennes des indicateurs pour l’ensemble
des établissements enquêtés. Elles sont d’au-
Il était évidemment exclu qu’un établissement tant plus élevées que les sites présentant la
enquêté reçoive la description des 1 000 sites. caractéristique étudiée sont bien classés.
Encadré 2
L’INDICATEURDE CONCORDANCE
L’indicateur de concordance mesure l’intensité du lien entre les Cette somme est minimale quand les sites satisfaisant le cri-
valeurs d’un critère dichotomique et le classement des sites. tère (dans notre exemple, les sites en zone urbaine) sont
tous en tête de classement. Elle est alors égale à
Soit c , n 1, ,10 une variable égale à l’unité si le k k 1 2 . Elle est maximale quand ils sont tous en fin
n
site n satisfait le critère, à zéro sinon. Prenons, à titre de classement. Elle est alors égale à k 20 k 1 2 .
d’exemple, l’appartenance à une zone urbaine. La somme
10
k 20 k 1 S
En conséquence, la statistique
2k 10 k
k c est le nombre total de sites pour lesquels le
n est comprise entre - 1 et + 1. Elle est égale à + 1 quand
la liaison est parfaite et positive entre le critère et le classe-
n 1
ment, tous les sites les mieux classés satisfaisant le critèrecritère est satisfait (dans notre exemple, le site est en zone
(dans notre exemple, les sites en zone urbaine sont tous en10
tête de classement). Elle est égale à - 1 quand cette liaison
est parfaite et négative, aucun des sites les mieux classésurbaine) et S c r est la somme de leurs rangs.n n
ne satisfaisant le critère (dans notre exemple, les sites en
zone urbaine sont tous en fin de classement).n 1
180 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327-327, 1999 - 6-7
tion des activités économiques. On retrouve iciLes entreprises préfèrent
un thème récurrent de l’économie géographi-
la périphérie des grandes villes
que contemporaine (Jayet et al., 1996). Cepen-
dant, localisation dans une grande ville ne
rès majoritairement, les entreprises expri- signifie pas nécessairement localisation cen-T ment une nette préférence pour une instal- trale. Au contraire, à l’intérieur des aggloméra-
lation en périphérie d’une grande ville. Elles sont tions, les entreprises ont une nette préférence
sensibles aussi à l’accessibilité aux infrastructu- pour les zones périphériques. Plus des deux
res de transport, notamment autoroutières. La tiers des sites ayant le meilleur classement
structure de la main-d’œuvre est également un moyen se situent dans une périphérie urbaine.
critère important. La main-d’œuvre hautement À l’opposé, la localisation des sites du dernier
qualifiée est attractive, les non-qualifiés ont un groupe est une périphérie urbaine pour moins
effet répulsif ; le besoin d’une main-d’œuvre d’un tiers d’entre eux.
adaptée au type d’activité de l’entreprise se fait
souvent sentir. Les coûts fonciers et immobiliers, Les résultats font également apparaître des dif-
les coûts de main-d’œuvre ne jouent pas de rôle férences importantes par fonctions dominantes.
important. Toutefois, les entreprises sont sensi- Les entreprises interrogées ont, dans l’ensem-
bles au taux de taxe professionnelle. ble, une préférence pour les agglomérations à
dominante industrielle et, de façon moins mar-
De toutes les variables d’environnement, le ni- quée, pour les agglomérations à dominante
veau d’urbanisation apparaît nettement comme commerciale (cf. tableau 1). Dans le groupe des
le plus discriminant, avec une coupure marquée sites les mieux classés, la moitié sont localisés
autour de 100 000 habitants. Les sites les mieux dans une agglomération à dominante indus-
classés sont, en quasi-totalité, localisés dans trielle, un sur trois dans une agglomération à
des agglomérations de plus de 100 000 habi- dominante commerciale. Les sites les plus mal
tants. À l’opposé, pour les sites ayant le plus classés en moyenne se répartissent de manière à
mauvais classement moyen, seuls deux sur cinq peu près égale entre les trois types d’agglomé-
sont situés dans une très grande unité urbaine et rations, environ 25 % chacune. Si la préférence
plus d’un sur cinq en zone rurale (cf. tableau 1). pour un environnement industriel était prévisi-
ble, les entreprises interrogées appartenant
Cette préférence pour les grandes aggloméra- pour l’essentiel à l’industrie, elle confirme ce-
tions montre le rôle important que jouent les pendant l’importance pour les entreprises d’un
phénomènes de polarisation dans la localisa- environnement adapté.
Tableau 1
Les périphéries des grandes villes sont les mieux classées
Part par niveau moyen de classement (en %)
Indicateur de
Localisation du site Ensemble ( en %)
concordance
De 1,7 à 4,9 De 4,9 à 6,1 De 6,1 à 8,8
Zone rurale 12,9 3,3 13,7 22,5 - 0,18
Agglomération de 2 000 à 100 000 habitants 23,9 15,0 21,4 37,3 - 0,12
Agglomération de plus de 100 000 63,2 81,7 64,9 40,2 0,23
Centre urbain 38,4 32,4 37,3 46,8 - 0,02
Périphérie urbaine 48,7 64,3 49,1 30,7 0,15
Agglomération à dominante administrative 17,2 13,3 14,3 25,7 - 0,06
Agglomération à dominante commerciale 33,7 33,3 39,6 26,2 0,08
Agglomération à dominante industrielle 36,2 50,1 32,5 25,5 0,10
Lecture : les tableaux1, 2,3, 4 et 5 sont présentés de la même manière. Chaque ligne correspond à un critère. 12,9% des 1 000 sites
sont localisés en zone rurale. Mais seuls 3,3 % des sites les mieux classés sont ruraux alors que c’est le cas de 22,5% des sites les
plus mal classés. On peut en déduire que les entreprises dévalorisent les sites ruraux, beaucoupplus présents parmi les sites mal classés.
Demanièregénérale,quandlespourcentagescroissentdeladeuxièmeàlaquatrièmecolonne,lecritèreauneffetdévalorisantconduisant
plutôt à de mauvais classements. La dernière colonne confirme cette impression. Y figure l’indicateur de concordance (cf. encadré 2).
Cet indicateur peut varier, en théorie, entre – 1 et+1; en pratique, il se situe entre – 0,2 et+0,2. Il est positif quand les sites correspondant
au critère sont plutôt bien classés, négatif quand ils sont plutôt mal classés.
Source : enquête Préférences de localisation des entreprises dans le Nord - Pas-de-Calais, Insee, 1997.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327-327, 1999 - 6-7 181Être accessible, surtout par autoroute L’importance de la proximité
des sous-traitants
Depuis longtemps, les économistes soulignent
l’importance de l’accessibilité comme critère Être accessible, c’est également pouvoir échan-
de localisation, même dans un contexte de forte ger avec les autres entreprises avec lesquelles
baisse des coûts de transports (Beckmann et on entretient des contacts réguliers. De ce point
Thisse, 1986). Les classements confirment ce de vue, les établissements paraissent plus
point de vue et font apparaître une sensibilité sensibles à la proximité d’interlocuteurs situés
certaine à l’accessibilité aux infrastructures en amont de leur processus de production
(cf. tableau 2). Celle-ci est nette pour les infra- qu’à celle d’interlocuteurs situés en aval (cf.
structures autoroutières. Plus de 55 % des sites tableau 3). La présence des sous-traitants et,
ayant le meilleur classement moyen sont à dans une moindre mesure, des fournisseurs est
moins de 5 minutes d’un accès autoroutier, plus forte parmi les sites les mieux classés en
contre moins d’un quart des sites du troisième moyenne. Aucune différence sensible n’appa-
groupe. Cette sensibilité est également percep- raît pour les distances aux clients et aux don-
tible pour les infrastructures ferroviaires et les neurs d’ordre.
transports en commun. Elle est négligeable
pour les routes nationales, les aéroports et les
ports maritimes. La densité du réseau routier Disposer de main-d’œuvre qualifiée
national explique vraisemblablement le carac-
tère non discriminant de ce critère. Enfin, la Les entreprises sont sensibles à la structure de
desserte d’une gare par le TGV est un facteur au la main-d’œuvre et en particulier à la présence
moins aussi important que le temps d’accès à la des catégories les plus qualifiées et les moins qua-
gare et les accès directs ferroviaires favorisent lifiées (cf. tableau 4). Les catégories non ouvriè-
le choix de la localisation. res, en particulier les cadres, font l’attractivité
Tableau 2
Les entreprises valorisent les sites accessibles
Part par niveau moyen de classement (en %)
Indicateur de
Accessibilité du site Ensemble (en %)
concordance
De 1,7 à 4,9 De 4,9 à 6,1 De 6,1 à 8,8
Autoroute à moins de 5 minutes 40,4 55,6 39,6 24,6 0,16
Route nationale à moins de 10 minutes 66,1 70,6 61,9 67,1 0,07
Gare à moins de 15 minutes 53,0 57,7 54,0 46,3 0,07
Gare avec TGV 28,7 36,0 30,7 17,8 0,19
Accès direct ferroviaire 18,7 24,6 17,0 14,6 (1)
Transports en commun à moins de 15 minutes 69,6 74,8 70,3 63,2 0,15
Aéroport à moins de 30 minutes 31,1 30,3 35,0 26,7 (1)
1. Indicateur non calculable
Lecture : cf. tableau 1.
Source : enquête Préférences de localisation des entreprises dans le Nord - Pas-de-Calais, Insee, 1997.
Tableau 3
Une plus grande sensibilité aux liaisons en amont
Part par niveau moyen de classement (en %)
Localisation des liaisons Indicateur de
Ensemble (en %)
avec d’autres entreprises concordance
De 1,7 à 4,9 De 4,9 à 6,1 De 6,1 à 8,8
Fournisseurs à moins de 20 km 40,8 46,6 37,0 40,7 0,06
Clients à moins de 20 km 41,6 41,9 41,1 42,2 0,05
Sous-traitants à moins de 20 km 63,4 69,0 61,3 60,7 0,10
Donneurs d’ordre à moins de 20 km 41,4 40,0 43,2 41,7 0,06
Lecture : cf. tableau 1.
Source : enquête Préférences de localisation des entreprises dans le Nord - Pas-de-Calais, Insee, 1997.
182 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327-327, 1999 - 6-7d’une zone. Les ouvriers non qualifiés ont un ayant le meilleur classement moyen. Cepen-
effet nettement opposé. Il est surprenant que dant, les différences avec les autres sites restent
des entreprises, en large majorité industrielles, faibles. Quant aux équipements propres aux si-
semblent insensibles à l’importance des ou- tes, leur influence n’est guère plus systémati-
vriers qualifiés et moins sensibles à la présence que. C’est pour l’alimentation en gaz que les
de techniciens qu’à celle de catégories non ou- résultats sont les plus nets. Les sites les mieux
vrières. classés en moyenne en sont alimentés quatre
fois sur cinq. Pour les sites du dernier groupe,
En sus de la qualification de la main-d’œuvre, les cette proportion est inférieure à trois sur cinq.
entreprises sont également sensibles à sa spéciali- Une station d’épuration et l’électricité à haute
sation (cf. tableau 5). Les sites les mieux classés ou moyenne tension sont également des argu-
ont, en effet, beaucoup plus fréquemment une ments favorables. Les sites les mieux classés
forte spécialisation de la main-d’œuvre locale sont un peu mieux équipés de ce point de vue.
dans l’activité spécifique à l’établissement que
les sites les moins bien classés. Il existe sans doute deux raisons à cette fai-
blesse des effets observables. D’une part, les
Les aménités locales, les services aux entrepri- entreprises seraient plus sensibles à des effets
ses disponibles à proximité et les caractéristi- de gamme, c’est-à-dire à la variété des servi-
ques propres aux sites n’ont guère d’influence ces et équipements disponibles, qu’à la pré-
sur les classements. Seul le statut d’occupation sence d’un service particulier. Cette
des locaux joue un rôle, les entreprises préfé- hypothèse ne peut être vérifiée directement.
rant très nettement les louer que les acheter : la Elle peut l’être, cependant, indirectement par
part de locations parmi les sites les mieux clas- la préférence pour les grandes villes, une ca-
sés en moyenne est de 63 %. Elle n’est plus que ractéristique importante de ces dernières étant
de 39 % pour les sites du dernier groupe. la variété des biens et services offerts. D’autre
part, le classement moyen par l’ensemble des
La plupart des services aux entreprises sont lé- entreprises masque la diversité des besoins de
gèrement plus présents à proximité des sites chacune.
Tableau 4
Des besoins en main-d’œuvre qualifiée
Part par niveau moyen de classement (en %)
Indicateur de
Sites dont la main-d’œuvre comprend... Ensemble (en %)
concordance
De 1,7 à 4,9 De 4,9 à 6,1 De 6,1 à 8,8
... au moins 7 % de cadres 52,9 64,6 50,7 42,5 0,07
... au moins 8 % d’agents administratifs 42,8 53,1 42,2 32,2 - 0,06
... au moins 10 % de techniciens 51,6 54,6 53,5 45,8 - 0,01
... au moins 14 % d’employés 52,4 59,9 52,0 44,5 - 0,01
... au moins 40 % d’ouvriers qualifiés 49,2 47,3 50,0 50,4 0,02
... au moins 20 % d’ non qualifiés 51,6 42,7 46,9 67,7 - 0,12
Lecture : cf. tableau 1.
Source : enquête Préférences de localisation des entreprises dans le Nord - Pas-de-Calais, Insee, 1997.
Tableau 5
L’importancedelaspécialisation de la main-d’œuvre locale
Part par niveau moyen de classement (en %)
Spécialisation de la main-d’œuvre dans Indicateur de
Ensemble (en %)
l’activité de l’établissement concordance
De 1,7 à 4,9 De 4,9 à 6,1 De 6,1 à 8,8
Faible 27,1 20,4 28,3 31,6 - 0,04
Moyenne 48,4 49,8 48,2 47,8 0,03
Forte 24,5 29,8 23,5 20,6 0,06
Lecture : cf. tableau 1.
Source : enquête Préférences de localisation des entreprises dans le Nord - Pas-de-Calais, Insee, 1997.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327-327, 1999 - 6-7 183Des résultats ambigus du côté des coûts Les industries agro-alimentaires
préfèrent s’implanter dans
Les coûts figurent dans la description des sites sous
les zones rurales...trois formes : les coûts d’acquisition ou de location,
le taux de la taxe professionnelle, les coûts de
main-d’œuvre. Quand il existe, l’effet apparent de es préférences analysées jusqu’ici sont des
ces coûts sur les préférences des établissements L moyennes, calculées pour l’ensemble des
reste faible. Que les locaux soient à acheter ou à établissements de l’échantillon. Elles cachent
louer, qu’ils intègrent ou non des bureaux, leur ré- des différences de comportement des établisse-
partition par niveau de prix ne fait pas apparaître de ments selon leur secteur et leur taille. La préfé-
variation systématique des sites les mieux classés rence pour la périphérie des grandes villes, la
aux moins bien classés. La taxe professionnelle est sensibilité à l’accessibilité et la qualification de
un peu plus faible pour les sites les mieux classés. la main-d’œuvre sont-elles des caractéristiques
Cette différence est essentiellement imputable aux générales ?
sites les mieux classés : pour 56 % d’entre eux, le
taux de taxe professionnelle est inférieur à 25 %. Une analyse plus fine fait un apparaître un clivage
L’influence semble faible pour les autres groupes, net opposant les établissements qui valorisent
où la part de sites ayant un taux de taxe profession- fortement les localisations urbaines, et surtout
nelle inférieur à 25 % ne s’écarte guère de la périphériques, aux établissements préférant une
moyenne de 40 %. On constate également une fai- installation en zone rurale. Ces derniers sont
ble sensibilité au coût de la main-d’œuvre. surtout des établissements agro-alimentaires. La
préférence pour un environnement industriel
L’absence d’effet systématique des coûts peut sur- localisé en périphérie urbaine, très présente dans
prendre. Cependant, sur le plan économique, ce ré- les industries de biens d’équipements, et la préfé-
sultat est logique. Les coûts sont la contrepartie des rence pour les centres urbains, particulièrement
avantages que proposent les sites. Aussi une entre- marquée dans les services aux entreprises, sont
prise localisée sur un site aux caractéristiques plus deux facteurs de clivage secondaires.
favorables accepte-t-elle plus facilement des coûts
plus élevés. La diversité des sites se traduit par une Pour chaque établissement, des indicateurs de
diversité des niveaux de coûts acceptés. Seule une concordance entre son classement et les principa-
analyse complète, intégrant à la fois les caractéris- les caractéristiques des sites proposés ont été cal-
tiques des sites et leurs coûts, permettrait de déga- culés et soumis à une analyse factorielle des
ger effectivement l’influence de ces derniers. correspondances (cf. tableau 6).
Tableau 6
Résultats de l’analyse de variance
Position sur l’axe
Caractéristique du site
Axe 1 Axe 2 Axe 3 Axe 4
Agglomération de plus de 100 000 h. 0,887 0,175 0,107 0,044
Au moins 7 % de cadres 0,708 - 0,218 - 0,052 - 0,138
Zone à dominante commerciale 0,638 - 0,369 0,298 0,082
Gare desservie par le TGV 0,632 0,133 0,180 0,139
Périphérie urbaine 0,582 0,524 - 0,421 0,103
Transports en commun à moins de 15 mn 0,463 0,108 0,235 - 0,122
Au moins 10 % de techniciens 0,427 0,279 - 0,004 0,411
Au moins 14 % d’employés 0,415 - 0,422 - 0,462 - 0,007
Nœud autoroutier à moins de 5 mn 0329 0,139 0,222 0,093
Gare à moins de 15 mn 0,275 0,136 0,236 0,296
Faibles coûts de main-d’œuvre 0,141 - 0,050 - 0,175 0,293
Spécialisation de la main-d’œuvre - 0,040 - 0,060 0,095 0,565
Centre urbain - 0,068 - 0,419 0,723 - 0,024
Zone à dominante industrielle - 0,111 0,676 - 0,059 0,058
Au moins 35 % d’ouvriers qualifiés - 0,424 0,309 0,444 - 0,188
Au 20 % d’ non qualifiés - 0,520 - 0,437 - 0,193 0,170
Faible taux de taxe professionnelle - 0,650 0,174 - 0,139 0,147
Zone à dominante administrative - 0,746 0,307 0,196 0,018
Lecture : ce tableau est issu d’une analyse factorielle des correspondances. Les variables correspondent aux caractéristiques, les observations
sont les établissements enquêtés. Chaque case contient la valeur de l’indicateur de concordance pour la caractéristique correspondante,
sur la base des classements de l’entreprise enquêtée. Le tableau reprend les quatre premiers axes de l’analyse et donne les coordonnées
de chacune des caractéristiques introduites dans l’analyse sur ces axes. Ces coordonnées sont des coefficients de corrélation. Ainsi, l’axe 1
est fortement corrélé positivement avec des indicateurs de concordance positifs pour les agglomérations de plus de 100 000 habitants
avec au moins7% de cadres et une dominante commerciale. Il repère donc des entreprises qui classent en tête les sites ayant ces caractéristiques.
Source : enquête Préférences de localisation des entreprises dans le Nord - Pas-de-Calais, Insee, 1997.
184 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327-327, 1999 - 6-7Le premier axe, de loin le plus important, fait Celle-cisembleallerdepairaveclademande
apparaître une nette opposition entre les entre- d’une bonne accessibilité. De manière surpre-
prises qui préfèrent les grandes villes et celles nante, ce groupe d’entreprises n’apparaît pas
qui préfèrent les zones rurales. Il explique 21 % particulièrement sensible à la qualification de
de la variance. Ainsi, le choix d’un site localisé la main-d’œuvre. Quant au quatrième axe, il est
en périphérie d’une grande ville n’est pas seule- surtout associé à la recherche d’une main-
ment celui pour lequel, en moyenne, les entre- d’œuvre spécialisée dans les activités de l’éta-
prises expriment la préférence la plus forte. blissement, en particulier des techniciens et des
C’est aussi sur ce point que les différences entre ouvriers qualifiés (6 % de la variance). Les en-
entreprises sont les plus marquées. treprises de ce groupe sont plus sensibles que
les autres au coût de la main-d’œuvre.
La préférence pour les grandes villes va de pair
avec le choix d’une implantation périphérique,
... les services aux entreprisesla recherche d’une bonne accessibilité ferro-
viaire et routière et une grande sensibilité à la dans les centres urbains
qualification de la main-d’œuvre. À l’opposé,
les entreprises préférant les zones rurales re- Les préférences sont différentes selon l’activité
cherchent une main-d’œuvre ouvrière, que principale de l’établissement. Sa taille n’appa-
celle-ci soit qualifiée ou non. Elles sont égale- raît pas comme un critère discriminant. Le seul
ment nettement plus sensibles que les autres au effet notable, sur ce point, est une préférence
taux de taxe professionnelle. plus forte des établissements les plus petits
pour les centres urbains. Par contre, chacun des
Le second axe correspond aux entreprises qui types de préférences dégagé plus haut est clai-
ont une nette préférence pour un environne- rement associé à des secteurs d’activité particu-
ment industriel localisé en périphérie urbaine et liers (cf. tableau 7).
explique 9 % de la variance. Les établissements
à la recherche de ce type d’environnement Les établissements qui avaient une faible préfé-
n’apparaissent pas sensibles à la taille de l’ag- rence pour les grandes villes dans l’analyse fac-
glomération et ne prennent pas plus en compte torielle se révèlent être surtout des établissements
que la moyenne l’accessibilité du site. Par con- des industries agricoles et alimentaires et, dans
tre, ils expriment nettement le besoin d’une un moindre mesure, des industries de biens in-
main-d’œuvre d’un bon niveau de technicité, termédiaires. Ces activités s’opposent aux
les techniciens et les ouvriers qualifiés y étant transports routiers et aux services aux entrepri-
sur-représentés. ses, qui ont une préférence particulièrement
forte pour les grandes villes. Cependant, ces
Le troisième axe fait nettement ressortir les en- deux derniers secteurs divergent nettement
treprises ayant une forte préférence pour les quant au type d’implantation souhaité à
centres urbains et explique 7 % de la variance. l’intérieur des agglomérations : les services
Tableau 7
Différences de préférence selon le type d’établissements
Position sur chacun des axes
Axe 1 Axe 2 Axe 3 Axe 4
Secteur d’activité
Industries agricoles et alimentaires - 0,11 - 0,15 - 0,09 - 0,04
Industrie des biens de consommation - 0,02 - 0,04 - 0,08 - 0,02 des d’équipement - 0,04 0,09 - 0,10 0,04
Industrie des biens intermédiaires - 0,09 0,04 - 0,03 - 0,06
Commerce de gros 0,09 0,02 0,01 0,05
Transport routier - 0,01 - 0,03 0,00 - 0,11
Services aux entreprises 0,12 - 0,05 0,14 0,02
Taille d’établissement
Au plus 20 salariés 0,02 0,01 0,07 0,01
De 20 à 49és - 0,02 - 0,01 - 0,04 0,00
De 50 à 99 salariés 0,03 - 0,04 - 0,06 - 0,02
Au moins 100 salariés - 0,02 0,02 - 0,02 - 0,02
Lecture : sont repris, dans ce tableau, les positions moyennes, sur chacun des quatre axes principaux de l’analyse factorielle, des
établissements regroupés par grand secteur d’activité et par classe de taille. Les établissements de l’industrie automobile, peu nombreux
dans l’enquête, ont été retirés.
Source : enquête Préférences de localisation des entreprises dans le Nord - Pas-de-Calais, Insee, 1997.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327-327, 1999 - 6-7 185aux entreprises recherchent le centre urbain transferts prévus, un peu moins de trois motifs
(position sur l’axe 3), à l’inverse des transports par établissement ont été invoqués. Le transfert
routiers, qui ont besoin d’une main-d’œuvre apparaît donc comme une opération aux multi-
expérimentée et sont sensibles à son coût (posi- ples déterminants (cf. tableau 8).
tion sur l’axe 4). Quant aux industries de biens
d’équipements, elles ont une préférence pour Quel que soit le secteur d’activité, le motif do-
les périphéries urbaines à dominante indus- minant est l’inadaptation et la vétusté des lo-
trielle (position sur l’axe 2 ). caux. Il est cité pour trois transferts, passés ou
prévus, sur cinq. Les autres motifs viennent
loin derrière. Pour les transferts réalisés,
Une mobilité essentiellement induite l’inadaptation et la vétusté des locaux sont sui-
par des facteurs immobiliers vies par le besoin de les agrandir. Le motif pla-
cé en deuxième position des transferts attendus
Dans quelle mesure l’existence de préférences est l’amélioration de l’accessibilité.
marquées des établissements entraîne-t-elle des
changements de localisation ? Afin de le savoir, De manière générale, l’examen des motifs les
les responsables d’établissement enquêtés ont plus importants, que ce soit pour les transferts
été interrogés sur l’existence d’une mobilité attendus ou réalisés, conduit à les répartir en
dans le passé récent (les 30 mois précédents quatre grands groupes :
l’enquête) et de projets de mobilité future. Sur - les motifs liés à l’usage direct des locaux : ou-
les 1 250 établissements, 151 ont déclaré avoir tre l’inadaptation et la vétusté, déjà citées, on
changé de localisation dans le passé récent et retrouve ici le besoin d’agrandissement (35 %
160 envisagent un transfert dans le futur pro- des transferts récents, 20 % des transferts atten-
che. Les deux populations sont donc de taille si- dus). Les questions de statut d’occupation et les
milaire. En pondérant les établissements par les contraintes d’urbanisme et d’environnement ne
taux de sondage, on obtient 11 % de transferts jouent qu’un rôle mineur ;
effectués dans un passé récent et à 14 % de - les motifs liés à l’accessibilité : l’amélioration
transferts prévus dans le futur proche. Le taux générale de celle-ci est invoquée par 25 % des
de transfert annuel, de l’ordre de 4,5 % est co- transferts réalisés et par 40 % des transferts at-
hérent avec le résultat obtenu à partir de l’ex- tendus. Ce besoin d’accessibilité apparaît
ploitation de Sirene : sur un champ très proche, comme un besoin général, sans référence à une
le taux de transfert d’établissement est de 4,6 %, catégorie particulière d’interlocuteurs. Ils sont
en moyenne, pour les années 1989-1996 (1) peu nombreux à citer la recherche d’une
(Delisle et Lainé, 1997). meilleure proximité des services (10 % des
Ainsi, les établissements bougent peu. Cepen-
1. Ce chiffre provient des fichiers de démographie d’entreprises
dant, pourquoi bougent-ils ? En moyenne, que de Sirene ; il couvre l’industrie, le commerce de gros et les
ce soit pour les transferts récents ou pour les services aux entreprises et exclut les transports.
Tableau 8
Motifs du transfert
En %
Transfert
Motif du transfert
Réalisé Attendu
Pour quitter des locaux inadaptésouvétustes 62,1 59,9
Pour disposer de plus grands 34,9 19,6
Suite à une nouvelle stratégie d’entreprise 29,0 5,7
Pour améliorer l’accessibilité 25,3 40,1
Pour avoir des locaux à faible coût 22,0 17,6
Conséquence d’une réorganisation de l’entreprise 20,0 14,2
Pour diminuer la taxe professionnelle 14,3 32,4
Suite à des contraintes d’urbanisme 12,4 12,3
Pour une meilleure proximité des services 10,4 9,1
Suite à des d’environnement 13,0 11,8
Pour changer de statut d’occupation 1,8 0,8
Pour bénéficier de subventions 5,3 16,1
Pour se rapprocher des donneurs d’ordre 2,6 2,5
Pour se des clients 7,0 10,1
Pour bénéficier d’aides fiscales 3,4 18,9
Pour se rapprocher des sous-traitants 3,1 6,6
Pour se des fournisseurs 2,1 3,2
Pour disposer de personnel qualifié 2,0 8,0
Source : enquête Préférences de localisation des entreprises dans le Nord - Pas-de-Calais, Insee, 1997.
186 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 326-327-327, 1999 - 6-7

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