L'essor des services depuis les années 60

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L'importance des services marchands dans l'économie n'a cessé d'augmenter depuis le début des années soixante : la production a été multipliée par cinq, l'emploi par deux. Si la part des services s'est accrue dans le processus productif, par contre, hors logement, elle a légèrement baissé dans la consommation nationale. Le salariat a fortement progressé dans les services, et la qualification des salariés reste sensiblement supérieure à celle des autres branches. La part de l'emploi féminin, traditionnellement importante, est restée stable.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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N°498 DÉCEMBRE 1996
PRIX : 14 F
L’essor des services depuis les années 60
Céline Rouquette, Division Servces,i Insee
revanche, ils n’ont pas échappé au ralentis ’importance des services mar-
sement qui toucha l’économie française auchands dans l’économie n’acessé
début des années 90 ni à la récession deL d’augmenter depuis le début des
1993. Au total, les services marchands ont
années soixante : la poducr tion a été mul- nettement augmenté leur influence dans
tipliée par cinq, l’emploi par deux. Si la l’économie française, passant de 11 % à
part des services s’est accrue dans le 17 % de la valeur ajoutée entre 1960 et 1995
(tableau 1).processus productif, par contre, hors lo-
gement, elle a légèrement baissé dans la Boom de la production dans les
consommation nationale. Le salariat a services aux entreprises
fortement progressé dans les services, etCe sont les services aux entreprises, do-
la qualification des salariés reste sensi- maine en plein essor, qui ont connu la pro
blement supérieure à celle des autres gression la plus spectaculaire : en volume,
leur production a été multipliée par plusbranches. La part de l’emploi féminin, tra-
de 8 depuis le début des années 60, deditionnellement importante, est restée
sorte qu’en 1995 elle représentait les deux
stable.
tiers de la production des services mar
chands. Cela s’explique par le fait que la
En 1995, la production des services mar part des services aux entreprises dans les
chands (Cf. Pour comprendre ces résultats) consommations intermédiaires a plus que
a dépassé 1 800 milliards de francs cou- doublé entre 1960 et 1995, passant de
rants. Entre 1960 et 1995, elle a quintuplé 6,9 % à 18,6 %. Les activités qui utilisent le
en volume, tandis que celle des transports plus ces services sont les services mar-
était multipliée par 4, celle de l’industrie et chands eux mêmes (ils ont consommé
du commerce par 3, et celle de l’agriculture20,3 % de l’ensemble des services aux en
par 1,5 (graphique 1). Jusqu’au milieu des treprises utilisés dans le processus de pro
années 70, la croissance des services ne duction nationale en 1995), puis les
s’est guère distinguée de celles des princi industries de biens d’équipement (15,1 %),
pales autres branches marchandes. Par la et enfin le BTP (11,4 %).
suite, les chocs pétroliers qui ont affecté le Au sein de ce secteur, ce sont des activités
bâtiment puis l’industrie, les transports, et quasi nouvelles au début des années 60,
dans une moindre mesure le commerce, ontcomme les services informatiques, qui se
épargné les services. Ceux ci ont même sont particulièrement distinguées. D’autres
connu une forte phase de croissance à la finont connu un fort développement : les pro
de la décennie 80 ( + 7 % de croissance enductions des postes et télécommunications
moyenne annuelle entre 1985 et 1990). En et du conseil en information ont été multi
Évolution de la production des principales branches marchandes de l’économie
(*) Grâce à l’échelle semi-logarithmique, la pente des courbes indique le taux de croissance de la production.
Source : Comptes nationaux, Insee
?
INSEE
PREMIEREpliées par 12. En outre, la gestion des10 % en raison de l’équipement élec L’évolution des prix a aussi influencé
facteurs de production s’est de plus entroménager des ménages qui a aug le comportement des consommateurs.
plus externalisée : la location de maté menté dès la fin des années 60. La De fait, les prix des services aux par
riel de bureau a été multipliée par 25,fréquentation des salles de cinéma a ticuliers ont augmenté plus vite que
le recours au travail temporaire par 10.diminué de 60 % : le développement l’ensemble des prix à la consomma
La production des activités de promo des chaînes de télévision et des servi tion. Entre 1960 et 1995, l’indice des
tion et de gestion immobilières, tirée ces de location/vente de cassettes vi prix de la consommation marchande a
par le bâtiment, a été en hausse cons déo expliquent cette désaffection. La été multiplié par 8, tandis que celui des
tante de 1960 à 1974, multipliée par consommation a baissé d’un tiers services marchands était multiplié par
3,5 sur cette période. Elle a connu en dans les cafés, dont le nombre a été plus de 10. Les effets de l’inflation ont
suite des variations cycliques mar divisé par deux (104 000 établisse été encore plus vifs dans certaines ac
quées, revenant en 1995 au même ments en 1966, 54 000 en 1994). Au tivités comme les services de coiffure
niveau qu’en 1974. total, la part en volume des services ou de cinéma. Si le différentiel observé
marchands dans la consommation na entre le niveau général de l’inflation et
Résultats en demi-teinte pour tionale a légèrement fléchi, passant del’augmentation des prix des services a
les services aux particuliers 13 % à 12 % (graphique 2). été particulièrement élevé en 1987,
La croissance de la production de ser En revanche, la croissance de la con année de leur libération, l’inflation
vices aux particuliers a été plus modé sommation de services de radio et té dans les services s’est ralenti ces der
rée, multipliée par 1,5 seulement. En lévision a été stimulée par les nières années.
effet, ces services rassemblent beau avancées technologiques et par la di
L’investissement a été tiré parcoup d’activités traditionnelles, même versification de l’offre (chaînes, câble,
les télécommunicationssi des activités encore embryonnaires « bande FM »,...). Les services ré
au début des années 60, comme la té créatifs, culturels et sportifs, se sont Le taux d’investissement dans les ser
lévision, se sont fortement dévelop également développés mais dans une vices, rapport de l’investissement à la
pées depuis. moindre mesure. Ainsi, la consomma valeur ajoutée, est resté supérieur à
Alors que la consommation (en vo tion des spectacles et des jeux d’ar 20 % jusqu’à la fin des années 70, puis
lume) des ménages a triplé entre 1960gent a été multipliée par 4, celle des s’est réduit à 15 % en 1995 (graphi
et 1995, et bien que les besoins en sports par 5. Le poids de certains au que 3). Cette évolution s’explique es
certaines catégories de biens (alimen tres services qui n’entrent pas dans lesentiellement par la politique
taires, vestimentaires,...) aient été champ de l’étude a également aug d’équipement de l’Etat en matière de
progressivement satisfaits, tous les menté dans la consommation natio télécommunications : jusqu’en 1975,
services n’ont pas pour autant profité nale. Ainsi, la part de la location de le taux d’investissement y avoisinait
du développement de la consomma logements est passée de 7,5 à 13 % 35 %, mais le plan de rattrapage du
tion des ménages. Par exemple, la entre 1960 et 1995 ; de même, celle téléphone, adopté alors pour pallier le
consommation de services de blan des services de santé est passée de 3retard des télécommunications en
chisserie et teinturerie a diminué de à 7 % entre 1960 et 1995. France, fit de la Direction Générale
Part des services marchands Créations d’emplois dans les services entre 1962 et 1990
dans la consommation nationale
Source : Comptes nationaux, Insee
Évolution du taux d’investissement
Lecture : entre 1962 et 1990, 1100 % d’emplois supplémentaires ont été créés dans les activités de nettoyage, 40 % des
emplois dans la blanchisserie ont été détruits. Il y a eu une forte expansion de certaines activités parce qu’elles étaient quasi
inexistantes au début des années 60. C’est le cas de l’informatique, activité pour laquelle le taux de création est sans
signification. Pour d’autres activités, comme le nettoyage, l’expansion s’explique également par leur externalisation.
Source : Recensements de la population, InseeSource : Comptes nationaux, Insee
´`ˆdes Télécommunications le premier trie, ce taux est supérieur à 90 %). En breuses dans des activités où l’emploi
investisseur public, avec un taux dé effet, d’une part la proportion de l’em a moins progressé. Ainsi, le nombre
passant les 60 %. Les équipements ploi salarié dans l’emploi total a aug d’emplois dans les cafés, secteur fé
lourds achevés, ce ratio diminua. Horsmenté pour chacun des secteurs qui minin à plus de 60 %, a augmenté
postes et télécommunications, le taux composent les services (mais, à l’op beaucoup plus lentement que dans
d’investissement des services est pas posé des services aux entreprises et l’hôtellerie, où les hommes sont majo
sé de 15,6 % en 1960 à 13,8 % en des activités immobilières, où les ef ritaires.
1995. Toutefois, ces chiffres ne tien fectifs indépendants ont augmenté, A l’opposé, l’emploi féminin s’est net
nent pas compte de l’investissement dans les services aux particuliers, la tement développé dans les activités
immatériel (brevets, logiciels...), parti hausse des effectifs salariés s’est ac de promotion et de gestion immobi
culièrement conséquent dans certai compagnée d’une baisse du nombre lières (de 42 % de l’emploi total à
nes activités. des indépendants). D’autre part, le 56,5 % entre 1962 et 1990) et dans les
Le taux d’investissement dans les ser poids des services aux particuliers, services aux entreprises (de 37 à
vices aux entreprises (hors télécom secteur où les indépendants restent 44,5 %). Cependant, de fortes dispari
munications) a été divisé par deux enproportionnellement plus nombreux, a tés subsistent : parmi les professions
l’espace de cinq ans, à la fin des an nettement diminué au cours de la période.libérales, seuls 10 % des notaires,
nées 70. Il est ensuite progressive En 1994, les indépendants représen 2 % des géomètres, 3 % des ingé
ment remonté pour rattraper son taient 63 % des emplois dans les ca nieurs conseils sont des femmes.
niveau des années 60. Dans les servi fés, 36 % dans la coiffure et 43 % dans Toutefois, le nombre élevé de femmes
ces aux particuliers, le taux d’investis les cabinets d’architectes. dans les classes d’âge les plus jeunes
sement a connu une embellie sur la fin de ces professions montre que la part
La part de l’emploi féminin,des années 80, qui s’est achevée avec de l’emploi féminin s’y développera.
importante, a stagnéla récession de 1993. Il a ainsi rapide
ment chuté dans l’hôtellerie ou la blan L’emploi féminin a toujours été déve Évolution du taux de salariat
chisserie, après avoir dépassé 17 % loppé dans les services marchands, et entre 1962 et 1995
autour de 1990. il le reste encore aujourd’hui. Toute
fois, contrairement à ce qui s’est pas
L’emploi a très fortement sé dans les autres activités tertiaires,
sa part n’a pas augmenté (tableau 2).augmenté dans les services
Dans les services aux particuliers, el marchands
les occupaient 56 % des emplois en
Alors que l’emploi agricole et industriel
1962, mais la part de l’emploi féminin
a décru, le nombre d’actifs occupés
a eu globalement tendance à y dimi
dans des activités tertiaires a considé
nuer, revenant à 50,5 % en 1990,
rablement augmenté, en particulier
même si elle atteignait 84 % des em
dans les services marchands : les ef
plois salariés dans la coiffure et 78 %
fectifs y ont plus que doublé, frôlant la
dans la blanchisserie de détail notam
barre des quatre millions d’actifs occu
ment. Un élément d’explication est le Sources : Recensements de la population, Comptes natio-
pés en 1995. Ce sont les services aux naux, Inseefait qu’elles sont souvent plus nom
entreprises qui ont créé le plus d’em
plois (67,5 % des emplois créés dans
Évolution de la part des différentes branches d’activités dans le PIB total
les services marchands entre 1962 et
En %1990) avec l’essor de nouvelles activi
Branche 1960 1995tés ou l’externalisation de fonctions
Agriculture 9,7 2,5naguère assurées au sein des entre
Industrie 25,4 22,9prises. Ainsi, les activités de net
dont : industrie manufacturière 18,3 16,0toyage, qui concernaient 14 000
Bâtiment 8,7 4,7personnes en 1962, en employaient
Commerce 13,1 12,7
160 000 en 1990 (graphique 4). De
Transports 4,1 3,6
même, les services informatiques,
Services marchands 10,6 17,1
quasi inexistants en 1960, occupaient
Autre (y compris non marchand) 28,4 36,5
en 1995 plus de 150 000 actifs. Entre Total 100 100
1962 et 1990, la part des services auxSource : Comptes nationaux, Insee
entreprises dans l’emploi des services
est passée de 41,5 % à 56 %. Evolution de la part de l’emploi féminin dans l’économie e1962 etntre 1990
L’emploi salarié s’est nettement déve
En %
loppé dans les services marchands. Il
Services
Commerce Transports Santé Tertiaire Ensemble*a augmenté plus vite que l’emploi non marchands
salarié, de sorte que sa part est pas
1962 47,8 41,3 11,4 66,6 45,1 34,7
sée de 65,7 % de l’emploi total des
1990 47,5 48,8 18,7 71,5 51,5 42,4
services marchands en 1962 (graphi
* de la population active ayant un emploi.
que 5) à 84,3 % en 1995 (dans l’indus Source : Recensements de la population, Insee
¸˚˜de la santé. Il regroupe 3 grands champs
Évolution des qualifications dans les services marchands entre 1962 et 1990
d’activité : services aux entreprises, servi
ces aux particuliers et activités immobi
lières. Les services aux entreprises
rassemblent les postes et télécommunica
tions, la recherche, les services opération
nels (routage, nettoyage, travail
temporaire...), les activités de conseils et
assistances (juridiques, techniques, infor
matiques, publicitaires...). Les services aux
particuliers comprennent l’hôtellerie et la
restauration, les activités culturelles et ré
créatives dont l’audiovisuel, les services
personnels comme la coiffure et la blanchis
serie. Les activités immobilières recouvrent
la gestion et promotion immobilières.
2/Les données utilisées proviennent princi
palement de trois sources : les Enquêtes
Annuelles d’Entreprise, les Comptes de la
Nation et les cinq Recensements de la Po
pulation réalisés entre 1962 et 1990. Durant
la période considérée il y a eu deux chan
gements de nomenclature d’activités : le
premier, intervenu en 1973, a remplacé
l’ancienne Nomenclature d’Activités Econo
miques ( NAE) de 1959 par la Nomenclature
Source : Recensements de la population, Insee d’Activités et de Produits ( NAP). Cette der
nière est restée en vigueur jusqu’en 1993,
tiaire. Ainsi, en 1975, le temps partiel date à laquelle elle a été remplacée par laDes emplois plus qualifiés
Nomenclature d’Activités Française NAF( ).concernait 2 % des actifs occupés
Dans les services marchands, la qua
dans l’industrie ou le bâtiment, mais
lification moyenne de l’emploi a tou
déjà 8 % dans les activités tertiaires. Pour en savoir plusjours été supérieure à celle de
En 1995, les chiffres étaient respecti
l’ensemble de l’économie, et l’écart
vement de 4 % et de 18 % (et de 32 %
fait mieux que se maintenir : tandis « Les services marchands en 1995 »,
dans les seuls services marchands).
Insee Première n°459. On peut égale que la part des cadres et des profes
Ceci n’est pas surprenant dans la me ment consulter les numéros des annéessions intermédiaires est passée de
sure où le travail à temps partiel est précédentes.
20 % en 1962 à 32 % en 1990 pour
davantage répandu chez les femmes
l’ensemble de l’économie, elle a crû de La France des services, Insee, édition
que chez les hommes et chez les em
1996.23,5 à 38 % dans les services mar
ployés que chez les ouvriers. Le temps
chands (graphique 6). Les employés y
Les comptes des services en 1994 , In partiel concerne 34 % des salariés
ont toujours été plus nombreux, et les see résultats, Série Economie générale,dans les services aux particuliers,
ouvriers toujours moins qu’ailleurs, en n°121 122 123, 1995.
32 % dans les services aux entrepri
moyenne. C’est dans les services aux
ses et 16 % dans les activités immobi Les entreprises des services en 1994,
entreprises, secteur où se concentrent
Insee Résultats, série Système produc lières. Il touche plus de la moitié des
les activités de conseil et d’assistance tif, n°108 109 110, 1996.salariés dans le nettoyage (60 %) et
requérant des personnels hautement
chez les traiteurs (53 %). 35 ans de consommation des ménages ,qualifiés, que la hausse du niveau de
Insee Résultats, série Consommation et
formation a été la plus sensible : ca
modes de vie, n°69 70, 1995.Pour comprendre dres moyens et supérieurs représen
ces résultats “ L’emploi dans les services : une crois tent désormais presque la moitié des
sance quelque peu ambiguë ”, P. Tro emplois (un quart seulement dans les
gan, Economie et Statistique ,
services aux particuliers, où les em
n°171 172, novembre décembre 1984.1/Le champ des services marchands rete
ployés occupent quatre emplois sur nu ici est celui de la commission des comp-
“ Services marchands : un million d’em dix). tes des services : il couvre l’ensemble du
tertiaire marchand, à l’exception des servi plois créés en huit ans ”, P. Trogan, Eco Le temps partiel est un phénomène
ces financiers, du commerce, des trans nomie et Statistique , n°262, janvier
dont le développement est récent. Il aports, de la location immobilière, des 1993.
toujours été plus important dans le ter services d’éducation, de l’action sociale et
Direction Générale :
18, Bd Adolphe Pinard
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