L'industrie : atout fragile pour le développement local

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Depuis 2001, l'Alsace subit un ralentissement général de son économie. L'emploi salarié industriel est en net recul. La diversification de l'industrie alsacienne n'amortit plus les baisses d'emplois, comme cela avait été le cas au début des années 1990. Les zones d'emploi alsaciennes, qui offrent relativement peu d'emplois à la population active résidante, subissent de plein fouet les mutations économiques en cours.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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INDUSTRIE
L’industrie représente 23 % du PIB al-
sacien en 2003.
En Alsace, les onze activités les plus
spécifiques de l’économie sont indus-
trielles.
Neuf zones d’emploi sur douze offrentL’industrie : atout fragile
moins de 75 emplois pour 100 actifs
résidants.
pour le développement local
tres zones reste inférieur à la sont parmi les zones d’emploiDepuis 2001,
moyenne nationale mais la situa- françaises où le déficit est le plusl’Alsace subit
tion de toutes les zones s’est flagrant, entre l’emploi existant lo-
un ralentissement général
nettement dégradée (de 1,5 point calement et la population active
de son économie. pour la zone de Molsheim-Schir- résidante. Elles sont comparables
L’emploi salarié industriel meck à 4 points pour celle de en cela avec l’Est parisien.
Saint-Louis). En Alsace, le travail frontalier enest en net recul.
est la principale raison. Il repré-La diversification
sentait, en 1999, globalementPeu d’emploisde l’industrie alsacienne
près de 10 % de la population ac-en dehors des grandes
n’amortit plus tive occupée, avec près de 50 %agglomérations
les baisses d’emplois, pour la zone d’emploi de
L’Alsace demeure une des régions Saint-Louis, 35 % pour celle decomme cela avait été le cas
françaises les plus industrielles. Wissembourg et 30 % pour celleau début des années 1990.
L’industrie contribue à 23 % du PIB d’Altkirch. Mais l’attractivité des
Les zones d’emploi
régional et à 22 % de l’emploi. grandes agglomérations joue éga-
alsaciennes, Cette spécialisation industrielle a lement un rôle important. Les
qui offrent longtemps été un atout. L’in-
En Alsace, peu d'emploisdustrie a contribué de manièrerelativement peu d’emplois
en dehors des trois agglomérationsmajeure à la richesse alsa-àlapopulationactiverésidante,
cienne. Elle a également atté-
subissent de plein fouet
nué l’écart de développement
les mutations économiques entre Strasbourg et le reste du
en cours. territoire alsacien, où, globale-
ment, l’emploi est relativement
Le dynamisme de l’industrie alsa- rare. Le déséquilibre entre les
cienne, mais aussi des économies zones alsaciennes est en effet
allemande et suisse a longtemps remarquable. En 2003, la zone
contenu le chômage. Jusqu’en d’emploi de Strasbourg est une
2002, l’Alsace a bénéficié du plus des rares zones françaises où
faible taux de chômage régional. Au l’on observe une égalité arith-
e
4 trimestre 2005, la situation a tota- métique entre le nombre d’ac-
lement changé. Avec un taux de tifs résidants et le nombre
e
8,6 %, l’Alsace se situe au 9 rang d’emplois. En revanche, les au- Rapport de l'emploi local
des régions. La zone d’emploi de tres zones d’emploi alsacien- à la pop. active résidante (en %)
Mulhouse approche un taux de 12 % nes, à l’exception de celle de 97 et plus Limite des
et celle de Strasbourg un taux de Colmar, et dans une moindre de 90 à moins de 97 zones d'emploi
de 85 à moins de 9010 %. Le taux de chômage des au- mesure de celle de Mulhouse,
de 76 à moins de 85
moins de 76
3Chiffres pour l'Alsace · revue n° 32 · avril 2006
© IGN - Insee
Source : Insee, estimations d'emploi et de population active au 31/12/2003INDUSTRIE
Cet article actualise des éléments d’un dossier réalisé dans le cadre d’une
Sept zones d'emploi sur douze, parmi convention nationale entre l’Insee et la Mission Interministérielle sur les Muta-
tions Économiques (Mime), représentée au niveau alsacien par l’Observatoireles zones françaises les plus diversifiées
Régional des Mutations Économiques (Orme).
Zone très Zone très
diversifiée spécialisée
Saint-Louis
Mulhouse
Guebwiller Thann-Cernay, de Wissembourg, dustriels, l’est presque autant. De
Wissembourg d’Haguenau-Niederbronn et de nombreuses industries sont pré-
Molsheim-Schirmeck. Deux zones sentes : la chimie qui représenteAltkich
font exception : la zone d’emploi globalement un quart des emplois,
Haguenau - Niederbronn
de Strasbourg, très tertiaire, qui se avec des entreprises opérant sur
Molsheim - Schirmeck
situe dans la moyenne nationale de nombreux segments de la
Sélestat -
(7 emplois industriels pour 100 ha- branche (chimie minérale, para-Sainte-Marie-aux-Mines
bitants), et celle d’Altkirch (6 pour chimie, caoutchouc, plasturgie), leSaverne - Sarre-Union
100 habitants) qui est très dépen- textile (tissage, ennoblissement,Colmar - Neuf-Brisach
dante des employeurs suisses et textiles hygiéniques), la méca-
Thann - Cernay
de la zone de Mulhouse. nique (chaudières, robinets et or-
Strasbourg
ganes de transmission), la métal-
lurgie et l’automobile.Un riche portefeuille
-3,5 -3,0 -2,5 Indice de Theil* À l’opposé, après la disparition to-d’industries
tale des mines de potasse et celleNote de lecture : avec un indice de -3,40 pour la zone d'emploi
er L’industrie alsacienne est très di-de Strasbourg, celle-ci se retrouve dans le 1 quartile, quasi totale du textile, la zone
se caractérisant par une très forte diversification industrielle. versifiée. C’est l’industrie qui fait la d’emploi de Mulhouse est presque
* Voir encadré page 6.
richesse du portefeuille d’activités devenue monoindustrielle. L’auto-
de la région. Au niveau 36 de la mobile y représente la moitié des
zones d’emploi de Strasbourg et nomenclature, les onze secteurs emplois industriels. Les zones
de Mulhouse emploient une part les plus spécifiques de l’économie d’emploi de Saint-Louis (chimie
importante de la population active alsacienne sont onze secteurs in- minérale, pharmacie et plasturgie)
des zones d’emploi voisines. dustriels et, parmi eux, hormis et de Guebwiller (équipements
l’automobile, aucun n’est nette-
ment dominant. Dans les au-L’industrie Présence de l'industrie
tres régions industrielles, laest diffusée sur tout le territoire alsacien
Franche-Comté, La Haute-Nor-sur toute la région
mandie ou la Picardie, les sec-
Globalement, les emplois sont teurs spécifiques sont moins
peu nombreux en dehors des ag- nombreux, et chacun d’entre
glomérations, et en comparaison eux représente alors un poids
des autres régions, ce sont plus plus important de l’emploi ré-
fréquemment des emplois indus- gional.Le spectre de la crise de
triels. Dans dix des douze zones la monoindustrie ne se profile
d’emploi, l’industrie est fortement pas pour l’Alsace.
présente. On comptait en 1999, De façon assez remarquable,
dans chacune d’entre elles, plus la plupart des zones d’emploi
d’un emploi industriel pour dix ha- alsaciennes disposent égale-
bitants, ce qui situe ces zones par- ment d’une industrie très diver-
mi les plus industrielles de la mé- sifiée. Strasbourg est, en rai-
tropole. Quatre zones comptent Densité industrielle :son de sa taille, une zone natu-
emploi industriel local / pop. totale (en %)parmi les 25 zones françaises à rellement diversifiée. Mais la
plus forte densité d’emploi indus- 10 et pluszone de Thann-Cernay, qui ne Limite des
de8àmoinsde 10 zones d'emploitriel.Il s’agit des zones d’emploi de compte que 8 000 emplois in-
de 7 à moins de 8
de 5 à moins de 7
moins de 5
4 Chiffres pour l'Alsace · revue n° 32 · avril 2006
er
1 quartile
e
2 quartile
e
3 quartile
Source : Insee, CLAP 2003
© IGN - Insee
Source : Insee, recensement de la population de 1999La pharmacie, seul secteur en progression
parmi les secteurs spécifiques
Évolution de l'emploi salarié entre le 31-12-2000 et le 31-12-2004 (en %)
INDUSTRIE
Pharmacie, parfumerie, entretien
Automobile
Industries agricoles et alimentaires
Équipements mécaniques
Équipements du foyer
Bois et papier
Composants électriques et électroniques
La récession actuelle est diffé-Équipements électriques et
rente de celle du début des an-
Chimie, caoutchouc, plastiques
nées 1990. Entre 1990 et 1993,
Produits minéraux alors que l’emploi industriel subis-
sait une forte récession (-10 % auTextile Évolution (en %)
niveau national), l’industrie alsa-
-30 -20 -10 0 10 20 30
cienne, avec une baisse de 5 %
des emplois, résistait mieux. La ri-Alsace France
chesse du portefeuille d’activités
automobiles, machines-outils) sont guenau-Niederbronn paraît plus industrielles avait relativement
également plutôt spécialisées. spécialisée, la mécanique repré- "amorti" le choc. Parmi les sec-
sentant plus du tiers de l’emploi in- teurs alsaciens spécifiques, deux
dustriel, mais beaucoup d’activi- d’entre eux - les IAA et l’industrieLes territoires
tés de cette branche sont présen- des composants électriques etles plus industriels
tes (roulements, machines-outils, électroniques - avaient résisté ausont diversifiés
matériel industriel, chaudron- niveau national, à la crise, l’emploi
Parmi les quatre zones d’emploi nerie…). De plus, la construction reculant de 2 %. Leur bonne tenue
les plus industrielles, si celle de de matériel ferroviaire, les mo- s’était même traduite en Alsace
Thann-Cernay est très diversifiée, teurs et générateurs, les industries par des créations d’emplois. Deux
les trois autres le sont également, agroalimentaires (confiserie) et la autres secteurs, en récession au
mais à un moindre niveau. Dans la plasturgie renforcent la diversifica- niveau national, l’industrie chi-
zone de Molsheim-Schirmeck, les tion industrielle de ce territoire. mique et l’automobile avaient
entreprises de matériel électrique mieux résisté en Alsace, la chimie
concentrent près de 20 % des ef- créant des emplois, l’industrie au-La diversification ne
fectifs industriels mais plusieurs tomobile en perdant peu.protège plus l’Alsace
autres secteurs sont bien repré- Entre 2000 et 2004, toutes les in-des mutations
sentés : brasserie, charcuterie in- dustries spécifiques de l’Alsace
dustrielle, matériel de filtration, in- Depuis 2000, l’emploi industriel perdent des emplois, à l’exception
dustrie du bois. La zone de Wis- est en recul, et la baisse est plus de l’industrie pharmaceutique, qui
sembourg dispose également de prononcée en Alsace (-9 % entre accroît fortement ses effectifs,
plusieurs secteurs importants : 2000 et 2004) que dans l’ensemble mais qui reste un petit secteur :
instrumentation, chimie, métal- de la métropole (-7 %). Au total, 5 600 salariés, soit 0,8 % de l’em-
lurgie, matériaux de construction, l’Alsace a perdu plus de 15 000 ploi salarié alsacien. La diversifi-
construction automobile et équi- emplois. cation industrielle ne protège plus
pements. La zone d’emploi de Ha- l’Alsace des pertes d’emplois.
Depuis 2000, les secteurs spécifiques alsaciens ne freinent pas la baisse des emplois industriels
Indice 100 en 1990 Indice 100 en 2000102 102
Alsace
100100 Tous secteurs
98 98
Secteurs spécifiques
96 96Alsace
94 94
France
9292
Tous secteurs
90 90
Secteurs spécifiques
88 88France
1990 1991 1992 1993 2000 2001 2002 2003 2004
5Chiffres pour l'Alsace · revue n° 32 · avril 2006
Source : Insee, estimations d'emploi salarié au 31 décembre
Source : Insee,
estimations d'emploi salarié au 31 décembreMesurer la diversification industrielle des zones d’emploi (source : Con-
naissance locale de l’appareil productif - CLAP, au 31-12-2003)
Le degré de diversification industrielle d’une zone est mesuré avec l’indice deINDUSTRIE
Theil sur les 65 secteursiels de la NES 114 (Nomenclature d’activités en
114 postes).Il est égal à ∑sln(s)oùs est la part du secteur i dans l’emploi indus-i i i
triel total de la zone et ln() désigne le logarithme néperien. L’indice est théori-
quement compris entre 0 (zone où tout l’emploi est concentré dans un seul
secteur) et -4,17 (zone où l’emploi est réparti de manière égale dans les sec-
teurs industriels). Les zones d’emploi alsaciennes sont comparées aux quarti-
les des 86 zones d’emploi métropolitaines à forte densité industrielle (10 % ou
plus de la population).
Degré de diversification
Quartile Indice
industrielle
La spécialisation er
1 Très fort Indice ≤ -3,04
es’avère 2 Fort -3,04 < Indice ≤ -2,85
eparfois favorable 3 Faible -2,85 < Indice ≤ -2,60
e
4 Très faible -2,60 < Indice
Dès lors, l’ensemble du territoire
Mesurer la spécificité sectorielle (source : estimations d’emploi salarié aualsacien subit une diminution de
31-12-2004)
l’emploi industriel. Les zones Tous secteurs confondus, l’Alsace représente 3 % de l’emploi salarié métropoli-
d’emploi de Strasbourg et de tain. La spécificité d’un secteur se définit comme la part de l’Alsace dans l’em-
ploi de ce secteur rapportée au poids global de l’Alsace dans l’emploi salariéThann-Cernay, les plus diversi-
national. Les secteurs pour lesquels l’Alsace représente plus de 3 % de l’emploifiées, comme celle de Mulhouse,
national sont plus représentés en Alsace que sur le reste du territoire national,
très spécialisée, perdent plus de
leur indice de spécificité est supérieur à 1.
10 % de leurs effectifs industriels.
Parmi les zones à forte densité in- CLAP, "Connaissance Locale de l’Appareil Productif", est une nouvelle
source synthétisant de nombreuses sources sur l’emploi (voir "Clap : l’observa-dustrielle, outre Thann-Cernay,
tion de l’activité économique locale" dans Chiffres pour l’Alsace-Revue n°28).celle d’Haguenau-Niederbronn
Un article présentant les résultats de CLAP 2004 sera publié dans Chiffres pour
subit également une diminution de l’Alsace-Revue n°33 - juin 2006.
plus de 10 %. En revanche, l’em-
ploi diminue moins dans les zones
de Molsheim-Schirmeck et de de la première spécialisation résiste ainsi globalement mieux
Wissembourg (moins de 5 %). (chimie), l’industrie résiste. que le reste de la région, avec une
Dans la première, la baisse de Dans ce contexte de baisse géné- baisse d’environ 5 % de l’emploi
l’emploi est atténuée grâce à la ré- rale, la spécialisation d’une zone industriel.
sistance du matériel électrique s’avère parfois favorable. Grâce à
(première spécialisation de la la pharmacie, qui représente plus
Léopold ETOGAzone). Dans la deuxième, malgré du cinquième des effectifs de son
Jean-Paul STRAUSSune forte diminution des emplois industrie, la zone de Saint-Louis
Les secteurs représentant 70 % de l’industrie de chaque zone d’emploi
Poids des principaux secteurs industriels dans l’emploi salarié industriel total de la zone d’emploi (en %)
Wissembourg Strasbourg Guebwiller Thann - Cernay Mulhouse Saint-Louis
Chimie 14 IAA 21 Automobile 25 Chimie 24 Automobile 47 Chimie 40
Mécanique 13 Mécanique 11 Mécanique 21 Mécanique 17 Mécanique 11 Pharmacie 22
Automobile 13 Automobile 10 Travail des métaux 12 Textile 13 Chimie 11 Composants 8
Travail des métaux 13 Habillement 9 Minéraux 9 Automobile 10
Équipements électriques 11 Pharmacie 9 Travail des métaux 10
Minéraux 9 Équipements 9
électriques
Ensemble 73 69 67 74 69 70
Emploi salarié industriel total 6 000 32 000 5 000 8 000 26 000 6 000
Sélestat -
Altkirch Haguenau - Niederbronn Saverne - Sarre-Union Molsheim - Schirmeck Colmar - Neuf-Brisach
Sainte-Marie-aux-Mines
Équipements du foyer 21 Mécanique 36 Mécanique 22 IAA 21 Mécanique 20 Textile 18
Textile 16 Équipements 14 IAA 14 Composants 20 Travail des 16 Travail des métaux 15
électriques métaux
Construction ferroviaire 11 Chimie 12 Composants 14 Mécanique 12 IAA 12 Équipements du 14
foyer
Travail des métaux 11 IAA 8 Chimie 12 Bois papier 9 Bois papier 12 Composants 12
Habillement 8 Travail des métaux 10 Équipements du foyer 8 Chimie 11 IAA 9
Équipements 6
électriques
Ensemble 67 70 72 70 71 74
Emploi salarié industriel total 3 000 15 000 10 000 14 000 16 000 9 000
6 Chiffres pour l'Alsace · revue n° 32 · avril 2006
Source : Insee, CLAP 2003

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