La Lorraine face à son avenir(II) : du diagnostic spatial aux enjeux territoriaux

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L'économie lorraine a changé, le "fonctionnement" de son territoire aussi. Les disparités de peuplement et de population se sont accentuées tandis que la "colonne vertébrale" du développement se resserrait sur le barreau Nancy-Metz. Les restructurations industrielles ont modifié les équilibres entre l'emploi et la population à l'échelle locale. L'espace à dominante rurale en Meuse et dans les Vosges de l'Ouest souffre d'une démographie en déclin qui fragilise les bourgs-centres. Ce diagnostic spatial permet d'identifier de grands enjeux territoriaux pour la région : développement d'une stratégie d'aire métropolitaine, diffusion de la croissance dans les territoires en difficulté des marges sud-ouest de la région, dynamisation des petites villes de l'espace rural. Les réponses apportées à ces défis compteront pour la compétitivité et la cohésion de la Lorraine de demain.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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11 La Lorraine
Décembre 2003 - 2 € face à son avenir (II) :
du diagnostic spatial aux enjeux territoriaux
L’économie lorraine a changé, le «fonctionnement»
de son territoire aussi. Les disparités de peuplement et
de population se sont accentuées tandis que la «colonne
vertébrale» du développement se resserrait sur le barreau
Nancy-Metz. Les restructurations industrielles ont modifié
les équilibres entre l’emploi et la population à l’échelle locale.
L’espace à dominante rurale en Meuse et dans les Vosges
de l’0uest souffre d’une démographie en déclin qui fragilise
les bourgs-centres.
Ce diagnostic spatial permet d’identifier de grands enjeux
territoriaux pour la région : développement d’une stratégie
d’aire métropolitaine, diffusion de la croissance dans les
territoires en difficulté des marges sud-ouest de la région,
dynamisation des petites villes de l’espace rural.
Les réponses apportées à ces défis compteront pour
la compétitivité et la cohésion de la Lorraine de demain.
Les mutations profondes qu’a sation, vécus dans toutes les régions.
connues la Lorraine depuis les années Les marchés locaux du travail et la
soixante posent des questions de dé démographie de ces espaces en ont-
veloppement économique (1) mais été particulièrement affectés au point
aussi d’aménagement du territoire, que les zones de dynamisme se sont à
tant il est vrai que ces mutations ont la fois déplacées et resserrées.
eu des impacts territoriaux très forts.
- L’affirmation d’une logique de crois-
sance métropolitaine organisée auSi l’économie lorraine se porte au --
tour de l’aire Nancy-Metz qui pose lajourd’hui plutôt mieux qu’il y a vingt
question du positionnement des deuxans, au sortir des années de restruc-
villes à l’échelle eurorégionale et de laturations, se pose une question ma-
diffusion de la croissance sur le restejeure de cohésion territoriale au sein
du territoire.de l’espace lorrain. Quatre causes
profondes aux effets durables peu-
- Le clivage croissant entre le dynavent être avancées : -
misme des espaces péri-urbains rési- Les crises de reconversion des in --
dentiels et les difficultés des espacesdustries historiques ont touché des
ruraux éloignés des centres, qui poseterritoires qui structuraient forte-
la question de la continuité de l’armament l’espace lorrain, à côté des pro --
ture urbaine et de la capacité d’animacessus liés à l’exode rural et à l’urbani --
(1) Voir « La Lorraine face à son avenir (I) : du diagnostic global aux enjeux régionaux » - Supplément à
Economie Lorraine-N°8, septembre 2003 (huit pages).lité, s’est inscrit en Lorraine dans résistait. Cette évolution résistantetion des petites villes sur leur
un contexte de baisse de l’emploi tient au fait que durant la dernièrearrière-pays.
et de la population entre 1975 et phase d’exode rural (1962-1975),
1990, où il aura fallu attendre les elles avaient bénéficié d’apports de- Le développement des tendan-
années quatre-vingt-dix pour re populations environnantes et-ces «centrifuges», entre un
trouver les niveaux des années avaient pu consolider un rôle de
Nord-lorrain attiré par le fort
soixante. Ce contexte suggère que pôle d’emploi rural. Depuis 1975,
dynamisme transfrontalier et les
les tensions qui ont affecté l’es leur évolution apparaît moins bien-
marges sud-ouest de la région pace lorrain, en termes de locali orientée.-
affaiblies et voisinant avec des sation des hommes et des Dans les territoires à dominante
espaces en déclin, qui suggère activités, ont été particulièrement urbaine, la population a augmenté
un risque de fracture interne. vives, tant les redistributions sont massivement dans les banlieues
toujours plus aisées en période deCes tendances lourdes consti des grandes agglomérations (unités-
croissance.
urbaines de plus de 50 000 habituent des éléments dans lesquels -
Les territoires ruraux ont ainsi per tants (3)), près de 18% sur qua- -s’inscrivent les projets de dévelop- Les territoires
du 10% de leur population et près rante ans, et dans les communespement des territoires, et cela à ruraux perdent
d’un emploi sur cinq en quarante qui se sont progressivement urba-toutes les échelles spatiales : plus d’emplois
ans. Ce sont les petites commu nisées. Les communes non-agglo- -que decommunautés de communes,
nes (de moins de 500 habitants en mérées du péri-urbain ont ainsipopulationpays, SCOT, schémas départe-
1999) qui ont été le plus affectées, gagné 16% de population entre
mentaux et régionaux.
suivies des communes moyennes 1962 et 1999, mais avec une
non-agglomérées. Les petites villes baisse remarquée entre 1962 et
Accentuation rurales (unités urbaines de l’espace à 1975, période où elles connais-
dominante rurale) ont connu, quant saient un mouvement de déclin dedes disparités de
à elles, une diminution limitée de type rural, avant d’être complète-peuplement et d’emploi
leur population tandis que l’emploi ment inscrites dans la dynamique
Sur près de quarante ans, la ré-
partition de la population et de
l’emploi au sein du territoire lorrain
DÉFINIR LE RURAL ET L’URBAINs’est déformée au détriment des
espaces ruraux (2). Le poids de la Dans l’approche retenue ici, le «rural» et «l’urbain» constituent une partition
population résidant dans les com du territoire, sans chevauchement et sans espace intersticiel. Le territoire «à-
dominante urbaine» est défini autour des pôles urbains (unité urbaine offrant plusmunes à dominante rurale est ain-
de 5 000 emplois) et s’étend sur toutes les communes qui voient plus de 40%si passé de 19,8% à 17% entre
de leurs actifs occupés se déplacer vers un (ou plusieurs) pôle(s) pour y être1962 et 1999 et a perdu près de
employés. Le territoire «à dominante rurale» est alors ce qui n’est pas urbain.
3 points, tandis que l’emploi pas-
L’espace urbain est donc conçu, avant tout, comme un territoire polarisé par
sait sur la même période de
l’emploi. Les unités urbaines qui offrent entre 1 500 et 5 000 emplois, et qui
20,3% à 16,4% et perdait près ne sont pas incluses dans de l’espace urbain, constituent des pôles d’emploi
de 4 points. ruraux.
Ce phénomène de croissance ur- A l’intérieur de cette partition urbain/rural, il est utile de pouvoir distinguer
baine, bien connu dans sa généra- des classes détaillées d’agglomérations de population, ce que les géographes
appellent «le degré d’urbanisation», afin de pouvoir rendre compte de l’étage-
(2) La distinction «espace à dominante ur-
ment de l’armature urbaine : du «moins de ville» au «plus de ville».
baine» et «espace à dominante rurale» est
effectuée dans la géographie de 1999 (voir Cet étagement est évidemment propre à la région. On distinguera naturelle-
encart «définir le rural et l’urbain»). Il en est
ment les communes non-agglomérées des unités urbaines (agglomérations
de même pour le caractère plus ou moins
définies par la continuité de l’habitat) et pour chaque catégorie, des tranches
«urbain» des territoires, appelé ici «degré
de taille de population.
d’urbanisation». De ce fait, certaines com-
munes appartenant aujourd’hui à de l’es- Les classes de degré d’urbanisation retenues sont les suivantes :
pace péri-urbain pouvaient très bien être
1 - Petites communes rurales : communes non-agglomérées de moins de
franchement rurales il y a quarante ans
500 habitants de l’espace à dominante rurale ;
(poids important de l’agriculture, faibles na-
2 - Communes rurales moyennes : communes de plus de
vettes vers les grands pôles d’emploi). Il
500 habitants de l’espace à dominante rurale ;convient donc de garder présente à l’esprit
3 - Petites villes rurales : unités urbaines de l’espace à dominante rurale ;cette déformation qualitative de la nature
4 - Communes non-agglomérées péri-urbaines : communes hors unité ur-de certains territoires qui allaient passer
baine de l’espace à dominante urbaine ;«sous influence urbaine», du fait de leur
proximité des pôles d’emploi urbain, et de 5 - Petites villes urbaines : unités urbaines de moins de 15 000 habitants de
l’allongement des déplacements domi l’espace à dominante urbaine ;-
cile-travail. 6 - Villes moyennes : unités urbaines de 15 000 à 50 000 habitants ;
7 - Banlieues des grandes agglomérations : communes de banlieue des uni-
(3) Dans les périmètres de 1999, il s’agit tés urbaines de plus de 50 000 habitants ;
des cinq plus grandes unités urbaines en
8 - Villes-centres des grandes : communes centres des uni-
Lorraine : Nancy, Metz-Hagondange-Briey,
tés urbaines de plus de 50 000 habitants.
Thionville, Forbach, Épinal.
2urbaine, dans un développement métropolitaine, du moins pour celles impulsée par les politiques de recon-
de plus en plus résidentiel. qui ont pu en bénéficier. version. Ce facteur explicatif de type
sectoriel s’observe bien à l’échelleL’emploi s’est concentré dans les vil-
des zones d’emploi. Trois types deles (unités urbaines) de plus de Le marquage territorial
zones peuvent être distinguées.15 000 habitants et sa croissance des crises
a été particulièrement vive entre Les zones qui ont connu les baissesde reconversion
1962 et 1975. En quarante ans, d’emploi les plus fortes entre 1962
A côté des tendances d’urbanisationces unités urbaines grandes et et 1999 : Longwy (-48%), Briey
attachées au déploiement de l’appa-moyennes sont passées de 61% de (-45%), Thionville (-26%) avec les mi-
reil productif favorisant les concen-l’emploi régional à 67%. Si les ban- nes de fer et la sidérurgie, Commer-
trations de population (potentiel delieues des grandes agglomérations cy (-23%), Meuse du Nord (-20%)
clientèle et de revenus), deet les unités urbaines de 15 000 à avec l’agriculture, l’agroalimentaire,
main-d’œuvre (disponibilité et qualifica-50 000 habitants ont été particuliè- la mécanique et la fonderie, Lunéville
tions), de forte densité d’entreprisesrement affectées pendant les an- (-20%) avec la faïencerie, le textile et
(vivier de clients et de fournisseurs)etnées de crise, elles ont renoué la chaussure, Saint-Dié (-17%)etÉpi-
de nœuds de communications (ac-globalement avec le développement nal (-11%) avec le textile, le Bassin-
cessibilité), la géographie de l’emploide l’emploi depuis 1990, dans une Houiller (-5%).
en Lorraine a été profondémentlogique de «desserrement» des cen-
Les zones qui ont, peu ou prou, unmarquée, par les fermetures exogè-tres et de diffusion de la croissance
niveau d’emploi en 1999 sensible-nes des bases américaines dans les
ment comparable à celui deannées soixante (4), par les grandes
(4) Ces fermetures intervenues principale- 1962 : Bar-le-Duc et Vosges devagues de restructurations de ses
ment dans les zones d’emploi de Toul, l’Ouest (+2,9%), Sarrebourg (-0,5%)industries historiques (mines de fer,Meuse du Nord, Briey, Metz, Nancy, Bas-
et Remiremont-Gérardmer (-1,3%).charbon, sidérurgie, textile) et la localisin-Houiller, ont concerné environ 15 000 -
emplois entre 1962 et 1968. sation des grands établissements Les zones en forte croissance :
Metz (+70%)etNancy (+23%),
Croissance démographique
Une nouvelle pour lesquelles un fort développe-
des banlieues et du péri-urbain
géographie ment tertiaire a plus que compen-
des activités sé les pertes industrielles et a été25 Variation de population entre 1962 et 1999 (en %)
et de l’emploi conjugué avec de grandes implan-
20
Communes non agglomérées tations de reconversion (automobile
de l'espace urbain15
Banlieues des grandes dans la première, papier et construc-
agglomérations
10 tion électronique dans la seconde, no-Villes moyennes de l'espace
urbain
5 Petites villes de l'espace tamment), Sarreguemines (+28%),
urbain
Centres des grandes qui a bénéficié dans les années0 agglomérations
Petites villes rurales quatre-vingt-dix des implantations
-5
dans l’automobile, la mécanique etCommunes rurales-10 moyennes
les services opérationnels, ToulPetites communes rurales
-15
(+8%) avec les pneumatiques dès
Part de la population en 1962 (en %)
-20 les années soixante-dix.0 5 10 15 20 25
La surface des cercles est proportionnelle au nombre d’habitants en 1999 Durant les années quatre-vingt-dix,
Source : Insee Recensements de la population l’ensemble des zones d’emploi vont
connaître une évolution plus favo-
rable, à l’exception du Bassin-Houil-
Concentration de l’emploi dans les unités urbaines ler, de Thionville, de Longwy, des
de plus de 15 000 habitants Vosges de l’Ouest et de Lunéville. La
géographie lorraine des activités ap-
Variation de l'emploi entre 1962 et 1999 (en %)
30 paraît bien différente de ce qu’elle
Villes moyennes de l'espace
urbain Banlieues des grandes était dans les années soixante.20 agglomérations
10
Petites villes ruralesPetites villes de l'espace0 urbain Vers de nouveauxCentres des grandes
agglomérations-10 équilibres
Communes non agglomérées
-20 Communes rurales de l'espace urbain
moyennes population-emploi
-30
Les marchés locaux du travail, ap--40
Petites communes rurales préhendés à l’échelle des zones-50
Part de l'emploi en 1962 (en %) d’emploi, témoignent des tensions-60
0 5 10 15 20 25 qui se nouent entre les ressources
locales en main-d’œuvre et lesLa surface des cercles est proportionnelle au nombre d'emplois en 1999
besoins des entreprises. La façonSource : Insee Recensements de la population
dont s’ajustent la population active
3et l’emploi offert résulte des inte l’emploi et de la population active : rain vers Épinal, prolongé vers l’est-
ractions entre les territoires et zones de Metz, Nancy, Toul et Sar par Remiremont-Gérardmer et-
des interdépendances entre la dé reguemines. La croissance remar l’ouest par Mirecourt et Vittel. Les- -
mographie et l’économie. quable de Metz, seule zone pour villes de Bar-le-Duc et Verdun en
laquelle l’emploi a progressé plus Meuse complétaient cette géo-Ainsi sur près de quarante ans,
rapidement que la population ac graphie multipolaire du développe- -les transformations de la géo-
tive, tire le développement de l’aire ment. Les petites villes de l’espace
graphie socio-économique lorraine
métropolitaine Nancy-Metz dont la rural constituaient souvent de petits
se lisent dans quatre grands types
zone de Toul bénéficie. Sarregue pôles d’emploi en croissance.-d’équilibre des marchés locaux du
mines connaît une croissance vi- Aujourd’hui, la zone la plus dynatravail, éventuellement infléchis par -
goureuse sur la dernière décennie mique de la Lorraine s’est resserréeles évolutions récentes.
grâce à l’automobile et l’attraction sur le barreau Nancy-Metz, avec au
Des territoires emblématiques d’un transfrontalière. nord un espace de développement
ajustement «par le bas» du mar-
essentiellement résidentiel tournéDynamismeché du travail, qui ont connu de
vers l’emploi frontalier, à l’exceptionEmbelliefortes pertes d’emploi et de popu métropolitain autour-
de la zone de Sarreguemines, ins-pour les zoneslation dues à des départs d’actifs du barreau Nancy-Metz crite dans un cercle vertueux dede Briey,importants : zones de Briey, Long-
croissance de l’emploi et de la popuDans les années soixante, le dyna --Commercywy, Commercy et Meuse du Nord.
lation active.misme économique lorrain s’organi-et MeuseLa main-d’œuvre disponible et l’em-
sait autour d’une colonne vertébraledu Nordploi offert localement se sont ajus-
De façon schématique, l’essentiel deen forme de «Y» inversé qui partait
tés entre 1975 et 1990 à un
la croissance de l’emploi et de la podu nord de l’agglomération messine -
niveau inférieur à ce qu’il était
pulation active, des créations d’enpour descendre le long du sillon lor --dans les années soixante. Sur la
dernière décennie, les zones de Redistribution de l’emploi au sein de l’espace lorrain
Briey, Commercy et Meuse du
Évolution du poids des zones d’emploi
Nord ont connu une embellie de
METZ
l’emploi et une démographie mieux NANCY
forts
orientée sous l’effet de la réduction
SARREGUEMINES gains
du déficit migratoire. d’emploisTOUL
VOSGES-DE-L'OUESTDes territoires qui ont connu un
BAR-LE-DUC
déséquilibre marqué du marché du
SARREBOURG
travail conjuguant une baisse de
REMIREMONT-GERARDMER
l’emploi et une population active
BASSIN-HOUILLER
stable ou en hausse : zones de
EPINAL
Thionville, Lunéville, Saint-Dié, Épi-
SAINT-DIE
nal et Bassin-Houiller. La hausse
LUNEVILLE
du taux de chômage, importante à fortes
MEUSE-DU-NORD (LA)
pertesÉpinal et Saint-Dié, a pu être
COMMERCY d’emplois
contenue dans les zones du Bas-
THIONVILLE
sin-Houiller, de Thionville ou de Lu- BRIEY
néville qui ont pu bénéficier du LONGWY
Part dans l'emploi régional (%)
dynamisme de territoires voisins
0 5 10 15 20 25
1999 1962(travail frontalier, navettes vers Nancy).
Source : Insee Recensements de la population
Des territoires à marché du travail
quasiment stationnaire caractérisé Les dynamiques locales à l’aune des évolutions de l’emploi
par une quasi stabilité de l’emploi et de la main-d’oeuvre
et une légère augmentation de la
Variation de l’emploi entre 1962 et 1999 (en %)
80
population active : zones de Remi-
Metz
remont-Gérardmer, Vosges de 60
l’Ouest, Bar-le-Duc et Sarrebourg.
”cercle vertueux”40
Sur la dernière décennie, la zone de croissance
Sarreguemines
des Vosges de l’Ouest apparaît Nancy
20
équilibre “stationnaire”
mal orientée, tant du point de vue ToulVosges-de-l'Ouest Bar-le-Duc
Remiremont-Gérardmer
0de la population active que de l’em Lorraine- Bassin HouillerSarrebourg
Epinal
Saint-Diéploi, tandis que Sarrebourg évolutionCommercy Lunéville-20
“résistante”Meuse- Thionvilleconfirme une évolution positive ajustement
du-Nord“par le bas”
avec effet résidentiel. -40
Briey Longwy
Variation de la population active entre 1962 et 1999 (en %)Des territoires inscrits dans une lo- -60
-20 -10 0 102030 40506070
gique de cercle vertueux de crois-
Source : Insee Recensements de la populationsance combinant augmentation de
4Les disparités de développement en Lorraine
Longwy
Thionville
Forbach
Briey
Metz
Sarreguemines
Saint-Avold
Verdun
Pont-à-Mousson
Château-Salins
Bar-le-Duc
Commercy
Toul
SarrebourgNancy
Lunéville
Baccarat
Neufchâteau
Saint-Dié
Mirecourt
Épinal
Vittel
Evolution annuelle
moyenne (90/99) de
la population urbaine
(%)
1,7
0,8 Remiremont
0,1
- 0,24
- 0,57
- 1,2
Attraction principale Population des unités urbaines
(1999)
Zone de forte croissance 330 000
Zone de croissance moins marquée
Diffusion de la croissance en périphérie des zones dynamiques
100 000
Zone à dynamique résidentielle sous influences voisines
50 000
Bassin industriel en cours de reconversion profitant de la dynamique transfrontalière
10 000
Foyer industriel en difficulté. Baisse de l’emploi et de la population
Zone de déclin continu de l’emploi et de la populaiton
Source : Insee
5
© Insee Lorrainetreprises et de la construction de la dernière décennie, et cela mal habitant dans les communes alen- -
locaux à usage professionnel se gré une évolution démographique tour s’explique par le fait que plus
concentre le long d’une forme res encore peu favorable. de la moitié de ces derniers tra- -
semblant à un «Γ », avec des effets vaillent sur place, le reste se par-
Au sud d’une diagonale Ver-
d’entraînement débordant largement tageant approximativement entre
dun-Toul-Remiremont-Gérardmer
l’aire métropolitaine sur la zone de un emploi dans la petite ville ru-
se dessine un espace caractérisé
Toul à l’ouest et de Lunéville à l’est rale ou un emploi dans l’espace
par un déclin démographique qui
de Nancy. Le territoire du Val de urbain. Cette très grande osmose
prolonge des espaces ruraux peu
Lorraine, entre les deux villes métro entre lieu de résidence rural et-
dynamiques (marges des Ardennes,
lieu de travail urbain, conjuguéepolitaines, s’affirme comme espace
de la Marne, de la Haute-Marne, de la
avec une forte proportion d’actifsde liaison, tandis que la forte crois-
Haute-Saône). Les projections de
ruraux travaillant sur place, trasance de l’agglomération messine -
population à l’horizon 2020 po-
duit bien la juxtaposition de deuxdéborde sur Briey et Thionville.
sent la question d’un risque de
façons de vivre «à la campagne»,
«rupture» pour ces territoires
selon que l’on y travaille ou que
vis-à-vis du reste de la Lorraine.Un risque de rupture l’on ne fait qu’y résider. Cela sou-
Trop éloignés de l’aire métropoli-nord-ouest / sud-est ligne aussi combien l’espace à do-
taine pour tirer pleinement parti
minante rurale a acquisLes disparités de développement de ses effets d’entraînement, ne
aujourd’hui une fonction résiden-d’un territoire sont le produit de lo- bénéficiant pas d’opportunités
tielle importante susceptible degiques d’agglomération internes, franches susceptibles d’orienter
générer des activités économi-qui poussent à un développement favorablement les flux migratoires
ques tournées vers la satisfactionsimultané et cumulatif de l’emploi résidentiels, comme dans le Nord
des besoins de la population.et de la population, et de logiques lorrain, ces territoires voient leur
centrifuges, qui peuvent être à Le rayonnement local des petitesdéveloppement étroitement lié à
l’origine de distorsions dans les villes de l’espace rural apparaît ain-celui de leurs villes.
rythmes de croissance. si organisé, en majeur, autour de
la fréquentation par les populations
Les forces de cohésion s’organi- Fragilisation des petites des commerces et services de ni-
sent autour du barreau Nan- villes de l’espace rural veau «intermédiaire» (6). Cette fré-
cy-Metz et secondairement dans
quentation attire les habitants desLes petites villes de l’espace ru-l’Est vosgien, tandis que le Nord
communes environnantes généra-ral (5) ont vu leurs fonctions tradi-lorrain est tiré par la dynamique
lement à une distance plus impor-tionnelles de «bourg-centre» s’affai-frontalière et que le sud-ouest de
tante que ne le fait l’emploi de cesblir depuis les années soixante.la région voisine avec des espaces
villes. Tout se passe comme si laLes activités artisanales, les servi-en déprise.
majorité des habitants des com-ces et les commerces à la popula-
munes de l’espace rural acceptaitL’aire métropolitaine Nancy-Metz tion ont souffert du déclin
de se déplacer plus loin pour béné-constitue le cœur du développe- démographique attaché à l’exode
ficier d’un commerce ou d’un ser-ment lorrain et agglomère autour rural, tandis que les nouveaux sec-
d’elle un vaste ensemble sous in- teurs d’activité se localisaient pré-
fluence urbaine, mais aussi des férentiellement dans les grandes
(5) Il s’agit d’unités urbaines appartenant àterritoires qui bénéficient de ses villes, et ce faisant, ne favorisaient
de l’espace à dominante rurale. Ce sont
effets d’entraînement, à la marge pas la constitution de pôles d’em- par exemple pour la Meuse, les unités ur-
sud-ouest du département de la ploi ruraux susceptibles de prendre baines de Commercy, Saint-Mihiel, Li-
Meurthe-et-Moselle ou en bordure le relais des pertes d’emplois des gny-en-Barrois, Stenay, pour les Vosges,
celles de Mirecourt, Neufchâteau, Vittel,est du département de la Meuse. activités primaires ou des ancien-
Gérardmer, pour la Moselle, celles de Châ-nes industries.
L’Est vosgien, caractérisé par une teau-Salins, Dieuze, Bitche, pour la
Meurthe-et-Moselle, celle de Baccarat.forte densité industrielle, est Dans ce contexte, ces petites vil-Un rôle
structuré autour d’Épinal, cin les ne polarisent généralement- important de (6) Les équipements caractéristiques de la
quième agglomération lorraine, l’emploi que de façon limitée au“bourg-centre” gamme de services intermédiaires sont :
Saint-Dié et Remiremont, deux vil sein de l’espace rural. Sur les- - des commerces (hypermarché ou super-
les «moyennes» à l’échelle régio 48 500 emplois que ces petites marché, librairie, droguerie, magasin-
d’électroménager, magasin de vêtements,nale. Cet ensemble, durement villes rurales offrent (en 1999),
magasin de meubles, de chaussu-éprouvé par les restructurations près de six sur dix sont occupés
res),
industrielles, a néanmoins conser par des actifs résidant dans la- - des services financiers ou juridiques
vé, avec quatre-vingt-cinq emplois ville elle-même, et seulement 22% (banque ou caisse d’épargne, étude de no-
offerts pour cent actifs (sur les par des habitants des communes taire),
- des services locaux de l’État (commissa-trois zones d’emploi), une cohésion rurales environnantes, soit quasi-
riat ou gendarmerie, perception, collègepropre qui se lit dans le système ment autant que d’actifs venant
privé ou public),
des migrations domicile-travail et des territoires urbains. Cette
- certaines professions de santé (dentiste,
dans l’évolution résistante de l’em faible attractivité de l’emploi des- masseur-kinésithérapeute, vétérinaire,
ploi et de la population active sur petites villes rurales sur les actifs ambulancier).
6vice que pour se rendre à son tions assez préoccupantes. Sur les libre-échange, conjugué avec un
travail. (7). trente-cinq villes de l’espace rural mouvement général de renforce-
que compte la Lorraine, vingt-deux ment des pouvoirs régionaux, tend
Ce rôle de «bourg-centre», qui per ont connu une évolution démogra à favoriser le développement de la- -
met de créer de l’emploi résiden phique défavorable et parmi cel concurrence entre les territoires,- -
tiel, suppose une capacité à offrir les-ci, treize ont vu leur emploi et cela d’autant que les régions eu-
des services compétitifs par rap diminuer. ropéennes présentent une hié- -
port à ceux disponibles dans les rarchie de puissance économique
grands centres urbains, mais ap marquée, hiérarchie qui est large- -La difficile stratégie
paraît aussi très dépendant de ment adossée à la puissance et au
métropolitaine
l’évolution démographique du terri rayonnement de leurs grandes vil- -
toire environnant. Sur la dernière L’effacement progressif des fron les. Il s’agit pour les régions de-
décennie, les petites villes de l’es tières nationales intracommunau s’inscrire dans les grands réseaux- -
pace rural présentent des situa taires dans un contexte de de production et de circulation de-
la valeur ajoutée en disposant de
nœuds bien reliés aux grands cen-
Emplois métropolitains supérieurs
tres et où se localisent les qualifi-
cations et les entreprises. Le
Hors échelle : Paris, 815 000 emplois métropolitains renforcement de ces nœuds est
80 000 au cœur de l’idée de «stratégie
Lyon
métropolitaine».
70 000
Cette question en Lorraine, avec
60 000
deux villes pour une capitale, sans
Toulouse
50 000 qu’aucune n’ait une dimension euro-Marseille-Aix en Provence
péenne marquée (8), se présente40 000 Lille
Bordeaux sous un jour particulièrement difficile,
30 000 Nice, Grenoble
qui tient à l’histoire longue, aux évolu-Nantes, Strasbourg
20 000 Rennes, Montpellier tions socio-économiques des derniè-
Rouen,Nancy res décennies et au bouleversement
10 000
sur l’attractivité des territoires queMetz
0
ne manquera pas de produire l’ar-0 102030 405060 70
rivée des nouvelles infrastructures
de communication (TGV, développe-
Rang de taille décroissant de l'aire urbaine (définition 1999) sur les emplois métropolitains supérieurs ment des «eurocorridors»).
en 1999
On rappellera tout d’abord que l’his-Source : Insee Recensements de la population Deux villes
toire a donné alternativement despour
opportunités de rayonnement à l’uneune capitale
Nancy et Metz : ou l’autre ville, Metz qui avec le trai-
té de Westphalie (1648) devientdes fonctions supérieures plutôt complémentaires
chef-lieu de la province française des
Transports Trois Evêchés, Nancy avec l’installa-
ertion de la cour de Stanislas 1 en
Télécommunications
1737 avant son rattachement à la
Services aux entreprises France en 1766, l’annexion de
l’Alsace-Moselle qui va donner un
Information nouvel essor à Nancy (Université,
transfert d’activités). Cette histoire n’aInformatique
pas favorisé l’émergence d’une ville
Gestion de premier rang qui dominerait sans
conteste un espace régional unifié.
Commercial dans l'industrie
Commerce
(7) Situation rigoureusement inverse de celle
observée dans les communes appartenant à
Recherche
l’espace à dominante urbaine, pour lesquel-
les la multiplication des pôles de commerces
Banque--Assurance
et de services permet aux habitants d’en
trouver à proximité de leur domicile, tandis
Art % que le déplacement sur le lieu de travail ap-
pelle des trajets généralement plus longs.0,5 1 1,5 30 2 2,5
(8) Voir en ce sens «Les villes européennes :Nancy MetzLes 50 aires urbaines les plus riches en emploi
analyse comparative» / C. Rozenblat, P. Ci-Source : Insee Recensements de la population
cille. - Documentation française, avril 2003
7Les quarante dernières années Alors que Nancy perdait des em-
ont ensuite modifié les positions plois dans les années quatre-vingt,
relatives des deux villes. à Pompey au sein même de son
agglomération et au-delà dans saNancy, capitale économique de la
grande couronne du Val de Fer,Lorraine, tout en ayant souffert de
Metz créait des emplois en mobili-l’effondrement de la sidérurgie sur
sant une partie de la main-d’œuvrele bassin de Pompey au nord et de
rendue disponible par les fermetu-Neuves-Maisons au sud, dispose
res du bassin de Briey-Longwy, no-de fonctions métropolitaines supé-
tamment à la faveur deDynamisme rieures (9) importantes qui laSavoir plus : l’implantation de grands établisse-messin placent, avec 13 000 emplois très
ments de l’automobile et du déve-et tropisme qualifiés dans des activités «à fort
loppement du commerce de détail“La Lorraine face à son avenir” Nord-mosellan rayonnement», au quatorzième
Ouvrage réalisé en partenariat avec et des services.rang des aires urbaines françai-
l’Institut Lorrain d’Études et d’Évalua-
ses, tandis que Metz, avec moins Si le dynamisme luxembourgeois
tion (IL2E)
de 10 000 emplois de ce type «tire» le nord de la Lorraine, les
Format 26x19 - 184 pages, 31 car n’arrive qu’à la dix-neuvième place. évolutions contrastées entre les-
tes, graphiques - Juin 2003. A l’aune de la proportion de l’em deux villes, dans une période de-
Disponible à l’Insee Lorraine au prix ploi métropolitain supérieur dans restructurations lourdes, sont pro-
de 27 euros.
l’emploi total, Nancy voisine avec bablement à rechercher dans le
les aires urbaines de Rennes, Nan fait que Metz bénéficie d’un poten- -“La Lorraine face à son avenir (I) :
du diagnostic global aux enjeux régio tes, Bordeaux, Marseille-Aix-en- tiel de population alentour beau- -
naux” Provence, Nice, Annecy, Lille, coup plus important que Nancy. Le
Joël CREUSAT - Supplément à Éco- Orléans. nouveau périmètre de 1999 de
nomie Lorraine - N° 8, septembre
l’unité urbaine de Metz, qui intègre
2003 - 2 euros - Texte intégral à Metz, capitale administrative régio-
l’agglomération d’Hagon-l’adresse : www.insee.fr/lorraine nale depuis 1973, dispose d’une
dange-Briey, rend partiellementdensité d’emplois métropolitains
compte de cette densité, tandisplus faible qu’à Nancy (5,8%
que l’agglomération nancéienne ap-contre 8%), mais a connu une
paraît relativement isolée sur son
Ministère de l’Économie, croissance plus vigoureuse de ces
flanc sud-ouest.des Finances et de l’Industrie derniers entre 1990 et 1999
Insee (+21% contre +11% à Nancy). Ce L’arrivée du TGV-Est dans l’aire
Institut National de la Statistique
dynamisme messin apparaît parti métropolitaine, en rétrécissant les-
et des Études Économiques
culièrement vif sur près de qua distances vis-à-vis des grands pô- -Direction Régionale de Lorraine
15, rue du Général Hulot rante ans et pourrait conforter les européens proches, va durcir
CS 54229 l’idée d’une concurrence entre les la concurrence territoriale avec les
54042 NANCY CEDEX deux villes : la population de Metz autres régions, notamment en di-
Tél :03 83 91 85 85
a ainsi augmenté plus vite qu’à versifiant les possibilités de locali-Fax :03 83 40 45 61
Nancy (0,76% en taux de croissance sation d’activités. Les avantageswww.insee.fr/lorraine
annuel moyen entre 1962 et 1999 comparatifs d’agglomération se-
DIRECTEUR DE LA PUBLICATION contre 0,55% pour Nancy, dans la dé ront décisifs. Le tropisme de Metz-
Jean-Paul FRANÇOIS
finition de 1990), l’emploi y a connu vers le Nord mosellan et le Luxem-
Directeur régional de l’Insee
une croissance deux fois plus im bourg suscite une interrogation-
COORDINATION RÉDACTIONNELLE portante et l’attractivité de Metz quant à la possibilité de développer
Joël CREUSAT sur son bassin de main-d’œuvre une stratégie métropolitaine au-
William ROOS est plus conséquente (127 emplois tour de la valorisation des nouvel-
pour 100 actifs occupés à Metz contre les voies de communication, etRÉDACTRICE EN CHEF
114 à Nancy). notamment la constitution d’uneAgnès VERDIN
métropole bipolaire rayonnant à
SECRÉTARIAT DE FABRICATION
une échelle plus vaste que le trans-MISE EN PAGE - COMPOSITION
(9) Les emplois métropolitains supérieurs re- frontalier de proximité.Marie-Odile LAFONTAINE
groupent les emplois les plus caractéristi-
Marie-Thérèse PERRIN
ques des grandes villes. Attachés à des
fonctions à fort contenu décisionnel ou Joël CREUSATATTACHÉE DE PRESSE
d’image de marque, ils sont d’autant plus
Brigitte MILITZER
présents que la ville est importante. Ce sont
les emplois à très haut niveau de qualificationABONNEMENTS
(de type cadre ou ingénieur) des secteurs deMyriam PUJOL
pointe (télécommunications, transports, in-
formatique, banques et assurances), desCode SAGE : EL4P1140
services aux entreprises, de la recherche,ISSN - en cours
l’encadrement supérieur de l’industrie et du© INSEE 2003
commerce, les emplois supérieurs de la cul-
ture et de l’information.
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