Le prix de l'énergie en 2000 - Les entreprises plus touchées que les ménages

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La flambée des prix du pétrole et du gaz survenue en 2000 n'a pas d'antécédent dans les quinze dernières années. Ce choc pétrolier a eu une incidence très nette sur l'ensemble de l'économie et a alimenté l'inflation sous-jacente : le coût moyen du pétrole brut importé a presque doublé. La plus grande part du choc a été absorbée par les entreprises. L'impact a surtout été fort sur les secteurs associés aux combustibles et carburants. Les ménages ont été relativement moins affectés, notamment en raison du poids important de leur consommation d'électricité dont les prix ont continué à baisser. L'augmentation, en valeur, du poids de la branche Énergie dans l'économie ne devrait être que transitoire.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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N° 809  OCTOBRE 2001 PRIX : 15 FF (2,29)
Le prix de l’énergie en 2000 Les entreprises plus touchées que les ménages
JeanFrançois Vacher, division Comptes et études de l’industrie, Insee
a flambée des prix du pétrole et du gaz survenue en 2000 n’a pas d’an L técédent dans les 15 dernières années. Ce choc pétrolier a eu une inci dence très nette sur l’ensemble de l’économie et a alimenté l’inflation sousjacente : le coût moyen du pétrole brut importé a presque doublé. La plus grande part du choc a été absorbée par les entreprises. L’impact a surtout été fort sur les secteurs associés aux combustibles et carburants. Les ménages ont été relative ment moins affectés, notamment en raison du poids important de leur consommation d’électricité dont les prix ont continué à baisser. L’augmentation, en valeur, du poids de la branche Énergie dans l’éco nomie ne devrait être que transitoire.
L’économie française a connu au cours de l’année 2000 une crise énergétique d’une portée sans précédent depuis le milieu des années quatrevingt. Depuis 1986, année du contrechoc pétrolier, les prix du pétrole avaient été remarquablement stables. Bien que plus limité dans son ampleur et dans ses conséquences que les chocs pétroliers de 1973 et 1979, celui de 2000 n’en a pas moins affecté à des degrés divers l’ensemble de l’économie et de ses agents. Cette crise a trouvé son origine dans une bru tale flambée des prix mondiaux du pétrole brut, le « Brent », essentiellement parce que les Prix moyen des énergies importées
Combustibles minéraux solides Prix moyen du pétrole brut importé Produits pétroliers raffinés Gaz naturel
* CAF : prix incluant l’assurance et le frêt. Source : Observatoire de l’énergie
Unités (euros /Tonne) (euros /Tonne) (euros /Tonne) (cents d’euro /kWh)
pays de l’OPEP ont volontairement réduit leur offre. Les prix ont progressé rapidement de décembre 1998, leur point le plus bas depuis près de 15 ans, à mars 2000. Entre ces deux dates, le prix du baril de Brent est passé de 9,9 dollars à 27,1 dollars, soit une multiplication par 2,7 en à peine plus d’un an. L’ascension du prix du baril s’est maintenue tout au long de l’année, jusqu’à un maximum de 32,4 dollars en novembre 2000. Ce chiffre reste toutefois inférieur aux 44 dollars enregistrés en novembre 1980. La décrue s’est amorcée dès le mois de décembre, avec un cours moyen de 25,6 dollars, et s’est poursuivie en 2001. En moyenne annuelle, la progression du Brent s’est établie à + 60 % en 2000 contre + 39 % en 1999. La dépréciation de l’euro par rapport au dollar a accentué cette hausse. En 1999, l’euro a reculé en moyenne de 4,4 % par rapport au dollar. En 2000, la baisse a atteint 15,6 %, un dollar s’échangeant au cours moyen de 1,09 euro. De ce fait, le prix moyen du baril s’est éta bli à 11,51 euros en 1998, à 16,71 euros en 1999 et enfin à 30,85 euros en 2000. Ainsi, entre 1999 et 2000, son augmentation est sen siblement supérieure à celle exprimée en dol lars(graphique 1), le coût moyen pour l’économie française du pétrole brut importé, exprimé en euros/tonne, ayant presque doublé (+ 90 %). Toutefois, si l’on fait un calcul en monnaie constante en utilisant comme défla teur l’indice de prix du PIB, ce coût est inférieur de 40 % à ce qu’il était en 1985, année qui pré cède le contrechoc pétrolier. La hausse du prix du brut s’est également répercutée sur le prix des importations d’autres produits énergétiques : prix des produits pétro liers raffinés (+ 83 %) et prix du gaz naturel, qui
Prix en euros courants (CAF*) 1998 1999 2000 51,68 47,41 51,22 85,52 120,13 228,37 129,89 151,69 277,00 0,73 0,59 1,02
2000/1999 (en %) 8,0 90,1 82,6 71,8
est en grande partie aligné sur celui du 20 ans de cours du Brent* pétrole (+ 72 %)(tableau 1). Indices moyens en valeur 1980=100En comparaison, le prix des autres 250 matières premières importées a aug Change $/menté de 25,4 % en euros courants, et de 31,5 % pour les seules matières pre 200 mières industrielles, après deux années 150de baisse significative. Une partie de ces hausses provient de l’effet de change. Brent/ baril 100 Le déficit extérieur a doublé 50 Les importations d’énergie sont ainsi Brent $/ baril passées de 19,1 milliards d’euros cou 0 rants en 1999 à 33,8 milliards d’euros en 1980 1982 1984 1986 1988 1990 1992 1994 1996 1998 2000 2000. Cette augmentation de 77 % en * Pétrole brut(cours “spot” à Rotterdam) valeur n’est due que pour 2,6 % au Par convention (cf.Pour comprendre ces résultats) les données en euros ont été calculées à partir des données en volume : les prix des produits de la francs sur la base du taux de change fixe 1= 6,55957 francs. branche des Combustibles et carburants Source : Insee (houille, hydrocarbures, cokéfaction et industrie nucléaire, produits pétroliers Le déficit extérieur énergétique a été multiplié par 2 en 2000 raffinés) ont en effet augmenté de + 74 %. Milliards d'euros* Les exportations elles aussi se sont  8 Valeuraccrues : + 50 % en valeur, en raison de la hausse des ventes de produits pétro  12 liers raffinés. Néanmoins, le solde exté rieur des échanges d’énergie, structurellement déficitaire, s’est très  16 fortement dégradé en 2000 : il a prati Volume quement doublé en euros courants en  20 atteignant  22,2 milliards d’euros (CAFFAB) contre  11,4 milliards  24d’euros en 1999, alors qu’il était resté stable en volume depuis une dizaine 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 d’années(graphique 2). *Par convention (cf.Pour comprendre ces résultats) la rétropolation des comptes en euros a été calculée sur la base du taux de change fixe 1= 6,55957 francs. Source : comptes de la Nation 2000  Base 95, Insee Les entreprises ont été plus touchées que les ménages Les prix de la demande intérieure en énergie Les effets de la flambée des prix à Poids des CI (%) Indice de prix  base 100 en 1990l’importation se sont d’abord fait sentir 64 140 sur les prix de la production et de la dis 63tribution d’énergie. La hausse des prix 130 de production a été surtout marquée 62 dans la branche Combustibles et carbu 120 61rants (+ 67 %), qui fabrique essentielle ment des produits pétroliers raffinés. 60 110 Toutefois, les prix de l’ensemble de la 59branche Énergie n’ont augmenté que de 100 25,4 % en raison du poids élevé de la 58 branche Eau, gaz et électricité, où 57 90 l’accroissement s’est limité à + 3,7 % : la 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 part de l’électricité y est importante et ses prix baissent constamment depuis Poids des consommations intermédiaires (CI)Prix des CI 1994. Prix de la consommation finale des ménages Les parts des deux principales compo santes de la demande intérieure, consommations intermédiaires des Source : comptes de la Nation 2000  Base 95, Insee
INSEE  18, BD ADOLPHE PINARD  PARIS CEDEX 14  TÉL. : 33 (1) 41 17 50 50
entreprises et consommation finale dessans plomb, et au développement duTIPP sur ce dernier à compter du 1er ménages, ont été sensiblement modiparc automobile diesel, particulièrementjanvier 2000. fiées en 2000. Toutes branches confonmarqué en 2000.La consommation des ménages en eau dues, les prix des consommationsL’impact du prix du pétrole sur laet surtout en électricité a quasiment sta intermédiaires en produits énergétiquesconsommation de carburants a été attégné en valeur (+ 0,8 %) : les prix de stagnaient depuis une dizainenué par la mise en place de la TIPPl’électricité ont continué à baisser d’années : ils se sont très fortement« flottante » le 1er octobre 2000, qui a( 2,1 %) et les consommations en accrus en 2000 (+ 29 %), trois fois pluspermis de réduire forfaitairement la TIPPvolume ont été modérées. vite que les prix de la consommation desd’environ 20 centimes par litre. De plus, ménages (+ 11 %)(graphique 3)transporteurs routiers ont bénéficié. les En valeur, les consommations interméde mesures catégorielles, dans le cadreUn pic exceptionnel diaires en énergie sont passées de 80,3de la politique de rattrapage de l’écart de du poids de l’énergie milliards d’euros en 1999 à 106 milliardsfiscalité entre essence et gazole : à partir en 2000, contre 55,6 et 61,4 milliardsde septembre, les remboursements parEn valeur, le poids de la branche pour la consommation des ménages. Detiels de TIPP ont augmenté de 35 centiÉnergie dans l’économie nationale a for ce fait, le poids des premières dans lemes par litre pour l’année 2000. Destement augmenté en 2000, du fait de la total a notablement augmenté, passantdispositifs analogues ont été étendushausse des prix. La rupture est nette par de 59,1 % en 1999 à 63,3 % en 2000. Enaux transports en commun de voyarapport à l’évolution de long terme(gra volume néanmoins, ce taux est restégeurs, au transport fluvial et aux agriculphique 4). De 1990 à 1999, ce poids quasiment stable (62,8 % après 62,1 %teurs qui peuvent désormais utiliser leavait décru au rythme de  0,7 % par an en 1999) : la progression des consomfioul domestique comme carburant eten moyenne. À l’inverse, en volume, il mations intermédiaires a été modestebénéficier ainsi de la baisse du tarif de la (+ 2,2 %) et la consommation des ména ges a très légèrement diminué ( 0,6 %). Pour les combustibles et carburants, lesPrincipaux produits de l’énergie consommés par les ménages prix des consommations intermédiaires Volume PrixValeur se sont accrus de 43,3 % contre 20,5 % variation en %variation en %Milliards d’euros courants pour la consommation des ménages 1999 2000 1999 20001999 2000 (presque exclusivement composée de Houille, lignite et tourbe 6,9 6,00,7 1,90,1 0,1 produits pétroliers raffinés). Pour l’eau, Fioul domestique 2,7 6,77,8 43,03,7 4,9 le gaz et l’électricité, les prix augmentent Gaz pétroliers liquéfiés 0,3 2,21,6 17,51,9 2,2 de 6,2 % pour les entreprises, dont lesEssence et Super plombé 15,5 30,1 4,116,9 4,43,6 achats intermédiaires pâtissent surtout Super sans plomb7,2 5,9 3,315,5 10,312,6 de l’augmentation du prix du gaz ; ils Gazole 6,32,7 6,223,8 8,310,6 baissent de 0,4 % pour les ménages, Lubrifiants 0,3 2,3 0,30,7 1,71,7 Eau 1,21,0 1,7 1,24,4 4,5 dans la continuité des années précéden Electricité 2,02,5 4,5 2,1 14,814,9 tes. Gaz 0,7 2,3 8,04,2 4,84,9 Dans le détail, pour les ménages les Chaleur 2,02,0 0,0 0,01,1 1,1 hausses de prix les plus fortes concer10,9 55,761,41,2 0,6 0,4Ensemble de l’énergie nent : le fioul domestique, dont la Source : comptes de la Nation 2000  Base 95, Insee consommation recule en volume ; le gazole, qui continue cependant à pro gresser légèrement en volume ; le GPL Le poids de l'énergie dans le PIB est stable en volume et le Super(tableau 2). Dans une moindre mesure, la hausse du prix du Valeur ajoutée/PIB pétrole brut s’est également répercutée 3,5% sur les tarifs domestiques du gaz : les relèvements graduels mais de forte er amplitude (+ 6,5 % au 1mai 2000 et Volume er + 13 % au 1octobre 2000) se sont tra3,0% duits par une augmentation de 4,2 % en moyenne annuelle et un recul des consommations en volume. 2,5% Les ménages ont aussi réduit considéra blement leurs achats de super plombé Valeur ( 30 %) alors que le sans plomb et le gazole progressaient. Ces effets sont 2,0% largement dus au remplacement pro 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 gressif des véhicules à essence clas sique par ceux utilisant du carburantSource : comptes de la Nation 2000  Base 95, Insee
INSEE  18, BD ADOLPHE PINARD  PARIS CEDEX 14  TÉL. : 33 (1) 41 17 50 50
« Pétrole 2000  Eléments statistiques », CPDP, juin 2001.
« Consommation finale énergétique 2000  Premiers résultats », CEREN, mars 2001.
« Facture énergétique de la France en 2000 », Observatoire de l’Energie, DGEMP, avril 2001.
« Rapport annuel 2000  Energies & ma tières premières », DGEMP, avril 2001.
progresse légèrement sur la décennie, autour d’une valeur moyenne de 2,74 %. Cette tendance de fond s’explique prin cipalement par la baisse lente et continue des prix relatifs de la produc tion d’énergie dans l’ensemble de l’éco nomie. En outre, dans la branche Eau, gaz et électricité, depuis 1997 les prix de production évoluent moins vite que ceux des consommations intermédiaires, tra duisant un décalage croissant entre les prix, les tarifs étant plutôt stabilisés, et les coûts, plus dépendants des mouve ments de marché. Le retournement a été spectaculaire pendant l’année 2000 : la baisse des prix relatifs a fait place à une hausse, la valeur ajoutée globale de l’énergie s’accroissant de 34,6 % en valeur, contre seulement 2,4 % en volume. En d’autres termes, la flambée récente du prix du pétrole s’est traduite par une hausse exceptionnelle du prix de la valeur ajoutée de la branche Énergie, qui atteint presque un triplement pour les Combustibles et carburants, tandis que celui de l’Eau, du gaz et de l’électricité diminue de 1,8 %. Le paysage énergétique français est appelé à se modifier en profondeur dans les prochaines années. Les mesures de déréglementation en cours des secteurs du gaz et de l’électricité n’ont eu jusqu’à présent que des incidences marginales car elles ne touchent de manière effec tive qu’un petit nombre de grandes entreprises. Mais l’ouverture à la concurrence et l’internationalisation devraient à terme donner plus de sou plesse en matière de choix énergétique, dans la mesure où les procédés techni ques et les infrastructures seraient sus
Pour en savoir plus
« Rapport sur les comptes de la Nation 2000 »,Insee Résultatsn° 743 (papier & cédérom), juin 2001, Insee.
INSEE PREMIÈREfigure dès sa parution sur le site Internet de l'Insee :www.insee.fr
« Bilan énergétique provisoire de la France en 2000 », Observatoire de l’Energie, DGEMP, avril 2001.
Pour comprendre ces résultats
La publication deséries longues en euros est soumise à la convention suivante : les séries en francs avant 1999 sont converties avec le taux de change de la monnaie unique arrêté au 31 décembre 1998, soit 6,55957 francs pour un euro. Ainsi, les évo lutions des variables ne sont en aucun cas affectées par le passage en unité de compte euro.
ceptibles de s’adapter sans trop de délais.
BULLETIN D'ABONNEMENT A INSEE PREMIERE A RETOURNER A : INSEECNGP, B.P. 2718, 80027 AMIENS CEDEX 01 OUI, je souhaite m’abonner à INSEE PREMIÈRE  Tarif 2001 1 an, 60 numéros = 530 F (France)663 F (Europe)827 F(Reste du monde) 80,80101,07126,08Nom ou raison sociale :_____________________ Activité: ____________________________ Adresse :________________________________________________________________ ___________________________________ Tél: _______________________________ Cijoint mon règlement en Francs par chèque à l’ordre de l’INSEE :_______________________________ F. Date :_______________________________ Signature
« Les comptes de la nation en 2000  Une croissance très riche en emplois », Insee premièren° 773, avril 2001.
« L’économie française  Comptes de la Nation », édition 2001/2002, Le livre de poche, juin 2001.
Le texte porte sur les branches et pro duits del’énergieau sens de la nomen clature économique de synthèse des comptes nationaux, et inclut notamment le captage, le traitement et la distribution de l’eau qui ne constitue pas à propre ment parler une forme d’énergie au sens usuel du terme. Laproductionde la branche est valorisée « au prix de base » selon les règles de la comptabilité nationale, c’estàdire compte non tenu des impôts sur les pro duits (principalement la TIPP sur les pro duits raffinés). Les résultats proviennent pour l’essentiel descomptes annuels, selon la méthodo logie du SEC95, ou de divers indicateurs fournis par l’Insee. Les évolutions sont cal culées en moyenne annuelle et peuvent dif férer de celles résultant d’approches purement conjoncturelles. Les séries temporelles des comptes ont été présentées à un niveau relativementagré : celui descomptes provisoires, en l’occurrence de l’année 2000, qui ne com porte que deux branches pour l’énergie. Les autres informations proviennent de la DGEMP(direction générale de l’Energie et des matières premières) et en particulier de l’Observatoire de l’Energie pour les don nées détaillées sur les prix des produits énergétiques.
ménages en n° 782, juin
« La consommation des 2000 »,Insee première 2001.
Direction Générale : 18, Bd AdolphePinard 75675 Paris cedex 14 Directeur de la publication : Paul Champsaur Rédacteur en chef : Daniel Temam Rédacteurs :J.W. Angel, R. Baktavatsalou, C. Dulon, A.C. Morin, B. Ouvré Maquette :CR Code Sage IP01809 ISSN 0997  3192 © INSEE 2001
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