Les commerces s'éloignent, mais les services se rapprochent (Octant n° 77)

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L'évolution des modes de vie et les modifications des consommations ont entraîné une profonde mutation dans l'équipement des communes depuis 20 ans, en particulier en zone rurale où les commerces de proximité se font plus rares. Les services aux personnes, comme ceux de la santé, sont plus denses et se rapprochent des habitants.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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Inventaire communal
Les commerces s’éloignent,
mais les services se rapprochent
L’évolution des modes de vie et les modifications des consommations ont
entraîné une profonde mutation dans l’équipement des communes depuis
20 ans, en particulier en zone rurale où les commerces de proximité se font
plus rares. Les services aux personnes, comme ceux de la santé, sont plus
denses et se rapprochent des habitants.
e la boulangerie au salon de coif- elles n’étaient que 155 en 1980. Les nouvel- résisté, en se maintenant dans 861 commu-
fure, en passant par l’école pri les implantations se répartissent à peu près nes de Bretagne sur 1268. Entre 1980 et’maire, le médecin, la maison de également sur les quatre départements. 1998 ce commerce a tout de même disparu
retraite ou le terrain de football, l’inventaire Cette progression a fortement pénalisé les de 90 communes bretonnes : 31 dans les
communal 1998 a répertorié les principaux magasins spécialisés non alimentaires. Ain Côtes d’Armor, 21 dans le Finistère, 16 en
commerces, services et équipements pré- si les magasins de chaussures ont subi la Ille-et Vilaine, 22 dans le Morbihan.
sents dans chaque commune de France. concurrence des grandes surfaces ou le re- La situation des épiceries et supérettes
C’est une véritable photographie du cadre groupement des implantations dans des ga- est moins favorable, probablement en rai
de vie des Français que nous fournissent leries commerciales. Le nombre de communes son de la concurrence des super et hyper
les informations collectées auprès de cha bretonnes disposant d’un tel magasin a été marchés. En 1980, neuf communes sur dix
que mairie. divisé par deux, avec environ seulement 50 disposaient d’une épicerie ou d’une supé
communes équipées par département. La rette. Entre 1980 et 1998, l’épicerie a disparu
station service a elle aussi connu une forte dans 109 communes des Côtes d’Armor ;L’activité commerciale
diminution. En 1998, dans chacun des dé dans les autres départements, un peu moinsse concentre autour
partements bretons, une commune sur de communes ont perdu leur dernière épice des grandes surfaces
deux seulement possède une station ser rie : 65 en Ille et-Vilaine, 41 dans le Finistère
Depuis 1980, la Bretagne a connu une vice, contre huit sur dix en 1980. et 39 dans le Morbihan. Quelques créations
progression importante du nombre des gran- Par contre les commerces alimentaires (entre 1980 et 1998) viennent compenser en
des surfaces. Ainsi, en 1998, 285 commu- de proximité ont connu des évolutions diver- partie ces disparitions. La Bretagne compte
nes ont un supermarché ou un hypermarché : ses. La boulangerie a dans l’ensemble bien désormais 943 communes avec une épice-
4 OCTANT n° 77rie ou une supérette, contre 1151 en 1980. 407 communes bretonnes sans boulangerie, ment de base d’une commune. Les services à
Les disparitions concernent cependant des il n’y a que 30 communes où on ne peut pas la personne : l’école primaire, le médecin, les
communes très peu peuplées : en définitive, acheter de pain, 272 ont un dépôt tandis artisans, les équipements de loisirs, les servi
seulement 12 % de la population bretonne qu’un boulanger itinérant passe dans les ces aux personnes âgées font aujourd’hui par
ne disposent ni d’une épicerie ni d’une su- 105 restantes. tie des services souhaités et donc offerts aux
pérette dans leur commune de résidence, Pour la viande, les services remplaçant la habitants.
ce qui est inférieur aux 16 % France entière. boucherie sont également développés, mais il
La boucherie a, elle aussi, subi un net reste tout de même 151 communes où l’on ne ... grâce au développement
recul. En 1998, on trouve une boucherie peut pas acheter de viande. 230 communes des services à la personne
dans seulement une commune sur deux. En ont un rayon viande dans un commerce multi-
1980, les trois quarts des communes bre services qui peut être une épicerie ou un café. Déjà très présents en 1980, des servi-
tonnes en avaient une. Les deux tiers des La tournée d’un boucher d’une commune voi ces se sont maintenus. Ainsi les artisans du
disparitions concernent les Côtes-d’Armor sine passe dans 197 autres communes. Les bâtiment exercent dans plus des deux tiers
où 88 communes ont perdu leur boucherie. services de remplacement, sans doute trop li- des communes bretonnes. Le bureau de ta-
mités dans le choix des produits ou les horai bac et le café sont toujours présents dans
res pratiqués, sont jugés insuffisants, une fois neuf communes sur dix, ou le restaurantMais pas de réelle désertifica
sur deux pour le pain et trois fois sur quatre dans trois communes sur quatre. L’école pri-tion du monde rural ...
pour la viande. maire concourt également à éviter la déser-
Malgré l’évolution défavorable de l’équi La concentration des activités commercia tification des zones rurales en restant
pement commercial des communes, on ne les traduit en fait l’évolution des modes de vie. présente en 1998 dans 82 % des commu
peut pas parler d’un espace rural breton en Plus que la distance kilométrique, ce sont les nes bretonnes, ce qui met la Bretagne dans
voie de “désertification”. Des services de temps de trajet qui importent désormais. Prêts une situation favorable par rapport à la
à se déplacer plus loin pour le travail, les per remplacement viennent souvent compenser moyenne française, où seulement une com
sonnes l’acceptent également pour faire leursl’absence d’une boulangerie ou d’une bou mune sur deux a encore son école primaire.
courses. L’appréciation de la qualité d’équipe cherie : le dépôt de pain ou le rayon viande Cependant des différences apparaissent se-
ment d’une commune, même en zone rurale,dans un autre commerce de la commune, le lon les départements. La baisse est impor-
se juge sur l’ensemble des services offerts, lespassage de la tournée d’un commerçant ve- tante dans les Côtes d’Armor où le
commerces ne constituant plus le seul équipe nant d’une autre commune. Ainsi, parmi les vieillissement de la population est sensible :
130 communes sur 372 n’ont plus d’école
primaire en 1998, contre seulement 49 en
1980. Par contre plus de 90 % des commu
nes du Finistère et du Morbihan, 80 % en
Ille et Vilaine, ont encore une école pri
maire.
Des progressions importantes depuis
1980 concernent aussi d’autres services aux
particuliers, comme les salons de coiffure,
les taxis ou les services de santé. Les coif
feurs ou services de coiffure se sont ins
tallés dans 136 communes depuis 1980 et
on en trouve désormais dans 687 commu-
nes. Les services de taxi sont passés de
460 communes en 1980 à 659 en 1998.
Davantage de services
de santé...
Le nombre de communes équipées pour
l’ensemble des services de santé recensés
dans l’inventaire communal 1998 méde-
cins, infirmiers, pharmacies, kinésithérapeu-
tes, dentistes a continué de progresser
entre 1980 et 1998, mais souvent à un
rythme moindre après 1988. Aujourd’hui, la
moitié des communes bretonnes disposent
d’un médecin ou d’un infirmier, 40 % d’un ki
nésithérapeute ou d’une pharmacie. Plus de
80 % de la population bretonne disposent
ainsi de ces services dans leur commune de
résidence. La saturation de l’équipement en
services de santé non spécialisés dans les
grandes villes conduit sans doute les profes-
sions libérales de la santé à s’installer dans
OCTANT n° 77 5Inventaire communal
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Tous les départements du Grand pôles de proximité et moins de 25 % de comme Callac, Rostrenen, Carhaix et Lou
Ouest sont essentiellement ruraux, avec communes sous-équipées. Par contre, déac. Les autres communes, souvent peu
plus de 80 % de communes rurales. Ce dans les trois départements bas-normands peuplées, perdent les quelques équipe-
pendant la taille moyenne de ces commu - l’Orne, le Calvados, la Manche peu de ments qu’elles avaient encore en 1980.
nes rurales varie fortement, de 342 communes, 13 à 15 %, sont pôles de C’est également vrai pour une zone qui
habitants dans l’Orne à 1690 habitants en proximité et 60 % des communes sont va du nord de Angers à Alençon, regrou
Loire-Atlantique. Cela explique en grande sous-équipées. Les autres départements pant des communes trop éloignées des
partie les différences départementales sur du Grand Ouest les Côtes-d’Armor, le villes de Laval et du Mans pour leur ser
le niveau d’équipement des communes : Maine et Loire, la Mayenne et la Sarthe vir de relais de services. Dans l’Orne,
des communes rurales peuplées maintien- sont dans une situation intermédiaire avec les zones enclavées sont plus importan
nent un niveau important de services et 23 à 37 % de pôles de proximité mais tout tes : en dehors des villes et des bourgs,
commerces, l’abondance de petites com de même plus de 31 % de communes sous- les deux tiers du département en superfi-
munes rurales peu peuplées accentue la équipées. cie sont des zones sous équipées. Seul
disparition des équipements au niveau En fait dans ces départements appa- le bocage ornais à l’ouest maintient un
communal. raissent des zones un peu moins bien lo bon maillage de services de base et de
La densité du réseau des pôles de ties que d’autres, où la distance aux proximité. Dans le Calvados, les dispari-
proximité, communes regroupant nombre équipements est un peu plus importante. tés d’accès aux équipements s’accen
de commerces et services de la vie quoti C’est le cas des habitants du centre ouest tuent entre l’agglomération caennaise et
dienne, permet de mesurer ce phéno Bretagne, dans une zone englobant le le littoral d’une part et le reste du dépar
mène. Ainsi trois départements bretons quart sud ouest des Côtes d’Armor, et dé- tement plus rural d’autre part. Dans la
le Finistère, le Morbihan, l’Ille et Vilaine - bordant légèrement sur le Finistère et le Manche, aucune zone n’est véritable
deux en Pays de la Loire la Loire Atlanti nord du Morbihan, entre Huelgoat, Quintin, ment enclavée, mais le département ne
que et la Vendée - , assurent à leurs habi Loudéac, Carhaix. Dans ces zones rura- bénéficie pas pour autant d’un bon ni-
tants un bon maillage de services de les, seuls quelques chefs lieux de cantons veau d’équipement : seulement 14 % de
proximité : entre 38 et 67 % de communes gardent un très bon niveau d’équipement, pôles de proximité.
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Loire-Atlantique 1,01 10ème 6 67 29 1 052 183 221
Finistère 1,30 18ème 12 51 22 838 687 283
Ille et-Vilaine 1,36 21ème 24 38 16 798 718 352
Maine et Loire 1,60 30ème 31 37 13 705 882 364
Morbihan 1,65 31ème 13 50 21 619 838 261
Sarthe 1,79 37ème 46 23 10 513 654 375
Manche 1,89 39ème 65 14 9 479 636 602
Vendée 1,91 41ème 17 44 16 509 356 283
Côtes d’Armor 1,95 44ème 28 35 15 538 395 372
Calvados 1,96 45ème 73 15 6 618 478 705
Mayenne 2,05 49ème 45 23 10 278 037 261
Orne 2,42 66ème 73 13 6 293 204 507
Sources : Inventaire communal 1998 (INSEE SCEES) - Recensement de la population 1990
* sur la base des 36 équipements de référence (voir encadré page 10)
** au recensement de la population de 1990
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“Distance moyenne aux équipements” ou “ éloignement aux équipements ”
Il s’agit d’une distance moyenne calculée sur les 36 équipements de référence, avec une pondération inversement proportionnelle à la fré
quence de chaque équipement sur l’ensemble du territoire français. Plus un équipement est rare sur le territoire, moins il pèsera dans le calcul. Cet
indicateur vaut 0 si tous les équipements sont présents sur la commune. Moins il y a d’équipements sur la commune, plus cet indicateur a une valeur
élevée. Si la commune possède un équipement, ses habitants sont réputés “ desservis sur place ” et la distance à l’équipement est nulle.
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