Les industries agro-alimentaires en 1996 - Croissance confirmée malgré la crise

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En 1996, la production des industries agro-alimentaires a augmenté, comme en 1995, de 1,8 % en volume. Ce résultat confirme la reprise amorcée en 1993, laquelle a permis de retrouver les rythmes enregistrés au début des années quatre-vingt. La consommation des ménages a progressé moins rapidement et la croissance des exportations a été nettement plus faible qu'en 1995. Mais la baisse des importations en volume a favorisé les produits français et a permis d'atteindre un excédent commercial record de 33 milliards de francs. Comme en 1995, l'emploi a diminué de 1 %. Enfin, la baisse de la consommation de viande bovine en 1996, liée à la « crise de la vache folle «, s'est traduite par un stockage important qui pourrait créer des difficultés d'écoulement de la production dans les prochaines années.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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N° 528 JUIN 1997
PRIX : 15 F
Les industries agro-alimentaires en 1996 :
Croissance confirmée malgré la crise de la viande bovine
Marc Cohen-Solal, Division Agriculture, Insee
rythme supérieur à la moyenne annuellen 1996, la p oducr tion des industries
sur longue période depuis 1980 (1,4 %).
agro-alimentaires a augmenté, Sur les seize dernières années, le taux deE comme en 1995, de 1,8 % en croissance de la production de l’industrie manu
facturière a été, en moyenne, du même or-volume. Ce résultat confirme la reprise
dre de grandeur. En revanche, les évolutions
amorcée en 1993, laquelle a permis de annuelles ont été fort différentes (graphique 1).
retrouver les rythmes enregistrés au La production des Industries Agro Alimentaires
(IAA) a progressé assez régulièrement alorsdébut des années 80. La consommation
que celle de l’industrie manufacturière a connu
des ménages a progressé moins rapide- un profil beaucoup plus heurté.
ment et la croissance des exportations a
La branche viandes a fortementété nettement plus faible qu’en 1995. Mais
contribué à la croissance de lala baisse des importations en volume a
production
favorisé les produits français et a permis
Le phénomène marquant et paradoxal a étéd’atteindre un excédent commercial
la reprise confirmée de la production de
record de 33 milliards de francs. Commeviandes, activité qui fournit la principale con
en 1995, l’emploi a diminué de 1 %. Enfintribution à la croissance , (graphique 2), suite
au nombre élevé de bêtes en âge d’êtrela baisse de la consommation de viande
abattues en 1996. Toutes les industries des
bovine en 1996, liée à la “ crise de la viandes, y compris bovine, ont vu leur acti
vache folle ”, s’est traduite par un vité progresser : porcine (+ 1,3 %), ovine
(+ 3,4 %), volailles (+ 5 %), gros bovins etstockage important qupi ourrait créer des
veaux (+ 2 %). La production de viandes a
difficultés d’écoulement de la production augmenté à peu près au même rythme qu’en
dans les prochaines années. 1995 malgré une forte diminution de la con
sommation des ménages tableau 1( ) : celle
ci a diminué de 1,9 % en 1996 alors qu’elle
La reprise de l’activité dans le secteur agro avait progressé de 1 % en 1995. Les débats
alimentaire s’est confirmée en 1996. Après publics autour de la transmission de l’ESB
une nette accélération à la fin des années (Encéphalopathie Spongiforme Bovine) à
80, la production a stagné en 1992, puis l’homme ont provoqué une baisse sensible
augmenté de plus en plus nettement jusqu’en de la consommation en viande bovine (8%)
1995. En 1996, la production a progressé qui n’a pas été complètement compensée
comme en 1995 de 1,8 % en volume, un par la hausse en volailles (+ 4%).
Évolution de la production en volume
Source : Comptes nationaux, Insee
?
INSEE
PREMIEREAlors qu’elles avaient joué un rôle et alcools en 1996 est essentiellementachats en aliments pour animaux de
moteur en 1991 1995, les exportations due à celle du champagne et de la ferme ont augmenté plus vivement
de viandes ont connu, en 1996, la plus bière. Le recul important des livraisonsqu’en 1995 (+ 2,2 % contre 1 %).
forte diminution en volume depuis 1982 de raisins de champagne en 1992 et
( 2,8 %). Mais, en raison de l’embargo1993 s’est répercuté à la baisse ( 6,4 %)A l’exception des viandes, la
sur la viande bovine britannique, les sur la production en 1996 (cf. Pour consommation alimentaire
importations ont chuté beaucoup plus comprendre ces résultats). En revan reste soutenue
fortement (- 13,9 %). En conséquence, che les ventes de champagne ont
en 1996, comme les cinq années pré augmenté de 2,6 %, diminuant ainsi La consommation des ménages en
cédentes, le commerce extérieur a étéles stocks des producteurs et négo produits des IAA ( cf. Pour comprendre
favorable à la production nationale mais,ciants. ces résultats ) a augmenté de 0,5 % en
cette fois, via la baisse des importa Les produits du travail du grain, les volume contre 1,1 % en 1995 graphi (
tions. En effet, la forte chute des conserves, les produits laitiers et autres que 3). Cette décélération s’explique
importations a favorisé les produits produits divers ont bénéficié d’une uniquement par la forte baisse de la
d’origine française, compensant ainsi progression de leurs ventes sur le consommation de bœuf ( 7,6 %). Ni le
en grande partie la baisse de la consom marché intérieur. En particulier, avec porc (+ 0,9 %), ni le mouton (+ 0,2 %)
mation des ménages. la progression du cheptel porcin et n’ont vraiment profité de cette baisse.
Le surplus d’offre a déclenché un surtout du nombre de volailles les Une viande beaucoup moins consom
stockage public massif dans le cadre
de l’organisation communautaire du Contribution à la croissance en volume des podui r ts des IAA en1996
marché de la viande : alors qu’ils étaient
quasi nuls en 1994 et 1995, les stocks
publics français se sont élevés à
80 000 tonnes en 1996. La crise de la
viande bovine pourrait donc avoir à
terme des effets négatifs sur l’écono
mie du secteur. Les stocks actuels
sont inférieurs à ceux de 1991 et 1992.
Mais leur écoulement pose problème
car les accords du GATT, en vigueur
depuis le premier juillet 1995, limitent
les volumes exportés hors Union
européenne bénéficiant de restitutions.
Toutes les autres activités, à l’exception
des boissons et du sucre, ont contribué
positivement à la croissance. La
baisse de la production des boissons Source : Comptes nationaux, Insee
Indicateurs d’activité des industries agro-alimentaires e 1996n

Production Consommation Importations Exportations Effectifs totaux
Variation 96/95 (%) Milliards Variation 96/95 (%) Milliards Variation 96/95 (%) Milliards Variation 96/95 (%) Milliards Variation
En 1996
de francs de francs de francs de francs 96/95
(milliers)volume prix volume prix volume prix volume prix1996 1996 1996 1996 (%)
Viandes et conserves
de viande 2,3 0,9 167,2 - 1,9 1,5 206,1 - 13,9 3,9 20,9 - 2,8 3,8 26,3 - 0,1 105,3
Laits et produits
laitiers 1,4 - 0,3 111,8 1,0 0,5 115,5 - 5,5 - 2,0 11,0 - 2,5 - 1,1 24,4 0,0 67,0
Conserves 5,5 - 1,0 42,2 2,7 0,7 52,8 3,5 - 4,4 15,8 9,5 - 2,7 7,6 - 1,1 36,0
Pain et pâtisserie 1,6 2,1 58,4 1,5 2,1 56,4 - 1,8 178,9
Produits du travail
du grain 2,4 1,5 95,6 3,0 0,6 38,3 6,4 - 1,0 12,7 6,9 2,7 22,1 - 1,1 52,4
Huiles et corps gras 5,3 - 1,8 15,6 2,7 3,7 10,0 - 0,6 15,6 11,5 - 2,4 - 3,9 3,5 0,0 5,0
Sucre 0,0 - 3,4 19,5 - 1,7 2,2 3,7 14,6 5,0 2,3 - 6,8 - 7,4 8,2 - 0,9 10,7
Autres produits
alimentaires 2,4 - 3,6 57,2 3,9 - 0,3 63,9 6,2 - 3,7 16,6 5,3 0,8 22,2 - 1,0 39,8
Boissons et alcools - 2,0 0,6 74,5 2,3 0,9 73,1 6,6 1,1 9,6 - 2,3 2,6 26,4 - 0,7 41,2
Produits à base
1,9 4,4 21,4 - 1,7 7,6 72,3 0,7 7,8 8,7 20,3 - 2,6 1,2 - 2,2 4,5de tabac
Ensemble des IAA 1,8 0,3 663,4 0,5 1,7 692,1 - 0,7 1,4 109,1 0,6 0,8 141,9 - 1,0 540,8
Industrie
manufacturière 0,3 - 1,5 3 026,2 2,1 1,0 1 269,8 2,5 - 0,8 1 143,9 5,6 - 0,9 1 232,8 - 1,5 3 445,5
Source : Comptes nationaux, Insee
˚`mée, celle de cheval, a connu la plus profité d’une baisse des prix ( 4,4 %). lourde, depuis la fin des années 1980,
forte augmentation (+ 12,5 %) mais le Les achats des ménages en produits à la décélération des prix de détail des
véritable report s’est effectué au profit du travail du grain ont continué d’aug produits des IAA plus accentuée que
de la viande de volaille (+ 4 %). Cettementer fortement : biscuits (+ 3,7 %), celle de l’ensemble des prix à la
substitution ne s’est effectuée que par semoule (+ 5 %), céréales secondaires consommation (+ 2 % en 1996). Ce
tiellement : au total, environ près de la(+ 3,2 %), aliments pour chiens et phénomène résulte de la conjonction
moitié de la baisse de la consomma chats (+ 3,2 %). Les ventes aux de plusieurs facteurs : la baisse en
tion de bœuf ne s’est pas reportée surparticuliers sont restées également amont des prix de certains produits
les autres viandes. soutenues pour les boissons non agricoles ; la vente de produits de
A l’exception notable des viandes, la alcoolisées : sodas (+ 5,4 %), eaux marque distributeur, meilleur marché,
consommation alimentaire est restée minérales (+ 4,3 %). Enfin, la consom qui incitent les grandes marques à
au moins aussi soutenue qu’en 1995. mation des ménages en huiles et freiner la progression du prix de leurs
Les produits qui en ont le plus bénéficiécorps gras s’est redressée (+ 2,7 %) produits afin de rester compétitifs ; la
sont ceux dont les prix à la consomma après sept années consécutives de part de plus en plus élevée des
tion ont faiblement progressé, voire baisse. grandes surfaces et des maxidiscomptes
baissé. La demande en conserves Les prix à la consommation des dans la distribution alimentaire.
s’est accélérée, notamment en pois produits des IAA hors tabac, qui ont
sons (+ 2,8 %) et plats cuisinés augmenté en 1996 de seulement 1 %, Stagnation des échanges
(+ 3,9 %). Il en a été de même pour les ont joué positivement sur le volume extérieurs en volume mais
“ autres produits alimentaires ” : le de la consommation. Cette faible aug excédent record
chocolat (+ 2,3 %) ; le café (+ 9,4 %) a mentation s’inscrit dans une tendance
Les échanges extérieurs ont stagné
en volume en 1996. Les exportations,
1 qui jouaient traditionnellement un rôle
Taux de la croissance a nnuel en volume de la consommation des ménages
moteur pour la production, ont connu
en produits des IAA
en 1996 le plus faible taux de crois
sance en volume depuis 1982
(+ 0,6 %). Les exportations ont même
reculé pour les viandes, les produits
laitiers, les corps gras, le sucre et les
boissons. Les importations ont baissé
de 0,7 %, marquant ainsi une rupture
avec la croissance ininterrompue
depuis 1980.
Cette baisse des importations en
volume a permis néanmoins de dégager,
cette année encore, un solde excé-
dentaire record (32,8 milliards de
francs). En 1996, les points faibles
du commerce extérieur des IAA
restaient les conserves, les produits à
(1) hors TVA déductible base de tabac et les huiles et corps gras
Source : Comptes nationaux, Insee (graphique 4). De plus, le solde, chro
niquement négatif des huiles et corps
Soldes des échanges extérieurs gras s’est nettement détérioré
( 1,7 milliard) sous l’effet de la forte
hausse des prix des importations hors
Union européenne (+ 27 %) et la
baisse des prix des exportations (- 4 %).
La baisse des cours du sucre a diminué
les exportations en valeur : le solde de
ce poste, toujours nettement positif, a
baissé de 1,7 milliard. En revanche,
les produits du travail du gain ontr
bénéficié d’une amélioration des termes
de l’échange et le solde s’est accru de
1,3 milliard. Mais l’amélioration du
solde commercial des IAA est princi-
palement liée aux effets de la “ crise
de la vache folle ” (embargo sur la
viande bovine britannique). Les
Source : Comptes nationaux, Insee
´ˆ(viandes et produits laitiers) ont stabi Évolution de l’emploi dans les IAA et les industries manufacturières
lisé leurs effectifs en 1996 tandis que
celles qui n’avaient pas ou peu perdu
d’emplois (conserves, produits du
travail du grain, produits alimentaires
divers, boissons) ont vu leurs effectifs
baisser de 1 % ou plus.
Pour comprendre
ces résultats
Les comptes des industries agro alimentaires,
comme tous les comptes nationaux, sont
établis en base 1980 et en nomenclature
NAP, mise en place en 1973. Ils seront
publiés ainsi jusqu’au printemps 1999, date
Source : Comptes nationaux, Insee
à laquelle les résultats seront présentés en
base 1990 et en nomenclature NAF établierésultats du début 1997 ont confirmé Les prix à la production sur le marché
en 1993 dans le cadre de l’harmonisationceux de 1996, avec un excédent intérieur, stables en 1996, ont conti
européenne. Ils ne prennent donc pas enlégèrement supérieur à celui déga nué sur cette tendance au premier
compte les vins (hormis le champagne)trimestre 1997 ( 0,1 %).gé un an plus tôt.
dans les évaluations du poste " Boissons et
alcools".
Prix à la production stables Nouvelle baisse de l’emploi
Les évaluations de la production de cham
pagne et de cognac en comptabilité natio Les prix à la production, tous marchésLa situation de l’emploi a continué de
nale tiennent compte des livraisonsconfondus (marchés intérieur et étran se détériorer dans l’agro alimentaire
agricoles des années antérieures. Ainsi, lagers), ont augmenté encore plus fai mais à un rythme moins rapide qu’au
production de champagne de 1996 dépendblement qu’en 1995 (0,3 % contre début des années 90. L’emploi dans
des livraisons de vins calmes de champa 0,4 %). Si l’on exclut les produits du les IAA a reculé de 1 % comme en
gne des années 1992 à 1994 ; celle detabac, dont les prix ont augmenté de 1995 alors qu’il avait baissé de 1,7 %
cognac de la dernière livraison de vins de4,4 %, l’évolution a été quasiment en moyenne annuelle sur la période
cognac et des stocks en cours de vieillisse nulle. Les prix à l’exportation, qui 1990 1993. Depuis 1974, les effectifs
ment issus des distillations des six annéesavaient progressé de 2,1 % en 1995, dans l’industrie manufacturière ont
précédentes.n’ont augmenté que de 0,8 %. Cette évolué beaucoup plus défavorable
La consommation correspond ici à lafaible hausse recouvre des mouve ment que dans les IAA ( graphique 5).
consommation des ménages en produitsments opposés d’assez forte ampleur : La boulangerie, qui concentre l’essen
des IAA achetés dans le commerce. Lestandis que les prix des produits tiel de la baisse des effectifs depuis
évaluations incluent donc les marges deslaitiers, des conserves, des huiles et 1989, a continué de perdre le plus
commerçants et la TVA. En revanche, ladu sucre ont nettement baissé, ceux d’emplois en raison de la fermeture de
consommation n’intègre pas la consomma de la viande, des poduits du r travail boulangeries artisanales. Parmi les
tion alimentaire dans les hôtels, cafés,du grain et des boissons ont autres branches, celles qui avaient
restaurants et cantines.augmenté sensiblement. perdu le plus d’emplois en 1995
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