Les multiples visages de la Picardie rurale

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La Picardie reste une région essentiellement rurale. Dépourvue de très grandes agglomérations, la région se caractérise par une dispersion des habitants et des fonctions productives en milieu rural. S'appuyant sur un réseau de petites et moyennes villes qui assurent aux habitants un accès assez proche à l'essentiel des services courants, la majorité des campagnes picardes connaît des évolutions démographiques positives. Les espaces ruraux développent principalement des activités du secteur tertiaire tout en préservant sur place un tissu industriel dense et diversifié. Si l'agriculture n'est plus économiquement dominante, elle maintient une influence indiscutable sur les paysages, l'activité et même la démographie des zones rurales. Toutefois, localement, leur avenir peut s'envisager différemment selon l'élevage ou la culture qui prédomine.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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DYNAMIQUES 3TERRITORIALES
Les multiples visages
de la Picardie rurale
La Picardie reste une région
essentiellement rurale. Dépourvue
de très grandes agglomérations, la région
se caractérise par une dispersion
des habitants et des fonctions productives
en milieu rural. S’appuyant sur un réseau
de petites et moyennes villes qui assurent
aux habitants un accès assez proche
à l’essentiel des services courants,
la majorité des campagnes picardes
connaît des évolutions démographiques
positives. Les espaces ruraux développent
principalement des activités du secteur
tertiaire tout en préservant sur place
un tissu industriel dense et diversifié.
Si l’agriculture n’est plus économiquement dominante, elle maintient une influence
indiscutable sur les paysages, l’activité et même la démographie des zones rurales.
Toutefois, localement, leur avenir peut s’envisager différemment selon l’élevage
ou la culture qui prédomine.
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L a Picardie a conservé le caractère rural de ses production à la campagne. Cette industrie, diffuse
paysages, avec un habitat dispersé et une plus forte sur le territoire, contribue au maintien de la popula-
proportion de population vivant en milieu rural qu’en tion en zone rurale en offrant des emplois sur
moyenne en France. En 1999, près de 40 % des place : en 1999, sur environ 392 000 emplois pro-
Picards habitent une commune de moins de 2 000 posés en milieu rural, 27% sont industriels.
habitants contre à peine un quart des Français.
Même en excluant l’Île-de-France, cette part n’at- De même, la forte proportion de Picards hors des
teint pas 30 % de la population française, ce qui principales villes peut-être reliée à l’importance de
reste bien en dessous de la moyenne picarde. l’agriculture dans l’économie rurale. Malgré un
recul continu, ce secteur d’activité représente en-
Dans le même temps, l’absence de très grandes core 7,6% des emplois ruraux. En y ajoutant les
villes et de banlieues accentue l’aspect très rural emplois de la filière agroalimentaire, la « sphère
1de la région ; Amiens, l’agglomération la plus peu- agrialimentaire » représente au total 12% des
plée ne compte que 160 000 habitants. En 1999, emplois du rural picard soit près de 46 000 pos-
moins du tiers des Picards habite une aggloméra- tes. Au-delà du rôle économique, ces activités
tion de plus de 30 000 habitants alors que c’est le agricoles jouent en milieu rural un rôle essentiel
cas pour plus d’un Français sur deux. Du point de en matière de gestion des paysages.
vue des paysages, en dehors des principales vil-
les, les terres agricoles recouvrent 80% de la sur- Les multiples facettes
face du territoire de la Picardie. du monde rural
À l’image des campagnes françaises, le rural pi- En Picardie,
card revêt aujourd’hui des aspects plus contras-un peuplement disséminé
tés qu’il y a trente ans. Avec la périurbanisation
La présence d’un réseau particulièrement déve- conjuguée aux mutations économiques et aux
loppé de villes moyennes et petites encourage un changements des modes de vie de la population,
peuplement fortement disséminé en Picardie. Ces les territoires ruraux ont développé des liens plus
villes, qui maillent étroitement le territoire, connais- ou moins étroits avec les villes, notamment au tra-
sent une forte tertiarisation de l’emploi qui contri- vers des trajets domicile-travail des actifs. L’agri-
bue à la dynamique économique des espaces culture présente elle-même des caractères
ruraux. Elles assurent bien souvent à la population distincts suivant sa proximité ou non avec les vil-
des campagnes, un accès relativement proche à les. En Picardie, la faible étendue des banlieues
l’essentiel des services de la vie courante, mais limite toutefois les contrastes. Très vite dès que
aussi récréatifs et touristiques. En moyenne, la po- l’on quitte la ville, ce sont les caractéristiques na-
pulation rurale se situe à environ un quart d’heure turelles des sols qui influent beaucoup plus que la
des principales ressources (commerces, services densité de l’habitat.
et emploi), le relief et le climat ne constituant pas,
dans la région, de frein d’accès particulier. Les territoires développés autour des grandes
agglomérations réduisent la part des terres agri-
Une industrie traditionnelle, historiquement présente coles, principalement au détriment des prairies.
en Picardie, s’est développée selon un mode origi- Les exploitations agricoles en périphérie urbaine
nal s’appuyant sur l’implantation de grands sites de sont, en comparaison à celles situées dans un rural
plus éloigné des grandes villes, plus souvent tour-
nées vers les grandes cultures, et moins vers l’éle-1La sphère agrialimentaire comporte l’agriculture, la sylviculture
et la pêche et les industries agricoles et alimentaires. vage ; ceci leur confère une dimension plus
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156DYNAMIQUES 3TERRITORIALES
Accessibilité des territoires
En milieu rural, la population, en Picardie comme en France se situe en moyenne à un quart
d’heure des principales activités de commerces, de services et de l’emploi.
En Picardie, les zones rurales bénéficient toutefois d’un temps d’accès aux services non concurrentiels
et de santé plus favorable que dans les campagnes françaises. À l’inverse, l’accès à l’emploi y
est un peu plus long.
- Les services concurrentiels comprennent desAccessibilité des territoires en minutes
activités comme la banque, le vétérinaire, l’hyper
Picardie France ou le supermarché, la librairie-papeterie, le magasin
de vêtements et de chaussures, les grandes surfacesAccessibilité générale
spécialisées.en milieu rural 16,5 17
- Les services non concurrentiels correspondent
Accessibilité aux équipements
aux services de l’État ou des collectivités territoriales.
concurrentiels 10 10 Il s’agit de la gendarmerie, la perception, l’office
Non concurrentiels 13 14 notarial, la poste, le cinéma.
dont de proximité 6 6,5 - Les services de santé comprennent les médecins
généralistes, les infirmiers, les pharmacies, lesDe santé 16 19
masseurs-kinésithérapeutes, les dentistes et lesdont de proximité 5,5 5,5
services d’ambulance, les services hospitaliers.
Emploi (domicile-travail) 20 18
- Les services de l’éducation correspondent
Équipement d'éducation 11,5 14 aux lycées, lycées professionnels et aux collèges.
Le milieu rural comprend ici les campagnes autour
des villes et les bassins de vie ruraux
Source : rapport de l'Insee (avec la participation de
l'Ifen, l'Inra et le SCEES) pour la Datar - juillet 2003
& # , 5 ,
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2 0 2
A * 2 +88 1 4 ) % ! 6
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157
DYNAMIQUES3 TERRITORIALES
grande. Les salariés agricoles permanents sont tré une forte croissance démographique. Entre
davantage sollicités sur des exploitations proches 1968 et 1975, le solde migratoire contribuait à
des villes. L’inverse se produit pour les salariés l’augmentation de la population d’environ 1,25%,
occasionnels ou saisonniers : leur intervention est en moyenne, chaque année.
plus fréquente dans des exploitations éloignées
des grosses agglomérations. Tout en préservant leurs caractéristiques rura-
les, ces territoires participent au fonctionnement
Les campagnes autour des villes économique et social des villes : une grande
obéissent aux logiques partie de leur population, à la recherche avant
tout d’espace habitable, continue à travailler ende fonctionnement des territoires
ville et accède très régulièrement aux commer-urbains
ces et services qui s’y trouvent concentrés. Lo-
Situées sur le pourtour immédiat des principales giquement donc, les activités relevant de
2agglomérations de la région, Amiens, Creil, Saint- « l’économie résidentielle » s’y développent
Quentin, Compiègne, Beauvais, Soissons et Chan- moins vite que dans les territoires ruraux plus
tilly, un peu plus de 350 petites communes, éloignés des centres urbains : en 1999,
eregroupant à peine 1/10 de la population régio- les campagnes autour des villes consacrent seu-
nale forment « la campagne autour des villes ». lement quatre emplois sur dix à satisfaire les
Soutenues par la périurbanisation dès le début des besoins des populations résidentes contre un sur
années 1970, ces communes rurales ont enregis- deux dans le reste du territoire rural.
Si depuis 1975, l’emploi en milieu rural proche des
La pluriactivité des conjoints
villes se maintient autour de 35 000 postes, néan-
de chefs d’exploitation agricole
moins, on assiste au renouvellement du tissu pro-
Au sein d’un ménage agricole, la pluriactivité ductif, se traduisant par une baisse des emplois
se traduit par l’exercice d’une activité non agricole industriels et agricoles, redéployés vers les activi-
soit par le chef d’exploitation, soit par son conjoint
tés tertiaires.
ou par les deux à la fois. Dans le rural picard,
37 % des ménages agricoles sont ainsi pluriactifs.
L’industrie et l’agriculture ne sont plus prédomi-Dans plus de la moitié des cas la pluriactivité
nantes, elles ont néanmoins maintenu une cer-provient uniquement du conjoint du chef d’exploitation.
Une grande majorité de ces conjoints ont pour taine emprise sur ces territoires ruraux proches
profession principale un poste d’employé ou de des villes. Cela tient en partie au fait que ceux-ci
profession intermédiaire. 20 % des conjoints pluriactifs demeurent peu densément peuplés, de 44 habi-
exercent une activité secondaire. Lorsqu’elle est 2tants au km en moyenne autour de Soissons, à
non agricole, il s’agit principalement d’élus, d’employés, 90 habitants autour de Creil.
d’actifs dans le secteur des professions intermédiaires
ou de commerçants et assimilés. La part de conjoints
À l’image de la région, aux abords des villes, lepluriactifs ayant une fonction d’élu en activité
tissu industriel est diversifié et se caractérise parsecondaire est bien plus importante dans le rural
éloigné des grandes villes que dans celui autour la présence de grands établissements. En 1999, il
des villes ; en revanche, lorsqu’ils se situent dans couvre près de 30% des emplois. Les filières ca-
le rural proche des grandes agglomérations, les ractéristiques de l’industrie picarde, à savoir des
conjoints pluriactifs occupent plus souvent, pour biens intermédiaires et d’équipements y sont bien
leur activité secondaire, une fonction dans le représentés. En particulier les filières de l’indus-
commerce ou dans le domaine des professions
trie des équipements mécaniques et du matériel
intermédiaires.
de transports ainsi que l’industrie automobile y sont
2 des spécialités. Parmi les plus grands établisse-Cf encadré page 159.
PICARDIE : DIAGNOSTIC ET PERSPECTIVES
158DYNAMIQUES 3TERRITORIALES
ments se trouvent à Rouvroy près de Saint-Quen- 9 $ #
tin, MBK Industries (fabrication de motocycles), à
Noyers-Saint-Martin à côté de Beauvais, la société
Matrot Equipement (fabrication de matériel agri-
cole), à Ons-en-Bray et à La Chapelle-aux-Pots,
Rieter Automotive France SA (équipements pour &##
automobiles), ce dernier étant également présent & ’ 1H
à Rémy près de Compiègne.
9 L’industrie agroalimentaire reste une activité im-
> portante dans les campagnes proches des villes :
en 1999, elle concerne un emploi industriel sur
six. Cette filière est en particulier très présente
"4 1 " autour de Saint-Quentin, avec les sites de Nestlé
France (industrie alimentaire) et Cereal Partners
France (travail des grains) à Itancourt, l’établisse-
ment Tereos (fabrication de sucre) à Origny-Sainte-
Benoîte, qui dispose aussi d’un site à Chevrières
près de Compiègne. Avec le secteur de l’agricul- D 0
ture, sylviculture, pêche, « la sphère agri- 4 , 0
4 , ( , alimentaire » fournit 16% de l’ensemble des em-
0
plois offerts autour des villes. En 2000, 13% des
4 , ( ,
exploitations agricoles de Picardie y ont été re- 0
censées. 2 0 2
$ %&! % 2 +88 1 4 ) % ! 6
82 bassins de vie
structurent la Picardie rurale
Les campagnes plus éloignées des principaux cen-
L’orientation économique des bassins de vie
tres urbains accueillent près des deux tiers des
L’orientation économique dominante des bassins de vie a été déterminéePicards en 1999. À titre de comparaison, ce type
à partir des données sur les emplois au lieu de travail issues dud’espace n’abrite qu’un tiers de la population en
recensement général de la population de 1999, classées par secteurFrance.
économique.
- les secteurs de l’économie résidentielle : commerce et réparation
La vie quotidienne de ces ruraux s’organise au sein automobile, commerces de détail, réparations, bâtiment, transports,
de territoires de dimension plus ou moins grande agences de voyage, activités financières et immobilières, services
3appelés « bassins de vie ruraux » orchestrés par marchands aux particuliers, éducation, santé, action sociale, administration ;
- les secteurs de la sphère agrialimentaire : agriculture, sylviculturedes bourgs ou des petites villes de moins de 30 000
et pêche, industries agricoles et alimentaires ;habitants. C’est dans chacun de ces bassins, à
4 - les secteurs de l’industrie au sens large : tous les autres secteursl’autonomie plus ou moins marquée que les Pi-
industriels, c’est-à-dire Industries de biens de consommation, industriecards accèdent à l’essentiel des commerces et ser-
automobile, industries de biens d’équipement, industrie des biens
intermédiaires, énergie, commerce de gros et intermédiaires, travaux
3Le bassin de vie constitue la plus petite maille territoriale sur laquelle publics, autres transports (transport routier de marchandises, fluvial,
s’organise la vie quotidienne des habitants. aérien et spatial), manutention, entreposage, gestion d’infrastructures,
4L’autonomie ou la dépendance du bassin de vie est définie à partir
organisation du transport fret, services aux entreprises.des services à la population et des emplois présents sur son territoire
en proportion de son poids démographique.
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vices, qu’une bonne partie des actifs travaillent et Entre 1990 et 1999, la population des bassins de
que les enfants effectuent leur scolarité. En Picar- vie ruraux a augmenté de 3,1%, ce qui est un peu
die, l’espace occupé par les 82 bassins de vie ru- plus rapide que la population régionale (+2,8%)
raux couvre 82 % de la surface régionale et détient mais un peu moins qu’en moyenne pour les bas-
la moitié des emplois de la région. sins de vie ruraux français (+3,4%). Par rapport à
la période 1982-1990, en Picardie comme en
5La Picardie figure parmi les régions où les bassins France, la croissance de population de l’espace
de vie ruraux sont les plus peuplés avec une rural s’est un peu ralentie du fait de l’essouffle-
moyenne de 13 500 habitants en 1999. Peu éten- ment de la périurbanisation.
dus, ils sont aussi plus denses, en moyenne 72
2habitants au km contre 49 habitants au niveau na- Une disparité importante
tional. Les deux bassins de vie les plus importants des niveaux de service
sont celui de Laon dans l’Aisne regroupant 94 com-
entre les territoires rurauxmunes et 60 700 habitants et celui d’Abbeville, com-
posé de 67 communes et 55 000 habitants.
L’analyse des bassins de vie ruraux selon les ser-
vices qu’ils sont susceptibles d’offrir, montre une
grande disparité entre les territoires. En Picardie,A #
environ 30% seulement de ces bassins de vie
peuvent être considérés comme autonomes, avec
une offre de services relativement complète et di-
versifiée contre 40% en moyenne nationale.
&##
& ’ 1H Le niveau moyen d’équipement est très souvent
plus élevé dans les bassins de vie structurés par
6 un « pôle urbain » ou par un « pôle rural » que
9
dans ceux structurés autour de villes ou bourgs
>
7de moindre importance ainsi que dans les bas-
8sins de vie des couronnes périurbaines .
"4 1 "
En Picardie, tous les bassins de vie centrés sur
un « pôle urbain » sont autonomes et 60% de ceux
qui le sont sur un « pôle rural ». En rural plus éloi-
gné, tous les bassins de vie affichent une dépen-> ;0 LY <
; < dance plus ou moins grande vis à vis d’un autre
bassin de vie. Une exception, le bassin de vie cen-

tré sur Rue, un bourg d’à peine 3 000 habitants$ %&! %





en 1999 situé à proximité du littoral, présente un
niveau d’autonomie exceptionnel, lié à une acti-
vité touristique développée. De la même façon,
5Avec la plupart des régions du nord-est de la France, l’Île-de-France
en zone périurbaine, Saint-Maximin, situé entreet la Bretagne.
6Les pôles urbains sont les communes ou unité urbaines qui regroupent Creil et Chantilly, le plus petit bassin de vie de la
au moins 5 000 emplois, les « pôles ruraux » ou « pôles d’emplois région avec moins de 2 500 habitants en 1999,de l’espace rural » sont celles qui en regroupent entre 1 500 et
5 000 selon le zonage en aire urbaine et son complément rural. assure son autonomie grâce à la présence de
7Communes ou unités urbaines qui proposent moins de 1 500 emplois grandes surfaces commerciales et autres servi-8Communes ou unités urbaines dont 40 % des actifs résidents travaillent
ces concentrés sur la ZAC du Bois des forêts.hors de la commune ou de l’UU mais dans l’aire urbaine.
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160DYNAMIQUES 3TERRITORIALES
Les bassins de vie des couronnes périurbaines & #
aux dynamiques démographiques fortes et soute-
nues depuis plusieurs décennies ont tendance à
gagner des commerces et services depuis les :
années 1980, principalement dans les communes
&##
d’au moins 1 000 habitants. Pourtant, ils gardent
& ’ 1H des niveaux d’équipements souvent moins élevés
que les bassins de vie très ruraux qui, à l’inverse,
perdent durablement de la population et des équi- 9
pements. Cet écart s’explique souvent par les ac- >
quis hérités du passé.
’ 1I ,
"4 1 " Néanmoins, lorsqu’un équipement est absent sur
place, son accès impose des trajets souvent plus
longs en rural isolé qu’en zone périurbaine. Ce han- -
dicap se résorbe un peu grâce aux nouvelles tech-
> nologies qui arrosent aujourd’hui aussi les zones
A * les plus reculées de la région. La Picardie, plus avan-
cée que de nombreuses régions françaises, dispose 4 , F 0 (
$ %&! % en 2005 d’une couverture en technologie haut dé-
2 0 2 bit sur presque la totalité de son territoire. 2 +88 1 4 ) % ! 6
Les campagnes les plus fragiles
accueillent un quart
de la population rurale
Couverture des communes en haut débit en septembre 2005En Picardie, les campagnes les plus fragiles, dont
la population décline durablement sous l’effet con-
jugué des mouvements naturels et migratoires
déficitaires, abritent encore un quart de la popula-
tion vivant à la campagne en 1999.
Parmi ces territoires, la Thiérache, au nord-est de
la région, s’organise autour de trois bassins de
vie Hirson, Vervins et Guise animés par un pôle
rural.
Le bassin de vie de Hirson, doté d’un hypermar-
ché, d’un hôpital et d’un niveau élevé d’équipe- Communes non couvertes
ments en commerces et services, consacre près par le haut débit
de 60% de ses emplois aux activités visant à sa-
Communes couvertestisfaire les besoins des populations locales. Il ap-
par le haut débitporte aux habitants des bassins de vie moins
(partiellement
importants à proximité, comme La Capelle, et totalement)
Montcornet ou Le Nouvion-en-Thiérache, la pos-
Source : DIACT, Ortel septembre 2005 © IGN geoflo- Insee 2005sibilité d’accéder, à une gamme d’équipements
PICARDIE : DIAGNOSTIC ET PERSPECTIVES
161
DYNAMIQUES3 TERRITORIALES
plus large dans un délai d’une vingtaine de minu- mes de rentabilité et de condition de vie sont aigus,
tes en moyenne. les exploitations restant parmi les plus petites de
la Picardie, malgré une augmentation de leur taille.
Au nord-ouest de la région, le Vimeu-Ponthieu se Et les mutations ne semblent pas terminées ; le
structure autour des bassins de vie centrés sur traitement de l’avenir de l’élevage et des activités
les pôles ruraux de Friville-Escarbotin, de en aval apparaît crucial pour l’avenir de ces zo-
Fressenneville et Gamaches. Moins vaste qu’en nes rurales.
Thiérache, ils présentent en revanche un habitat
moins diffus avec en moyenne 90 habitants au km² Ce type d’agriculture s’étend dans l’Oise, près de
contre seulement 49 en Thiérache. Par la présence Beauvais dans les bassins de vie ruraux compre-
ed’Abbeville, 2 ville la plus importante de la Somme nant le Pays de Bray qui, contrairement aux espa-
à moins de 30 minutes, l’autonomie économique ces précédents enregistrent des évolutions
du Vimeu repose un peu moins sur l’économie démographiques plutôt favorables, mais où l’ha-
résidentielle qu’en Thiérache. bitat demeure très diffus.
Le Vimeu-Ponthieu constitue un district de PME
indépendantes où se pérennisent les activités in- Des activités plus diversifiées
dustrielles de petite métallurgie (robinetterie, ser- dans le Santerre-Somme
rurerie…) et verrière. L’autonomie économique de
la Thiérache repose davantage sur la présence Les campagnes les plus rurales du Santerre-
de plusieurs établissements industriels de 200 à Somme sont animées par le bassin de vie de Pé-
9500 salariés implantés en majorité sur les territoi- ronne , puis par ceux des pôles ruraux de Ham et
res des trois principaux bassins de vie, Guise, Ver- Roye. Situé entre Amiens et Saint-Quentin, Pé-
vins et Hirson, ce qui contribue par ailleurs à ralentir ronne joue localement le rôle de pôle intermédiaire.
l’exode rural de la zone.
L’autonomie économique de la zone repose sur
La « sphère agrialimentaire » reste influente une activité un peu plus diversifiée qu’en Thiéra-
sur l’économie locale au sein des bassins de che et dans le Vimeu.
la Thiérache et du Vimeu-Ponthieu. Dans ce
dernier, il s’agit surtout d’emplois agricoles, les Son potentiel agricole dominé par les grandes
industries agroalimentaires étant relativement cultures favorise une orientation industrielle spé-
peu présentes. cialisée dans les activités agroalimentaires. C’est
sur ce territoire qu’agriculture et IAA sont le plus
Néanmoins, le secteur agricole se trouve, dans fermement implantées. Les agriculteurs sont spé-
ces territoires très ruraux, en intense restructura- cialisés à près de 80% dans les grandes cultures.
tion avec les plus fortes concentrations d’exploi- Betteraves, pommes de terre, et légumes pour la
tations agricoles de la région. C’est ici que l’élevage transformation jouent un rôle prépondérant au côté
de bovins surtout, mais aussi d’ovins est le plus des céréales. Sucreries, conserveries de légumes
présent. Le travail agricole est essentiellement et usines de transformation de la pomme de terre
assumé par la main-d’œuvre familiale et les em- y sont implantées en force. Parmi les plus grands
plois de salariés sont rares. La pluriactivité des établissements, Bonduelle et BPL Légumes à Es-
exploitants agricoles et de leur famille est peu trées-Mons, Dailycer à Faverolles, Saint-Louis
développée, probablement du fait de l’importance Sucre à Eppeville, transforment sur place les pro-
du travail nécessité par l’élevage, mais aussi de ductions des grandes cultures agricoles.
la faiblesse de l’offre d’emploi locale. Les problè-
Les exploitations agricoles sont de grande taille et
9Péronne est le plus petit pôle urbain de Picardie. emploient une main-d’œuvre salariée importante.
PICARDIE : DIAGNOSTIC ET PERSPECTIVES
162DYNAMIQUES 3TERRITORIALES
L’agriculture et ses prolongements contribuent à En particulier dans le sud de l’Oise, les structures
l’offre d’emplois et à la fixation des résidents. Ici, productives sont bien proches de la moyenne pi-
une partie des bassins de vie ruraux affichent carde, avec une forte densité industrielle liée aux
même une progression démographique récente. implantations de grands groupes notamment dans
La pluriactivité des conjoints d’exploitants est plus la vallée de l’Oise. Les industries des biens
développée qu’en Thiérache et dans le Vimeu- intermédiaires sont une spécialité de la zone avec
Ponthieu, probablement favorisée par l’offre plusieurs établissements des filières chimie- plas-
d’emplois des industries agroalimentaires. En con- tiques et métallurgie-travail des métaux.
trepartie, ce secteur géographique apparaît plus
exposé à la concurrence des nouveaux entrants C’est ici que la restructuration de l’agriculture est
dans l’Union européenne sur les marchés des lé- la plus avancée. Les exploitations agricoles, peu
gumes transformés. nombreuses mais de grande taille sont principa-
lement orientées dans les grandes cultures. Ren-
Les industries des biens intermédiaires emploient tables, elles offrent une proportion importante
environ 12% des salariés. Sont particulièrement d’emplois salariés agricoles et assurent un niveau
représentées, les filières du textile, de la métallur- de revenu et des conditions de vie satisfaisants
gie-mécanique et de la chimie. pour leurs dirigeants qui sont un peu plus jeunes
qu’en moyenne. Si le nombre d’exploitations dimi-
Enfin, la situation géographique de la zone, ses nue encore, le rythme de baisse est nettement plus
nombreuses infrastructures de transport et la pré- faible qu’ailleurs. Étant donné le niveau atteint, on
sence de grands établissements industriels favo- peut s’attendre à une stabilisation prochaine. Re-
risent le développement des activités du transport lativement autonomes et solides financièrement,
et de la logistique : à Roye ACR Logistics France, ces exploitations agricoles constituent ici un point
Darfeuille Services, à Péronne S.T.L.D, à Chaulnes de fixation durable de la population rurale.
T.F.E. etc.
Les activités tertiaires sont plus diversifiées qu’en
Un tiers du territoire moyenne. La forte densité industrielle et la situa-
tion sur l’axe Paris-Lille ont favorisé en particulierforme les « nouvelles campagnes »
le développement des secteurs du transport et
Un tiers du territoire où réside près de la moitié de dans une moindre mesure des services aux en-
la population rurale forme une troisième famille, treprises. De même, les activités récréatives, cul-
les « nouvelles campagnes » qui sont les territoi- turelles et sportives et touristiques sont bien
res profitant le plus de la périurbanisation, celle-ci présentes : notamment la proximité de l’Île-de-
France a justifié l’implantation du Parc Astérix,s’étant poursuivie à partir des années 1980 par
ouvert en 1989. Curiosité géologique de la zoneune extension des territoires périurbains et non
d’Ermenonville, la Mer de Sable est exploitée enpar une densification de l’habitat des campagnes
autour des villes. parc d’attraction.
Ces territoires se situent autour d’Amiens, la capi-
tale régionale et surtout dans la partie sud de
l’Oise, se prolongeant autour de Château-Thierry
dans l’Aisne, où déborde l’habitat francilien. Les
bassins de vie les plus densément peuplés sont
en règle générale les plus proches des agglomé-
rations : Liancourt, au nord de Creil, est avec 368
2habitants au km le plus dense en 1999.
PICARDIE : DIAGNOSTIC ET PERSPECTIVES
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