Les territoires de la créativité

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www.insee.fr/lorraine °231-232N La Commission européenne a fait de 2009 «l’année de l’innovation et de la créativité». La «classe créative» est devenue ces dernières années, la nouvelle élite à capter dans un contexte de concurrence mondiale entre territoires urbains, d’autant qu’elle cherche à réconcilier deux mondes, celui de l‘économie mondialisée et celui de la culture. Dans ce cadre, deux thèmes sont abordés dans cet article : la géographie 2006 de la classe créative en France (cantons) et la recherche des déterminants de la classe créative et de la mesure de l’influence de la classe créative sur l’esprit d’entreprise, l’innovation et la croissance locale (zones d’emploi). ère 1 partie - La localisation des créatifs en France : L’analyse exploratoire de données spatiales de la géographie de la classe créative française en 2006 apporte une réponse originale à la question de la géographie des individus créatifs, qui n’a été que peu approfondie en France. Il en ressort que la distribution géographique des individus créatifs au sein des cantons français n’est pas uniforme. Elle révèle l’existence de zones spatialement délimitées, des clusters de cantons, qui concentrent des niveaux élevés d’individus créatifs, et en particulier l’influence des grandes métropoles françaises qui constituent les points de localisation privilégiés des individus créatifs.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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www.insee.fr/lorraine
°231-232N
La Commission européenne a fait de 2009 «l’année de l’innovation
et de la créativité». La «classe créative» est devenue ces dernières années,
la nouvelle élite à capter dans un contexte de concurrence mondiale entre
territoires urbains, d’autant qu’elle cherche à réconcilier deux mondes, celui
de l‘économie mondialisée et celui de la culture. Dans ce cadre, deux thèmes
sont abordés dans cet article : la géographie 2006 de la classe créative
en France (cantons) et la recherche des déterminants de la classe créative
et de la mesure de l’influence de la classe créative sur l’esprit d’entreprise,
l’innovation et la croissance locale (zones d’emploi).
ère
1 partie - La localisation des créatifs en France :
L’analyse exploratoire de données spatiales de la géographie de la classe
créative française en 2006 apporte une réponse originale à la question
de la géographie des individus créatifs, qui n’a été que peu approfondie
en France. Il en ressort que la distribution géographique des individus créatifs
au sein des cantons français n’est pas uniforme. Elle révèle l’existence
de zones spatialement délimitées, des clusters de cantons, qui concentrent
des niveaux élevés d’individus créatifs, et en particulier l’influence des grandes
métropoles françaises qui constituent les points de localisation privilégiés
des individus créatifs. La Lorraine se situe en milieu de classement national,
èmeavec une spécialisation dans les créatifs core (6 rang), en particulier
dans les cantons de Nancy et de sa périphérie.
ème
2 partie - Les déterminants de la classe créative
La créativité a le mérite de renouveler la réflexion sur le rôle de l’innovation
dans le développement des entreprises et des territoires. Il s’avère en effet
difficile de démêler la question de la causalité au cœur de la thèse
de FLORIDA, est-ce que c’est le fait d’attirer des créatifs vers un territoire
qui engendre de la croissance ou l’inverse ? Les validations empiriques
appliquées au cas des zones d’emploi françaises montrent d’une part le rôle
déterminant des aménités culturelles et les interrelations positives entre
classes créatives, attractivité économique et innovation. D’autre part,
la classe créative française se révèle plus mobile que la population
dans son ensemble.
Vère
1 partie - La localisation des créatifs en France :
L’objectif est de mettre en évidence la géographie de la classe créative en France. Les effectifs
de créatifs apparaissent remarquablement concentrés géographiquement, plus que l’emploi
et la population, particulièrement autour des grands centres urbains. Parmi les différents groupes
de la classe créative, les bohemians sont les plus concentrés. Il existe également une dépendance
spatiale forte entre les cantons français au regard de la localisation des créatifs. La distribution
géographique observée met l’accent sur l’existence de territoires forts de la créativité en France :
l’axe vertical Paris-Lyon-Marseille se complète par un axe horizontal Nice-Montpellier-Toulouse.
Ces deux axes rassemblent l’essentiel des pôles d’individus créatifs français. Ils confirment ainsi
le caractère essentiellement urbain de la localisation de la classe créative (ANDERSEN et LORENZEN,
2009), ces axes suivant largement la hiérarchie urbaine de la population. Si certaines régions
possèdent des dynamiques circulaires vertueuses d’accumulation d’individus créatifs, d’autres perdent
réellement la course à la créativité. L’effet d’ombre de la région Île-de-France sur les régions
du bassin parisien s’avère manifeste, puisque ces dernières ne parviennent pas à concentrer
des niveaux importants d’individus créatifs.
Lathèsedela«classe considérations territoriales puisque ont été élevés au rang de res-
créative» introduite par FLORIDA FLORIDA (2005b), en suivant LUCAS source cruciale pour l’innovation et
(2002b) a porté un regard neuf sur les (1988), considère que les villes ou la compétitivité économique. Dès
déterminants socio-économiques qui régions doivent attirer, retenir, orga- lors, il est apparu et apparaît im-
sous-tendent le développement local niser et générer des individus portant d’identifier les schémas de
ou régional. Les compétences créati- créatifs, i.e. du capital humain créatif, localisation des individus créatifs.
ves sont considérées comme crucia- en vue d’atteindre des sentiers ver- En cela, cette étude propose de
les pour la production intensive tueux de croissance économique. combler un manque au niveau
d’innovations, élément déterminant Pour cela, elles doivent offrir un peo- français. Bien que plusieurs pays
de la compétitivité des entreprises et ple’s climate de qualité en proposant européens aient exploré la
des territoires au sein d’une éco- de faibles barrières à l’entrée aux géographie de leur classe créative
nomie fondée sur la connaissance. nouvelles idées et aux nouveaux mi- nationale, les travaux français res-
C’est pourquoi un ensemble de tra- grants ainsi qu’un climat de tolérance tent relativement inexistants à ce
vaux s’est développé autour de la et d’ouverture à la diversité permet- jour, en dépit de quelques dévelop-
question de l’influence économique, tant aux idées créatives de se déve- pements (CHANTELOT, 2008 ; Insee,
de la localisation et de la mobilité des lopper. Cette nouvelle représentation 2009). C’est pourquoi l’objectif ici
individus créatifs (FLORIDA, 2002a,b,c, du développement régional, plus présenté est de produire une ana-
2005b ; ANDERSEN et LORENZEN, 2006 ; classiquement fondé sur la présence lyse exploratoire de la géographie
MARLET et VAN WOERKENS, 2007 ; d’un climat des affaires, un business de la classe créative française.
McGRANAHAN et WOJAN, 2007 ; climate, a immédiatement pénétré Nous mobilisons à cet effet les ou-
CLIFTON, 2008 ; BOSCHMA et FRITSCH, les sphères politiques et un grand tils de l’analyse exploratoire des
2008 ; CHANTELOT, 2008). Ceux-ci nombre de villes nord-américaines données spatiales (ANSELIN, 1995).
sont rassemblés dans la «classe ont élaboré des stratégies de déve- Ceux-ci nous permettent de mesu-
créative», une classe d’individus par- loppement à partir de cette ap- rer la concentration géographique
ticulière comprenant l’ensemble des proche. des individus créatifs parmi des
individus impliqués dans une profes- Cette diffusion spectaculaire a unités territoriales, ici les cantons
sion estimée comme créative, suscité un vif débat où la thèse à été français, ainsi que la dépendance
c’est-à-dire une profession où les largement critiquée par les commu- spatiale entre ces unités, pour fi-
compétences créatives de l’individu nautés scientifiques et politiques nalement détecter et identifier des
sont essentielles pour en réaliser les (PECK, 2005). clusters de cantons au regard de
tâches. Ce sont des professions Cependant, la question de la la localisation des individus
comme artistes, designers, architec- géographie de la classe créative a créatifs. Ce dernier point permet
tes, ingénieurs, professionnels de été largement approfondie en de prendre en considération la dis-
l’éducation, etc. Amérique du Nord et en Europe tribution spatiale des individus
La classe créative est dès lors parti- car, à l’image du capital humain créatifs et des clusters créatifs en
culièrement entrevue au travers de très qualifié, les individus créatifs France.
2tion et du progrès technologique diversité tant économique, technolo-La thèse
des firmes vers les individus qui en gique que sociale, présente dansde la classe créative
sont à l’origine, cette thèse se fait une ville. Néanmoins, cette thèse
La thèse de la classe créative l’écho de VEBLEN (1899) qui mon- reprend surtout les considérations
(FLORIDA, 2002b) met l’accent sur le trait que le changement technolo- de LUCAS (1988) sur le point que les
rôle clé de la créativité au niveau gique est essentiellement un villes doivent attirer, retenir, organi-
des mécanismes de croissance éco- processus de transformation cultu- ser et générer le talent, capital hu-
nomique locale. En identifiant trois relle et que la capacité à pérenni- main très qualifié, afin d’atteindre
formes majeures et inter-reliées de ser et institutionnaliser le des sentiers vertueux de développe-
la créativité - technologique, écono- changement est détenue par une ment économique.
mique et artistique ou culturelle - certaine classe de la société. La Ajouté à la présence de lieux dédiés
FLORIDA (2002b, 33) postule l’exis- particularité d’une telle classe est à la socialisation des individus, lestence d’une classe créative qui ras- alors de rassembler les individus à troisièmes places (OLDENBURG,semble l’ensemble des individus l’origine de l’innovation, des
1991) comme les services culturels,engagés dans des processus avancées scientifiques ou de la les bars, les restaurants, etc., lescréatifs ou d’innovation dans le production artistique. Elle se ca- climats urbains tolérants et ouvertscadre de leur profession. Selon l’au- ractérise autour d’un trait commun à la diversité forment alors un peo-teur, les villes ou régions possédant décrit comme un «éthos» créatif ple’s climate, en complément d’undes proportions importantes de issu de la fusion des valeurs de business climate fondé sur l’attrac-classe créative atteignent des sen- «l’homme organisationnel» tion des firmes via de faibles taxestiers vertueux de compétitivité éco- (WHYTE, 1956)aveccellesplusar- et l’offre de structures physiques.nomique car elles produisent plus tistiques et culturelles de
FLORIDA (2005b) prétend alors qu’und’innovations (KNUDSEN ET AL., l’avant-garde bohème (BROOKS, people’s climate de qualité au sein
2008), attirent les firmes innovantes
2000, 132). À travers la classe des villes en termes de libre expres-et enregistrent des niveaux élevés créative se consacre l’union de la sion et de stimulation de la créativitéd’entreprenariat (ACSETAL., 2004). discipline et de la rigueur liées à est déterminant pour attirer les indi-L’avènement d’une économie l’éthique de travail avec des va- vidus créatifs qui, à leur tour,fondée sur la connaissance où l’in- leurs plus alternatives en termes créeront ou attireront les entreprisesnovation est devenue une activité de styles de vie, de modes, et de innovantes. À cet égard, la thèse deéconomique permanente (FORAY, courants de pensée culturelle, la classe créative renverse une cau-
2000) permet dès lors de pointer voire contre-culturelle. salité établie en postulant que ce nel’importance et la croissance explo-
sont pas les individus qui suivent lessive des professions créatives de- Dès lors, un point essentiel de la
emplois mais les emplois qui suiventpuis le début des années 1990 : thèse de la classe créative est que
les individus. Elle devient dès lors,«The rise of the creative class la géographie compte car selon
sous l’impulsion de son auteur, uncharts the growth in people who are FLORIDA (2002b, 30)«places have re-
instrument politique de développe-paid principally to do creative work placed companies as the key orga-
ment économique local très contro-for a living. These are scientists, en- nizational units in our economy»et
versé (voir PECK, 2005, pour ungineers, artists, musicians, desi- la classe créative n’apparaît pas
éclairage complet de ce débat).gners and knowledge based uniformément distribuée entre les
professionals, whom collectively I villes et les régions. La thèse met
La localisationcall “Creative Class”» (FLORIDA, alors l’accent sur un deuxième pos-
des individus créatifs2002b, xii). tulat : les individus créatifs sont par-
La des individus créatifsticulièrement attirés par les villesMême si la notion de classe
est alors devenue un thème quiqui, entre autres, proposent un cli-évoquée ici apparaît largement
s’est largement développé enmat de tolérance et d’ouverture auxcontestable (SHEARMUR, 2005 ;
Amérique du Nord et en Europe aunouvelles idées et aux nouveaux ar-VIVANT, 2006) (1), ce regroupement
sein de la littérature en sciencerivants. D’après FLORIDA, l’habiletéparticulier d’individus se situe dans
régionale (voir CHANTELOT (2010b)des villes à attirer des individusla lignée des figures représentati-
créatifs dans les domaines de l’artves que furent les knowledge wor-
ou de la culture et à proposer de fai-kers (DRUCKER, 1969)oules
bles barrières à l’entrée aux indivi-symbolic analysts (REICH, 1991)
(1) Ceci abonde dans le sens de SHERMURdus quels que soient leurs origines,traduisant toutes deux l’importance
(2005) et VIVANT (2006) sur l’utilisation abu-leurs idées et leurs styles de vie,de la production de connaissances
sive de la notion de classe pour caractéri-
représente un avantage comparatifau sein du régime de croissance
ser l’ensemble des individus créatifs.
pour la production d’innovations etéconomique. Il s’apparente égale- Comme le montre MARKUSEN (2006), les
la stimulation de la croissance éco-ment aux change agents (CARTER, professions et les préférences des indivi-
dus composant la classe créative sont biennomique locale. Il rejoint à ce titre1994) dont le rôle productif est
trop hétérogènes pour constituer uneJACOBS (1969)ou HALL (1998, 501)entièrement voué à susciter et à
classe au sens sociologique du terme.
qui avançaient que l’innovation auencadrer l’innovation. En
Pour le reste de l’article, nous préfèrerons
niveau local était le fruit du produitdéplaçant l’angle d’approche de le terme «individus créatifs» à celui de
entre la créativité des individus et lal’analyse des sources de l’innova- classe créative.
3pour une recension) ou en Europe (2010), indiquent que la mobilité des qui proposent un climat vertueux de
dans le cadre de projets de re- créatifs en Europe n’a pas un ca- tolérance et d’ouverture à la diver-
cherche (Technology, Talent, Tole- ractère universel. sité. Particulièrement, la présence
rance in European cities : A comparative d‘individus créatifs des sphèresCes différents auteurs s’appuient
analysis, ACRE, CREATICITY). C’est technologiques et économiques ap-sur une enquête portant sur 13 villes
majoritairement en s’appuyant sur paraît remarquablement corréléede 12 pays européens rassemblant
l’importance du talent sur la crois- avec celle de bohemians, individus1 700 questionnaires réalisés
sance économique locale (LUCAS, possédant des professions à trèsauprès d’individus créatifs. Leurs
1988 ; SIMON, 1998 ; GLAESER ET AL., forte valeur ajoutée créative commerésultats montrent que les individus
2004) que se sont justifiées de telles l’art, la culture, la mode, le design,créatifs sont peu mobiles en Europe
analyses. Car les individus créatifs etc. (ISAKSEN, 2005 ; HAISCH etpuisque 70% des enquêtés sont nés
sont instrumentalisés en tant que KLÖPPER, 2005 ; ANDERSEN etou ont effectué leurs études dans la
mesure du capital humain différant LORENZEN, 2006 ; FRITSCH, 2007 ;ville où ils habitent. Il apparaît éga-
de celle employée plus com- HANSEN, 2008 ; CLIFTON, 2008 ;lement que ce sont des raisons et
munément et fondée sur les niveaux BOSCHMA et FRITSCH, 2009). Cettedes opportunités professionnelles
d’éducation : certains travaux mon- corrélation très élevée se retrouvequi ont poussé les 30% restants à la
trent par ailleurs qu’un indicateur de pour l’ensemble des pays étudiés.mobilité. Les résultats ainsi obtenus
capital humain mesuré à partir des En outre, CHANTELOT (2008) parvientpar le projet ACRE rejoignent SCOTT
professions créatives est plus per- à ce même résultat pour l’ensemble(2006), lequel tend à montrer que
formant qu’une mesure éducation- des aires urbaines françaises. Cesl’importance des facteurs softs
nelle via les diplômes supérieurs résultats s’inscrivent dans la lignéecomme la tolérance, l’ouverture à la
(MARLET et VAN WOERKENS, 2007 ; de ceux obtenus aux États-Unis pardiversitéoules troisièmes places,
FRITSCH, 2007 ; McGRANAHAN et FLORIDA (2005b).mis en avant par FLORIDA (2005b)
WOJAN, 2007 ; FLORIDA, MELLANDER pour postuler le people’s climate Néanmoins, la question de la causa-
et STOLARICK, 2008 ; CHANTELOT, des villes comme moteur de l’attrac- lité entre la présence simultanée en
2008). Néanmoins, si les individus tion des créatifs, est largement su- ville d’individus créatifs tous domai-
créatifs ne sont pas tous très quali- révaluée (2). MARLET et VAN nes confondus reste entière :
fiés, la plupart le sont, ce qui fait
WOERKENS (2005) avancent égale- ANDERSEN et LORENZEN (2009)ap-
dire à GLAESER (2004) qu’une telle ment que les proportions de créatifs portent toutefois certains éléments
mesure n’apporte rien à la théorie se retrouvent dans les villes hollan- de réponse en analysant la relation
du capital humain dans son en- daises proposant un large panel entre la hiérarchie urbaine et la
semble. Les individus créatifs de- d’opportunités professionnelles, une présence de larges proportions d’in-
meurent pourtant, à l’image du faible congestion automobile et des dividus créatifs. En se basant sur un
talent, un moteur essentiel de la prix fonciers peu élevés plutôt que échantillon de villes scandinaves,
croissance économique locale dans celles où le people’s climate les auteurs notent l’existence d’un
(McGRANAHAN et WOJAN, 2007 ; apparaît développé. seuil de population à partir duquel la
MARLET et VAN WOERKENS, 2007 ; proportion d’individus créatifsCes résultats s’opposent à ceux ob-
ANDERSEN et LORENZEN, 2009 ; décroît fortement. La préférencetenus dans le cadre du projet
BOSCHMA et FRISTCH, 2009). ainsi révélée des individus créatifs«Technology, Talent and Tolerance
pour les grandes agglomérations ur-in European cities : A comparativeLa problématique de la localisation
baines tiendrait à leur propension àanalysis». Ce projet examine lades individus créatifs est
consommer plus que la moyenneco-localisation des individus créatifsappréhendée par plusieurs entrées.
des biens culturels et artistiquesavec un certain nombre de facteursEn premier lieu, c’est sur la question
dont les grandes villes peuvent as-structurant le people’s climate,telsde la mobilité des créatifs que se
surer l’offre. Dans le même ordreque l’ouverture et la tolérance à laportent légitimement les interroga-
d’idées, la spécificité des profes-diversité - mesurée par la proportiontions : celle-ci est une hypothèse
sions qu’occupent les individusd’artistes ou encore celle d’étran-fondatrice de la thèse originale de la
créatifs fait que celles-ci se retrou-gers parmi la population -, lesclasse créative, car cette dernière
vent essentiellement en ville,aménités urbaines comme les lieuxest supposée plus mobile et mieux
comme l’avait déjà indiqué pour lade socialisation tels que les restau-informée des opportunités économi-
France JULIEN (2002) dans le cadrerants, les bars, les théâtres, lesques que les autres groupes socio-
de l’examen des fonctions métropo-musées, les galeries d’art, etc., ouprofessionnels. Si cette assertion
litaines supérieures. Un autre biais àla présence du secteur public, et en-peut être vérifiée aux États-Unis,
la présence des créatifs au sein desfin les opportunités économiqueselle ne l’est pas forcément en Eu-
grandes villes se retrouve dans laapprochées par la croissancerope. HANSEN et NIEDOMYSL (2009)
passée ou la densité de l’emploi.montrent que les créatifs scandina-
(2) SCOTT (2006, 11) précise à cet effetMené dans 8 pays d’Europe duves ne sont justement guère plus
que : “This argument neglects to take intoNord, les résultats montrent que lesmobiles que les autres individus,
consideration the complex synchronic and
villes enregistrant les plus importan-tandis qu’ECKERT, MARTIN-BRELOT diachronic interrelationships that must be
tes proportions d’individus créatifsET AL. (2008), GROSSETTI (2009), ain- presentbeforeadynamiccreativeenviron-
au sein de l’emploi sont aussi celles ment is likely to emerge”.si que les résultats du projet ACRE
4présence d’universités qui irriguent mations différentes mais (2004) en Hollande, l’ensemble de
d’individus hautement qualifiés le complémentaires visant à l’identifi- ces professions ne sont pas tou-
marché du travail local. L’ensemble cation de clusters occupationnels jours forcément créatives.
de ces résultats, s’ils s’inscrivent créatifs, c’est-à-dire de concentra- C’est pourquoi CHANTELOT (2008,
dans la détermination des facteurs tions de proportions élevées de
2010a) propose d’identifier les pro-
de localisation des créatifs, ne créatifsauseindel’emploire- fessions françaises créatives, d’une
donne pas d’indication quant à la groupées dans une ou plusieurs zo- part en s’appuyant sur les profes-
pertinence de politiques de dévelop- nes géographiques renforçant mu- sions elles-mêmes, non pas sur des
pement économique local fondées tuellement cette concentration groupes de professions, d’autre part
sur l’attraction de tels individus globale. en proposant une méthode de
(LANG, 2005). sélection comprenant une mesure
Sélection de la créativité occupationnelle, afin
Application des professions de discriminer les professions
au cas français créatives de celles qui ne le sontcréatives françaises
que peu ou pas. À ce titre,Alors que la thèse de la classe Les données utilisées ici sont issues
CHANTELOT (2010a) montre quecréative a fait l’objet de nombreu- des résultats du recensement de la
l’adaptation fidèle de la classeses adaptations pour l’ensemble population 2006. La base de
créative américaine de FLORIDAdes pays d’Europe, elle reste rela- données de l’Insee donne le nombre
(2002b, 328) au niveau du marché dutivement inexplorée en France mis d’individus occupant une profession
travail français aboutit à une propor-à part les travaux de CHANTELOT créative dans chacune des 36 549
tion moyenne nationale de 25,7%(2008, 2010a,b)etdelapartie communes françaises. La sélection
pour 155 professions sélectionnées,française du projet ACRE (ECKERT, des professions créatives mobilisée
tandis que seules sont retenues 101MARTIN-BRELOT ET AL., 2008 ; ici provient des travaux de
professions représentant 16,17% duGROSSETTI, 2009), particulièrement CHANTELOT (2010a) sur l’identifica-
marché du travail national françaisen science régionale, même si elle tion des professions créatives du
dans le cadre de cette méthode.tend à figurer dans les propos de marché du travail français.
Cette sélection a par ailleurs été uti-certains travaux (VIVANT, 2006 ;
En effet, si certains auteurs lisée par l’Insee dans le cadre deSUIRE, 2006 ; GASCHET et LACOUR,
(FLORIDA and TINAGLI, 2004; l’examendelagéographiedela2007 ; LACOUR et PUISSANT,2008)
FRISTCH, 2007; CLIFTON, 2008; classe créative française (INSEE,sans toutefois en occuper le pre-
BOSCHMA and FRITSCH, 2009) ont
2009). Dans le même ordre d’idées,mier plan. Il s’agit dès lors ici de
joué sur la correspondance entre les
MARLET et VAN WOERKENS (2008)répondre à la question de la locali-
classifications des professions procèdent au même exercice ensation des créatifs en France :
américaines (Standard Occupational Hollande et trouvent que 30% dudans quelle mesure les individus
Classification, SOC) et européennes marché national est composé decréatifs sont-ils géographiquement
(International Standard Classification of créatifs selon FLORIDA, contre 19%concentrés et quels sont leurs
Occupations, ISCO) ou encore entre suivant leur sélection des profes-schémas de localisation ?
la SOC et la classification nationale sions créatives. Par conséquent, en
Pour cela, une discussion préalable standard des professions utilisée suivant la définition des professions
sur la sélection des professions (ISAKSEN, 2005 ; ANDERSEN and créatives de CHANTELOT (2010a), le
créatives apparaît nécessaire, car LORENZEN, 2006 ; MARLET and VAN tableau ci-dessous comporte les
comme le notent McGRANAHAN et WOERKENS, 2008 ; HANSEN, 2008), il statistiques descriptives, en effectifs
WOJAN (2007), la composition de la s’avère que l’identification des pro- et en proportion, des créatifs et des
classe créative originale opérée par fessions créatives menée par différents groupes de créatifs au
FLORIDA (2002b, 328) apparaît trop FLORIDA (2002b, 328) pour composer sein du marché du travail en
exhaustive en termes de profes- la classe créative originale est ap- France.
sions retenues, approximative et par proximative : elle s’appuie sur la
conséquent inexacte. Ensuite, le tra- sélection de groupes occupationnels Le tableau ne présente pas l’évolu-
vail proposé ici s’appuie sur les ou- comprenant pour certains un grand tion des effectifs de créatifs depuis
tils de l’analyse exploratoire des nombre de professions. Or, comme le dernier recensement de la popu-
données spatiales afin de coupler à le montrent McGRANAHAN et WOJAN lation française de 1999 : en effet, la
un indicateur de concentration des (2007)ou MARLET et VAN WOERKENS classification des professions
individus créatifs - l’indice de Gini
spatial - des informations sur le Statistiques descriptives :
degré de dépendance spatiale entre les classes créatives en France en 2006
les unités territoriales statistiques du
Emplois Taux (%)Groupepoint de vue de cette même locali-
sation. Pour cela, les statistiques I Classes créatives 3 689 365 16,2
de Moran et LISA (Locational Indicator - Bohemians 320 415 1,4
of Spatial Association ; ANSELIN, 1995) - Core 1 622 218 7,1
sont mobilisées. L’ensemble de ces
- Professionals 1 746 732 7,7
indicateurs produit ainsi des infor-
Source : Insee, recensement de la population 2006
5françaises (PROF) utilisée par aux communes, et par conséquent Gini spatialisé ou encore l’indice de
l’Insee pour ce dernier était celle une agrégation supérieure des concentration de ELLISON et
élaborée en 1982, tandis que la données associées à ces observa- GLAESER (1997).
classification utilisée pour les résul- tions qui conduit à plus de justesse. Suivant la méthode de GUILLAIN et
tats du recensement de la popula- D’autre part, le caractère contigu
LE GALLO (2008), nous utilisons l’in-
tion française en 2006 est la des cantons permet également de dice de Gini spatialisé qui permet de
nomenclature des Professions et faciliter l’analyse exploratoire des mesurer la structure relative d’un
Catégories Socioprofessionnelles données spatiales. secteur dans un canton par rapport
(PCS-2003). Or, ces deux classifica- Pour chacun de ces cantons-villes, à celle de ce même secteur dans
tions ne sont pas comparables non nous produisons le quotient de lo- d’autres cantons. Ainsi, le poids de
seulement à cause de la redistribu- calisation (QL) des individus chacune des unités spatiales est
tion des professions d’une classifi- créatifs, c’est-à-dire la proportion pris en considération dans le calcul
cation à l’autre mais encore à cause cantonale de créatifs au sein du de l’indice. Le coefficient de Gini lo-
du changement de champ de marché du travail local divisée par calisé se calcule de la façon sui-
l’enquête opéré par l’Insee. En effet, Δla proportion nationale d’individus
vante : G =mla nouvelle version de la nomencla- créatifsauseindumarchédutra- 4xm
ture PCS-2003 est le fruit du travail vail national français. Ce même in- n n1de rénovation accompli sur la no- avecdicateur est produit pour les Δ= xx −∑∑ im,,jm
nn()−1menclature en vigueur depuis 1982. i==11 jgroupes d’individus créatifs que
La rénovation a consisté à regrou- sont les creative core,les creative Où n est le nombre de cantons ; xi,m
per, au sein d’une même catégorie professionals et les bohemians. est l’effectif d’emploi de la variable
socioprofessionnelle, des profes- Ainsi, un quotient de localisation m pour le cantoni;x est l’effectifm
sions dont la distinction était de- supérieur à 1 indique une sur- moyen pour l’ensemble des can-
venue obsolète, et à l’inverse, à représentation d’individus créatifs tons.
éclater des professions afin de tenir au sein du canton comparé à la
compte de l’apparition de nouveaux Cet indice prend une valeur égale àmoyenne nationale, tandis qu’un
métiers (dans l’environnement et les zéro si l’effectif d’emploi de la va-quotient de localisation inférieur à
nouvelles technologies de l’information riable m est réparti de façon iden-1 indique une sous-représentation
et de la communication par exemple), tique à l’effectif moyen pourdes individus créatifs au sein du
ainsi que de fonctions transversales l’ensemble des cantons et une va-canton.
aux différentes activités industrielles leur de 0,5 s’il est entièrement
(méthodes, contrôle-qualité, logistique). concentré sur un seul canton. L’in-L’analyse exploratoire
formation qui nous est donnée parde données spatialesDu point de vue de l’unité statistique
cet indice est donc relative au ni-
spatiale utilisée, la localisation est L’objectif est ici de questionner la lo-
veau de concentration d’une va-
observée ici au niveau du can- calisation et/ou la répartition spa-
riable (ici les effectifs) sur un canton
ton-ville ou «pseudo-canton» : le tialedelaclasse créativeenFrance
et permet, en outre, des comparai-
canton est une subdivision territo- et par là même la mesure de la dy-
sons entre les niveaux de concen-
riale de l’arrondissement et dans la namique d’agglomération. Cette
tration des différentes variables. Si
plupart des cas, les cantons englo- analyse se heurte au choix plétho-
nous pouvons apprécier la concen-
bent plusieurs communes. Dans le rique des critères d’estimation du
tration de l’effectif d’une population
cadre de l’unité spatiale choisie, le processus d’agglomération, choix
d’individus sur une étendue spatiale
canton-ville respecte les limites que l’abondante littérature sur le su-
limitée, en revanche, il nous est im-
communales. Dans les aggloméra- jet n’a pas tranché. À l’instar de
possible d’identifier la structure spa-
tions urbaines, la commune princi- GUILLAIN et LE GALLO (2008), l’éva-
tiale de cette concentration. Une
pale est considérée comme un luation de l’agglomération des acti-
même valeur de l’indice de Gini spa-
pseudo-canton entier, unique et dis- vités économiques nécessite d’une
tialisé peut être attribuée à une
tinct. Pour la ou les communes part, une mesure de la concentra-
concentration relative de cantons
périphériques, le pseudo-canton tion de ces activités et d’autre part,
contigus ou au contraire de cantons
considéré est alors identique au vrai une caractérisation de la structure
répartis sur l’aire d’étude.
canton amputé de la fraction de la spatiale de cette localisation :
commune principale que comprend «Where refers to the location of ag- Néanmoins, la position relative ain-
le vrai canton. Le territoire français glomeration process and how refers si que la distance qui sépare des
métropolitain compte 3 644 can- to its from»(GUILLAIN et LE GALLO, unités spatiales, ici des cantons,
tons-villes (sans la Corse et les 2008, 5). En effet, l’agglomération n’est pas neutre quant à la mesure
DOM-TOM). Alors que les données est un processus polymorphe qui de l’agglomération. Or, ces deux
de la base utilisée ici sont ren- nécessite d’explorer conjointement aspects ne sont pris en compte ni
seignées au niveau des communes, ces deux dimensions. La mesure de dans le calcul de l’indice de Gini
le choix du canton comme unité sta- la concentration spatiale peut être spatialisé ni dans celui des autres
tistique territoriale d’analyse se jus- effectuée grâce à différents indices indices évoqués précédemment.
tifie d’une part par un nombre globaux : l’indice spatial de Hirs- La non-considération de ces di-
d’observations réduit par rapport hman-Herfindhal, le coefficient de mensions conduit à une mesure
6erronée de l’agglomération qui ne soit sa localisation, chaque cantonAutocorrélation spatiale
tient notamment pas compte des est connecté au même nombre k deglobale
effets de débordements géographi- cantons. La statistique I est norma-
L’autocorrélation spatiale peut êtreques inhérents à ce processus. lisée par le dénominateur qui est la
définie comme la coïncidence deCar le caractère localisé des variance totale observée. Une va-
valeurs similaires possédant une lo-données associées aux individus leur de I plus grande (resp. plus pe-
calisation similaire. L’autocorrélationcréatifs - les quotients de localisa- tite) que la valeur de l’espérance
spatiale positive signifie une ten-tion - nous permet justement de mathématique E(I) = - 1/(n-1) in-
dance à la concentration dans l’es-prendre en compte l’existence dique une autocorrélation spatiale
pace de valeurs élevées ou faiblesd’une éventuelle relation fonction- positive (resp. négative) dans la dis-
d’une variable aléatoire. Inverse-nelle entre ce qui se passe en un tribution géographique des individus
ment, l’autocorrélation spatialepoint de l’espace et ce qui se créatifs, c’est-à-dire un regroupe-
négative correspond à la situationpasse ailleurs. TOBLER (1979)avait ment de valeurs simi-
où chaque unité géographique estpar ailleurs déjà soulevé cette ca- laires (resp. dissemblables).
entourée par des localisations voisi-ractéristique de l’analyse des
nes dont la variable aléatoire prenddonnées spatialisée en suggérant Autocorrélation spatiale
des valeurs différentes. La statis-que «Everything is related to eve- localetique I de Moran est la statistique larything else, but closer things more
plus couramment usitée pour mesu- La statistique I de Moran constitue uneso». Cette relation fonctionnelle a
rer l’autocorrélation spatiale (CLIFF mesure globale de l’autocorrélationété initialement suspectée par
et ORD, 1973 ; 1981 ; UPTON, spatiale. Elle ne permet pas d’analyserSTUDENT dès 1914 et prend la
FINGLETON, 1985 ; HAINING, 1990). la structure locale de cette autocorréla-forme d’une autocorrélation spa-
Elle représente pour chaque va- tion. Cependant, il apparaît légitime detiale entre les données localisées.
riable x le degré d’association se demander quelles unités spatialesElle se définit alors par l’absence
linéaire entre sa valeur à une cer- contribuent majoritairement à l’auto-d’indépendance entre les observa-
taine localisation et la moyenne corrélation spatiale globale. Également,tions géographiques. Sa présence
pondérée spatialement de ses voi- il s’agit de détecter quels cantons ouest manifeste lorsque, sur un es-
sins. Cette statistique s’écrit de la groupes de cantons contigus dévientpace donné, les valeurs prises par
façon suivante : du schéma global d’autocorrélationune variable aléatoire continue ou
spatiale. L’analyse de l’autocorrélationdiscrète se répartissent de façon ΣΣwx()−−x(x x)ij i,j i jI =t spatiale locale s’effectue à partir desemblable pour deux entités Σxx−²i
deux outils : en premier lieu, le dia-géographiques voisines et non de
Avec x l’observation dans le cantoni gramme de Moran (ANSELIN, 1996) quimanière aléatoire. La dépendance
i, x est la moyenne des observa- est utilisé pour mettre en évidencespatiale se définit donc comme
tions des cantons, W est unij l’instabilité spatiale locale. Le dia-résultant d’une relation fonction-
élément de la matrice de poids spa- gramme de Moran se structure autournelle entre ce qui se passe en une
tial W qui indique la façon dont de quatre différents quadrants corres-localisation et ce qui se déroule en
l’unité spatiale i est spatialement pondant à quatre schémas différentsd’autres localisations.
connectée à l’unité spatiale j.Le d’association spatiale entre un canton
choix de définition de la matrice deDès lors, le recours à un indicateur et ses voisins :
poids utilisée a été effectué sur lamesurant le degré de regroupement
- le quadrant HH contient les can-
base des caractéristiques géogra-spatial de la distribution, c’est-à-dire le
tons associés à une valeur élevée
phiques des unités spatiales, ici lesniveau de l’autocorrélation spatiale glo-
entourés de cantons eux-mêmes
cantons français. Comme le nombrebale, devient indispensable pour
associés à des valeurs élevées ;
moyen de cantons contigus entrecompléter la mesure de l’indice de Gini
- le quadrant LL contient les can-eux est de 5,6, et à l’image despatialisé et rendre compte de façon
tons associés à une valeur faibleGUILLAIN et LE GALLO (2008), nouscorrecte du processus d’agglomération.
entourés de cantons eux-mêmesutilisons ici une matrice de k-plusÀ cette fin, nous utilisons les outils de
associés à des valeurs faibles ;proches voisins calculée via les dis-l’analyse exploratoire des données
tances sphériques entre les cen-spatiales (AEDS). L’AEDS constitue un Ces deux premiers quadrants indiquent
troïdes géographiques des unitésensemble de techniques visant à une autocorrélation spatiale positive car
spatiales, où nous fixons à k=5 ledécrire et représenter des distributions ils indiquent un regroupement spatial
nombre de voisins. Ces matricesspatiales, à identifier des localisations de valeurs similaires ;
des k-plus proches voisins ont étéatypiques, à détecter des schémas de
- le quadrant HL contient les can-
utilisées par LE GALLO (2002),localisation d’association spatiale, des
tons associés à une valeur élevée
BAUMONT ET AL. (2003) dans leclusters ainsi qu’à suggérer des formes
entourés de cantons eux-mêmes
même contexte. Notre matrice desd’hétérogénéité spatiale sur une zone
associés à des valeurs faibles ;
k-plus proches voisins se composed’étude (HAINING 1990 ; BAILEY and
- le quadrant LH contient les can-des éléments i j si le centroïde duGATRELL 1995 ; ANSELIN 1998a, 1998b).
tons associés à une valeur faiblecanton j appartient aux k centroïdesNotamment, ces techniques s’appuient
entourés de cantons eux-mêmesdes cantons les plus proches dusur les mesures locale et globale de
associés à des valeurs élevées.canton i, 0 sinon. Ainsi, quelle quel’autocorrélation spatiale.
7Ces deux derniers quadrants sont LISA significatif et indiquent par un La mesure de l’autocorrélation spa-
associés à une autocorrélation spa- code de couleur les quadrants du tiale globale, qui fait office de pre-
tiale négative car ils indiquent un re- diagramme de Moran auxquels ces mière étape dans la caractérisation
groupement spatial de valeurs unités spatiales appartiennent de la structure spatiale du proces-
dissemblables. (ANSELIN et BAO, 1997). sus d’agglomération, est obtenue en
utilisant le I de Moran. Un desPar conséquent, le diagramme de
éléments fondamentaux de cetteMesures globalesMoran peut être utilisé pour visuali-
méthode de calcul est le choix de lade la concentrationser les localisations atypiques.
matrice de poids qui vient con-Néanmoins, cet outil ne fournissant et de l’autocorrélation
traindre l’étendue de la dépendanceaucune information sur la significati- spatiale
spatiale. Ce choix se révèle êtrevité des regroupements spatiaux,
L’une des hypothèses centrales de crucial puisqu’il conditionne très for-les LISA sont utilisées conjointe-
l’étude porte sur la localisation des tement les résultats obtenus et parment. Pour ANSELIN (1995), une sta-
individus créatifs, et plus particu- là même l’analyse qui en découle. Iltistique LISA doit satisfaire deux
lièrement sur leur concentration peut être effectué selon différentespropriétés. D’une part, pour chaque
élevée au sein de quelques zones modalités : réalités physiques duunité, elle fournit une indication sur
métropolitaines, comme mis en évi- phénomène étudié, caractéristiquesle regroupement spatial significatif
dence par FLORIDA (2002a)et géographiques de l’étendue spatialede valeurs similaires autour de cette
évoqué par ANDERSEN et LORENZEN étudiée…unité. Et d’autre part, la somme des
(2009). Dès lors, la localisation des
LISA associées à toutes les observa- Comme il a été souligné précédem-
individus créatifs est supposée re-
tions est proportionnelle à un indica- ment, le nombre moyen de cantons
poser sur un processus d’ag-
teur global d’association spatiale. contigus est de 5,6. Pour autant,
glomération plus important que pour
Nous utilisons ici la version locale nous ne connaissons pas, a priori,
la population ou encore l’emploi. Le
de la statistique I de Moran. Pour l’étendue spatiale du phénomène
tableau ci-dessous recense les
chaque canton i,elle s’écritdela d’autocorrélation spatiale sur lequel
résultats obtenus lors du calcul des
façon suivante : repose la localisation des individus
indices de Gini spatialisés pour
créatifs et il nous paraît inopportun
xx−() l’emploi, la population et la classeiI = wx −()x de l’imposer de façon exogène.i ∑ ij j
m créative, elle-même subdivisée eno j Nous avons donc testé plusieurs ty-
creative core, creative professionalsΣwx()−x²iij j pes de matrice de poids : matricesavec m =o et bohemians.N basées sur une distance seuil fixée
Le tableau montre assez claire- de façon exogène, matrices deUne valeur positive (resp. négative)
ment que les créatifs sont des indi- contigüité d’ordre 1 (Tour et Reineindique une agglomération spatiale
vidus dont la localisation est (3)) et matrices des k-plus prochesde valeurs similaires (resp. dissem-
marquée par une concentration voisins. En ce qui concerne les ma-blables) entre une unité spatiale et
supérieure non seulement à celle trices basées sur une distance seuil,ses voisines. Afin de détecter les re-
de la population mais aussi à celle non seulement elles ne permettentgroupements coopératifs significa-
de l’emploi. Si ce premier résultat pas d’obtenir de «meilleurs» résul-tifs, nous considérons uniquement
n’est pas négligeable, puisqu’il met tats, mais en outre elles génèrentles unités spatiales associées à une
en lumière le fait que les détermi- une importante variabilité dans lestatistique LISA significativement
nants de la localisation de la nombre de voisins, ce qui peut po-différente de 0. En outre, la distribu-
classe créative reposent sur des ser des problèmes méthodologi-tion pour ces statistiques ne pou-
mécanismes particuliers poussant ques. Nous avons choisi de ne pasvant être approximée par une loi
à une agglomération relativement faire figurer ici les résultats lesnormale, l’inférence statistique doit
plus importante, il n’apporte pour concernant.alors être basée sur l’approche de
autant pas d’éclaircissement sur lapermutation conditionnelle (ANSELIN, Les calculs sont effectués d’abord
structure spatiale de cette concen-
1995) dans ce sens que la valeur de sur la proportion dans l’emploi total
tration.x pour la localisation i est main- des individus appartenant à lai
tenue fixée pendant que les valeurs classe créative en 2006 et ce par
restantes sont permutées sur toutes canton, puis sur ses sous-ensem-
les autres unités spatiales. Dans ce bles (creative core, creative professio-Indice de localisation
cas, les probabilités critiques obte- nals, bohemians).de Gini, 2006
nues pour les statistiques locales de
Emploi Ces résultats amènent deux types0,303
Moran sont, en fait, des pseudo-ni-
Population de commentaires. Tout d’abord,
0,251veaux de significativité.
Classes créatives
0,353Finalement, en utilisant conjointe-
Corement les analyses du diagramme de 0,359 (3)Tour etReine font référence aux moda-
ProfessionalsMoran et la significativité des LISA, lités de déplacement de ces deux types de0,347
pièce aux échecs : la tour se déplaçant soitnous obtenons des cartes de signifi- Bohemians
0,370 à l’horizontale soit à la verticale, la reinecativité de Moran, qui montrent les
Source : Insee, recensement de la popula- quant à elle pouvant se déplacer dans tou-
unités spatiales associées avec un
tion 2006 tes les directions.
8comme nous pouvions nous y at- différents schémas mis en lumière. tion sont représentés à partir de la
tendre, nous sommes en présence Il nous faut donc utiliser conjointe- carte n°1. Ce diagramme qualifie les
d’autocorrélation spatiale globale ment ces deux outils afin de ca- relations de dépendance entre les
positive, c’est-à-dire que la réparti- ractériser la structure locale de cantons au regard de la localisation
tion des individus qui constituent la l’agglomération des créatifs en des individus créatifs. En outre, la
classe créative et ses composantes France. carte n°2 indique les zones statisti-
ne s’effectue pas de façon aléatoire quement significatives où il existe
en France. Au contraire, la structure une relation spatiale entre la valeurAutocorrélation spatiale
spatiale de la localisation des du QL d’un canton et celle de sonlocale et identification
créatifs est caractérisée par des re- voisinage. Ceci est particulièrementdes clusters créatifs
groupements de valeurs similaires visible au niveau des régions
français
de la variable. Ensuite, quant au Ile-de-France, Rhône-Alpes, de
choix de la matrice de poids permet- L’analyse de l’autocorrélation spa- PACA, du Languedoc-Roussillon et
tant de capter le mieux les interac- tiale au niveau local par le biais du de Midi-Pyrénées. Les clusters d’in-
tions entre les cantons, c’est-à-dire diagramme de Moran et des LISA dividus créatifs sont représentés ici
l’autocorrélation spatiale globale, permet de d’identifier les clusters par les cantons dont le schéma de
notre choix s’est porté sur celle qui d’individus créatifs, formés par des localisation est caractérisé par une
maximise la valeur du I de Moran groupes de cantons contigus valeur HH par le diagramme de Mo-
suivant en cela ce qui est générale- possédant des niveaux élevés d’in- ran car ils présentent une valeur du
ment recommandé dans la littéra- dividus créatifs, et leur significativité QL de créatifs élevée tout en étant
ture (LE GALLO, 2002 ; LE GALLO ET statistique. Cette at- directement entourés par des can-
AL., 2003). En tout état de cause, les teste qu’une valeur associée à un tons voisins présentant également
différentes valeurs du I de Moran canton i est significativement in- des valeurs élevées de leurs QL de
calculées pour différentes matrices fluencée par la valeur des cantons créatifs respectifs. En outre, les
de poids nous conduisent aux voisins, définis par la matrice de cantons auxquels est associée une
mêmes conclusions quant au signe poids spatiale. La réciproque peut valeur HL par le diagramme de Mo-
et à la significativité de l’autocorréla- également être vraie. Le diagramme ran font office de clusters isolés car
tion spatiale globale, soulignant ain- de Moran permet spécifiquement de ils enregistrent un niveau de créatifs
si la robustesse des résultats mettre en évidence les schémas de élevé tout en étant entourés de can-
quelles que soient les matrices de localisation des individus créatifs en tons présentant de faibles valeurs
poids. Ainsi, quel que soit l’échantil- France. Ces schémas de localisa- de leur QL de créatifs. Les schémas
lon d’individus considérés, la ma-
trice des 5-plus proches voisins est
Carte 1 : Diagramme de Moran, quotient de localisation de la classe créativecelle qui capte le mieux l’auto-
corrélation spatiale globale. Nous
utiliserons donc cette matrice pour
la suite de l’analyse.
L’indice de Gini spatialisé de
même que le I de Moran sont des
outils de mesure globale de la
concentration. Si le I de Moran
permet d’appréhender la structure
spatiale de la localisation, il n’auto-
rise pas l’appréciation de la struc-
ture locale de celle-ci. La seconde
étape dans la caractérisation de la
structure spatiale du processus
d’agglomération des créatifs passe
Cantonsdonc par la mesure de l’auto-
corrélation spatiale locale en re-
HH
courant au diagramme de Moran et
aux statistiques LISA.Siledia-
HL
gramme de Moran permet de
LL
détecter les regroupements spa-
tiaux (clusters), d’analyser l’insta-
LH
bilité locale sous la forme de
localisations atypiques (entendues
comme les localisations qui dévient du
schéma général d’association spatial),
il ne donne aucune indication
quant à la significativité des
Source : Insee, recensement de la population 2006
9de localisation HH et HL sont HH+HL est élevé : Rhône-Alpes, et HL. On observe que 96% des
représentés par les couleurs rouge PACA, Midi-Pyrénées, Langue- cantons de cette région enregistrent
et rose sur les cartes n°1 et n°2. doc-Roussillon ; des schémas de localisation témoi-
L’ensemble des schémas de locali- gnant d’une autocorrélation spatialeCes deux premiers groupes
sation (HH, LL, LH et HL) figurent positive (HH et LL), presque exclusi-représentent à eux seuls 56% de
dans le tableau A2 détaillé par ré- vement de type HH. De plus, 82%l’ensemble des cantons créatifs en
gions en annexe de l'article. d’entre eux sont statistiquement si-France en termes de configuration
gnificatifs (LISA, carte n°2), ce quiAfin de produire une analyse com- spatiale HH et HL ;
laisse apparaître que la région cons-parée des différents pôles d’individus - le groupe 3 A, composé de 5 tituelecœurdelalocalisationdescréatifs en France, nous procédons régions dont le nombre de can- individus créatifs en France. Laau détail des schémas de localisation tons HH>HL : Aquitaine, Centre, région Ile-de-France fait figure d’ex-au niveau régional. Ce niveau plus Alsace, Bretagne, Pays de la ception en France.agrégé nous permet en effet d’identi- Loire ;
fier les territoires forts de la créativité. Le deuxième groupe est composé
- le groupe 3 B, composé de 6En complément des cartes n°1 et de quatre régions françaises ayant
régions dont le nombre de can-n°2, le graphique n°1 présente pour une configuration spatiale relative-
tons HL>HH : Nord-Pas-de-Ca-chaque région française le nombre de ment similaire au regard des
lais, Bourgogne, Lorraine,cantons dont le schéma de localisa- concentrations spatiales de créatifs
Franche-Comté, Poitou-Charente,tion est de type HH ou HL, ainsi que qu’elles abritent. La région Rhône-
Picardie ;le nombre de cantons significatifs au Alpes est celle qui compte le plus de
sens de l’indicateur LISA. Pour ce - le groupe 4, composé des 5 der- cantons en France (311) tout en
èmefaire, nous avons procédé à un re- nières régions : Haute-Nor- représentant la 2 région en ter-
groupement de l’ensemble des mandie, Basse-Normandie, Au- mes de créatifs. Les cantons de
régions françaises suivant leur struc- vergne, Champagne-Ardenne, type HH et HL représentent 58% de
ture spatiale en termes de nombre de Limousin présentant un faible la structure spatiale de la région. Si
cantons de type HH et HL. Cinq grou- nombre de cantons HH et HL. 43% des clusters créatifs sont de
pes de régions apparaissent : type HH, la région compte égale-Le premier groupe comprend ainsi
- le groupe 1, composé uniquement ment un nombre important de pôlesexclusivement la région Ile-de-
de la région Ile-de-France ; isolés HL (33 cantons). Les créatifsFrance. La région francilienne
- le groupe 2, composé des 4 sont essentiellement localisés au-rassemble à elle seule 17% des
régions dont le nombre de cantons tour de trois pôles que sont Lyon,cantons créatifs français de type HH
Grenoble et Annecy, mais seuls les
pôles de Lyon et Grenoble apparais-
Carte 2 : LISA, quotient de localisation de la classe créative sent statistiquement significatifs au
sens du LISA, attestant d’une dépen-
dance spatiale élevée entre ces vil-
les-centres et leurs périphéries.
La région Provence-Alpes-Côte
èmed’Azur (PACA)est la 2 région en
termes de clusters d’individus
créatifs (81% soit 148 cantons de type
HH) après l’Ile-de-France. Cette
région multipolarisée (Marseille-
Aix-Avignon, Côte d’Azur) compte un
certain nombre de clusters significa-
tifs au sens du LISA, particulière-
ment autour des deux principaux
pôles constitués par les villes de
Marseille et Nice.
Cantons
Si ces deux régions présentent
HH une structure spatiale relativement
similaire formée autour de leurs vil-HL
les principales, Midi-Pyrénées est
LL
plus atypique car elle propose une
LH structure relativement monocen-
trique autour de sa ville-centre,Non significatif
èmeToulouse. Elle est la 4 région
française en termes d’individus
créatifs. Contrairement aux trois
premières, c’est une région pola-
Source : Insee, recensement de la population 2006
risée autour d’un centre urbain,
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